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Syrie : croissance exponentielle des périls

par Léon Camus

vendredi 9 octobre 2015

Que veut Washington en Syrie ? La chute d’Assad en vertu de la doctrine du « regime change », le renversement des pouvoirs non démocratiques c’est-à-dire non totalement inféodés à Washington et aux oligarchies régnantes de Wall Street. La démocrassie doit donc triompher, à tout prix, via les Révolutions colorées ou par la guerre, périssent les peuples. Parmi les armes utiles à abattre le régime baasiste honni (car el-Assad n’est qu’une figure de proue réductrice masquant une mosaïque sociologique, politique, ethnique, confessionnelle particulièrement complexe) : la guerre médiatique à outrance. Par exemple, la totalité des 240 000 morts estimés au cours de quatre années de guerre civile rapidement internationalisée, est mise au seul compte du pouvoir damascène ! Lequel se voit aussi attribuer la paternité par la main gauche de la prolifération des égorgeurs takfiristes wahhabites de différentes obédiences.

Présentation des faits et raisonnement énormes par leur stupidité et leur mauvaise foi, mais qui marchent ! Le président Assad aurait-il donc également créé les mouvements terroristes irakiens, somaliens, sahéliens, etc. ? Autant d’affirmations péremptoires d’une indicible mauvaise foi qui ne gênent pas un instant les gens de presse en dépit de leur grotesque absurdité. En réalité pour atteindre leurs buts géopolitiques et renverser Assad, ce sont les apprentis sorciers de la CIA et nuls autres qui ont lâché dans la nature un super Golem, Daech, celui-ci grossissant de jour en jour et à vue d’œil en force et en nuisance… la dévastation aujourd’hui encre des antiques ruines de Palmyre en témoigne.

Pourtant, afin de faire rentrer ce diable dans sa boîte, les É-U ont monté il y a un an une coalition hétéroclite de vingt-deux pays disposant d’une quarantaine d’aéronefs de combat… lesquels ont obtenu en douze mois, à partir de septembre 2014, moins de résultats que six Sukhoï russes en six jours ! Car en dépit des campagnes de frappes cosmétiques américaines, l’expansion de l’État islamique s’est inexorablement poursuivi couvrant aujourd’hui la moitié du territoire syrien. Excusez du peu !

Et là-dedans que veut la France ? Qu’est-elle allée faire dans cette galère ? Paris fait depuis peu intervenir son aviation dans l’espace aérien syrien. Pourquoi ? Pour la défense et l’illustration de la Démocratie ? Aimable bluette. M. Hollande nous parle à présent avec des trémolos dans la voix, de « légitime défense ». Depuis la pseudo tentative d’attentat du Thalys, la France serait en effet sous la menace directe d’une campagne terroriste. Or, par une étrange bizarrerie, les voies et moyens, les cibles potentielles sur le territoire national d’actions présumées dévastatrices, sont complaisamment exposées dans la presse. À croire que l’on s’est passé le mot d’ordre pour susciter et diffuser une nouvelle psychose collective, et à cette occasion, pour indiquer aux djihadistes infiltrés, le mode d’emploi, où et comment frapper ! Il faudrait cependant avoir terriblement mauvais esprit pour imaginer un seul instant que certains membres éminents d’une classe politique en perdition espéreraient secrètement un nouveau 11 janvier qui les renverrait dans la stratosphère des sondages. Un tel soupçon ne peut évidemment que disqualifier ceux qui perversement iraient le concevoir.

Il n’en demeure pas moins qu’en ce qui regarde la crise syrienne, il est indéniable que Paris est aux ordres. Car enfin quel intérêt aurions-nous à nous mêler des péripéties et autres tribulations que traverses le Levant en proie aux séquelles et autres spasmes mortels des Printemps arabes ? À ce titre qui oserait dire que M. Fabius obéit aux stricts impératifs de l’intérêt national ?

Certes au Quai comme à l’Élysée, on nous répète à l’envi que la défense des « valeurs » doit l’emporter sur toutes autres considérations. Crève la France et les Français pourvu que triomphent les valeurs de la République, celles des Droits de l’Homme abstraits et du soviet de Bruxelles. Ce qui nous vaut une intempestive immixtion dans un conflit qui est tout sauf le nôtre avec pour conséquences des vagues migratoires successives déferlant l’une suivant l’autre. Bénéfice immédiat, direct de notre politique d’aide diplomatique, économique, militaire aux rebellions dressées et coalisées, organisées et armées par nos soins pour abattre Damas.
Ne perdons pas de vue que par le truchement de la fantomatique ASL, l’Armée syrienne libre, nous – notamment les Anglo-Américains - alimentons les troupes du Front al Nosra alias Al Qaïda. Une organisation pourtant réputée avoir perpétré les attentats du 11 septembre 2001 contre les Tours jumelles de Manhattan ! Traumatisme planétaire qui servit de prétexte, justifia, légitima tout un chapelet de guerres d’agression dont le conflit syrien, désormais global - Bloc eurasiatique contre Bloc occidentaliste - n’est que le dernier avatar.

Alors, finalement dites-moi, à l’heure où l’économie hexagonale s’effondre à vitesse grand V, quel peut être notre intérêt à nous mêler d’une crise infernale qui risque de bientôt nous sauter au visage ? À quels ordres, injonctions ou directives occultes M. Fabius obéit-il – parce qu’en l’occurrence c’est bien lui, en personne, qui pilote le dossier et non le fantoche élyséen – pour nous jeter dans un piège dont on entend déjà les sinistres mâchoires se refermer sur les peuples d’Europe, à commencer par la submersion migratoire. Et ce, malgré les lignes directes installées entre les états-majors des armées et des forces aériennes américaines, russes et bientôt certainement, chinoises ?

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