Geopolintel

L’Islam révolutionnaire

POST SCRIPTUM

lundi 30 septembre 2013

En juin 2003 dans le contexte de la guerre anglo-américaine contre l’Irak baasiste, le terroriste vénézuélien marxiste et musulman Ilich Ramirez Sanchez publiait un témoignage portant un regard particulièrement original sur les grandes transformations qui bouleversaient alors le paysage géopolitique mondiale. Depuis les prisons où il se trouve incarcéré ab libitum, l’aventurier et soldat politique comme il aime lui-même à se présenter, a voulu ainsi témoigner de son engagement au service ou contre les grandes forces architectoniques qui travaillent puissamment, à l’heure actuelle et singulièrement ces deux dernières décennies, le monde humain, les sociétés, les nations et les peuples.

Avant de vous quitter, j’aimerai beaucoup revenir sur certains de mes propos, quitte à me répéter. Je ne crois pas que ma pensée ni mes raisonnements soient caricaturalement circulaires. Je laisse aux profilers et autres psychologues professionnels le soin de délabyrinther ce qu’ils ne manqueront pas de qualifier pour mieux se rassurer, de délire mystico-marxiste.

En fait ce n’est pas moi qui parle, mes propos ne font que traduire les murmures et les grondements qui s’élèvent du fleuve tourbillonnant de l’histoire. Ce sont les événements qui nous dictent les mots pour peu que l’on se donne la peine de les observer et, s’il le faut, de les décrypter à la lumière des enseignements de la raison et de la foi. À ce titre, l’Islam et le marxisme-léninisme sont les deux écoles dans lesquelles j’ai puisé le meilleur de mes analyses. Il est frappant, en ce moment précis de notre histoire, de voir que la force torrentielle des événements, ait conduit à une forme inédite de la parole et de la pensée. Je fais ici référence au spectaculaire revirement des médias et à travers eux des opinions publiques, en Europe et dans le monde, à propos de la crise. En l’espace de quelques semaines, la volonté arrogante des États-Unis d’imposer une guerre sans justification, est parvenue à cristalliser les nations et les peuples du Vieux Monde contre l’Amérique hégémonique.

C’est un fait sans précédent dans l’histoire. Pour la première fois sur le court chemin de l’aventure humaine, cent peuples manifestaient au même moment à travers la planète leur dégoût et leur rejet de l’impérialisme et de la guerre d’agression. Le gouvernement américain et son administration étaient dénoncé pour ce qu’ils sont : un État et un système totalitaires et terroristes. Dans cette mobilisation sans pareille qui marque elle aussi le passage à une ère nouvelle de l’Histoire, il faut déceler une conscience nouvelle. Une forme de renouveau et un espoir pour l’humanité en lutte contre les forces du mal et l’empire du mensonge, espoir qui ne doit pas cependant nous aveugler : la machine est en marche depuis longtemps et, sauf effondrement des États-Unis sous la pression de leurs contradictions internes, rien ne saurait l’arrêter, avant que ne se créent et ne se consolident un ou plusieurs pôles adverses.

À un moment donné, la logique des événements commande et pas même ceux qui s’en sont voulus les initiateurs ne peuvent contrarier le processus qu’ils ont enclenché. Qu’on ne s’y trompe pas, la volonté et la malignité des hommes comptent pour beaucoup dans le cours que prennent les événements, mais eux-mêmes sont profondément agis par les forces inhérentes au système. Les hommes ne sont, sauf exception, pas en totalité maîtres de leur choix. Ils sont les héritiers d’une organisation sociale, d’une weltanschauung, une vision structurante du monde qui les conditionne et les aliène plus ou moins. Les hommes croient diriger les événements et ils ne font qu’obéir aux préjugés de leur classe et à une vision des choses et du monde qui leur sont héréditairement transmis.

