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Le Bureau d’Influence Stratégique (OSI)

Vie et mort des agences d’influence américaines

dimanche 25 avril 2010

En novembre 2001, le Pentagone créait le « bureau d’influence stratégique » (Office of Stategic Influence - OSI) ayant pour mission de lancer des campagnes de désinformation auprès des presses étrangères dans le cadre de la guerre contre le terrorisme international, en tant que subdivision du « bureau des opérations d’information », lequel dépendant de l’Etat-major interarmées.

Alors qu’en 2002, le président américain célébrait le 60e anniversaire de la radio Voice of America, l’OSI pouvait être perçu comme une résurrection du bureau chargé pendant la guerre du Vietnam de fournir des informations à l’ ennemi pour perturber leurs stratégies.

Cette création s’inscrit avant tout dans les rivalités intestines qui déchirent les départements de la Défense, d’Etat, et surtout la CIA chargée officiellement des mesures « actives » (comme les opérations de désinformation, d’intoxication…). Il semblerait par ailleurs que ce soit les services chargés de l’information militaire « classique » qui auraient organisé la fuite dans le New York Times qui révéla l’existence de ce bureau en février 2002. Ces derniers estimant en effet que l’OSI pourrait saper la crédibilité des informations communiquées par le département.

Le chef du bureau, Simon Worden, général de l’US Air Force, déclara qu’il « considérait sa mission comme large, allant de campagnes « noires » utilisant la désinformation et d’autres activités secrètes aux relations publiques « blanches » faites de communiqués véridiques » [Libération, 20/02/2002] . Concrètement, les opérations pouvaient se traduire par la diffusion de tracts, d’emails camouflés, de « journalistes » chargés de répandre des échos formatés par le Pentagone…, ou encore de manière plus agressive par la diffusion de fausses informations ou par l’attaque de sites informatiques hostiles.

En s’interrogeant sur les risques de contamination de la presse nationale américaine si l’OSI intoxiquait les agences de presse internationales, le quotidien souleva une vive polémique. Une loi aux Etats-Unis interdit en effet aux agences fédérales de propager des informations volontairement fausses à l’intérieur du territoire national. Malgré les nombreuses déclarations de démenti (« Le Pentagone ne diffuse pas de désinformation à la presse étrangère ni à aucune autre presse », Donald Rumsfeld, secrétaire à la Défense ; « Nous ne mentirons jamais au peuple américain ou à nos partenaires de la coalition anti-terroriste », Richards Myers, chef de l’Etat-major interarmées), le président George W Bush décida de couper court à la polémique grandissante à peine une semaine après les révélations du NY Times.

Bien que le bureau ait disparu, la volonté d’utiliser l’information de manière offensive restait quant à elle bien présente. Plusieurs mois après la disparition de l’OSI, Donald Rumsfed, proposa la création de l’Office of Perception Management ayant pour mission de modifier l’attitude des audiences cibles. Cependant, une autre proposition de bureau, au titre plus respectable justifiant ses fonctions des contradictions constatées dans la communication de la politique étrangère et du Pentagone, remporta l’adhésion : le « bureau des communications internationales »

Un rapport du Council on Foreign Relations ayant analysé que la perception des Etats-Unis par de nombreux pays était teintée d’une série d’adjectifs négatifs comme « arrogants », « hypocrites », « non désireux d’engager un dialogue inter-culturel »… Ce constat a amené le président Bush a signé, en janvier 2003, un décret autorisant la création de l’OGC. Ce dernier sera chargé de coordonner les actions des différentes agences, de concevoir et rédiger les messages destinés à soutenir la politique extérieure américaine, et de contrer les campagnes de désinformation du régime irakien.

Installés à Washington, Londres et Islamabad, les bureaux de l’OGC et ses équipes de « communicateurs » auront un seul objectif officiel : communiquer de manière cohérente pour promouvoir une image positive des Etats-Unis et légitimer ainsi sa politique internationale. Pour éviter la déconvenue de l’ OSI, le décret a précisé que les messages, destinés aux citoyens et aux leaders d’opinion américains, aux membres permanents de l’ONU, au monde musulman et aux alliés européens, devront être véridiques et exacts..

