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Gaza-Donbass, même sang, même combat

jeudi 31 juillet 2014

Alors que la Libye s’enfonce dans le chaos le plus total, que les combats s’intensifient d’heure en heure à l’Est de l’Ukraine, au 21e jour de l’Opération « Bordure protectrice » lancée le 8 juillet par l’Entité sioniste contre l’enclave palestinienne de Gaza, prétendument pour faire cesser des tirs de roquettes qui n’ont fait que trois victimes, un déluge de feu s’est abattu la nuit dernière sur la ville tandis qu’un commando palestinien pénétrait sur le territoire israélien, tuant dix soldats de Tsahal avant de repartir sans encombre. Quelques heures auparavant, le Premier ministre hébreu, Netanyahou rompait une trêve éphémère et annonçait une guerre longue. Guerre engagée unilatéralement avec des moyens disproportionnés, au prétexte de l’enlèvement et de l’assassinat de trois jeunes israéliens par le Hamas. Or il est maintenant admis qu’il s’agirait d’un crime crapuleux perpétré par un coreligionnaire des trois malheureux. Malgré les injonctions pressantes et réitérées du président Obama de mettre fin à ce bain de sang, 1 110 morts à ce jour, il apparaît bien que la Maison-Blanche n’a aucune influence réelle sur la folie meurtrière des dirigeants du Likoud… lesquels abritent leurs crimes derrière les nécessités de la légitime défense tout en se prévalant d’une adhésion populaire effarante : 87% des Israéliens approuveraient le massacre qui se déroule dans le champ clos d’un territoire où se terrent parmi les ruines et les décombres, à la merci des bombes, un million huit cent mille prisonniers palestiniens soumis à un rigoureux blocus depuis 2006. Le conseiller du président américain, Zbigniew Brezinski déclarait sur CNN que « les États-Unis condamnent un assaut qui met en danger la survie même d’Israël ». Or c’est bien cela qui est désormais en jeu : la viabilité et la pérennité d’un État voyou ayant administré aux yeux de tous les preuves incontestables de sa capacité de nuisance internationale.

Gaza. Une trêve de 26 heures s’est achevée le 26 juillet à 19 heures, après la reprise des tirs palestiniens de roquettes vers le territoire israélien. Rappelons que ces tirs spectaculaires, détestables d’abord pour l’image de marque d’un État titulaire de la première armée du Proche-Orient, n’ont causé aucune victime civile directe depuis le début des hostilités. Le 27 juillet, au vingtième jour des bombardements, Gaza comptait ses morts, 1049 et quelque six mille blessés. Au prix de quarante trois soldats de l’Armée de défense d’Israël [Tsahal] qui ont payé de leur vie l’insanité des politiques de force au rendement décroissant que conduit un gouvernement de fanatiques auquel les erreurs passées n’ont rien appris.

Notons que nombre de gens bien intentionnés croient encore qu’Israël est l’avant-poste de l’Occident sur les rives de l’Orient ténébreux. Qu’Israël est à ce titre le dernier rempart contre l’islamisation définitive de l’Europe. Qu’Israël enfin est une grande démocratie. Il faut se demander comment l’on peut être aussi aveugle, comment il est possible d’être aussi ignare et même obtus, pour ne pas voir que les grands théoriciens et promoteurs de la société plurielle ou pluriethnique, de l’accueil sans limites ni restriction, du métissage comme acmé du genre humain, des Droits de l’homme sans devoirs, appartiennent en majorité au peuple messianique, et sont d’ailleurs trop ou très souvent binationaux [1].

Israël, ce jardin d’Éden où fleurissent les mille fleurs des droits de l’homme

Comment ne pas constater que ce qui est bon en Terre de promission [Eretz Israël], à savoir les discriminations vexatoires, la ségrégation mesquine, les postes de contrôles harassants [check points], les murs de séparations, les champs dévastés, les oliveraies arrachées, les enfants abattus par la soldatesque, un pays sans constitution ni code civil où les femmes ne peuvent divorcer de leur propre chef - sauf parfois à verser de fortes rançons aux maris et aux rabbins - ne peut être tout à fait un pays idyllique où règne l’harmonie. Dans cette optique, l’arabo et l’islamophobie rabiques rendent stupides et complices de bien des crimes ceux qui s’en laissent posséder, en un mot submerger par la passion mauvaise, délaissant la raison, et plus encore la morale.