Le révolutionnaire intervient au point nommé de l’histoire pour tenter de briser le cycle des enchaînements, de la spirale répétitive de l’histoire qui reproduit et déploie la logique du système. Mais pour n’être pas tout à fait les sujets actifs ou passifs du système il faut une conscience aiguë des forces en actions dans le monde des hommes. Une telle lucidité est l’apanage d’individus doués d’une morale supérieure sans laquelle il n’est point de juste clairvoyance, c’est-à-dire de capacité à pénétrer la dialectique des forces en jeu entre les personnes, les groupes, les peuples ou les sociétés, ni de volonté pour peser sur elles en vue de leur transformation radicale. Humblement, j’essaie pour ma part de suivre le cours des choses, d’en parcourir un à un tous les méandres , d’en éviter les impasses et la tentation du renoncement ou de la facilité. Pour cela je fixe mes pas sur l’Étoile polaire de la foi en Dieu, guide de tout vrai croyant sur la voie de la vérité.

Après l’Irak, viendra le temps de l’ingérence humanitaire tous azimuts et des changements de régime spontanés pour le triomphe de la démocratie… Les dominos tomberont d’eux-mêmes. Les Saoudiens qui ont lâchement pactisé avec le diable ne seront pas épargnés, l’Iran pris en tenaille entre l’Afghanistan et l’Irak, sera en tout cas neutralisé, Washington escomptant qu’il tombe sous l’effet de cet encerclement. La Syrie se ralliera, mais de concessions en concessions finira par éclater. Nous aurons un pays druze, une Bekaa « normalisée » d’où le Hezbollah aura été éradiqué, les Alaouites retourneront dans leurs collines arides défendues par les ruines des prodigieux bastions des Frengi, ces Francs bâtisseurs de forts dont la valeur individuelle n’avait rien de commun avec ces hordes de robots qui composent les armées de la thalassocratie marchande, le royaume sanglant du Moloch America…

La balkanisation générale de la Région sur des bases ethniques, tribales, linguistiques n’est-elle pas l’objectif ? Régner sur la division et le désordre ? Je ne crois pas une minute aux déclaration pétaradantes sur le maintien de l’unité de l’Irak. Les Turcs, éclairés par le renouveau de l’Islam, ont, eux-aussi, fini par le comprendre, mais les militaires alliés d’Israël forceront toujours la main des politiques pour imposer un ordre kémaliste tournant résolument le dos à l’Oumma. Il faudra un jour revenir sur le rôle occulte de certaines minorités dans l’abolition du Khalifat…

Aujourd’hui nous assistons à la fin de l’ordre établi en 1945 sur les décombres de l’Europe vaincue, la fin d’un ordre juridique et de ses principes fondateurs. Ici, c’est le principe d’intangibilité des frontières qui est remis en cause. L’Ost Politik allemande, alors sous contrôle américain a donné le feu vert à la fin des années 80 en incitant les Slovènes et les Croates à déclarer unilatéralement leur indépendance. À partir de là le détramage de l’Europe Orientale, puis la destruction de la fédération yougoslave devenaient inéluctables. Pourquoi croyez-vous que la plus grande base américaine en Europe soit en Macédoine ? Croyez-moi l’affaire des Balkans est loin d’être terminée, nous n’avons assisté qu’au premier acte ! Les Américains joueront en Europe l’Est contre l’Ouest. L’Est est dépendant et par conséquent docile… La fronde de l’Europe de l’Est, nouvellement ralliée à l’Otan, contre le front franco-germano-belge opposé à la guerre, en établit les prémisses. Il est clair que le Continent Sud-Américain et l’Amérique Centrale, quelque soient les orages qui peuvent les balayer sont non seulement sous influence mais peut-être plus encore under control. Il faut être réaliste, mais mon pays, le Venezuela, est peut-être un contre-exemple fâcheux, une épine dans le talon de la botte yankee, mais rien de plus à l’heure actuelle. Il ne remet pas fondamentalement en question la prépotence de l’Amérique dans une chasse gradée où personne ne lui conteste un droit d’intervention armé sans limite…. L’enjeu véritable sera in fine la mise au pas de l’Europe, tenue par d’artificielles solidarités Atlantiques et occidentales sur fond de culpabilisation permanente et de dette imprescriptible à l’égard de l’indépassable démocratie universelle, « sceau » de l’Histoire…