Le Perception Management semble prévaloir (pour l’instant…) sur la désinformation dans les campagnes d’influence. Beaucoup plus difficile à déceler, l’influence par la « gestion des perceptions » est beaucoup plus insidieuse puisqu’elle vise le cœur de réflexion des individus pour modifier leurs visions sur tel ou tel sujet. Après les OGM et la guerre en Irak, quelles seront les prochaines cibles ? Les pays d’Europe de l’Est et l’OTAN ?…

Source : Infoguerre (28/01/2003)

Désinformation : un simple boulot de relations publiques

Restaurer son image, influencer l’opinion : l’armée américaine et ses communicants sont passés maîtres ès-manipulation. « The Village Voice » a enquêté sur les pratiques peu reluisantes du Pentagone.

Quel est le dénominateur commun de l’attaque américaine contre le Panamá de Manuel Noriega en 1989, de la guerre du Golfe en 1991, de la campagne d’Afghanistan en 2001 ? Rendon Group, évidemment. La maison américaine de relation publique (RP) est de tous les grands voyages de troupes américaines, révèle « The Village Voice ».

Mieux, ajoute l’hebdomadaire new-yorkais, que ce soit à Koweït City ou au Kosovo, contre espèces sonnantes et trébuchantes ses cadres sont toujours prêts à servir les desiderata du Pentagone, le ministère de la Défense américain. « A Kaboul, John Rendon, le fondateur du groupe éponyme, rejoignait tous les matins la réunion des hauts gradés pour définir le message de guerre du jour. » A charge pour lui et ses cadres de répercuter le mot dans les diverses opérations de « RP ».

Rendon Group s’adonne ainsi à de la propagande classique ­ émissions de radio et programmes télévisés ­ ou des opérations de pur marketing. En 1991, des milliers de tee-shirts ont été distribués à Koweït City, alors sous occupation irakienne, floqués d’un slogan des plus explicites : « Libérez le Koweït ».

Ce n’est que du « folklore » au regard des manipulations imaginées par les « communicants » du Pentagone. En 1990, le Cabinet Hill & Knowlton, un équivalent de Rendon Group, est derrière « la campagne des atrocités commises contre des bébés », rappelle « The Village Voice ». Alors que le Congrès américain discutait en 1990 pour décider de l’envoi de troupes américaines afin de libérer le Koweït, Hill & Knowlton a fait courir le bruit aux Etats-Unis que plus de 312 bébés koweïtiens avaient été « massacrés » par des militaires irakiens.

L’« information » fut reprise en cœur par sept sénateurs favorables à la guerre. L’émotion dans la population et au Congrès fut telle que l’autorisation fut de suite accordée. Bush Senior pouvait engager sans trop de problème son armée dans la fameuse opération « tempête du désert ». Or, précise l’hebdomadaire, « après vérification, on s’est aperçu que le drame des bébés koweïtiens était monté de toutes pièces... »

Désinformation, manipulation, propagande... A la veille d’une nouvelle attaque américaine contre l’Irak, que peut bien nous préparer le Pentagone ? Selon « The Village Voice », Rendon Group est bien actif. L’hebdomadaire affirme que « si Saddam est destitué, une des créations de Rendon Group se prépare à entrer en scène : le Congrès national irakien (CNI). » « Cette coalition de dissidents irakiens menée par Ahmed Chalabi et sans aucun ancrage irakien, est aujourd’hui considérée par le gouvernement américain comme une alternative politique possible en Irak. « Or, sans Rendon, le groupe de Chalabi ne serait rien », explique « The Village Voice ».

