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Écoutes de la NSA : Merkel tape du pied !

mercredi 30 octobre 2013

Ire Partie

Après Hollande qui s’est tiré d’embarras dans la grotesque affaire Léonarda, en dénonçant les mauvaises manières de l’american Big Brother, Merkel à son tour tape du pied. Ces Américains se croient certes tout permis, entre autres d’écouter aux portes et de se glisser grâce aux grandes oneilles1 de la National Security Agency dans l’intimité de ses chers alliés. Dame Merkel aurait ainsi été espionnée pendant près de dix ans ayant constitué depuis 2002 une cible prioritaire pour les Agences américaines. Bien sûr Obama s’est fendu d’un appel personnel pour mettre du baume sur les plaies morales de la chancelière, chacun ayant tout intérêt à sauver les apparences et à laissant croire à ces benêts d’Européens que le viol de leur souveraineté en matière de communication n’aurait été somme toute qu’accidentel au pire circonstanciel. Une bavure en quelque sorte, un excès de zèle sans lendemain alors qu’il s’agit d’un comportement structurel de la part des dieux jaloux qui règnent outre-Atlantique.

Allemagne : une longue histoire de sujétion et de soumission

L’Allemagne à cette occasion semble découvrir ex abrupto quel est son véritable statut politique au sein du dispositif atlantique. Aurait-elle oubliée qu’elle n’est plus – officiellement – un pays occupé que depuis le Traité de Paris signé le 23 octobre 1954 ? Une émancipation qui ne sera vraiment effective que le 5 mai suivant 1955 avec la fin du « statut des zones d’occupation » lorsque Washington – nécessités de la Guerre froide faisant loi - reçoit la République fédérale comme membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord [Otan] à égalité de droit avec les quatorze autres États qui alors la composent.

Dans les faits les choses sont moins simples. Après 1955, des troupes alliées restent stationnées sur le territoire de la République fédérale, dans des bases dont le démantèlement définitif n’interviendra pas avant la fin des guerres balkaniques, au bout de la décennie 90 et la guerre du Kossovo. Berlin - Bonn étant la capitale de l’Allemagne fédérale jusqu’à la réunification - continuera pour sa part à rester divisée entre les quatre secteurs attribués à ses vainqueurs. Il faudra attendre jusqu’au Traité de Moscou – dit “Quatre plus deux” - signé le 12 sept. 1990 entre les représentants des deux Allemagne, Est et Ouest, et les puissances alliées de la Seconde Guerre mondiale, États-Unis, Union soviétique, Royaume-Uni et France, pour que l’émancipation de l’Allemagne s’achève… Acte qui amorce la réunification allemande et dont l’intitulé exact est « Traité portant règlement définitif concernant l’Allemagne », fixant le statut final d’une Allemagne neutralisée pour mille ans, réunie au cœur de l’Europe mais toujours “morcelée” en Länder.

Car il s’agit d’une Allemagne de l’Ouest à laquelle les Alliés – ceux du Monde libre - “ont refusé un État unitaire et lui ont imposé un système fédéral. Les américains jouent un rôle moteur dans cette décision” qui va dans le sens “d’un fédéralisme mondialisé, contre les États Nations”. Mais “depuis, l’Allemagne utilise ce fédéralisme, qui était censé l’affaiblir, pour construire méthodiquement sa domination sur l’Europe fédérale des Länder [une Europe landérisée] atlantiste et néolibérale, qu’elle entend imposer aux peuples de notre continent. Dans cette démarche historique, liée à la mondialisation, elle est aussi secondairement, rivale des États-Unis”2. Ajoutons encore que, contrairement aux apparences, l’Allemagne est une nation dépourvue de Constitution, une Loi Fondamentale en tenant lieu, ce qui n’est pas sans conséquences du point de vue juridique et institutionnel… mais ce fait constitue un aspect pour l’heure extérieur à notre propos.

