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Frank Gruttadauria courtier-voleur de Wall Street

dimanche 3 novembre 2013

La banque Lehman Brothers a structuré ses fonctions de contrôle et de conformité bancaire d’une telle manière qu’elle a pris un risque inhérent préfigurant sa future faillite avec la bulle immobilière des Subprimes. Frank Gruttadauria était un pionnier de l’arnaque à la chaîne de Ponzi. Comble de l’histoire il nous rappelle étrangement l’affaire Kerviel. L’ironie est aussi de voir que la Société Générale a vendu sa branche de courtage SG Cowen à Lehman Brothers. (Sic)

Le FBI (police fédérale américaine) enquête sur la disparition d’un courtier de Wall Street travaillant pour la société d’investissement Lehman Brothers, qui se serait vanté d’avoir volé des millions de dollars à de riches investisseurs. Après avoir disparu aux environs du 11 janvier, Frank Gruttadauria aurait envoyé une lettre au FBI dans laquelle il donnait les détails sur les méthodes qui lui ont permis d’escroquer ses clients.

Selon la presse américaine, le courtier prenait de l’argent sur leurs comptes, trafiquait sa comptabilité puis la gonflait artificiellement avec les montants des portefeuilles de ses clients.

Frank Gruttadauria aurait détourné jusqu’à 25 millions de dollars (28,5 millions d’euros) depuis qu’il a rejoint Lehman Brothers, en octobre 2000, après le rachat de la branche de courtage SG Cowen, filiale de la banque française Société générale.

Les enquêteurs tentent désormais de déterminer si le courtier a commencé ses pratiques délictueuses dès son entrée dans le monde du courtage, en 1987, dans la firme Hambrecht and Quist.

Source Libération

NB : A cette époque, les derniers relevés de compte falsifiés que Gruttadauria avait envoyé à des clients montrent que leurs comptes valaient plus de 285 millions de dollars, alors que les frères Lehman déclarèrent ces comptes pour un solde global de moins de 2 millions de dollars. Environ un mois plus tard, Gruttadauria a été remis au FBI

La Société Générale recentre sa filiale SG Cowen, tout en l’internationalisant Les Echos n° 18196 du 19 Juillet 2000

Faute de pouvoir suivre la consolidation accélérée du secteur, à l’ombre des géants Merrill Lynch ou Salomon Smith Barney, la Société Générale, via sa filiale à 100 % SG Cowen, vient de jeter l’éponge dans le métier de la vente d’actions aux particuliers américains. « Nous avons été approchés par Lehman Brothers et nous avons estimés qu’il était dans l’intérêt de nos actionnaires, de nos clients et de nos salariés de leur céder notre activité », relate John Kelly, directeur général de SG Cowen. Le prix de la transaction reste secret. Certes, avec seulement 130 courtiers implantés dans 8 villes américaines, SG Cowen ne touchera pas les 10,8 milliards de dollars promis, la semaine dernière, par le suisse UBS aux actionnaires de PaineWebber, fort de ses 8.500 courtiers. Mais l’opération devrait, toutefois, se traduire par une coquette plus-value. Elle est d’autant plus appréciable que cette activité était considérée comme une « pièce rapportée » trouvée par la Société Générale dans la corbeille de Cowen, repris en février 1998 pour 3,3 milliards de francs.

Car le « vrai » savoir-faire de Cowen réside ailleurs, dans ses compétences sectorielles relatives aux technologies et à la santé. Et celles-là, la Société Générale cherche plus que jamais à les développer et à les exploiter. Première étape, la banque française s’est attachée à bâtir une offre de « corporate finance », des introductions en Bourse aux fusions-acquisitions, aux côtés de la traditionnelle activité de courtage de Cowen. Cette année, l’accent est mis sur les synergies sur le plan mondial.
TMT : « Pas d’inquiétude »

« L’intégration de SG Cowen est réussie. Conformément à nos objectifs, nous mettons en place des plates-formes pour transférer des compétences des Etats-Unis vers l’Europe et l’Asie », explique Patrick Soulard, qui supervise la banque d’investissement de la Société Générale. En témoigne cette plate-forme dédiée aux technologies, comprenant une centaine de personnes, qui a vocation à couvrir l’Europe sous le nom SG Cowen. Un dispositif similaire est en cours de construction en Asie. Dans le domaine de la santé, des transferts de compétences sont aussi en cours vers l’Europe.

L’acquisition de Cowen, quelques mois avant la crise financière internationale dans le sillage des pays émergents, ne suscite aucun regret chez les dirigeants de la Société Générale. Au contraire. L’engouement pour les nouvelles technologies paraît donner un nouvel éclat à SG Cowen. Même si le marché des valeurs « dot-com » a connu un coup de grisou en avril. « Si on regarde le sommet du printemps, nous sommes bien sûr en retrait en termes d’activité. Mais, si l’on regarde le niveau des années précédentes, nous sommes significativement au-dessus », précise John Kelly, qui assure : « Nous n’avons pas d’inquiétude sur les valeurs de nouvelles technologies ni sur l’engagement de SG Cowen dans ce secteur. »

ISABELLE CHAPERON

Les mémorables PIPEs de la Société Générale

Entré à la SocGen Securities Corp. en 1989, Guillaume Pollet a changé de statut en devenant, dix ans plus tard, l’un des directeurs de SG Cowen Securities Corp.