En effet, « Rendon financé par la CIA dans les années 90 et, depuis peu, par le Pentagone, contrôle chaque fait et geste du groupe d’opposants irakiens. Le groupe de relations publiques coordonne ses sessions annuelles et orchestre les rencontres de son leader avec les grandes pointures de la politique américaine, comme l’ancien ministre des Affaires étrangères américain James Baker. »

En clair, prévient « The Village Voice », l’information délivrée par le Pentagone devra être prise avec des pincettes lors de la guerre qui se profile. Une manipulation médiatique est si vite arrivée.

Source : Courrier International (18/11/2002)

Bush censure « l’office de désinformation »

« Nous dirons la vérité au peuple américain. » Le président des Etats-Unis a coupé court à toute polémique en condamnant l’initiative du Pentagone qui, selon le New York Times, travaillait « à la préparation de plans de désinformation afin d’influencer les opinions publiques et les leaders étrangers ». George W. Bush a démenti une quelconque volonté de manipulation, relayé par son secrétaire à la Défense. « Il a été aussi stupéfait que moi de lire des informations selon lesquelles quelqu’un d’officiel ne dirait pas la vérité aux Américains », a confirmé Donald Rumsfeld.

L’Office de l’influence stratégique (OSI), créé en novembre 2001 dans la foulée du 11 septembre, avait pour mission de lancer des campagnes de désinformation auprès de la presse étrangère dans le cadre de la guerre antiterroriste. Une démarche révélée aux médias et à George W. Bush lui-même, pendant le voyage de ce dernier en Extrême-Orient. Une coïncidence malheureuse qui a forcé la colère du président qui s’efforce de promouvoir la crédibilité du gouvernement des Etats-Unis à l’étranger.

Le rapport annuel de l’Institut international de la presse (IPI) sur l’état de liberté de l’information dans le monde égratignait déjà depuis quelques jours l’administration américaine, mettant en évidence la pression du gouvernement Bush sur les médias depuis la riposte militaire aux attentats du 11 septembre. « Une guerre contre les médias », selon les termes de l’IPI, que George W. Bush a voulu immédiatement pacifier. Célébrant le 60e anniversaire de la radio Voice of America, le président a réaffirmé que « pour la défense de la liberté, la vérité est aussi indispensable que la force des armes ».

Tué dans l’œuf, l’Office de l’influence stratégique ne fera donc pas acte de propagande ni de diffusion de fausses informations pour les médias étrangers. Pourtant, Donald Rumsfeld avait plusieurs fois prévenu les journalistes qu’il ne dirait pas toute la vérité pour raisons de sécurité, en assurant toutefois qu’il ne leur mentirait pas. Pour se réhabiliter aux yeux du monde, le gouvernement Bush tente aujourd’hui une nouvelle opération de franchise. Toute la vérité, rien que la vérité.

Source : Le Figaro (27/02/2002)

Le bureau de désinformation du Pentagone est supprimé

L’Office d’influence stratégique, créé par le Pentagone pour mener la « guerre de l’information », a connu une fin prématurée. Du moins a-t-il fait l’objet d’un double avis de décès, notifié par le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, dimanche 24 février, puis par le président George W. Bush lui-même le lendemain. « Je n’avais pas besoin de le lui dire, il sait ce que j’en pense », a répondu M. Bush lorsqu’on lui a demandé, lundi matin, s’il avait donné consigne à son ministre d’en finir avec l’office en question. Il a ajouté qu’« ayant entendu » la déclaration de M. Rumsfeld la veille, il lui faisait confiance pour « mener cette affaire comme il convient ».

« Nous dirons la vérité au peuple américain », a martelé le président, dont le ton confirmait un article du Washington Post selon lequel la Maison Blanche avait été rendue furieuse par la révélation, la semaine précédente, des projets de désinformation du Pentagone (Le Monde du 22 février).

Il faut dire que cela ne pouvait pas tomber plus mal, alors que M. Bush était en voyage en Asie pour y justifier, notamment, sa théorie de « l’axe du mal » et alors que le comportement du président et de son administration provoquait de vives critiques en Europe. Quel crédit accorder à un gouvernement qui envisage de donner carte blanche à ses militaires pour raconter n’importe quoi, non seulement à ses ennemis, mais aussi à ses amis ou alliés ?

