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Poutine « autiste » : mythomanie et schizophrénie de la presse

vendredi 6 février 2015

Ce 6 février 2015, la presse française (largement subventionnée par l’Etat) reprend en cœur une dépêche américaine affirmant que le président Poutine serait atteint d’une maladie neurologique : l’autisme.

Sans preuves et sans rigueur de vérification de leurs sources, tous les éditorialistes ont repris cette fausse « information » truffée de suppositions, alors que la déontologie journalistique impose de n’avancer que des faits.
Comment ne pas s’étonner de voir les réactions unanimes des lecteurs de Libération qui dénoncent cette propagande aussi stupide qu’un poisson d’avril.

La presse est vraiment malade, malade de ne plus jouer son rôle de contre pouvoir, malade de ne plus investiguer les sujets, malade de ne plus proposer d’experts hormis ceux qui usent leurs pantalons sur les plateaux de télévision parlant de terrorisme et qui ne sont jamais allés sur le théâtre des opérations au Moyen Orient.

Cela s’appelle « la Presse alignée » comparable à celle qui sévissait en URSS, d’ailleurs Staline aurait eu l’embarras du choix pour composer son ministère de la propagande parmi ceux qui ont relayé cette rumeur. (Voir le dossier en fin d’article sur « Le Bureau d’Influence Stratégique » (OSI) )

Il est salutaire de rappeler à nos amis « pigistes » qu’ils disposent d’une charte déontologique très explicite :

"Le droit à l’information ainsi que la liberté d’expression et de critique constituent des droits fondamentaux et des conditions essentielles à
une société démocratique.
Les journalistes ont le droit et le devoir d’informer le public des sujets
d’intérêt général. Celui-ci ne se confond pas avec la curiosité du public
qui ne dispose pas d’un droit absolu à tout savoir. Les journalistes ne
disposent pas d’un droit absolu à tout divulguer.
Le droit du public à connaître ces sujets détermine la liberté et la
responsabilité journalistiques.
Les journalistes s’imposent pour ce faire des normes qui découlent des
obligations de diffuser des informations vérifiées ; recueillir et diffuser les informations de manière indépendante ; agir loyalement ;respecter les droits des personnes.
Toute autre personne amenée à diffuser de l’information est invitée à
adhérer à ces normes.
"

Le montant des aides à la presse révélé

Publié le 24 décembre 2013 par Antoine Dusséaux.

Récemment, le ministère de la Culture et de la Communication a publié un bilan détaillé de l’ensemble des aides publiques pour le secteur de la presse.

Le 10 décembre 2013, dans une rare opération de transparence, le ministère de la Culture et de la Communication a publié un bilan détaillé de l’ensemble des aides de l’État allouées en 2012 au secteur de la presse. Cette publication fait suite à deux rapports de la Cour des Comptes publiés cette année. Le premier en février critiquait, outre le montant en lui-même, « une transparence encore incomplète sur le montant des aides ». Le second publié en septembre rappelait que « le dispositif des aides d’État à la presse s’est historiquement caractérisé par son absence d’information publique sur les montants accordés aux différents éditeurs et titres de presse » et recommandait « une publication consolidée des aides directes et indirectes par titre » afin « d’apprécier et de comparer le degré de soutien de l’État entre les titres bénéficiaires ».

Le tableau récapitulatif des aides attribuées en 2012 pour les 200 titres de presse les plus aidés est riche d’enseignements. Aides directes (aide aux quotidiens nationaux d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires, aide aux quotidiens régionaux, départementaux et locaux d’information politique et générale à faibles ressources de petites annonces, aide au portage de la presse, aide à la presse hebdomadaire et régionale et aides reçues au titre du fonds stratégique pour le développement de la presse), aides aux tiers (aide à la distribution de la presse quotidienne nationale d’information politique et générale notamment), aides postales (tarifs postaux préférentiels pour l’envoi des journaux), tout y passe !