Germania garde-manger technologique

Reste que l’important n’est pas d’examiner ici les myopes idéologies régionalistes qui ont prospéré en France, à gauche comme à l’extrême droite, et qui allaient dans le sens voulu par the Mighty America, celle de la destruction des nations, de leur morcellement. Un processus que nous voyons à l’heure actuelle, sous nos yeux, à l’œuvre en Europe et au Levant. Retenons seulement dans la citation de Claude Beaulieu l’avant-dernier mot « rivale »… là se trouve l’une des clefs de la question qui nous occupe à l’instant présent. À ce sujet, il resterait également à savoir si, de ce point de vue, la Bundesrepublik très tôt « rivale des États-Unis » - car longtemps troisième puissance économique planétaire, l’Allemagne réunifiée se situant depuis 2008 au quatrième rang derrière les É-U, le Japon et la Chine - accède avec le traité de 1990, à une totale souveraineté ? En un mot, redevient-elle à cette date un “État comme les autres” ou demeure-t-elle placée sous une discrète mais ferme tutelle exercée par le “parrain” américain, de sorte que l’Allemagne vaincue continue à payer tribut, volontairement ou non ? Poser la question n’est-ce pas déjà y répondre ?

Ceci expliquant cela, il est en effet permis de douter de la pleine autonomie allemande comme tendraient à le montrer les procédés qu’utilisent aujourd’hui les États-Unis avec leur bon ami allemand. Un nain politique - mais un géant économique – que les écoutes nous montre réduit à l’état de garde-manger technologique… Parce que c’est bien de cela dont il s’agit : le pillage des ressources techniques et d’innovations germaniques au profit des industries américaines dans le cadre d’une guerre économique impitoyable qui ne connaît ni ami, ni allié, ni ennemi…Volontairement, en construisant des sous-marins d’attaque, vendus à prix cassés à l’État hébreu qui les a aussitôt équipés de missiles de croisière à ogive nucléaire [Der Spiegel/Afp3juin12]. Involontairement, mais sciemment, en laissant espionner ses universités, ses centres de recherches et ses industriels. Car qui nous fera croire, que Dame Merkel, remarquablement à l’aise dans son rôle de vierge effarouchée, ignorait tout à fait les conduites vicieuses de nos grands amis et libérateurs désintéressés ?

Une guerre qui ne dit pas son nom

« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort »… dixit Mitterrand, fin connaisseur, peu avant son décès3.

L’Amérique, c’est indubitable, s’entend à maintenir ses alliés européens sous sa coupe, et pire nous fait la guerre. Chronos dévore ses enfants. Or que faisons-nous ? Quelles conséquences tirons-nous d’un état de fait documenté de longue date et bien connu de politiques et de nos industriels ? Aucune ou presque, à part nous être mis nous aussi au renseignement civil au milieu des années quatre-vingt et avoir multiplié les officines dites d’Intelligence économique.

Le 17 mars 2000, bien avant que les classes dirigeantes européennes ne commencent à sortir de leur léthargie, R. James Woolsey, ancien directeur de la CIA, expliquait doctement et tout à fait sereinement, dans les colonnes du Wall Street Journal, les raisons « morales » justifiant l’espionnage des Alliés européens. À ce titre, la tribune « Why we spy on our Allies » nous apprenait que l’écoute des amis étaient nécessaires pour leur apprendre les bonnes manières du politiquement correct anti-corruption ! À cette époque certains esprits chagrins commençaient à s’interroger sur la reconversion du projet Echelon - associant les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande – à d’autres fins que l’interceptions des télécommunications militaires et politiques au-delà du Rideau de fer, et ce, à des fins d’espionnage économique tous azimuts. Question qui fit tardivement l’objet d’un rapport rsté lettre morte du Parlement européen, en juillet 20014.