M. Rumsfeld n’avait pu que confirmer, le 20 février, l’embarrassante histoire dévoilée par le New York Times. Créé secrètement et placé sous le commandement d’un général de l’armée de l’air, Simon Worden, l’Office d’influence stratégique, ou OSI, avait pour mission de diffuser des informations servant la cause des Etats-Unis, mais un débat était en cours sur la possibilité d’autoriser cet office à pratiquer la désinformation, avec une restriction : celle-ci devrait être réservée aux médias étrangers. Le Times se demandait d’ailleurs, gravement, s’il était possible d’intoxiquer les agences de presse internationales que sont Reuters (britannique) et l’Agence France-Presse (française) sans contaminer la presse américaine.

Le quotidien précisait aussi que l’OSI avait passé un contrat de 100 000 dollars par mois avec un cabinet de communication, Rendon Group, déjà employé en 1990 dans la préparation de la guerre du Golfe. Cette indication et celle, donnée par M. Rumsfeld lui-même, de la date de création de l’OSI, en novembre 2001, rendent quelque peu suspectes les affirmations du ministre, dimanche, selon lesquelles il aurait quasiment découvert sinon l’existence de l’OSI, du moins ses projets, en lisant le journal. Elle incitent aussi à sourire de l’indignation manifestée par M. Bush.

Cependant, le directeur adjoint de la communication de la Maison Blanche, Jim Wilkinson, assure, dans le Washington Post de lundi : « Le président est un homme honnête, qui parle franc, et il entend que chaque porte-parole, dans ce gouvernement, se situe au même niveau d’exigence. »

Selon une logique toute militaire, de même que M. Bush fait « confiance » à M. Rumsfeld pour régler ce problème, le ministre avait pris soin, dimanche, sur la chaîne de télévision NBC, de désigner comme responsable un échelon hiérarchique inférieur.

Jamais appelé par son nom, mais présenté comme « la personne en charge », Douglas Feith, sous-secrétaire à la défense, ancien de l’administration Reagan, a été invité fermement par M. Rumsfeld à se demander « si cet office devrait exister sous sa forme actuelle, vu la mauvaise information et la mauvaise publicité dont il a fait l’objet ». Quel autre sort mérite, en effet, un office de désinformation qui ne parvient même pas à cacher la vérité sur lui-même ?

Source : Le Monde (27/02/2002)

Le Bureau d’influence stratégique pourrait être supprimé

Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a affirmé que le Bureau d’influence stratégique que le Pentagone a créé après les attentats du 11 septembre pour améliorer l’image des États-Unis pourrait être supprimé, en raison de la vive controverse l’entoure. M. Rumsfeld a réitéré qu’il n’a jamais eu l’intention d’utiliser cette agence pour faire de la désinformation.

Le New York Times a révélé la semaine dernière que le Bureau d’influence stratégique pourrait servir à diffuser de fausses informations dans les médias étrangers afin de convaincre l’opinion publique mondiale du bien-fondé de la politique des États-Unis dans la guerre contre le terrorisme. Ces révélations ont soulevé l’indignation des médias américains et étrangers.

Retour éventuel des prisonniers dans leur pays d’origine

Par ailleurs, M. Rumfeld, a annoncé que les prisonniers faits en Afghanistan et transférés sur la base américaine de Guantanamo, à Cuba, pourraient être rendus à leur pays d’origine si ceux-ci peuvent garantir qu’ils seront traduits en justice. Le secrétaire à la Défense a indiqué que ce retour pourrait se faire d’ici peu. Les prisonniers talibans ou membres du réseau Al-Qaida proviennent non seulement d’Afghanistan mais d’une trentaine d’autres pays, dont la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.