L’occasion de remarquer que, quand il s’agit de quémander des subventions, les frontières politiques s’estompent vite. Ainsi, en montant total, Le Monde et Le Figaro sont les deux journaux les plus aidés, avec respectivement 18,6 et 18,2 millions d’euros versés en 2012 tandis qu’en aides par exemplaire ce sont L’Humanité et Le Nouvel Observateur qui arrivent en tête avec respectivement 0,53 € et 0,34 € de subvention par numéro. L’Humanité, vendu 1,40 € l’exemplaire, décidément journal à l’agonie qui ne doit sa survie qu’à sa promiscuité avec le pouvoir. On se rappelle en effet que le quotidien communiste a également obtenu il y a peu l’effacement de sa dette par l’État, sans que cela lui suffise puisque, aussitôt les aides à la presse critiquées, le journal y a vu des « torpilles contre la démocratie ».

Comme rappelé dans le communiqué ministériel, ces aides servent à « garantir la liberté de la presse et à conforter les conditions de son pluralisme ». On comprendra ainsi mieux les 7 millions annuels reversés à Télé 7 jours chaque année ou encore le demi-million attribué au Journal de Mickey, deux périodiques qui portent haut les valeurs de la culture française et défendent sans relâche la liberté d’expression. Il ne faudrait pas non oublier des périodiques plus engagés comme L’Hebdo des socialistes, CGT ensemble ou encore CFDT Magazine que le contribuable français soutient chaque année.

La rumeur de l’exécution des journalistes Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari : A qui le profit ?

Publication : 13/01/2015

Tout le monde a été surpris la semaine dernière par l’information de l’exécution des journalistes tunisiens Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, retenus en otages depuis plus de cent vingt jours en Libye par la branche libyenne de l’organisation terroriste de l’Etat islamique (Daech).

Tous les médias des quatre coins du monde ont directement diffusé l’information qui a été publiée par la chaîne française publique (AFP) sans vérifier sa fiabilité. Les médias tunisiens étaient les seuls qui ne l’ont pas partagée directement, peut-être parce qu’il s’agit de collègues, mais en même temps le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) a appelé les journalistes tunisiens à calmer les tensions et à ne diffuser aucune confirmation de l’information avant que les responsables la vérifie auprès de sources crédibles.

Colère, chagrin, tristesse, etc. telle a été la situation des journalistes tunisiens dans les couloirs du SNJT, en attendant la bonne nouvelle du Président du syndicat ou des responsables politiques. Au moment où les médias étrangers partageaient l’information, les professionnels de la scène médiatique tunisienne avaient des doutes quant à l’authenticité de cette information. La lueur d’espoir était présente mais les médias étrangers ne cessaient de faire circuler cette rumeur qui s’est propagée comme une traînée de poudre devant le silence des autorités.

En fait, les faits confirmaient qu’il s’agissait bel et bien d’une rumeur, car l’information a été publiée sur une page Facebook trois heures après sa création. Donc personne ne confirme que l’Etat islamique (Daech) est le propriétaire de cette page. « France 24 », elle-même, n’a pas pris le temps pour vérifier l’information. Le Président du SNJT a d’ailleurs soupçonné que cette affaire soit en lien avec l’affaire de Charlie Hebdo.

Quand la géopolitique des médias s’impose

Les médias ont toujours été efficaces en matière de croissance des échanges mondiaux sur le plan économique et sociologique, mais aussi sur le plan géopolitique. Comme le souligne le géographe Jacques Barrat, les médias sont « à la fois reflets et acteurs des mutations géopolitiques [...] reflets dans la mesure où ils sont le plus souvent les miroirs fidèles des espaces géographiques, des entités économiques et politiques, et des contradictions des sociétés humaines au sein desquelles ils se sont implantés et fonctionnent. Plus encore, ils sont de bons révélateurs des inégalités qui existent entre les hémisphères, les continents, les blocs, les aires culturelles et les nations, et donc des grands équilibres et déséquilibres du monde d’aujourd’hui ».