Immédiatement après, le 11 sept. 2001 est arrivé à point nommé pour apaiser tous les états d’âmes qui auraient pu agiter les fragiles cervelles de nos soi-disant représentants européens. Et à partir de là il n’y eut plus besoin de prétextes alambiqués pour justifier l’espionnage : la guerre contre le terrorisme permettait de tout justifier, à commencer par les pratiques les plus intrusives, les plus agressives. Il fallut dès lors, volens nolens, se soumettre aux oukases de la superpuissance outragée entrée dans une ère de guerre sans limites.

Accord Swift et servitude volontaire

Un dernier mot sur la tartufferie qui consiste en ce dernier trimestre de 2013 à s’émouvoir d’un secret de polichinelle connu de tous les gens avertis depuis un demi siècle… Toujours sous couvert de traquer les dollars de la terreur, le Programme fédéral de l’Administration Bush joliment baptisé « Terrorist Finance Tracking Program » [treasury.gov/resource-center22spt11] lancé le lendemain du 11/9, autorisait le siphonage - d’abord clandestin puis toléré - de la banque de données interbancaire belge dont l’acronyme est “Swift” [Society for worldwide interbank financial telecommunication]. Pendant plusieurs années la société Swift va servilement communiquer à la CIA et au Département du Trésor américain des informations relatives à des millions de transactions bancaires en violation des législations belge et européenne. Les banques centrales belge, hollandaise et suisse reconnaîtront ultérieurement avoir été au courant de ces menées depuis leur début au cours de l’été 2002.

Le scandale révélé en juin 2006 conjointement par le Los Angeles Times, le Wall Street Journal et le New York Times, est vite étouffé et cet extravaguant programme d’espionnage entre alliés deviendra une pratique officialisée en nov. 2009 dans le cadre d’un “Accord” en bonne et due forme passé entre l’Union européenne et les États-Unis quant « au traitement et au transfert de données de messagerie financière de l’Union européenne aux États-Unis dans le cadre d’un programme de surveillance du financement du terrorisme ».

Projet derechef rejeté par le Parlement européen en février 2010, mais finalement adopté le mois de juillet suivant par la Commission européenne à la suite d’une visite de vice-président américain Joe Biden porteur promesse de « garanties renforcées » en échange d’un droit de regard approfondi sur toutes opérations interbancaires européennes. De nos jours chacun sait que les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Il faudra attendre ce 23 octobre 2013 et la grosse colère de la Chancelière Merkel pour que le Parlement européen réclame – quelle audace - la « suspension », mais non l’abrogation, de cet Accord soi-disant destiné à la lutte anti-terroriste au seul motif que les Services de renseignement américains en auraient violé les clauses de « confidentialité » !


État voyou, État voyeur

À ce stade, on commence à comprendre quel est intérêt que les États-Unis ont à se glisser dans le conduit auditif des ses alliés et amis avec des moyens d’écoute et d’entreposage d’information surmultipliés… qu’on en juge ce sont, de par le monde, trente-cinq chefs d’État qui auraient été directement espionnés et en France, à titre d’exemple, quelque 70 millions de communications qui auraient fait l’objet, non d’une interception au sens propre, mais d’une identification [recueil de métadonnées] des appelants et des appelés entre décembre 2012 et janvier 2013 ; 60 millions en Espagne pourtant d’un intérêt géoéconomique moindre [ElMundo/ElPaís28oct13]. Ces chiffres donne une vague idée des puissances de calcul désormais mobilisables pour le contrôle panoptique des télécommunications mondiales.