Les États-Unis font face à de nombreuses critiques concernant les conditions de détention des prisonniers. Washington refuse de les considérer comme des prisonniers de guerre conformément à la Convention de Genève.

Des parents de détenus britanniques ont jugé lundi « illégale » la détention de leurs enfants à Guantanamo et menacé le gouvernement de Tony Blair de poursuites judiciaires pour « complicité » avec les États-Unis.

Source : Radio-Canada (25/02/2002)

Un bureau des fausses nouvelles ouvert au Pentagone

L’administration envisage de lancer une guerre de conquête des opinions publiques mondiales. Par tous les moyens.

« Le Pentagone veut lancer des nouvelles vraies ou fausses dans les médias étrangers », titre le Herald Tribune.Un Bureau d’Influence stratégique (Office of Strategique Influence) vient d’être mis en place avec pour mission officielle de répondre à la perte de soutien de l’opinion publique dans la guerre contre le terrorisme, particulièrement dans les pays musulmans ; mais sans exclure les pays « amis » de l’Europe occidentale .

A peine divulguée, l’affaire a commencé à faire l’objet de polémique dans la presse, et même au Pentagone. Elle a suscité une légère irritation du côté du département d’Etat, jusqu’ici en charge de faire connaître les prises de position du gouvernement.

Ce nouveau bureau, qui à l’appui du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, dispose d’un budget de plusieurs millions de dollars tirés du supplément de 10 milliards récemment voté par le Congrès pour le budget de la défense. Il est dirigé par un général de l’armée de l’air, Simon Worden, qui vient du Conseil national de sécurité. · ses côtés, un de ses collègues en retraite, Wayne Downing, qui était à la tête des opérations spéciales, et un colonel, Thomas Timmes, ancien des missions psychologiques.
Ils utiliseront, écrit le New York Times, qui a révélé l’existence de l’OSI (confirmée avec une insolence tranquille par les intéressés), tous les moyens de désinformation possibles, et même des actions secrètes, qui couvriront aussi bien les activités civiles, les nouvelles « blanches » que les activités « les plus noires des noires », selon les termes d’un officier chargé de cette besogne. L’OSI a fait appel aux services du groupe Rendon, de Washington, qui a travaillé pour le président Carter et la CIA, la famille royale du Koweït et le petit groupe du Congrès national irakien, opposé à Saddam Hussein. Une firme qui a déjà trempé dans des campagnes de propagande lors de l’invasion du Koweït.

Tout est donc en place pour que l’état-major prenne en charge une vaste opération de manipulation de l’information qui ne comporterait pas seulement l’envoi de tracts, mais cette fois la diffusion de fausses informations dont les sources seront cachées, l’attaque de sites informatiques, l’envoi de « journalistes » chargés de diffuser des enquêtes formatées au Pentagone, tous les moyens étant bons pour tromper les médias et les opinions des pays ciblés.

Cette vision digne de Big Brother a fait des vagues au Pentagone, où plusieurs généraux ont fait remarquer que ce n’était pas le rôle de l’armée, qu’il y avait d’autres agences spécialisées dans ce domaine de la manipulation et qu’un tel recours au mensonge pourrait décrédibiliser le Pentagone en l’entraînant dans des missions d’information illégales. La loi interdit aux agences fédérales de diffuser de fausses informations à l’intérieur des Etats-Unis. Ils trouvent curieux que, pour répondre aux critiques qui se sont élevées à la suite des bombardements qui ont fait des victimes civiles innocentes en Afghanistan et à l’incapacité de l’US Air Force d’en expliquer les raisons, on ait choisi de confier la direction de l’OSI à un général d’aviation. Une colonelle en retraite, Virginia Pribyla, ancienne chef du bureau de presse des forces aériennes, interrogée par le Washington Post, note que le problème avec ces « guerriers de l’information » est qu’ils ne voient « rien de mal à ne pas dire la vérité ».
Ce n’est sans doute pas la première fois qu’une agence américaine a recours à l’intox, aux mensonges pour imposer les vues de Washington, et déstabiliser l’opinion de ceux qui refusent de s’incliner devant les oukases de l’empire, mais que la proclamation en soit désormais officialisée en dit long sur le mépris des dirigeants américains pour leur opinion et celles des autres peuples.

