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La France et les accords de partage nucléaire de l’OTAN pour renforcer la dissuasion européenne

mardi 3 mars 2026

Déclaration conjointe du Président Macron et du Chancelier Merz.

Publié le 2 mars 2026

Dans l’esprit de leur partenariat étroit, tel que défini à l’article 4 du traité d’Aix-la-Chapelle, la France et l’Allemagne ont décidé de renforcer leur coopération en matière de dissuasion en réponse à l’évolution des menaces.

La France et l’Allemagne ont mis en place un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau qui servira de cadre bilatéral pour le dialogue doctrinal et la coordination de la coopération stratégique, notamment pour les consultations relatives à l’articulation optimale de capacités conventionnelles, de défense antimissile et de capacités nucléaires françaises. La France et l’Allemagne se sont engagées à prendre des mesures concrètes dès cette année, notamment la participation de l’Allemagne aux exercices nucléaires français, des visites conjointes sur des sites stratégiques et le développement de capacités conventionnelles avec leurs partenaires européens. La France et l’Allemagne renforceront également leur capacité, en tant qu’Européens, à gérer l’escalade sous le seuil nucléaire, en particulier dans les domaines de l’alerte avancée, de la défense aérienne et des frappes de précision en profondeur.

Cette coopération franco-allemande repose sur la conviction partagée que la dimension nucléaire de la dissuasion demeure un pilier de la sécurité européenne, laquelle s’appuie sur la dissuasion élargie des États-Unis, notamment les armes nucléaires américaines prépositionnées en Europe, et sur les forces nucléaires stratégiques indépendantes de la France et du Royaume-Uni, qui ont un rôle dissuasif propre et contribuent significativement à la sécurité globale de l’Alliance. Cette coopération franco-allemande viendra compléter, et non remplacer, la dissuasion nucléaire de l’OTAN et les accords de partage nucléaire de l’OTAN, auxquels l’Allemagne contribue et continuera de contribuer. La France et l’Allemagne continueront de respecter leurs obligations au titre du droit international, notamment le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Compte tenu de leur ferme engagement envers l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord et l’article 42, paragraphe 7, du Traité sur l’Union européenne, la coopération franco-allemande vise à renforcer les systèmes de sécurité collective auxquels appartiennent les deux pays. Elle vise à renforcer la sécurité de l’Europe dans son ensemble. Une attention particulière sera portée à la coordination avec les États-Unis, le Royaume-Uni, les autres Alliés et l’OTAN.

Nous avions lancé cette information l’an passé pour déterminer l’épicentre de décision de la future dissuasion nucléaire européenne et de l’OTAN. La décision a été prise à la Chatam House en Angleterre.

Extrait :
« En revanche, la France, autre membre de l’OTAN, a toujours réservé ses armes nucléaires à la protection nationale ». « Son entreprise nucléaire est également totalement indépendante des États-Unis, produisant tous les composants nécessaires au niveau national ».

« Si la France voulait signaler sa volonté d’étendre la dissuasion nucléaire à l’Europe, la mesure la plus simple consisterait à modifier son dispositif nucléaire pour inclure explicitement l’Europe - ce qui, selon les responsables français, est de toute façon le cas depuis les années 1970 - et à adhérer au NPG ».

Les inquiétudes suscitées par les menaces américaines de ne plus protéger le continent sont à l’origine de diverses propositions visant à renforcer le dispositif de dissuasion de l’Europe, mais nombre d’entre elles présentent de graves lacunes. La rhétorique hostile de l’administration Trump à l’égard de l’Europe, y compris les remarques sur le retrait potentiel ou le déplacement des troupes américaines qui y sont stationnées, a ravivé les débats sur la dissuasion nucléaire de l’Europe. Les Européens craignent que les États-Unis n’aillent jusqu’à retirer les armes nucléaires qui y sont stationnées dans le cadre de leur accord de dissuasion élargie avec l’OTAN.

NB : Le NPG a été fondé en décembre 1966 pour permettre un processus de consultation sur la doctrine nucléaire au sein de l’OTAN. Il s’appelait initialement le Comité des questions de défense nucléaire.
Tous les membres, à l’exception de la France, qui a décidé de ne pas participer, font partie du NPG, indépendamment du fait qu’ils détiennent ou non des armes nucléaires.
Le Conseil de l’Atlantique Nord est l’autorité suprême au sein de l’OTAN, tandis que le NPG est l’organe de haut niveau chargé des questions nucléaires au sein de l’Alliance.

Cette garantie remonte à 1949 et inclut les armes nucléaires américaines conservées sur le territoire européen. Il est important de noter que, bien qu’ils insistent pour que les Européens assurent leur propre sécurité, les États-Unis n’ont jusqu’à présent pas suggéré de retirer leurs armes nucléaires d’Europe et n’ont pris aucune mesure concrète pour le signaler.

Un élément important d’une posture de dissuasion forte est la détermination, c’est-à-dire la volonté d’aller jusqu’au bout en cas de menace. La rhétorique récente a laissé entendre que les États-Unis pourraient manquer de détermination à soutenir l’Europe en cas de crise, ce qui affaiblirait la dissuasion européenne.

Il n’est pas possible d’égaler les armes nucléaires américaines déployées.

Quelques options ont été évoquées pour remplacer la dissuasion élargie des États-Unis par quelque chose de moins dépendant de Washington. Le président français Emmanuel Macron a suggéré à plusieurs reprises par le passé que la France pourrait étendre son parapluie nucléaire pour protéger d’autres États européens.

