EDF : un ex-McKinsey chef économiste
C’est une information de La Lettre A : Thomas-Olivier Léautier (Polytechnique 1988, Ponts et chaussées 1995), ancien consultant chez McKinsey, est en passe d’être nommé chef économiste chez EDF.
Thomas-Olivier Léautier est par ailleurs directeur de recherche à la Toulouse School of Economics (TSE). Il a auparavant travaillé comme consultant dans le secteur de l’énergie chez McKinsey de 1997 à 2003.
Chez EDF, les achats de conseil en stratégie ne sont pas une petite affaire. La demande atteint plusieurs dizaines de millions d’euros par an pour l’ensemble du groupe. Un marché, valable entre 2016 et 2021, encadre actuellement le recours à ces prestations dans l’entreprise. Il référence une cinquantaine de sociétés de conseil en stratégie et management. Vous pouvez suivre ce lien pour relire notre récente enquête.
Notre métier
Electricité et Gaz Naturel
Dans l’environnement énergétique actuel, l’incertitude à grande échelle n’est pas l’exception mais plutôt la règle. C’est particulièrement vrai pour les acteurs de l’électricité et du gaz naturel, qui sont confrontés à des tendances aussi difficiles à anticiper que le développement des prix des matières premières et du CO2, les progrès technologiques—énergies renouvelables, réseaux électriques intelligents, etc.—l’évolution de la réglementation, du comportement des consommateurs et de la croissance économique.
Dans ce contexte incertain, nous accompagnons des compagnies d’électricité, de gaz et d’eau et des équipementiers, mais aussi des investisseurs financiers tels que des fonds de capital-investissement dédiés aux infrastructures. Nous intervenons notamment sur des enjeux de stratégie, de modèles d’activités, de marketing et vente, d’organisation, ainsi que sur des projets d’investissement, de réduction des coûts et d’amélioration de la performance opérationnelle.
Nous disposons d’outils de modélisation qui nous permettent de développer des perspectives uniques sur l’évolution future des marchés de l’électricité et du gaz, au niveau français, européen et mondial.
Etude McKinsey pour le Hydrogen Council : un potentiel énorme pour l’hydrogène en 2050
Créé à l’occasion du Forum de Davos, en début d’année, le Conseil de l’Hydrogène* n’a pas manqué l’échéance de la COP23, qui se déroulait à Bonn, en Allemagne. Le Conseil a en effet pris la parole au pavillon du développement durable, où il a présenté une étude de McKinsey dont les résultats ont été très largement commentés.
Baptisée « Hydrogen Scaling Up », l’étude de 80 pages révèle que, si l’hydrogène était déployé à large échelle, il pourrait contribuer à lui seul à une réduction de 20 % des émissions de CO2 en 2050. Soit, une diminution en volume de 6 gigatonnes, par rapport aux niveaux constatés aujourd’hui.
Pour McKinsey, la demande serait au rendez-vous dès 2030 avec un potentiel de 10 à 15 millions de voitures et de 500 000 camions à hydrogène. Cette forme d’énergie ne serait pas cantonnée à la seule mobilité. Elle pourrait trouver des applications dans le stationnaire et pour le stockage d’énergies renouvelables telles que l’éolien, le solaire et toute autre forme d’électricité verte.
La demande pourrait être multipliée par 10 d’ici 2050, pronostique ensuite la firme américaine. L’étude souligne que la population mondiale va augmenter de 2 milliards d’habitants d’ici là et que l’hydrogène a donc de sérieux atouts pour répondre au défi d’un développement durable. Ce vecteur d’énergie aurait, selon McKinsey, la capacité de stocker 500 TWh d’électricité. Dans le transport, l’hydrogène pourrait représenter jusqu’à un quart du marché. L’étude évoque ainsi en 2050 les chiffres très impressionnants de 400 millions de voitures, 15 à 20 millions de camions et 5 millions de bus. Comme il est davantage adapté aux gros véhicules et à ceux qui font beaucoup de km, l’hydrogène pourrait ainsi réduire d’un tiers les émissions de CO2 de la route.
Mais, ce vent d’optimisme implique toutefois une adhésion des pouvoirs publics et surtout un gros coup de pouce financier. Pour déployer l’hydrogène à grande échelle, il faudrait investir 280 milliards de dollars d’ici 2030. C’est une somme substantielle, mais McKinsey pense que c’est faisable. A condition, évidemment, que les pouvoirs publics jouent sur les bons leviers au niveau de la législation et des incitations financières, et sur le long terme. Il est à noter que la présentation de l’étude a eu lieu en présence de la Secrétaire d’Etat Brune Poirson, rattachée à Nicolas Hulot.
Du côté des organisateurs, la présence de représentants de haut niveau des 18 multinationales qui composent ce Conseil, dont les Présidents de Toyota et d’Air Liquide, était là pour rassurer et montrer que la filière y croit. Autre gage de crédibilité : la présence parmi les invités de Bertrand Piccard, Président de la Fondation Solar Impulse (De George soros). Très reprise dans les médias, l’étude de McKinsey a été citée à plusieurs reprises par des représentants d’Air Liquide, suite à la COP23. Benoît Potier s’y est par exemple référé lors de l’inauguration de la station d’hydrogène d’Orly (voir notre interview).
*Il regroupe notamment 18 multinationales, parmi lesquelles des constructeurs automobiles et des acteurs majeurs de l’énergie et du transport.
McKinsey, un cabinet dans les pas d’Emmanuel Macron
Par François Krug
Enquête
Commission Attali, rédaction du programme présidentiel, élaboration de la stratégie vaccinale contre le Covid-19… Comment le puissant cabinet de conseil américain accompagne le chef de l’Etat et intervient dans de nombreux dossiers sensibles.
Ces questions, il s’y était pourtant préparé. Derrière son masque blanc, Olivier Véran cache mal son agacement. Ce 12 janvier, le ministre de la santé est auditionné par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale. Il est venu détailler son plan de vaccination contre le Covid-19. Il sait qu’il devra surtout justifier d’en avoir sous-traité la logistique à un cabinet privé de conseil en stratégie, et pas n’importe lequel. Le plus haut de gamme. Le plus secret. Le plus intimement lié à Emmanuel Macron et son entourage, aussi.
Le député (PS) des Landes Boris Vallaud se lance : « Pourquoi vous a-t-il fallu recourir à McKinsey ? » Son collègue (La France insoumise) du Nord Adrien Quatennens ironise :
- « Ne dispose-t-on pas, au sein de l’appareil d’Etat, d’un Haut-Commissariat au plan ni de logisticiens compétents ? »
Soupir sous le masque du ministre. Depuis une semaine et les premières révélations du site Politico et du Canard enchaîné, les oppositions se déchaînent contre ce contrat avec McKinsey. Véran est pressé de changer de sujet : « Il est tout à fait classique et cohérent de s’appuyer sur l’expertise du secteur privé. » Il n’en dira pas plus.
C’est étonnant comme les gens n’aiment pas parler de McKinsey. On a vite renoncé à dénombrer les messages sans réponse, les refus catégoriques, les excuses embarrassées, les « bon courage » compatissants. Ceux qui acceptent de l’évoquer exigent en quasi-totalité l’anonymat. Ce n’est pas pour rien que le cabinet américain est surnommé « la Firme » dans le secteur.