Source : L’Humanité (22/02/2002)

La propagande comme arme de guerre

Les récentes révélations du « New York Times » selon lesquelles Washington envisagerait une stratégie délibérée de désinformation, notamment auprès des médias étrangers, dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, continuent de provoquer un tollé. Tandis que les médias américains ont accordé un large écho à cette affaire, les organismes de défense de la liberté de la presse et de surveillance des médias s’indignent de cette éventualité.

Jusqu’à quel point les Etats-Unis sont-ils prêts à manipuler les médias pour arriver à leurs fins ? Information partisane, rumeur, désinformation ? Les récentes révélations du New York Times ont de quoi inquiéter les défenseurs de la liberté de la presse. Dans son édition du 19 février, le quotidien américain affirme que le Pentagone a conçu des plans visant à fournir des informations biaisées, voire fausses, à des organes de presse, dans des pays « amis » ou « ennemis » des Etats-Unis.

Selon le New York Times, un service peu connu du Pentagone, le Bureau de l’influence stratégique (OSI), créé après le 11 septembre, a proposé une vaste campagne médiatique qui pourrait inclure l’envoi de fausses informations à destination de pays hostiles, mais également de nations alliées, dans le cadre d’une nouvelle stratégie de communication liée à la guerre contre le terrorisme. L’OSI aurait en outre proposé « un vaste éventail de mesures, allant de campagnes »noires« utilisant la désinformation et d’autres activités secrètes, aux relations publiques »blanches« reposant sur les communiqués véridiques ». Ce pourrait être des « campagnes agressives qui n’utilisent pas seulement la presse étrangère et Internet, mais aussi des opérations sous couverture ».

La réaction du Pentagone ne s’est pas fait attendre. Dès mercredi, les autorités militaires américaines, sur la défensive, sont montées au créneau. Le secrétaire d’Etat américain à la défense, Donald Rumsfeld, a assuré que le Pentagone disait « la vérité » et n’entendait pas « désinformer le public ou la presse ». Il n’a toutefois pas exclu que pour déjouer l’ennemi les Etats-Unis n’usent de « tactiques de manipulation ». Allant dans le même sens, le chef d’état-major interarmes Richard Myers, rendant visite aux soldats américains en Afghanistan, a ensuite affirmé catégoriquement : « Nous ne mentirons jamais au peuple américain ou à nos partenaires de la coalition » antiterroriste. « C’est quelque chose que, tout simplement, nous ne faisons pas », a-t-il dit, insistant cependant sur l’importance pour les stratèges américains de contrer « les fausses informations et la propagande » de l’ennemi.

Consternation

Les responsables américains ont ainsi cherché ainsi à « calmer le jeu », mais ne sont pas parvenus pour autant à faire taire l’indignation provoquée par cette possible désinformation au sein des défenseurs de la liberté de la presse et organismes de surveillance des médias.

D’autant plus que, jeudi, emboîtant le pas au New York Times, l’Institut international de la presse (IPI) a rendu public son rapport annuel dans lequel l’administration Bush est accusée de manipuler l’information. « La manière dont l’administration Bush a réagi au travail des médias pendant la guerre en Afghanistan, sa tentative de supprimer l’expression des médias indépendants, a été notre grande surprise en 2001 », s’insurge David Dadge, auteur du rapport. Selon lui, « il y a, au sein de l’administration Bush, un désir de contrôler l’information ».

M. Dadge s’est également déclaré très inquiet face aux révélations du quotidien new-yorkais. « Si elle est avérée, c’est une nouvelle consternante. Il sera désormais très difficile de faire confiance aux informations communiquées par le gouvernement américain. (...) Il semble que l’Amérique soit en train de prendre modèle sur la Russie sur la manière dont il faut traiter les médias. (...) Cela aura un effet dévastateur dans le reste du monde. Jusqu’à présent on donnait l’Amérique en exemple pour le respect des principes démocratiques, cela ne sera plus crédible », a-t-il regretté.