Personne n’a jamais cru qu’à terme le Kosovo n’acquerrait pas une indépendance complète. Il fallait en finir avec une Serbie forte et fédératrice. Il ne faut plus que des micro États, plus ou moins rivaux, plus ou moins concurrents, que l’on pourra faire jouer les uns contre les autres le cas échéant. La politique d’hégémonie globale veut la fin des puissances régionales, le découplage du poids démographiques et de la richesse potentielle liée à la possession de ressources naturelles. Le Soudan sera détruit parce qu’il possède l’eau et le pétrole… La France sera démantelée pour des raisons similaires comme le prévoyait déjà le Plan Morgenthau en 1945 lors de l’invasion des forces alliées en Europe, j’y reviendrai… C’est, la capacité d’innovation technique de la France, son exception culturelle, son rayonnement et surtout une certaine autorité morale qui en font un obstacle dangereux. L’unité nationale de votre pays, la Nation française doit être détruite ! Et elle le sera vraisemblablement….

Maintenant, pour en finir avec l’Asie Centrale et achever ce continental land bridge qui doit ceinturer - endiguement - le cœur du continent eurasiatique, il ne restera plus qu’une partie à jouer : la réduction du Pakistan,. Mais c’est un gros morceau. Les Yanks n’ont pas vraiment le choix. Il leur faut prévenir le renversement de leur homme de paille, Mucharaf. Le renversement d’alliance est amorcé, le Pakistan est d’ores et déjà lâché au profit de l’Inde… Après bien sûr, ce sera le tour de l’Asie, de la Corée du Nord… Je vus rappelle qu’une guerre oubliée se livre en ce moment même aux Philippines même si elle ne met en œuvre que des troupes américaines avec des moyens « limités ».

Revenons au Levant, la seule puissance qui sera évidemment tolérée est l’État d’Israël qui n’est en fait que cinquante et unième état de l’Amérique judéo-chrétienne. Mais chacun sait que la politique des États-Unis se fait autant à la Knesset qu’à Wall Street ! Nous savons bien vous et moi, en suivant mon raisonnement, que ce ne sont pas les armes introuvables de l’Irak qui menacent l’Amérique mais sa capacité structurelle à être ou redevenir une puissance régionale avec laquelle il faudrait compter. En raison de ses velléités up to date, désuètes à vouloir rester maître de son destin. Il faut en conséquence casser définitivement cette nation justement parce qu’il s’agit d’un État-national où le mot patriotisme possède encore un sens. Cela, les Américains courent le risque sérieux de l’apprendre à leur dépends. Nous ne devons nous laisser abuser par les apparences et cela demande un effort constant. Suivez-moi : les imbéciles, et pas seulement ceux des médias, s’arrêtent toujours aux apparences. Ils découvrent midi à quatorze heure et prennent pour argent comptant ce que leur racontent les officines chargées de l’agit-prop.

La désinformation - le mensonge offensif - à l’heure actuelle n’est plus seulement dirigée contre les centres décisionnels ou contre la population de l’ennemi, mais sert en priorité à l’asservissement des opinions alliées ou tierce… Il n’y a pas de règlement de comptes entre la famille Bush et les Tikriti. Penser cela est aussi ridicule qu’absurde. Le pouvoir américain se contrefiche de Saddam Hussein, il ne s’agit pas de le renverser personnellement. Comprenez que cet homme n’est que le symbole, la clef de voûte d’un édifice qu’il faut abattre. Cet édifice c’est le Baas et son idéologie socialiste, patriotique et nationale. C’est l’idée même de nation souveraine qu’il faut abolir et qui s’est incarnée aussi bien dans le socialisme yougoslave que dans l’État centralisé irakien. Comment croyez-vous que l’Irak ait survécu à douze années d’un embargo d’une réelle sévérité ? Ce sont les structures rigides de l’État et du Parti baas conçues par le chrétien Michel Aflak qui ont permis à l’Irak de survivre et de conserver sa cohésion.

Le système de rationnement et de redistribution par l’administration irakienne n’a pas failli un seul jour. Cette preuve a contrario de la valeur de ce système a été très prudemment omise par vos analphabètes des médias qui se sont bien gardé d’insister… Réintroduire la manne pétrolière, c’est-à-dire le fleuve des pétrodollars généré par des gisements à fleur de sable, donc producteurs d’immenses bénéfices, dans les flux financier internationaux est impossible avec un État fort dont la volonté est de décider seul de l’emploi de ses capitaux. Les pétrodollars doivent servir à soutenir le mythe du dieu dollar. Mythe qui ne repose sur rien si ce n’est sur une fiction active, un mirage collectif. Mais personne n’ose dire encore que le roi est nu… L’Amérique doit nécessairement, pour sauver le mythe de son imperium, intervenir, elle y est structurellement condamnée ! Si littéralement une certaine Amérique judéo-chrétienne est un tigre de papier - monnaie - elle n’en est pas moins, à ce tournant de l’histoire, le pire ennemi du genre humain.

