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Etats-Unis : les pros de la propagande

jeudi 29 juillet 2010

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JEUDI 13 Février 2003

Le Nouvel Observateur

Connaissez-vous le Comité pour la Libération de l’Irak ? Le sulfureux Office of Strategic Influence a-t-il vraiment été dissous ?

Enquête sur les officines chargées de « vendre » la guerre contre Saddam.

Phase 2 du plan de communication pro-guerre concocté l’été dernier :

La création d’un organisme public, chargé de relayer et d’amplifier à l’étranger les messages guerriers du président Bush. Le nom de la nouvelle institution reflète parfaitement l’arrogance – et la naïveté – de l’équipe au pouvoir à Washington : Office of Global Communications (Bureau des Communications globales).
Actif depuis la fin de l’été, et lancé officiellement le 21 janvier, cet appareil de propagande est installé au cœur du pouvoir américain : dans l’Eisenhower Building, l’immeuble qui jouxte la Maison-Blanche. Le directeur de l’OGC, Tuker Eskew, 42ans, est un poulain du président. Homme du Sud à l’accent traînant, ancien patron d’un cabinet de relations publiques (un de plus !), Eskew a été l’un des animateurs de la campagne du candidat Bush en 2000.
Il aime les formules toutes faites. Dans son bureau (n°168) de l’Eisenhower Building, il lance, par exemple, sans rire : « Je suis le mégaphone du président », ou : « Je prends le pouls de la planète ».

Mais que fait-il exactement en cette période d’avant-guerre ?
« Je coordonne l’activité des principaux porte-parole de l’administration (Département d’Etat, Pentagone, Maison-Blanche…), pour que chaque jour un message et un seul passe. » Autrement dit, il est le « matraqueur » en chef. Il utilise des armes de communication massive.

C’est lui qui a fait monter et publier les fameux dossiers de la Maison-Blanche sur l’Irak, dont il a tant été question ces derniers mois. Coup de l’opération marketing, selon le « Times » de Londres : 225 millions de dollars.

Des dossiers truqués ?

« C’est nous qui avons rendues publiques les photos satellites des sites nucléaires en reconstruction », confie Tuker Eskew. Or, après plusieurs visites, les inspecteurs de l’ONU n’ont rien découvert de suspect dans ces lieux désignés.
Le matériel prohibé a-t-il été déplacé après la publication des clichés ?
C’est possible. Mais, vrais ou faux, les dossiers de « Mister Mégaphone » n’ont pas convaincu grand monde. Les deux derniers, sortis en janvier, n’ont d’ailleurs suscité que peu intérêt dans les médias internationaux.
Malgré tous ces efforts pour « vendre » la guerre, les opinions publiques ne sont donc toujours pas « acheteuses ».

Et si on leur forçait la main ?
Si, par exemple, on achetait des journalistes d’un pays allié important, disons la France, pour qu’ils écrivent des articles favorables à la position américaine ? Ou si on montait de toutes pièces des manifestations de soutien à l’Amérique, en Allemagne, par exemple ?
Depuis quelques mois, les faucons du Pentagone agitent de telles idées et bien d’autres, si l’on en croit le « New York Times » du 16 décembre dernier. N’ont-ils pas déjà commencé les travaux pratiques ? En février 2002, le même « New York Times » révélait l’existence au Pentagone d’un bureau chargé des opérations d’intoxication, Office of Strategic Influence (OSI), qui avait le droit de monter des coups même en pays amis.

John Rendon (le voilà de retour) était, selon le quotidien américain, l’un des principaux animateurs de cette officine. Après la publication de l’article, le scandale a été tel que Donald Rumsfeld, le secrétaire d’Etat à la Défense, a dû annoncer la fermeture de l’OSI. Mais les activités clandestines décriées du Pentagone n’ont pas cessé pour autant. C’est Rumsfeld lui-même qui l’a révélé, en novembre dernier, devant les quelques journalistes qui l’accompagnaient au Chili. Au sujet de l’Office of Strategic Influence, il a expliqué ceci : « J’ai dit [à qui de droit] : « Bon, vous voulez massacrer ce truc. OK, vous pouvez enterrer le nom. Mais je vais continuer à faire tout ce qu’il y a à faire. » Et je l’ai fait. »

Quoi, exactement ?
Impossible à dire. On se souvient de l’étrange témoignage d’une prétendue maîtresse de Saddam Hussein. Cette femme inconnue racontait que le dictateur irakien était presque impuissant et consommait du Viagra. Plus grave, elle affirmait que Saddam avait parlé à plusieurs reprises avec Ben Laden. Une opération d’intoxication signée John Rendon ? Ce ne serait ni la première ni assurément la dernière.

Vincent Jauvert

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