Ajoutons à ce propos, un faux paradoxe. À savoir que le recours à la force n’est pas blâmable dans l’absolu. Reste à voir quel usage il en est fait exactement. Et puis, la loi du fort au faible ne doit pas être moralement justifiée, surtout à contresens. La force est la force, et point n’est besoin d’appeler la morale à la rescousse et à tout bout de champ. La justification morale de la force est un jeu délétère. Pour lancer son offensive sur l’Afghanistan, l’Amérique avait mobilisé ses universitaires, convoquant au passage St Thomas d’Aquin et la doctrine de la « guerre juste ». Qui put être longtemps abusé par aussi piteux artifice ? Singulièrement ceux qui avaient à connaître des ressorts cachés de la guerre, de ses mobiles véritables, de ses antécédents, des enjeux multiples…

Il y aurait long à dire sur ces questions, mais le recours à la morale pour rendre présentable les guerres de conquête, n’est qu’habillage et babillage. Est-ce bien une pure coïncidence si Israël et l’Amérique judéo-protestante, cette nouvelle terre biblique, sont les plus ardents défenseurs du corpus messianique dit des Droits de l’Homme ? Un instrument qui s’impose à autrui mais pas à ces rusés coquins que sont ses promoteurs. Lesquels n’hésitent jamais en se drapant dans les grands principes et en se parant de tous les oripeaux des « valeurs » humanitariennes, de livrer de terribles guerres d’agression où les morts se comptent par millions. Et ce n’est pas une clause de style !

Mais cela ne compte évidemment pas puisque ces monceaux de cadavres sont édifiés au motif de faire triompher les meilleurs bons sentiments du monde et pour la plus grande gloire des idéaux démocratiques. Au nom de Dieu, vous les bourreaux des peuples assumez donc votre vilenie. L’exercice de la puissance est ce qu’il est. Il peut même à l’occasion révéler quelque noblesse lorsque le vainqueur sait se montrer magnanime, mais par pitié, n’ajoutez pas au crime l’ignominie morale consistant à vous faire passer pour de bons Samaritains.

Réflexion qui vaut autant pour les nomenklaturas de Washington, Tel-Aviv et leurs séides de Londres, Rome, Berlin et Paris que pour les dirigeants européens et ukrainiens. Car si des cadavres jonchent les rues des villes Donbass, nous savons bien à qui en revient la faute. Et la source du mal, contrairement à ce que notre presse libre ressasse jusqu’à la nausée, ne se situe pas au Kremlin, mais chez les idéologues et sous le crâne des idéocrates qui s’auto-intoxiquent avec leur logorrhée idéaliste, juste bonne à tromper les foules qui continuent de croire en la bonne foi et le dévouement de ses mauvais pasteurs.

Ils ont semé le vent du désordre, ils récoltent le chaos

Maintenant, à Kiev, le désordre politique le plus extrême règne en maître. Le Premier ministre issu du coup de force du 22 février 2014, Arseni Iatseniouk, démissionnait le 24 juillet tandis qu’à plusieurs reprises les députés en venaient aux mains. Triste ironie de l’histoire, les Ukrainiens qui ont cru naïvement à des lendemains européens enchanteurs, aux dettes épongées, au gaz circulant à flot et à prix cassés, à l’éviction des oligarques suceurs du sang du peuple, se retrouvent aujourd’hui gouvernés par les même oligarques, dans un pays en guerre contre lui-même, dont la péninsule de Crimée s’est irréversiblement détachée, et qui maintenant se trouve sérieusement menacé d’éclatement. Une réussite intégrale. Merci Bruxelles. Le sang ukrainien qui souille les mains des technocrates, les gêne apparemment beaucoup moins que naguère Lady Macbeth.

Or, après avoir accusé haut et fort les séparatistes russophones, puis la Fédération de Russie elle-même, d’avoir tiré le missile ayant détruit en vol le 17 juillet un transport commercial des Malaysia Airlines, Kiev et Washington dans l’incapacité de fournir la moindre preuve tangible en appui de leurs allégations – comme les avait mis au défi de le faire le ministre de la Défense russe - ont mis un bémol à leurs cris d’orfraies. Si les communiqués parlent toujours mezzo voce d’un missile « tiré de la zone contrôlée par les rebelles prorusses », nul ne s’aventure plus à dire par qui aurait été tiré l’engin. Une situation très semblable à celle de l’été 2013 lorsque la responsabilité de l’attaque au gaz sarin – encore non officiellement élucidée à ce jour - dans la banlieue de Damas, était attribuée, sans l’ombre d’un doute, au gouvernement baasiste et à la personne du président el-Assad.

Bref, de la même façon, plus personne n’ose évoquer trop ouvertement de la culpabilité conjointe, hier certaine, de Moscou et de la dissidence. C’est pourtant bien ce qui compte et ce qui restera dans l’esprit des foules. La trace mnésique, l’effet d’annonce - traumatique et durable - de cette dénonciation de culpabilité resteront gravés dans l’inconscient collectif et nul démenti tardif ne parviendra à l’effacer. D’autant que les démentis passent le plus souvent inaperçus du grand public. Reste le fracas de l’événement et le coupable désigné, coupable ad vitam æternam. Ce qui, une fois de plus, laisse songeur quant à la distorsion de l’information et à la capacité de reconstruction du réel, c’est-à-dire de falsification et d’occultation, en fonction des nécessités de l’heure et de la conjoncture générale.

