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Attentat de Karachi. Un contrat peut en cacher un autre

samedi 29 octobre 2011

Derrière le marché des sous-marins vendus au Pakistan se profile un autre dossier ultra-sensible : le contrat Sawari 2 des frégates vendues à l’Arabie saoudite.

Son nom est Ali Bin Mussallam. Sur ses rares photos, il porte indifféremment le « thobe », la longue tunique blanche des pays du Golfe, ou le strict costume noir des hommes d’affaires occidentaux. Décédé en 2004 à Genève dans des conditions assez floues, ce Saoudien d’origine yéménite, paré du ­titre de « grand chambellan », était l’homme des « missions difficiles » du roi Fahd d’Arabie saoudite.

Au milieu des années 80, son nom apparaît dans les ramifications saoudien­nes du scandale américain de l’Irangate où la BCCI, une sulfureuse banque pakistanaise, joue un rôle central. En 2002, « Cheikh Ali » est l’objet d’une note de l’administration américaine du Trésor qui le désigne comme l’un des pourvoyeurs de fonds d’Ous­sama Ben Laden quand celui-ci combattait contre les Russes en Afghanistan.

Fin 1994, le richissime Saoudien, pro-priétaire à Paris du palace Prince de Galles, est l’homme clé de Sawari 2, le colossal contrat d’armement (près de 3 milliards d’euros) signé par la France avec l’Arabie saoudite pour la vente de trois ­frégates lance-missiles. Curieusement, dans Sawari 2, on retrouve à peu près les mêmes intervenants – la DCN, Direction des constructions navales, et le « réseau K » de deux autres intermédiaires moyen-orientaux – que dans le marché des trois sous-marins Agosta (800 millions d’euros) vendus deux mois plus tôt par le ­gouvernement Balladur au Pakistan.

85 % des commissions du contrat pakistanais avaient déjà été encaissées

L’affaire se corse début 1996 quand Jacques Chirac, nouvellement installé à l’Elysée, décide de tirer un trait sur les commissions occultes des contrats ­Sawari 2 et Agosta. Ali Bin Mussallam est la victime numéro 1 de ce grand ménage. D’une part en raison des sommes en jeu, bien plus importantes dans Sawari 2 que dans Agosta. Ensuite parce que le Saoudien n’avait alors reçu qu’une partie de ses « frais commerciaux ». Tandis que Mercor Finance, la ­société panaméenne des intermédiaires du contrat pakistanais, avait déjà encaissé 85 % des commissions prévues.

L’attentat de Karachi, le 8 mai 2002 – trois jours après la réélection de Jacques Chirac –, pourrait-il avoir été commandité par certains de ces intermédiaires, mécontents de ne pas avoir touché leurs commissions ? « L’hypothèse est plausible tant le monde très discret de l’intermédiation commerciale est parfois dur », ­estime Bernard Cazeneuve, rapporteur de la mission parlementaire sans toutefois prendre parti. Cette possibilité figure aussi dans « Le contrat » (éd. Stock), le livre-choc publié ce jeudi par les journalistes de Mediapart Fabrice Arfi et ­Fabrice Lhomme. Auditionné par les parlementaires, Frédéric Bauer, l’ancien policier mandaté pour bloquer les versements occultes, va plus loin. Pour lui, « s’il y avait un lien entre les commissions et l’attentat de Karachi, ce sont celles de Sawari 2.

François Labrouillère - Paris Match

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