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La chute du dollar américain - Partie II

mardi 10 mai 2011

Pendant ce demi-siècle passé en revue par décades dans la partie précédente (Partie Une), les Etats-Unis ont toujours été le conducteur principal de l’économie capitaliste. Les pays européens ruinés par deux guerres mondiales perdues ont suivi le modèle américain en engrangeant les dividendes du développement technologique et économique des Etats-Unis.

A la différence de ces derniers, les Européens ont donc pris le train du développement capitaliste (initié par le Plan Marschall), et l’ont fortement teinté de socialisme. C’est à dire que la composante « sociale » provient d’un côté des racines sociales vieilles de plus d’un siècle de luttes populaires et de l’autre côté cela a aussi été encouragé par le communisme soviétique voisin de l’époque. La société capitaliste américaine a vu disparaître petit à petit sa classe moyenne constituée pendant les 30 glorieuses.

Tout comme en Europe, le socialisme perd de plus en plus de sa force de persuasion face aux réalités économiques d’aujourd’hui.
En Europe, cet étirement de la société, ayant pour but de créer ainsi plus de richesses au détriment d’une paupérisation des autres classes, ne devrait pas se passer aussi facilement qu’aux Etats-Unis. Comme peut en témoigner les mouvements récurrants de contestations en France par exemple. A noter tout de même l’impressionnant virage pris par l’Allemagne dans la dislocation de leur système social ces dix dernières années, ou même l’Angleterre auparavant.

La mondialisation, encouragée par les multi-nationales a permis de maintenir une croissance modérée dans les pays occidentaux. Mais elle a surtout permis l’accès à la technologie aux pays émergents, et aussi à ces pays de commencer à prendre l’initiative dans l’économie mondiale. Ces états ont à leur tour développé leur propre système bancaire et leurs propres intérêts commerciaux. Ils ont mis leurs mains dans l’énorme engrenage de l’argent qui créé de l’argent pour le meilleur comme pour le pire. Le pire, pouvant être que l’engrenage de la roue ne peut plus supporter la course effrénée du développement de la société de consommation et de ses nouveaux besoins, lesquels se doivent d’être continuellement auto-entretenus.

Le talon d’achille de la plupart de ces pays émergeants intervenant dorénavant sur la scène internationale est la fragilité de la troisième force décrite initialement (Partie Une), c’est à dire celle de la cohésion sociale de leur société. L’absence de démocratie et de liberté pour leurs citoyens, représentées comme idéaux ultimes dans nos sociétés, est un risque énorme sur la continuité temporelle de leur rapide développement.

Côté poids militaire, même si la force économique mondiale montre un centre de gravité se déplacant vers l’Asie du Sud-Est, la force militaire de ces pays n’est qu’une force en devenir (on remarquera cependant déjà les ires des anciens faucons américains sous l’administration de Bush Junior, lesquels se sont recyclés cette fois dans une politique de conspiration contre la Chine, [1]).

Comme l’a relevé Jacques Attali [2], le centre de gravité mondial qui suit le centre de gravité du marché continue donc son périple vers l’Ouest.
En effet, il a commencé en Egypte aux temps des pharaons, puis s’est déplacé en Grèce Antique, puis la Rome impériale, puis Gênes et Venise les villes marchandes, puis l’Espagne des Conquistadores, puis Bruges et Amsterdam les ports marchants, puis Londres d’où est partie la révolution industrielle, puis New York entre les deux guerres symbole du renoncement à la doctrine Monroe de 1854 des Etats-Unis et le souhait des Etats-Unis de rentrer sur la scène internationale, enfin la Silicone Valley dans l’Ouest américain où s’est développé l’informatique qui révolutionne nos vies. Le centre de gravité s’est déplacé en 2008 encore une fois un peu plus vers l’Ouest, il se situe donc dorénavant entre les Amériques et l’Asie, c’est à dire au milieu de l’océan pacifique, où les tensions en jeu n’ont rien de pacifiques.