Je reviens à l’après guerre. Le Pakistan s’est plié à tous les desiderata américains avant d’être placé dans la ligne de mire et de devenir la prochaine cible. La Turquie pourrait bien également voir son statut d’alliée privilégiée revue à la baisse tant en raison du marchandage auquel elle a soumis son acceptation à coopérer pleinement avec les forces armée américaines, c’est-à-dire pour avoir placé les enchères trop haut, que par le refus réitéré de son parlement d’accepter le déploiement à sa frontière des troupes d’assaut yankees. Seul un coup d’état militaire pourra, du point de vue israélo-américain faire revenir les choses dans l’ordre kémaliste, le seul qui soit véritablement acceptable en Asie Mineure car il assure une continué de pouvoirs entre Ankara et Tel-Aviv...

Au demeurant les alliances de circonstances ont un prix et les « gouvernements » mêmes élus avec une majorité se revendiquant de l’Islam politique – je parle toujours de la Turquie – ont tous leur « prix » ! L’Union Soviétique au bout du rouleau en 90, n’avait-elle pas vendu son accord passif à la première guerre du Golfe pour une bouchée de pain ? Quatre petits milliards de dollars ! Une broutille ! Les Turcs ont placé la barre plus haut, la chose s’est en effet négociée aux alentours de 30 milliards de prêts, d’aides diverse et variées… Ne parlons pas des clauses non-écrites relatives à des gages territoriaux, le Vilayet de Mossoul, par exemple, autrement dit le pétrole de Kirkouk qui était l’apanage des Français depuis Lausanne, lorsque vous avez voulu après la Grande Guerre assurer votre indépendance énergétique par rapport aux Anglais, les même qui alors soutenaient les Frères Musulmans en Égypte, pour les instrumentaliser au seul profit de leur politique impériale…

La Turquie affirme sa foi en l’Islam, des politiques se font élire sur l’aspiration à un renouveau islamique, mais la tentation est grande et la raison d’État aussi, de se soumettre à loi des idoles, aux lois du marché et à la surenchère des bénéfices tirés de la trahison de la parole divine et du mépris absolu de la volonté du peuple.

Vous trouverez toujours des oulémas pour tout justifier et son contraire. Ce que l’on ne sait pas assez, c’est que n’importe quel docteur de la foi peut émettre des fatwas, des arrêts religieux qui peuvent aussi bien répondre à des besoins strictement opportunistes ! L’islam n’est homogène ou cohérent que vu d’ici, c’est une faiblesse sans doute mais dont il tire aussi une part de grandeur. Le débat y est permanent… Au fond, la position de principe de l’Allemagne contre tout engagement en Irak, même si il recouvre beaucoup de pragmatisme, n’est pas vraiment pour me déplaire. Ce sont les principes qui guident nos vies, qui en déterminent le sens. L’on ne joue pas impunément avec les principes, et l’esprit de lucre, la vénalité comme la lâcheté des gouvernants qui se couchent devant les oukases des puissants ou plus simplement qui n’ont pas le courage d’appeler un chat, un chat et un mensonge, un mensonge, ceux-là me font vomir…