En ce qui concerne l’Allemagne les choses sont tout à fait claires : en 2008 l’industrie automobile américaine était au bord de l’effondrement. Une réinjection massive de capitaux mais aussi et surtout de technologies allemandes obtenues grâce à l’espionnage industriel, ont donné un coup de fouet à un secteur en perdition. En France, les informations sensibles transmises à Washington, notamment par le truchement de son allié Israélien – en ce domaine sous-traitant de la NSA – ont conduit à évincer les Français du marché automobile iranien… D’abord Peugeot qui subit une perte sèche d’environ 450 000 véhicules l’an, l’équivalent de la production de l’usine d’Aulnay, laquelle vient justement de fermer ses portes… puis plus récemment Renault. Ce sont 600 000 ventes perdues au total, alors même que General Motors et Chrysler continuent de vendre à Téhéran leurs tout-terrains ! Gageons que le président Rohani, tout à sa lune de miel avec Washington, s’empressera, avec des véhicules made in United States, de combler la place laissé vacante par ces imbéciles de Frenchies… Bref un sabordage de nos exportations qui n’eut pu avoir lieu sans l’accord très explicite du gouvernement et tout aussi implicite du patronat et des syndicats. Périssent l’emploi et nos industries pourvu que rien ne vienne entraver le chantier du Grand Marché Transatlantique prévu à brève échéance5… Drôle de raison d’État et de gouvernements qui nous font sacrifier nos intérêts les plus vitaux !

Vers l’absorption de l’Europe par le boa judéoprotestant

Le 14 juin dernier, les ministres du commerce des 27 États de l’UE ont accepté un mandat secret de la Commission européenne pour la négociation du Traité de commerce TTIP [Transatlantic Trade and Investment Partnership]. Traité qui devrait en principe être signé en 2015 et créerait une vaste « zone de libre échange » transocéanique couvrant 46% du Pib mondial, voire 51,3% si ce Traité englobe l’Accord de libre-échange nord-américain, dit Aléna [North American Free Trade Agreement]. Ce dernier réunit depuis le 1er janvier 1994, les É-U, le Canada et le Mexique. Bref si le Projet transatlantique ne capote grâce aux fâcheuses révélations d’Edward Snowden, héros des temps modernes pourchassé comme le dernier des terroristes meurtriers, il pourrait bien se présenter comme la première étape d’une Union transatlantique, charpente de l’Unification politique des nations occidentales.

Projet grandiose propre à échauffer les imaginations mais dans lequel il vaudrait sans doute mieux ne pas se précipiter dans la mesure où nous voudrions encore espérer échapper à la tiers-mondisation accélérée – synonyme d’américanisation par le bas – et à la barbarie qui semble inéluctablement l’accompagner.


Léon Camus 27 octobre 2013

Notes :

1 - Alfred Jarry « Ubu roi » 1896.

2 - Claude Beaulieu « La longue marche des trahisons nationales des marionnettes US
et l’errance stratégique des partisans d’une France libre, républicaine et sociale ». Comité Valmy juil. 2007.

3 - Georges-Marc Benamou « Le dernier Mitterrand » 1997. Une “sortie” de la part d’un homme proche de l’agonie à mettre au regard de ce qu’a rapporté - sur le même thème - Alain Peyrefitte pour de Gaulle, daté du 30 avril 1963 : « Les Américains sont engagés dans un processus de mainmise sur l’ensemble des circuits économiques, financiers, militaires, politiques dans le monde ».

4 – Cf. Rapport du 11 juillet 2001 relatif à « l’existence d’un système d’interception mondial des communications privées et économiques - système d’interception ECHELON ». Extraits des considérants « A. considérant que l’existence d’un système d’interception mondial des communications fonctionnant avec la participation des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, dans le cadre de l’accord UKUSA, ne fait plus de doutes »… dont « le nom de code [serait] ECHELON ; B. considérant qu’il est incontestable qu’il est utilisé au moins pour intercepter des communications privées et économiques, mais non militaires, et que l’analyse menée dans le cadre du rapport a montré que la capacité technique de ce système n’est peut être pas aussi grande, tant s’en faut, que ce que certains médias ont supposé [on découvre aujourd’hui que l’efficacité des écoutes par interception de “paquets d’informations” circulant notamment via les câbles transatlantique préalablement shuntés, dépassent toutes les prévisions imaginables] ; C. considérant qu’il est dès lors étonnant, voire inquiétant, que de nombreux responsables communautaires auditionnés, notamment des commissaires européens, aient déclaré ne pas avoir connaissance de ce phénomène » [http://www.europarl.europa.eu/sides... 0264&language=FR].

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