Critiquant les « pressions » exercées par le département d’Etat américain à l’encontre de médias américains ou étrangers, l’IPI révèle par ailleurs que « deux éditorialistes ont perdu leur emploi après avoir critiqué l’action du président Bush le jour des attentats [du 11 septembre], un animateur de télévision a été réprimandé par la Maison Blanche pour avoir fait une remarque jugée non patriotique lors d’une émission ».

Reporter sans frontières (RSF), organisation de défense des libertés de la presse, a demandé, dans un courrier au secrétaire d’Etat américain à la défense, de « rejeter catégoriquement le recours à la propagande ». Pour Robert Ménard, secrétaire général de RSF, « une telle décision ne peut (...) que ruiner l’image des Etats-Unis et discréditer les informations délivrées par le secrétaire d’Etat à la défense ». « Comment expliquer que les Etat-Unis recourent à la propagande et à la désinformation après avoir eux-mêmes violemment dénoncé la »propagande« d’Oussama Ben Laden et les médias qui la diffusent ? »

« Mentir délibérément ou répandre de la désinformation ne peut avoir qu’un impact terrible à long terme pour tout pays se prétendant ouvert et démocratique », a estimé pour sa part Paul McMasters, du Forum de la liberté, un centre de recherches sur la liberté d’information à Washington. « Il n’existe aucune justification pour cela. Il n’y a que des désavantages pour le gouvernement américain à copier les communistes et l’ex-Union soviétique dans la bataille de la désinformation », a affirmé de son côté Reed Irvine, fondateur du groupe Exactitude dans les médias.

Source : Le Monde (22/02/2002)

La « propagande noire » du Pentagone inquiète l’Amérique

Le Pentagone, ça commence à se savoir, développe des armes très sophistiquées. Mais a-t-il réinventé le boomerang ? L’Office of Strategic Influence, dont le New York Times vient de révéler la création peu après le 11 septembre, est en train de se retourner contre ses inventeurs. Cette nouvelle structure secrète (ou en tout cas discrète puisque personne n’en connaissait l’existence hors d’un secteur limité de l’administration), a pour mission de contrecarrer, partout et par tous les moyens, la propagande et l’information hostiles aux Etats-Unis, en temps de paix comme en temps de guerre, et d’imposer la communication de Washington pour faire reculer les sentiments anti-américains.

Tous les moyens ? Les premiers travaux de l’OSI montrent qu’il n’en exclut aucun, y compris les opérations secrètes de désinformation : diffusion de fausses nouvelles, envois d’e-mail camouflés, attaques informatiques pour détruire une source hostile. Mais le nouvel Office, dont le Département de la défense assure qu’il n’a pas encore été officiellement approuvé alors qu’il existe depuis plusieurs mois, a rencontré ses premiers ennemis à l’intérieur même du Pentagone. Ce sont les services chargés de l’information militaire « normale » qui ont organisé la fuite vers le New York Times, dans le combat qu’ils mènent pour ne pas être engloutis ou manipulés par ce bureau secret obéissant au sous-secrétaire Douglas Feith, l’un des faucons du Pentagone. La perspective de voir un département de l’administration, autre que la CIA, utiliser des techniques de désinformation, a déclenché immédiatement un concert de protestations, y compris de Norman Schwarzkopf, le général de la guerre du Golfe. Les Européens ne manqueront pas de protester eux aussi, puisqu’ils pourraient être les cibles des actions de l’OSI.

Source : Le Temps (21/02/2002)

Le Pentagone a créé un bureau pour mener la « guerre » de l’information

Les militaires sont tentés de traiter l’information comme de la propagande. Un nouvel exemple en est offert par le ministère américain de la défense, où a été créé secrètement un Office de l’influence stratégique (OSI) chargé de mener la « guerre de l’information ».

