La Chine et la Fédération de Russie ont opposé leur veto mardi au Conseil de sécurité à un projet de résolution sur le détroit d’Ormuz, parrainé par Bahreïn avec l’appui des pays du Conseil de coopération du Golfe. Le texte visait notamment à autoriser le recours à des escortes armées pour les navires marchands et à condamner uniquement les attaques de l’Iran contre les infrastructures civiles.
Il a recueilli 11 voix pour, deux abstentions — celles du Pakistan et de la Colombie — et deux votes contre.
Le conflit a débuté le 28 février, lorsque Israël et les États-Unis ont lancé des frappes contre l’Iran, qui a riposté en visant des pays du Golfe abritant des bases militaires américaines et en bloquant le détroit d’Ormuz.
Le Conseil de sécurité s’est réuni pour examiner un projet de résolution demandant notamment à l’Iran de cesser toute attaque contre les navires dans le détroit d’Ormouz. Le projet a été rejeté en raison des vetos de la Chine et de la Fédération de Russie, tandis que la Colombie et le Pakistan se sont abstenus. Le débat a donné lieu à des échanges vifs entre les États-Unis et l’Iran, ainsi qu’à des prises de position marquées de plusieurs membres.
Les interventions ont souligné l’enjeu majeur que représente le détroit d’Ormouz pour le commerce mondial, les marchés énergétiques et l’accès aux biens essentiels, notamment pour les pays en développement. Plusieurs délégations ont dénoncé la fermeture ou la militarisation de cette voie maritime.
Alors que les États‑Unis, le Royaume‑Uni et Bahreïn ont insisté sur la nécessité de répondre fermement aux actions de l’Iran pour protéger la liberté de navigation, la Chine et la Fédération de Russie ont justifié leur veto par le caractère jugé sélectif du texte et ont annoncé leur intention de proposer une résolution alternative. Des pays comme le Pakistan, la Colombie et la France ont appelé à préserver l’espace diplomatique, à éviter l’escalade et à rechercher une solution négociée fondée sur le droit international. Téhéran a rejeté les accusations et ciblé la présence américaine dans la région.
Détroit d’Ormouz : les États-Unis et l’Iran se donnent la réplique
Nous refusons d’accepter qu’une partie prenne en otage le reste du monde, a tranché le représentant des États-Unis, réagissant à l’intervention de son homologue iranien.
Les États-Unis appuieront toutes les mesures pour garantir la liberté de navigation et de transit.
À sa suite, le représentant de l’Iran a souligné que Téhéran n’a aucune hostilité avec ses voisins : « Nous ciblons les avoirs américains dans la région. »
Il a ensuite fait lecture des différentes affirmations prononcés par le Présidents des États-Unis depuis le début du conflit, et qui a notamment déclaré vouloir renvoyer l’Iran à l’âge de pierre.
“Les attaques militaires de l’Iran contre les bases américaines installées chez nous ne peuvent être défendues. Ces bases, dûment évacuées, n’ont jamais servi à attaquer l’Iran. ”
(M. Abdullatif bin Rashid Al Zayani, Ministre des affaires étrangères de Bahreïn)
Vous avez, a poursuivi le Ministre, lancé des missiles et des drones contre vos voisins alors qu’ils n’ont rien fait contre vous.
Vous n’avez même pas respecté le caractère sacré du mois du Ramadan, alors que vous êtes un pays musulman.
Vous prétendez, a encore dit le Ministre, que vos attaques se limitent aux bases américaines.
Nos raffineries, nos hôtels, nos universités, nos bâtiments publics, nos quartiers résidentiels sont-ils des bases militaires ?
Vous avez, a tranché le Ministre, violé la Charte, le droit international et le droit de la mer.
Vous ne respectez aucune valeur morale, religieuse et éthique.
De manière injustifiée, vous avez fermé le détroit d’Ormouz, un bien universel et une voie navigable internationale.
Vous prenez l‘économie mondiale en otage, vous infligez de gros dégâts au commerce international et vous poussez des millions de personnes du Sud global au bord de la famine.
Nous, au Conseil de coopération du Golfe (CCG), avons opté pour la patience et la retenue mais nous nous réservons le droit de nous défendre, a ajouté le Ministre.
Détroit d’Ormouz : les États-Unis devront assumer toute la responsabilité des conséquences de leurs actes, affirme l’Iran
Le représentant de l’Iran, M. Amir Saeid Iravani, a estimé que l’adoption du projet de résolution aurait eu de graves répercussions pour la paix et la sécurité internationales, en normalisant le recours à la force sur la base d’allégations vagues et infondées.
