Martijn Konings soutient que le modèle des banques centrales « indépendantes », qui s’est imposé dans la plupart des pays occidentaux depuis les années 1980, est en train de s’effondrer. Selon lui, cette indépendance n’a jamais été totale et les tensions économiques et politiques actuelles rendent son maintien de plus en plus difficile.
Comment en est-on arrivé là ?
L’évolution de la politique monétaire :
Après la Seconde Guerre mondiale, les banques centrales accompagnaient les politiques économiques des gouvernements, favorisant la croissance, le plein emploi et le financement des États.
Dans les années 1970, la forte inflation conduit à une remise en cause de ce modèle.
À partir des années 1980, sous l’influence des idées néolibérales, les banques centrales deviennent officiellement indépendantes des gouvernements. Leur mission principale devient la lutte contre l’inflation, même si cela implique un ralentissement économique ou une hausse du chômage. Une indépendance largement illusoire
Cette indépendance relève davantage du discours que de la réalité.
Les banques centrales n’ont jamais été complètement séparées des États ni des marchés financiers. Elles ont toujours dû garantir le bon fonctionnement du marché de la dette publique ; coopérer étroitement avec les grandes banques privées ; intervenir lorsque le système financier était menacé.
Pour Martijn Konings, elles étaient surtout indépendantes du contrôle démocratique, mais pas des intérêts du système financier.
Le tournant de la crise de 2008
La crise financière de 2008 constitue, selon l’auteur, un moment décisif. Les banques centrales mettent alors en œuvre des politiques exceptionnelles :
rachats massifs d’obligations (quantitative easing) ;
soutien direct aux marchés financiers ;
injections massives de liquidités.
Ces mesures évitent un effondrement du système financier mais font également grimper fortement la valeur des actifs financiers (actions, obligations, immobilier).
Cette politique a surtout enrichi les détenteurs de patrimoine et accentué les inégalités sociales.
La pandémie renforce ces tendances
Pendant la pandémie de Covid-19, les banques centrales interviennent encore davantage.
Eelles stabilisent les marchés financiers ; mais elles contribuent aussi à une forte hausse du prix des actifs.
En revanche, les difficultés de logement, le coût de la vie et les inégalités continuent de s’aggraver pour une grande partie de la population.
Le retour de l’inflation
Lorsque l’inflation réapparaît après la pandémie, les banques centrales relèvent rapidement les taux d’intérêt.
La hausse des prix provenait largement :
des perturbations des chaînes d’approvisionnement ; des prix de l’énergie ; de facteurs internationaux.
Pourtant, les banques centrales utilisent leur seul outil disponible : augmenter les taux, ce qui ralentit l’économie et pèse sur les ménages et les salariés.
Le cas américain
Le mouvement MAGA considère désormais le contrôle de la Federal Reserve System comme un enjeu politique majeur. Le président Donald Trump cherche non seulement à obtenir des taux d’intérêt plus faibles, mais aussi à exercer un contrôle beaucoup plus large sur les instruments de politique monétaire et de régulation financière.
Le concept de « Wealthfare State »
L’expression « Wealthfare State », que l’on pourrait traduire par « État de soutien au patrimoine ».
Les politiques économiques actuelles protègent davantage :
les marchés financiers ; les détenteurs de capitaux ; les propriétaires d’actifs, et que l’État-providence traditionnel ne protège les revenus ou les services publics. Autrement dit, les politiques publiques soutiennent aujourd’hui davantage la richesse existante que le bien-être social.
Pourquoi l’indépendance des banques centrales serait condamnée
Les banques centrales sont désormais confrontées à une contradiction :
elles prétendent être des institutions techniques et neutres ; mais chacune de leurs décisions a désormais des effets politiques et sociaux très visibles. Elles ne peuvent donc plus convaincre qu’elles sont simplement des arbitres indépendants.
Dans ce contexte, les partis populistes de droite réclament un contrôle politique accru sur les banques centrales, tandis que les partis centristes continuent de défendre leur indépendance. L’auteur juge que cette défense ne répond pas aux problèmes de fond.
Remettre les banques centrales sous le contrôle direct des gouvernements, notamment de gouvernements autoritaires, constitue une bonne solution. En revanche, le modèle actuel est arrivé à ses limites et qu’une transformation profonde des institutions monétaires sera nécessaire. Selon lui, sans réforme structurelle, les banques centrales continueront à alterner entre des plans de soutien aux marchés financiers et des politiques de lutte contre l’inflation qui pèsent principalement sur les salariés et les ménages modestes.