Les Russes et les Chinois sont restés neutres vis à vis de la projection de la puissance militaire américaine, jusqu’à présent. L’intervention de l’OTAN en Libye a montré la passivité ou l’indifference des Chinois. La Russie replonge dans le même choix cornélien qu’elle n’a pas su et pu prendre au XIXe siècle, où elle était tiraillée entre les forces modernes de la révolution industrielle venant des jeunes Républiques de l’Europe occidentale et entre les forces conservatrices de l’empire des Tsars.
La littérature russe a montré par sa richesse en émotion cet extraordinaire déchirement interne qu’il y a eu en Russie à cette époque (XIXe). Finalement, ni la première ni la seconde voie n’avaient triomphé, mais plutôt une troisième qui s’est ouverte et a effacé les deux autres, celle d’un nouveau système politique : le communisme.
Aujourd’hui de nouveau la Russie se situe entre deux chemins. Le premier est celui pris par les pays occidentaux (plutôt l’approche de Monsieur Medvedev, la Russie a d’ailleurs fortement été encouragée dernièrement avec par exemple l’obtention de l’organisation de la coupe du monde de football en 2018 et l’entrée prochaine au sein de l’OMC). Et l’autre chemin est celui montré par les BRICS et surtout le modèle chinois [3] qui engrange les richesses et qui maintient un gouvernement fort et très étatique (plutôt l’approche de Monsieur Poutine).

Unanimement la Chine est considérée comme la grande nation vainqueur de la crise financière et économique de 2008. Même si aujourd’hui l’information phare des médias se tourne plus vers l’historique catastrophe du tsnunami japonnais, lequel aura pour conséquence un certain replacement des capitaux et des actifs japonnais des marchés internationaux vers le Japon pour la reconstruction de leur pays. La dette japonaise va aussi encore fortement s’alourdir, et les contestations sociales vont sans aucun doute s’exarcerber contre les politiques austères à venir sur l’archipèle nippon.
De plus, au vue des mouvements contestataires arabes de ce début d’année, il faut quand même regarder avec une forte préoccupation à venir l’épée de Damocles au dessus de la tête du gouvernement chinois qui est l’absence de démocratie, et de liberté aux citoyens.
Tout aussi dangereux ou même pire ça serait la mise en place d’un gouvernement populiste chinois, ce qui n’augurerait rien de bon pour les relations sino-occidentales et donc de l’économie mondiale.

Les Etats-Unis (aussi appelés « Hard Power ») ont réussi (non en Irak en 2003), mais en Afghanistan et maintenant en Libye l’intégration des pays de l’Union Européenne (aussi appelés « Soft Power ») dans leur politique
étrangère aggressive. Les forces armées européenes se couplent sur celle des Etats-Unis via l’outil d’intégration militaire occidental qu’est l’OTAN, qui est de toute façon sous commandement américain.

Pour revenirau contrôle de la chute du dollar américain, la force économique américaine est victime d’une érosion du système de fonctionnement des cours du pétrole, du dollar et du marché occidental. Cependant le rapprochement économique des économies américaines et européennes se met en place, dernier exemple en date celui de l’accord de fusion en Février 2011 entre la bourse allemande AG et celle du NYSE-Euronext ayant le siège social aux Etats-Unis (intronisée en 2007, NYSE représentant la bourse de New York et Euronext celle des bourses francaises, hollandaises, portugaises) [4]

De plus, avec la crise financière de 2008, un certain phasage temporel s’est opéré permettant ultérieurement une synergie de réaction à apporter aux taux de prêts contractés par les banques centrales américaines et européennes. Le découplage précédent provenait du dilemne sur l’intervention ou non dans la dernière guerre d’Irak, découlant de divergences notoires entre les différentes politiques prises de part et d’autre de l’océan atlantique sur l’intervention en Irak.
Suite à la crise de 2008, la restructuration économique des pays européens se fera à court et moyen terme via une focalisation de la dette. Elle est déja présentée comme contractée par les coûts d’entretien du bon système social européen. Le but est de privatiser ces systèmes pour transférer cet argent dans les circuits financiers, et le second avantage est d’étirer la société (accentuation de l’écart riches - pauvres) pour gagner en efficacité économique.
Les faillites des pays européens les plus fragiles économiquement devraient permettre régulièrement de raccrocher le $ a des valeurs acceptables de l’€, afin de contrôler d’une certaine façon l’écart persistant et aussi de plus en plus important (puisque le problème est de nature structurelle, c’est à dire que les deux économies n’évoluent pas de la même manière.)