Le seul moyen de gouverner les crises est d’affronter la vérité. Et ceux-là même qui croient pouvoir se dérober à cette règle se sont déjà condamné. En Turquie, aux Pakistan, dans les Émirats du Golfe, je ne prédis pas un long avenir à tous les petits renards de la politique… Croyez-vous que les Blair, les Aznar, les Berlusconi qui vont à contresens d’une opinion instinctivement hostile à une guerre injuste, injustifiée et dont les véritables objectifs sont tus, pensez-vous que ces fantoches aient encore un avenir politique sans le secours aux magouilles d’une démocratie parlementaire intrinsèquement vérolée et truquée ? Je vous rappelle que ces gens ne sont que des minoritaires, qu’ils n’ont été élus que grâce à des mécanismes électoraux - toutes sortes de trucages comme le découpage des circonscriptions - et qui se sont déconsidérés par leur servilité, aux yeux mêmes des hommes de leur parti. D’une certaine façon, l’Europe des peuples s’est exprimée sans équivoque dans son refus de la guerre et ce refus est aussi celui de classes politiques moralement corrompues. J’ajouterai une corruption originelle, ces gens n’ont jamais gouverné dans l’intérêt des nations, ils se montrent maintenant pour ce qu’ils sont en vérité, des hommes de paille, de simples exécutants…

Une certaine déviation du marxisme avait pris l’habitude de justifier les pires excès en foulant aux pieds la morale bourgeoise. Mais qu’est-ce que l’homme sans morale ? L’exemple que donne la Turquie islamique, compromise jusqu’au cou dans un système d’alliances avec l’impérialisme et le sionisme, montre à quel point la foi dans la vérité fait mauvais ménage avec les intérêts temporels et la géopolitique. Je prie pour que l’Islam ne devienne jamais ce qu’est devenue l’Église catholique : un vague mouvement d’animation spirituelle contribuant par beaucoup de niaiserie à l’anesthésie générale. Le clergé des églises chrétiennes en Occident est à l’image de la décadence générale et cela malgré le courage spirituel de quelques chefs religieux comme Capucci ou comme ces prêtres d’Amérique Latine qui veulent donner un contenu théologique aux paroles du Prophète Issa, Dieu l’ait en sa bénédiction, et qui militent pour la libération de l’homme, des pauvres et des humiliés.

Aujourd’hui le Christianisme se détache de l’étymologie du Message, de son sens premier, séparé de sa tradition dans ce qu’elle avait de meilleur, les chrétiens se condamnent à n’être plus qu’un reliquat sociologique et leur foi à n’être qu’une sorte de compendium de bons sentiments, la plupart du temps coupés du réel et par conséquent inopérant, ou pire servant à atténuer la lucidité des foules, voire à émasculer, au sens propre, leur perception de la morale, tout en satisfaisant et en encadrant leur besoin de superstition… Plaise à Dieu qu’à son tour l’Islam ne se perde dans les mêmes marécages de la conscience, je prie pour que le capitalisme ne parvienne pas à le museler ou à le domestiquer pour en faire un nouvel opiacé à l’usage des foules anonymes et déstructurées de la société de consommation !

L’islam peut jouer et doit tenir un rôle moteur dans la libération des peuples et dans la lutte contre l’impérialisme libéral. Rôle que le christianisme n’a pas su tenir, malgré l’émergence d’une doctrine sociale de l’Église au XXe Siècle qui s’est perdu, comme le fleuve dans le désert, dans l’impasse de la démocratie sociale. La foi se situe au cœur de la cité et la séparation de l’Église et de l’État n’avait de sens que dans des sociétés encore imprégnées de spiritualité, où la morale religieuse irriguait, sous-tendait tous les comportement et constituait la référence implicite ou explicite des mœurs publiques. Or vos démocratie ont rompu leurs amarres. Le bateau ivre est parti à la dérive et vous n’en finissez pas de faire de vos vices privés des vertus publiques.

Vos sociétés respectent, autrement dit, idolâtrent ce qui est monstrueux, contre-nature, parce que la loi du marché le veut ainsi, la morale est un frein à la consommation, n’est-ce pas ? La loi de la grande prostituée qu’est le libre-échange s’impose à tous sans discrimination. Cette loi sans compromis exige de ne refuser aucune clientèle. Aucun segment du marché ne doit être ignoré. Tout fait vendre. Et comme chaque tendance est un marché en puissance… Et plus l’instinct exploité à des fins mercantiles avilit l’homme, plus il ravale l’homme à un rang inférieur à celui de la bête, et plus il est choyé, plus il est l’élu du système libéral.