Il s’agirait d’établir des accords formels dans lesquels les forces nucléaires françaises et britanniques s’engageraient explicitement à dissuader les menaces contre les alliés de l’OTAN, ce qui impliquerait des structures de prise de décision communes et des accords de partage nucléaire. Friedrich Merz, le futur chancelier allemand, a proposé que la France et le Royaume-Uni fournissent ensemble des garanties de dissuasion étendues à l’Europe.

Le diable se cache dans les détails de ces idées. La France et le Royaume-Uni ont des arsenaux nucléaires différents de ceux des États-Unis (en termes de types de plates-formes de lancement et de grandes différences de taille), ce qui rend impossible le remplacement des armes américaines en Europe par des armes françaises ou britanniques. La France dispose d’armes nucléaires lancées par avion et par sous-marin, tandis que le Royaume-Uni ne possède que des armes nucléaires lancées par sous-marin.

Bien qu’elles soient techniquement indépendantes des États-Unis et qu’elles ne soient lancées que sur décision du premier ministre, les armes nucléaires britanniques dépendent fortement de la technologie américaine. Le Royaume-Uni conçoit et produit ses propres ogives, mais il achète aux États-Unis les enveloppes des ogives et les missiles Trident utilisés comme vecteurs.

Même si le Royaume-Uni possède moins d’armes nucléaires que la France, il offre déjà une garantie de dissuasion étendue aux autres membres de l’OTAN en étant membre du groupe des plans nucléaires de l’OTAN (NPG) et en ayant désigné ses armes nucléaires pour protéger l’Europe.

En revanche, la France, autre membre de l’OTAN, a toujours réservé ses armes nucléaires à la protection nationale. Son entreprise nucléaire est également totalement indépendante des États-Unis, produisant tous les composants nécessaires au niveau national.

Si la France voulait signaler sa volonté d’étendre la dissuasion nucléaire à l’Europe, la mesure la plus simple consisterait à modifier son dispositif nucléaire pour inclure explicitement l’Europe - ce qui, selon les responsables français, est de toute façon le cas depuis les années 1970 - et à adhérer au NPG.

Relocaliser les forces nucléaires françaises dans d’autres pays ne servirait à rien

Ces missiles doivent être entretenus périodiquement aux États-Unis. Si les États-Unis décidaient de cesser de fournir ou d’entretenir les missiles, le Royaume-Uni devrait les remplacer avant qu’ils n’arrivent à expiration. Ce ne serait pas une tâche facile : tous les composants de la capacité nucléaire sont produits les uns pour les autres - un nouveau missile devrait être capable de transporter les ogives et de s’adapter à un tube de lancement sous-marin existant.

Pour renforcer la dissuasion européenne, il a été suggéré que la France déploie ses avions Rafale à capacité nucléaire en Allemagne ou dans d’autres pays de l’OTAN.

Mais comme la France est voisine de trois des pays qui hébergent actuellement des armes nucléaires américaines (l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas), cette solution n’apporterait qu’une amélioration marginale. Le défi n’est pas de savoir où les avions sont basés, mais plutôt comment ils sont intégrés dans les structures de commandement et de planification de l’OTAN.

Le simple déplacement des avions ne résout pas le problème de la coordination stratégique et de la prise de décision en cas de crise. Si la France rejoignait le NPG, les politiques nucléaires de la France et de l’OTAN seraient mieux alignées, ce qui permettrait aux capacités nucléaires françaises de renforcer une posture de dissuasion européenne, aux côtés du Royaume-Uni. Cela romprait avec une tradition de plusieurs décennies d’indépendance nucléaire française, dans laquelle les armes nucléaires étaient un symbole clair de la souveraineté de la France en tant que nation.

L’adhésion au NPG n’impliquerait pas la délégation des décisions de lancement aux alliés. Les décisions nucléaires des États-Unis et du Royaume-Uni restent totalement souveraines. Mais cela signifierait que les forces nucléaires françaises sont intégrées dans les exercices nucléaires de l’OTAN afin que les alliés puissent s’entraîner à travailler ensemble en cas de crise.

Le développement d’armes nucléaires dans les pays européens serait déstabilisant

À la fin de la semaine dernière, le premier ministre polonais Donald Tusk a également semé l’inquiétude sur tout le continent en déclarant que la Pologne devait envisager d’acquérir des armes nucléaires pour répondre aux menaces américaines de cesser de protéger les alliés européens.

Cette solution serait très risquée et peu pratique. Le développement d’une capacité nucléaire indépendante pour la Pologne - ou tout autre pays européen non nucléaire - déstabiliserait considérablement la région.

Un État européen qui se doterait d’armes nucléaires violerait et menacerait la crédibilité du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et risquerait de voir d’autres pays lui emboîter le pas, ce qui déclencherait une dangereuse course aux armements.

La violation du TNP et la prolifération éroderaient l’architecture internationale de contrôle des armements au sens large et pourraient affaiblir d’autres traités et normes essentiels, tels que ceux qui régissent les armes chimiques et biologiques.

Au lieu de renforcer la dissuasion et la sécurité, la prolifération en Europe saperait les efforts mondiaux de non-prolifération et augmenterait le risque d’instabilité régionale, d’erreurs de calcul et d’incompréhension à un moment où les tensions sont déjà fortes.

Chatham House

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