En réalité, les médias ont participé à la création d’un nouvel espace et ont imposé de nouveaux enjeux avec l’émergence des nouveaux outils de communication et d’expression. Ils constituent tout simplement un moyen de bouleversements considérable de la géopolitique mondiale après avoir commencé à jouer un rôle important dans les relations internationales et les situations de conflit.

Dans les conflits armés, leur utilisation s’affirme depuis la nuit des temps, à savoir la guerre mondiale, et est devenue un champ d’action spécifique de l’activité militaire. Le ministère de l’information Allemand Goebbels a découvert l’utilité des médias pour gagner la guerre du sens et la bataille de l’influence et ce en manipulant ou en influençant l’opinion publique.

Et Aymeric Chauprade, dans « Géopolitique, Constances et changements dans l’histoire », publié en 2001, a souligné la guerre de l’information menée par les États-Unis pour orienter l’opinion publique des pays occidentaux durant les guerres du Golfe de 1990-1991 et du Kosovo. C’est ce que confirme aussi notre situation actuelle avec ce que nous avons vécu de cyber conflits et d’utilisation des médias sociaux dans les mouvements de contestations populaires à savoir le « printemps arabe ».

De ce fait, la géopolitique des médias s’impose ainsi, afin d’étudier les rivalités de pouvoirs entre les acteurs médiatiques, les systèmes d’influence des médias et le détournement de l’opinion publique et du discours des médias dans un contexte de conflits, etc. Il s’agit de la stratégie de contrôle, de développement des tensions et de réactions entre les acteurs.

Et si les médias sont utilisés ainsi en tant qu’instrument au service de l’État et exercent une capacité d’influence sur le comportement des opinions publiques, ne devrions-nous pas nous demander si la fausse rumeur de l’exécution des journalistes Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari ne fait pas partie d’un projet de géopolitique de médias ?

En fait, cette fausse rumeur a été propagée le lendemain de l’attentat de « Charlie Hebdo » qui a engendré la mort de douze personnes, y compris le directeur de la publication. Des terroristes ont été accusés et l’Islam a été mis en question. Bien que la majorité de la communauté française ait critiqué cet attentat, de nombreux Français ont été assez sévères contre les Musulmans. De plus, l’infodominance, dans sa dimension militaire, consiste à employer des moyens techniques pour connaître le champ de bataille et plonger l’adversaire dans le brouillard afin de le paralyser. La France ne cherchait peut-être pas à propager une vision du monde contre l’Islam, à travers sa chaîne étatique France 24 ?

D’un autre côté, certains internautes et spécialistes de conflits politiques supposent que l’affaire de « Charlie Hebdo » elle-même fait partie d’un plan politique international contre l’islam, avec l’émergence de l’islamophobie en l’Europe. Les puissances politiques ont tout simplement réussi à conceptualiser le fait événementiel, propager des discours d’influence et des images sensibles qui touchent les citoyens, dans le cadre de la transnationalisation, où la frontière entre les États tend à s’effacer dans les échanges y compris les échanges d’informations. Ainsi, de nouvelles formes de domination se distinguent, celles de la supériorité par le savoir, la prédation de l’information et la désinformation.

Aujourd’hui, Sofiane Chourabi et Nadhir Guetari, citoyens tunisiens et journalistes maintenus en otage alors qu’ils exerçaient leur profession, sont en danger. Pour que leur affaire ne soit plus utilisée au profit des conflits politiques, les autorités tunisiennes sont appelées à trouver des compromis avec les négociateurs. Tout le monde reconnait le rôle des médias au niveau de la création de la nouvelle infanterie du « soft power » et du champ de bataille de demain. Et rappelons alors ce qu’a déclaré le Président de la république tunisienne, Béji Caïd Essebssi : « Leur épreuve est devenue une cause nationale et nous ferons notre possible pour les libérer ».

Geopolintel recommande la lecture de son dossier
sur « Le Bureau d’Influence Stratégique » (OSI) ici

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