J’exagère ? Je suis un exalté, un dangereux illuminé ? Les parents regardent attendris - il faut que jeunesse se passe n’est-ce pas - leurs enfants aller s’abrutir de rock dur, de techno, et de toutes les formes sonores de la drogue… Ils s’en amusent et ne voient pas qu’ils assistent en réalité à une tragédie... La télévision fait du sexe, de la violence et du dollar, un culte effréné. Vos télévisions déversent leurs ordures à flot continu au sein même de vos famille, tandis que vos politiques s’insurgent à qui mieux mieux contre le spectre d’un très hypothétique retour de l’ordre moral ! Dire le bien et le mal est devenu une incongruité, mieux une obscénité. Dénoncer le mal, exalter le bien dans son objectivité, dire la vérité de Dieu, vous fait frémir. Vous préférer vous barricader chez vous dans la crainte des voleurs, car vous voulez garder comme votre bien le plus précieux, plus précieux même que vos enfants disparus ou violés, vous ne désirez qu’un chose, l’entière liberté, la seule dont vous disposiez vraiment, qui est celle de vous avilir ! Soit ! Mais alors puisque vous n’avez plus le courage de défendre les principes moraux de la loi naturelle et divine, celle de vos pères, cessez de pleurer sur vos malheur. La guerre n’est en fait que la conséquence de votre sommeil de nantis, maintenant avec le réveil, le cauchemar commence…

Je reviens sur ce mot « libéral » qui m’a toujours paru plaisant. Où est la « liberté » dans le libéralisme ? Liberté des pauvres d’être toujours plus pauvres et des riches de pouvoir s’enrichir ? La liberté, votre liberté est un mensonge, ce mot est la forme moderne du collier de l’esclave. Personnellement, les mots, en eux-mêmes, n’ont aucune valeur à mes yeux, seul compte la réalité, celle qui s’incarne dans des libertés concrètes et non des faux semblants. Ne me dites pas que ce propos est abstrait. Je prends toujours comme exemple cette liberté fondamentale qu’est la liberté de pensée. Etes-vous réellement libre de penser et avez-vous la capacité d’exprimer cette pensée ? Vous savez bien que non, vos tribunaux, votre justice sont vigilants à préserver intacte la part d’ombre, le non-dit qui dirige les actes, qui dicte les choix ultime de vos gouvernants. Vous verrez qu’après tout la France ralliera sur l’Irak les positions américaines, et pas seulement pour être au partage des dépouilles. Chercher ce qui meut vos hommes publics, leur appétence pour les attributs du pouvoir, quelles sont leurs peurs, et la première d’entre elles : perdre le lustre et les dorures de ce même pouvoir.

Les hommes s’achètent pour peu, il n’en demeure pas moins que les censures de la presse dans les dictatures que vous haïssez tant, sont sans doute moins efficaces, moins hermétiques que ces censures qui n’existent pas et qui sont le fondement du mensonge démocratique…

Que devons-nous opposer à la dictature libérale ? Le seul tiers-mondisme maintenant ne répond plus aux besoins comme cela a pu être le cas à un certaine période historique, dans la seconde moitié du XXe Siècle, lorsqu’il s’est agi de démanteler les empires coloniaux, tout comme le communisme lorsqu’il s’agissait d’émanciper un prolétariat qui a largement disparu dans les pays du Nord. Aujourd’hui il faut aux hommes un nouvel internationalisme, puissamment unificateur qui fusionne l’idéal moral et la dimension sacrée avec l’architecture conceptuelle et théorique du mouvement social révolutionnaire. L’islam par le message d’universalité qu’il véhicule me semble la seule contre-culture susceptible de contrecarrer le maillage totalitaire qui s’installe à l’heure actuelle sur toute la planète et dont le Patriot Act, qui instaure un contrôle permanent sur tous les citoyens américains, n’est que le préambule. Bientôt toute velléité de dissidence intellectuelle sera interdite dans les pays développés. N’oubliez pas qu’avec l’informatique vous vous êtes condamnés à vivre dans une maison de verre . Toutes vos communications, vos courriers, peuvent maintenant être lus ou interceptés et si vous êtes suspects de déviance intellectuelle la neutralisation anticipée pourra être décidée contre vous. Nous sommes entrés dans l’ère de la justice préventive, au même titre que la guerre du même nom, pour éliminer une menace purement virtuelle.