Placé sous le commandement d’un général d’aviation, Simon Worden, et le contrôle de Douglas Feith, sous-secrétaire à la défense chargé de la politique, cet office, dont l’existence a été révélée par le New York Times, a pour tâche de diffuser des informations qui servent la cause des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme. Un débat aurait lieu, au Pentagone, sur le point de savoir si l’OSI peut pratiquer la désinformation, c’est-à-dire diffuser de fausses nouvelles pour tromper l’ennemi via, au besoin, les médias de pays alliés.

« Le Pentagone ne diffuse pas de désinformation à la presse étrangère ni à aucune autre presse », a assuré le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, lors d’une visite, mercredi 20 février, aux militaires qui participent à la sécurité des Jeux olympiques de Salt Lake City.

Le ministre a confirmé l’existence de l’OSI, en précisant qu’il s’agissait d’une subdivision de l’Office des opérations d’information, lequel dépend de l’état-major interarmées, et s’est lancé dans un long développement visant à définir ce qu’il faut entendre par « influence stratégique » et « opérations d’information ». Il a cité d’abord plusieurs actions menées en Afghanistan : largage de rations alimentaires, émissions de radio et envoi de tracts invitant les talibans à se rendre, récompenses offertes pour la capture des dirigeants d’Al-Qaida. Il est passé ensuite à la « tromperie », laquelle peut avoir, a-t-il expliqué, un caractère tactique, sur le champ de bataille, ou stratégique, à destination des états-majors. Pour illustrer ce dernier cas, il a évoqué l’opération des Alliés, en 1944, afin de faire croire à l’Allemagne qu’ils allaient débarquer à Calais, tout en se préparant à le faire en Normandie.

Le 25 septembre 2001, lors d’une de ses premières conférences de presse, alors qu’on lui demandait s’il était exact que les officiers et les fonctionnaires civils du Pentagone avaient été autorisés à mentir aux journalistes, M. Rumsfeld avait dit : « Je ne crois pas avoir jamais menti à la presse et je n’ai pas l’intention de commencer maintenant. »

La création de l’OSI s’inscrit dans la rivalité entre le ministère de la défense, le département d’Etat et, surtout, la CIA, chargée officiellement des mesures dites « actives » (opérations de déception, désinformation et camouflage). M. Rumsfeld a rappelé que le département d’Etat dispose d’un service chargé de ce qu’on appelle la diplomatie publique. Dirigé par l’ancienne reine de la publicité, Charlotte Beers, ce service est considéré comme inopérant par le Pentagone.

Source : Le Monde (21/02/2002)

Mensonge d’Etat aux Etats-Unis

Un temps dénoncée comme l’apanage du seul totalitarisme, la propagande aura bientôt sa propre administration aux Etats-Unis. Derniers avatars de sa croisade mondiale contre le terrorisme, l’armée américaine entend se doter des moyens de mener campagne sur le front de la désinformation. A l’étude au département de la Défense, et avec la bienveillante approbation de son ministre Donald Rumsfeld, la création d’un « Bureau des influences stratégiques » (Office of Strategic Influence, OSI), dont le rôle, révélé hier par le New York Times, serait d’« influencer l’opinion publique et les responsables gouvernementaux à la fois dans les pays amis et les pays non alliés ». Son patron, nommé au lendemain des attentats du 11 septembre, le général Simon Worden, « considère sa mission comme large, allant de campagnes « noires » utilisant la désinformation et d’autres activités secrètes aux relations publiques « blanches » faites de communiqués véridiques », explique le quotidien, qui précise que « ces projets, qui n’ont pas encore été définitivement approuvés, soulèvent l’opposition de certains responsables du Pentagone, qui estiment qu’ils pourraient saper la crédibilité de l’information délivrée par les porte-parole du département ».

Source : Libération (20/02/2002)

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