C’est un texte indéfendable, a-t-il tranché, pointant en outre l’absence de toute référence aux parties à l’origine conflit : l’objectif de ce projet était de laver les crimes de guerre commis par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
Il a indiqué que la « guerre brutale » livrée contre son pays a créé une situation dangereuse qui porte atteinte à la liberté de navigation. L’Iran a pris des mesures proportionnées pour empêcher le passage des navires associés aux agresseurs. Les navires non hostiles pourront librement exercer leur droit de passage, a-t-il assuré.
Il a rejeté toute proposition de cessez-le-feu temporaire, « en particulier au vu de notre expérience en juin dernier », soulignant que toute solution viable doit garantir de mettre un terme définitif à l’agression. Les États-Unis et Israël doivent en outre endosser toute la responsabilité pour les souffrances infligées.
Le représentant a ensuite vivement fustigé les propos « profondément irresponsables » et « extrêmement alarmants » du Président des États-Unis qui a déclaré aujourd’hui que « toute la civilisation mourra cette nuit, pour ne jamais renaître ».
Ces déclarations haineuses témoignent clairement d’une intention de commettre des crimes de guerre, a-t-il dénoncé.
« L’Iran ne restera pas les bras croisés. »
Détroit d’Ormouz : aucun pays ne devrait être autorisé à prendre l’économie mondiale en otage, s’énerve le Royaume-Uni
“C’est exactement ce que fait l’Iran, en violant le droit au transit, un des principes clefs de la liberté de navigation”
(M. Archibal Young, représentant du Royaume-Uni)
Que les choses soient bien claires : si l’Iran ne répond pas aux exigences du Conseil de sécurité, la communauté internationale prendra d’autres mesures défensives.
Nous voulons tous une désescalade dans le détroit d’Ormouz et nous appuyons les efforts diplomatiques en cours, a souligné le représentant.
La semaine dernière, a-t-il rappelé, mon pays a invité 40 États à discuter des mesures diplomatiques et politiques pratiques pour la réouverture du détroit d’Ormouz.
Nous comptons bien poursuivre ces efforts, a affirmé le représentant.
Détroit d’Ormouz : la Chine annonce la présentation d’un projet de résolution conjoint avec la Fédération de Russie
Le représentant de la Chine, M. Fu Cong, a jugé déplorable que le projet de résolution rejeté n’ai pas pu tenir compte des causes profondes et du contexte général du conflit.
« On ne condamne qu’une partie », a-t-il regretté, faisant observer que les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l’Iran alors que des négociations étaient en cours.
Il s’est également inquiété du risque d’une interprétation erronée du texte « aux très lourdes conséquences », appelant le Conseil à tirer les enseignements des conséquences de ses agissements en Lybie et en mer Rouge.
Il a ensuite annoncé la présentation prochaine d’un projet de résolution conjoint avec la Fédération de Russie pour appuyer la liberté de navigation dans la région du Golfe.
Détroit d’Ormouz : la Russie invoque sa position de principe « cohérente et objective » pour justifier son veto
« Nous n’avons pas pu appuyer un texte qui créerait un précédent périlleux pour le droit international, pour toute initiative pacifique et pour l’autorité du Conseil de sécurité »
(M. Vassily Nebenzia, représentant de la Fédération de Russie)
« Nous condamnons l’agression de l’Iran par Israël et les États-Unis, nous respectons la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les pays de la région, de l’Iran et des autres pays du golfe persique », a déclaré d’emblée le représentant russe, M. Vassily Nebenzia.
Il est inacceptable de mener des frappes contre les civils et les infrastructures, a-t-il ajouté.
Le représentant a assuré que la Russie avait consenti des efforts aux plus hauts niveaux afin de faire cesser ces agissements mais n’a pas pu appuyer un texte qui créait un précédent périlleux.
Il a détaillé les dispositions du projet de résolution qui lui posaient problème, en particulier le paragraphe 2 du dispositif qui aurait donné l’aval du Conseil de sécurité à des mesures de défense à portée inconnue en faisant fi de la souveraineté des États riverains.
Des mesures défensives ne justifient pas une résolution du Conseil, il suffirait d’invoquer l’Article 51 de la Charte, a-t-il argumenté.
Le représentant a enfin annoncé qu’il présenterait un projet de résolution.