Essayez donc de me prouver votre innocence ? Essayez de prouver que vous n’êtes pas coupable ? L’absence de preuve ne plaidera pas en votre faveur, bien au contraire. Plus les preuves matérielles font défaut et plus votre culpabilité s’impose, plus elle devient évidente ! C’est le cas de l’Irak, mais ce modèle de raisonnement de culpabilité a priori a lui, déjà fait ses preuves. Osez dire que vous n’êtes pas un futur délinquant ? Allez-y, vous verrez ! Vos hommes publics, dans l’indifférence générale, ont laissé s’installer dans vos lois des crimes quasi métaphysiques. Je fais référence à ce véritable délit d’opinion que constitue à présent le fait de mal penser, de mal dire, d’émettre des vérité jugées indésirables et que sanctionnent très durement vos tribunaux, au nom de la tolérance et de la liberté de pensée et d’expression. Je revendique pour moi et pour tous le droit de mal-penser, de dire ma vérité même si elle n’est pas universellement partagée par des multitudes matraquées par le mensonge universel…

Tous les manquements à ce politiquement correct inventé par une Amérique puritaine - qui par ailleurs fait bon ménage avec le commerce de la pornographie et la prolifération, au nom de la liberté, des sectes sataniques - seront punissables ! La dictature des bons sentiments s’installe, elle nous fait obligation d’aimer et de chérir toutes les dépravations du corps et de l’esprit… Voilà, nous sommes d’ores et déjà dans le meilleur des mondes kafkaïens : demain vous pourrez faire l’objet d’une procédure sans être sorti du droit chemin ou de la norme uniquement parce que vous aurez été soupçonné de pouvoir le faire et qu’ainsi vous constitueriez un danger pour l’ordre social. « Tous suspects », tel est le principe de base de ce nouvel ordre mondial annoncé par Bush un certain 11 Septembre 1990 avant la première attaque de l’Irak… Encore une fois, je ne suis en aucun cas frappé de paranoïa. Lisez les journaux, aussi indigents soient-ils, vous verrez passez quelques cas exemplaires de sanction pour délit d’opinion et crime- contre- la- pensée unique. Combien de temps, d’années, de mensonges a-t-il fallu avant qu’il n’y ait un renversement de l’opinion à propos de l’Irak ? Seule la prémonition de la guerre et l’angoisse de ses conséquences sont parvenues à briser la conspiration du silence qui ceinturait, mieux encore que l’embargo matériel, un Irak, pris en otage, captif dans l’attente de son exécution.

Mais ce Patriot Act n’est qu’une scène du premier « acte » de la tragédie qui se joue maintenant, en direct, sous nos yeux et qui est par essence, métaphysique. N’est-ce pas l’affrontement des forces du Mal contre celles du Bien, de la démocratie totalitaire contre la libre souveraineté des hommes et des peuples ? Ce combat que le christianisme a déserté pour votre malheur, suppose une force morale et spirituelle que seul l’Islam révolutionnaire possède aujourd’hui parce qu’il a placé la foi dans la matrice d’une lecture rationnelle et dialectique des forces qui structurent le champ dynamique de l’histoire.

Certes il ne s’agit pas d’un choc des civilisations, j’ai assez insisté sur ce point, mais ce qui est en cause c’est bel et bien une guerre religieuse. Une guerre contre le matérialisme triomphant du « Marché ». Une guerre déclarée à l’homme dans son humanité… Beaucoup se laisseront évidemment abuser par ces images de propagande sur lesquels ont voit des GI’S se faire baptiser à la mode christique, par immersion dans des bassins de plastique plantés dans les sables du Koweït. La manipulation de la foi à usage politique et belliqueux aura été l’une des dimensions originelles de cette guerre qui s’annonce pour nous tous, comme sans frontières temporelles ni géographiques.

À propos de l’Irak, qui était l’un des rares États véritablement laïcs de la région avec la Syrie, l’Amérique croisée - qui n’entre plus en guerre pour délivrer le tombeau du Christ mais pour libérer des puits de pétrole - va, ironie de la chose, faire la guerre à l’un des derniers bastions du christianisme en Orient ! Les minorités chrétiennes d’Irak sont les fils et les filles des premiers convertis, par St Thomas au tout début de l’ère chrétienne. En détruisant l’Irak, Bush le pieux, Bush le croisé, va détruire ce qui demeurait des premiers chrétiens dont certaines communautés, qui plus est, descendaient en droite ligne des juifs convertis après la deuxième déportation à Babylone. Et vos médias oublient - ils oublient toujours beaucoup de choses - de dire que l’un des éléments de charpente du régime baasiste est justement constitué de cette vivace communauté chrétienne laquelle occupe depuis 1968 et la révolution baasiste une place décisive dans les strates intermédiaires de l’appareil d’État.

