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Echec du rapport Draghi

dimanche 21 juin 2026

La promesse de Mario Draghi, de revitaliser l’Europe avec plus de 800 milliards d’euros est un échec. Le projet fédéraliste de l’Union européenne a du plomb dans l’aile avec l’opposition inattendue des États-Unis et le processus du nouveau Reich allemand.

À cela, il faut ajouter le décrochage économique de l’Europe et les répercussions de la crise iranienne avec le blocage du détroit d’Ormuz. L’Europe ne peut s’en sortir avec une énergie aussi chère pour produire de la richesse et revitaliser son parc industriel.

Pour terminer sur cette fausse intégration des peuples européens dans le projet fédéraliste, la culture de chaque nation ne peut s’autodétruire au profit d’une tutelle artificielle de Bruxelles.
Si ce projet n’avait pas eu la primauté de financer l’OTAN à la place des États-Unis, il aurait eu une petite chance d’aboutir, mais Trump a lancé une guerre d’influence sur l’Europe en la responsabilisant sur la moralité de son discours et de sa propre non-intervention dans le processus de pacification du Moyen-Orient.

L’Europe ne peut faire cavalier seul avec l’OTAN dans la guerre contre la Russie tout en laissant Israël mener sa guerre au Moyen-Orient. Il faut faire des choix et le rapport Draghi ne prévoyait pas que l’Allemagne serait le premier pays à décrocher de son projet.

Le rapport de Draghi est sans appel depuis 2024 : l’Europe a un problème avec l’Allemagne
L’ancien président de la BCE avait averti que l’Europe entrerait dans « une lente agonie » à moins d’investir collectivement 800 milliards d’euros par an dans son industrie et de recourir davantage à la dette commune. Les ministres allemands ont immédiatement rejeté cette idée.

Les dirigeants de l’Europe ont demandé à M. Draghi de rédiger ce rapport compte tenu de l’écart croissant entre le PIB de l’UE et celui de ses concurrents, les États-Unis et la Chine. L’écart grandissant entre l’Europe et l’Amérique est particulièrement alarmant, car la reprise économique après la pandémie a été beaucoup plus rapide et plus solide aux États-Unis. Dans son rapport, M. Draghi n’a pas édulcoré le problème, attribuant la responsabilité aux dirigeants nationaux de l’UE, qu’il juge peu ambitieux et qui refusent de comprendre que, pour que les choses restent les mêmes, tout doit changer.

L’appel lancé par Mario Draghi en faveur de l’émission par l’Europe de titres de dette communs pour financer des investissements clés a creusé le fossé au sein du gouvernement de coalition allemand et a suscité de vives critiques aux Pays-Bas.

Le clivage Est-Ouest, lié à l’après-guerre froide, opposé au clivage Nord-Sud, est la raison principale de la crise de la zone euro. Le clivage menace l’intégration européenne. La prospérité économique de l’Est ne s’est pas produite, et a alimenté le scepticisme des États membres occidentaux par le biais de politiques économiques prévues uniquement pour l’Europe occidentale. L’Europe de l’Est a compris qu’elle en serait le parent pauvre.

Depuis la chute du « Mur de Berlin », le PIB par habitant de la Pologne a été multiplié par 3,5. La République tchèque, affiche un taux de chômage le plus bas de l’Europe. A cela il faut ajouter le secteur technologique florissant de l’Estonie, incarné par des entreprises comme Wise ou Bolt. Ces facteurs n’ont pas été intégré dans l’analyse Draghi. Les ministres de Lettonie, de Pologne et de République tchèque ont critiqué le fait que le rapport ne tienne pas compte des économies dynamiques d’Europe de l’Est. Le ministre letton de l’Économie, Viktors Valainis, a fait remarquer que la « bureaucratie, les innombrables réglementations et le manque de dynamisme » identifiés par M. Draghi sont des problèmes ancrés au cœur de la « vieille Europe », et non nécessairement à l’Est. La Pologne a souligné que la concurrence ne se joue pas entre l’Europe les États-Unis et la Chine, mais au sein même de l’Europe.

Ces pays qui ont eu un solde positif de l’aide européenne refusent maintenant de partager le financement de cette nouvelle dette de 800 milliards de Draghi.

La création d’une union des marchés des capitaux unifiée pourraient fonctionner pour les économies occidentales, mais cela se ferait au détriment du financement des entreprises d’Europe centrale et orientale. L’opposition de l’Allemagne au rachat de la Commerzbank par l’italien UniCredit démontre que le nationalisme économique existe encore, même au sein du marché unique supposé être unifié.

Dès 2025, Mario Draghi ne jugeait pas satisfaisants les progrès réalisés par l’UE. En septembre 2025, lors d’une conférence de la Commission européenne à Bruxelles, il a fait valoir que l’Europe avait encore pris du retard, malgré l’importance du défi. Le rapport recommandait 885 mesures visant à améliorer les marchés des capitaux, à renforcer les chaînes d’approvisionnement et à améliorer les cadres réglementaires, mais seules 11 % d’entre elles avaient été mises en œuvre. Dans leur rapport de septembre 2025 intitulé « Need for speed – the Draghi report one year on », les analystes de Deutsche Bank Research, Marion Muehlberger et Ursula Walther, ont évalué l’impact d’environ 18 de ces mesures : 16 ont été jugées « progressives » ou « limitées », et seules deux ont été considérées comme des réformes substantielles.

La Deutsche Bank estime que

  • l’Europe est responsable du financement de sa propre défense et de sa propre sécurité. Le rôle que les États-Unis sont disposés à jouer pour soutenir l’Europe par le biais de l’OTAN est nettement moindre que celui qu’ils ont joué par le passé, comme l’a clairement indiqué la Stratégie de sécurité nationale américaine publiée fin novembre 2025.
  • La compétitivité de l’Europe doit également être considérée dans le contexte d’une menace pour la sécurité économique. Celle-ci porte atteinte au cœur même des valeurs multilatérales et de libre-échange qu’elle défend depuis 80 ans, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
  • L’accord de l’OTAN prévoyant que les gouvernements européens consacrent 5 % de leur PIB à l’équipement militaire pourrait bien constituer exactement le coup de pouce aux investissements des secteurs public et privé envisagé par le rapport Draghi. Cependant, ce sont les mécanismes de répartition de ces dépenses qui détermineront dans quelle mesure elles contribueront efficacement à améliorer la compétitivité de la région.
  • Les estimations économiques traditionnelles indiquent des multiplicateurs de croissance compris entre 0,4 et 0,8 pour les économies avancées, ce qui signifie que chaque dollar dépensé ajoute moins d’un dollar au PIB à court terme. Dans certains cas, notamment lorsque les fonds sont consacrés aux salaires ou à l’achat d’équipements importés, l’impact peut être proche de zéro et dépend en grande partie de la manière dont ces fonds sont levés : l’augmentation de la dette pèsera sur les budgets nationaux, tandis que l’augmentation de la fiscalité pèsera sur les populations de chaque pays.
  • Pour répondre à un besoin bien réel en matière de défense et de sécurité, l’Europe a désormais besoin de chaînes d’approvisionnement résilientes. Pour y parvenir, les structures financières et économiques doivent être organisées de manière à permettre au financement du commerce et des chaînes d’approvisionnement, ainsi qu’au fonds de roulement, d’arriver au bon endroit et au bon moment dans la chaîne d’approvisionnement. C’est le rôle des banques : elles détiennent la clé pour garantir qu’une économie préparée soit également une économie résiliente et compétitive.

Au lieu de renforcer l’Union Européenne, le plan Draghi a acté sa désunion.

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