En 2001, titulaire des licences professionnelles numéros 7, 8 et 55, il est responsable chez SG Cowen du « Reg. D/ Private Placement desk ». Sa mission consiste à investir en Bourse les fonds de la banque. Pas ceux de ses clients comme était supposé le faire à la même époque son collègue Frank Gruttadauria à la tête de la succursale de Cleveland.

Par malchance pour lui, tout laisse penser que SG Cowen va clôturer son exercice 2001 en accusant de lourdes pertes [1]. La filiale de la Société Générale va donc s’efforcer d’y remédier en concentrant tous ses efforts sur les services les plus rentables. Quitte à prendre des risques accrus en pratiquant des « PIPEs ».

L’exercice est périlleux. Il requiert une confiance mutuelle absolue de la part des deux partenaires et est surveillé de près par les autorités fédérales qui craignent, à juste titre, qu’il donne lieu à des manipulations et à une multiplication des litiges…

Les Private Investment in Public Equity ou « PIPEs » à l’américaine nécessitent quelques explications : Une entreprise cotée en Bourse, qui est confrontée à un besoin ponctuel de capitaux et ne souhaite pas, pour diverses raisons, faire de nouveau appel au marché, peut demander à son banquier d’investissement de lui monter un financement de type « PIPE ».

Des investisseurs privés seront alors sollicités par le banquier à hauteur des fonds recherchés par l’entreprise cliente. Cet apport donnera lieu, de la part de sa bénéficiaire, à émission de titres pouvant être des actions préférentielles, des obligations convertibles en actions, voire des warrants [2].

Le point capital est que, pendant toute la durée de l’opération, la transaction doit faire l’objet d’une confidentialité absolue de manière à ne pas affecter le cours de l’action de l’entreprise bénéficiaire. Très clairement, le « PIPE » pose un problème d’information des investisseurs. Dès son existence connue − une obligation prescrite par le Code boursier −, ces derniers sont en mesure d’en connaître l’impact en termes de dilution, c’est-à-dire d’accroissement prévisible du nombre des actions ayant vocation à se partager un profit inchangé. La dilution va évidemment se faire au préjudice des actionnaires existants. S’ils craignent une baisse de rendement du titre, ils peuvent décider de vendre plus ou moins massivement et donc faire baisser le cours de l’action sur le marché.

Il faut croire que chez SG Cowen, on maîtrise parfaitement l’exercice puisque, au cours du premier semestre 2004, elle réalisera une dizaine de PIPEs représentant 241 millions de dollars, la hissant au cinquième rang des spécialistes américains de la prestation [3].

Chez le fournisseur bancaire, la confidentialité évoquée plus haut suppose évidemment qu’il n’y ait aucune brèche dans sa « muraille de Chine [4] » et que ses contrôleurs soient maintenus en alerte sur le chemin de ronde.

Chez SG Cowen, au cours de l’été 2001, les sentinelles sont manifestement assoupies. Du 16 août au 28 septembre, Guillaume Pollet en profite donc pour prendre des positions de vente à découvert (« short seller [5] ») sur onze titres d’entreprises en cours de montage d’un « PIPE » [6]. Dans sept des cas, il prendra connaissance de l’opération grâce à la convention de confidentialité passée entre la cliente et son conseil ! Belle mentalité… Plus grave et justifiant la qualification de délit d’initié, dans les cas des titres de Sorrento, Aradigm, Proxim et HealthExtras, c’est SG Cowen elle-même qui est le fournisseur du « PIPE » ! Pollet est donc particulièrement bien placé pour évaluer l’impact de l’opération sur le cours futur des actions concernées. Et il s’en donne à cœur joie, réussissant à réaliser un profit total de l’ordre de 4 millions de dollars.

Mauvais joueurs, les actionnaires de HealthExtras apprécient modérément la chute de 36% du cours de l’action, réduisant de près de 90 millions de dollars la capitalisation boursière de leur entreprise dans la semaine ayant précédé l’annonce du « PIPE » fourni par l’intermédiaire de SG Cowen. Ils assignent donc leur banquier en affirmant qu’il était informé des agissements de son trader, lequel a vendu « à découvert » 432 416 actions de sa cliente en l’espace de vingt-quatre jours. Pour toute réponse, SG Cowen se contente de licencier Pollet comme un malpropre le 21 décembre 2001.

Le litige fera finalement l’objet d’une transaction amiable en mai 2004. SG Cowen indemnise Health- Extras en lui versant 1 million de dollars alors qu’elle a perçu 766 000 dollars d’honoraires en mettant en place le financement de 12 millions de dollars pour sa cliente. Un énorme gâchis.

Extrait de SOCIÉTÉ GÉNÉRALE, SECRETS BANCAIRES de Jérôme Jessel et Patrick Mendelewitsch. Flammarion, 300 p., 21 €.

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