En rétorsion ou plutôt en réponse du berger à la bergère, le 23 juillet
 [2] les forces russes ont abattu deux chasseurs SU-25 des forces aériennes ukrainiennes, presque une semaine après la catastrophe civile… et procédé en outre à des tirs d’artillerie à longue portée sur des positions gouvernementales, ceci depuis le territoire de la Fédération ! Touche finale, les désertions se multiplient dans l’armée loyalistes, soldats et officiers refusant de tirer sur leurs « frères ukrainiens »… Ces objecteurs de conscience d’un genre nouveau ont pour la plupart trouvé refuge de l’autre côté de la frontière et certain d’entre eux ont déjà sollicité la nationalité russe.

Au demeurant, à toute chose grand malheur peut être bon. Il aura fallu la tragédie du vol MH 17 pour que l’Europe découvrît qu’une guerre se livrait, à l’instant même, sur son propre sol. Une guerre dans toute son ampleur et son horreur, là où les merdias - comme les nomment le monde réel, celui des internautes - n’évoquaient qu’une opération de sécurité intérieure sous couvert d’anti-terrorisme. Même la Croix-Rouge internationale s’en est émue et a demandé aux Nations Unies la requalifications des événements du Donbass en « guerre ». Hélas les cadavres des passagers du vol ont également servi à faire ignorer un temps les corps mutilés qui jonchent les rues de Donetsk, de Lougansk… et de Gaza. Partout où des forces étatiques prennent des civils pour cible afin de les terroriser, les contraindre à fuir, tout en détruisant par là même, la base populaire, l’adhésion ici au projet indépendantiste, là-bas, sous une autre forme, à l’idée de liberté et de paix durable.

La désolation règne partout où les occidentalistes interviennent

La Libye est au bord de l’explosion. Les combats font rage à Tripoli d’où les É-U et les Britanniques ont exfiltré leurs diplomates et leurs derniers ressortissants. À Mossoul, ville d’où les Chrétiens viennent d’être expulsés, le califat islamique a fait sauter l’imposante mausolée du prophète Jonas, lequel se trouvait dans une mosquée sunnite justement dénommée « Mosquée du Prophète Younis » [vidéo/europe-israel.org26juil14]. À ce sujet nous n’avons pas entendu les judéo-protestants américains protester [3].

En Ukraine, la guerre déploie son œuvre mortelle. Quelque 515 000 personnes ont franchi la frontière de la Fédération. À cet effet, Moscou a débloqué plus de 103 millions d’euros, cherchant les moyens de fixer ces populations sur la terre russe. Les combats se poursuivent sur les lieux mêmes de la catastrophe aérienne, contraignant la trentaine d’experts de la police scientifique néerlandais et australiens à renoncer à la conduite de leur enquête [AFP]. Dix jours après le drame des corps et des débris humains continuent de joncher le site. Devant l’intensification des combats, la sécurisation de la zone devient éminemment aléatoire. Mais dans les colonnes du New York Times, au lieu d’appeler à la cessation des affrontements, le sieur B-H Lévy, ce « représentant attitré de la gauche caviar » [bdvoltaire27juil14], taxe les Européens de lâcheté, appelant à la guerre contre la Russie. Certes, le sang des autres ne coûte pas cher, principalement pour ce beau parleur. De toutes les manières les choses n’en resteront pas là, l’été risque d’être passablement chaud.

Léon Camus 27 juillet 2014

Notes

[1Emblématique de la double allégeance, Arno Klarsfeld, avocat franco-israélien [wiki], depuis 2010 membre du conseil d’État où il passe en touriste quand sa vie mondaine ne l’appelle ailleurs ou lorsqu’il ne jette pas un verre d’eau à la tête de son vis-à-vis sur un plateau de télévision. Il effectua en 2002 son service militaire en Israël dans le corps réputé pour sa dureté des gardes frontières [magav]. L’un des principaux auteurs de la Déclaration universelle de 1948, fut René Samuel Cassin, nobélisé en 1968.

[2Selon un communiqué Conseil de sécurité nationale et de défense ukrainien « Deux de nos avions ont été abattus à l’altitude de 5200 mètres. Selon les premières informations, le lancement des missiles a été effectué depuis la territoire de la Russie » [AFP]. Les deux chasseurs Soukhoï Su-25 ont été touchés au-dessus de Savour-Mogyla dans la région de Donetsk, près de la localité de Snijné, à environ 25 km du site d’écrasement du vol MH17.

[3En quatorze siècles d’islam les chrétiens du nord de l’Irak – qui sont historiquement les premiers chrétiens et dont les prêtres parlent encore le néoaraméen, le soureth, la langue du Christ - n’ont vraisemblablement jamais connu une telle situation. Merci à Mg Barbarin, Primat des Gaules, pour son engagement en leur faveur… mais il est bien tard. Selon Human Rights Watch, le califat islamique aurait ces dernières semaines détruit sept lieux de culte chiites dans la ville turkmène à majorité chiite de Tal Afar, à environ 50 kilomètres à l’ouest de Mossoul. Pour mieux comprendre ces événements lire, dans la nouvelle bibliothèque rivarolienne, « Les Égarés » Éd. Sigest 2013.

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