Ceci dit, peut-on même parler d’économie européenne, alors que chacun des pays européens ont de telles disparités économiques ?
Quels seraient les avantages et/ou les inconvénients de l’abandon de l’€ par certains pays pour le cours du $ ?

La construction européenne a toujours été encouragée par les américains, et c’est aussi dans cette optique que l’on peut voir l’Union Européenne comme le cheval de Troie des Etats-Unis (voir par exemple le pouvoir de plus en plus fort de Madame Aschton, ministre des affaires étrangères de l’UE, qui agit tout simplement en court-circuitant les diplomaties nationales).
Les Etats-Unis de leur côté devraient ajuster leur économie par différentes coupes budgétaires et autres futurs tours financiers.
L’autre idée, pour accompagner la crise financière et économique de nature structurelle et pour contrôler la chute du $, est de rapprocher la Russie vers le cercle d’influence occidental via une coopération militaire (bouclier anti-missile, et programme spatial conjoint). Concernant la proposition du secrétaire général de l’OTAN à la Russie sur le bouclier anti-missile, l’accord du sommet de Lisbonne en Novembre 2010 est l’établissement d’un système d’une certaine manière coordonnée en Europe des deux systèmes actuels et indépendants de défense anti-missile russe et de celui de l’OTAN.
Pendant la guerre de Géorgie (en 2008), la tension entre les 2 grands vainqueurs de la seconde guerre mondiale avait atteint un pic. Au dire de la secrétaire d’Etat aux affaires étrangères - Mme Clinton - lors de sa dernière visite à Moscou, qui souhaite ré-initialiser les relations entre les 2 pays. L’expression a aussi été reprise dernièrement dans l’entretien entre messieurs Poutine et Biden au sujet d’une facilitation du droit au visa entre les deux pays.

Dans une économie mondialisée, les Etats ont tout intérêt de coopérer mutuellement, sous risque de déraper de leur trajectoire actuelle. Les Etats-Unis devraient recevoir l’aide économique indirecte de l’Union Européenne laquelle devra se restructurer économiquement en abandonnant son système social chèrement acquis pourtant. Comme l’histoire l’a déjà montré au XIXe siècle, la Russie n’arriverait pas à choisir sa préférence géopolitique entre d’un côté ses voisins affiliés à la World Compagnie américaine et de l’autre côté l’empire du milieu qui fut jadis son « grand frère » communiste de l’Est.
La Chine devrait s’assurer un développement durable plus équitable pour sa population sous danger de fortes révoltes sociales pouvant mettre en péril la classe dirigeante du parti communiste.

Militairement, l’OTAN a pris l’initiative d’un rapprochement avec la Russie, laquelle n’y voit pas forcément une aubaine.
D’autre part, l’organisation occidentale via l’OTAN est en train de retourner en sa faveur la chute des gouvernements autoritaires en Afrique du Nord et en prenant possession de certaines réserves pétrolières en Libye.
La crise qu’exprime l’ensemble du peuple arabe montre que le Moyen-Orient cherche sa voie. D’une autre manière, les tensions continuent à s’exacerber dans le monde musulman : Pakistan, Afghanistan, Irak, Iran, Israël, Turquie, Syrie, Jordanie, Yémen.

L’annonce officiellement donnée de la mort de Ben Laden permet de sonder la vigueur de la rhétorique néoconservatrice américaine et européenne sur l’échelle mondiale. Ainsi on dit que l’avenir appartient à ceux qui prennent leur destin en main, surtout que l’anniversaire des dix années du Pearl Habour du XXIe siècle n’est juste que la mise en bouche d’une année 2012 à venir, où les choix politiques devront s’exprimer en Israël, France, Etats-Unis, Chine et Russie pour accompagner le contrôle de la chute du dollar américain.

Louis Hugo

Notes

[1article intitulé « Chinas Welt - Was will die neue Supermarkt ? » du magazine allemand der Spiegel, daté du 03 Janvier 2011.

[2Jacques Attali, une brève histoire de l’avenir

[3Disparités économiques des BRICS : http://de.rian.ru/infographiken/201...

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