Détruire l’Irak et ses structures de pouvoir- comme l’envisage Chirac qui est « contre la guerre » mais s’en fera le complice en se préparant à y participer, au moins indirectement par l’autorisation de survol de votre territoire accordé à la force de frappe aérienne des Américains - c’est anéantir les communautés chrétiennes de ce pays martyr ! Chrétiens pourtant protégés de la dictature ! Saddam Hussein a ainsi décrit dans un roman plus ou moins autobiographique, « Zabiba », ses amours avec une fille du peuple, une Chrétienne. Or il est clair que le Tikriti - autrefois Tikrit était « la ville aux trois églises » - qu’est le Raïs associe symboliquement dans son œuvre Zabiba à la Mésopotamie elle-même ! Tirez-en les conclusions qui vous siéront…

Un mot encore puisque le sujet éveille votre intérêt : quand votre pays, la France se mêle des affaires du Proche Orient, je me permet de vous rappeler à vous Chrétiens, qu’au IX° siècle le Khalife Abasside Haroun Al Rachid avait confié la protection des Chrétiens du Levant à l’empereur Charlemagne par le truchement de ses ambassadeurs. Pendant douze siècle ce lien n’a jamais été démenti, même pas par la Convention et Robespierre qui avait tenu solennellement à le confirmer. Le lien charnel de votre pays et de l’Orient est bien antérieur aux croisades, je dis cela pour ceux qui aujourd’hui dénient à la France le droit d’avoir une politique arabe… Car les Chrétiens d’Orient sont en majorité des Arabes, et si Lieux Saints sont aujourd’hui sous le feu de la guerre, comme à Bethléem, ni les Arabes, ni l’Islam n’y sont pour rien… Cela votre école laïque l’enseigne-t-elle aux enfants de la République ?

Je crois sincèrement que l’Islam, pour livrer cette bataille qui est celle de l’Homme contre la machine, doit revenir à l’esprit qui était le sien à son apogée. Ce n’est pas par hasard que j’évoquais les liens qui unirent la France carolingienne et le Khalifat de Bagdad. L’islam doit à mon sens revenir à sa source, à l’époque où il rayonnait de toute sa splendeur comme au IXe, au Xe ou encore au XIe Siècle.

À ces époques nul ne songeait à commettre la moindre erreur concernant la vraie nature de l’idolâtrie. Le mot idole possédait son vrai sens, il n’aurait jamais été question de détruire les Bouddhas de Bamian par exemple. Les Védas, parce que ce sont des textes sacrés, permettaient aux docteurs de l’Islam d’assimiler les hindouistes aux gens du Livre, comme ce fut également le cas pour les Zoroastriens iraniens (ou Parsis) qui reçurent également, et pour les mêmes raisons, le statut de protégés. D’audacieuses passerelles mystiques étaient lancées entre l’Islam et les grands édifices métaphysiques du monde indo-européen. La tolérance et le dialogue étaient la règle ! De ce seul point de vue, je crois personnellement à la nécessaire réouverture de l’Ijtihad, au retour de l’exégèse sacrée qui seule, dans la convergence des forces spirituelles, nous donnera les moyens de combattre le Moloch impérialiste.

La lutte contre le matérialisme athée et ses idoles pétries de la tourbe du pouvoir, de sang, de sexe et de fric, est évidemment transnationale, transculturelles, transconfessionnelle indépendamment du fait que l’Islam ait ouvert la voie à la libération de l’homme et au retour à Dieu… Sinon, l’Islam courrait le risque de tomber dans le piège qui lui est tendu, celui du « choc des civilisations ». Or l’affrontement d’un Islam isolé et de l’impérialisme ne pourrait être que suicidaire pour l’humanité toute entière. D’une certaine façon la tendance salafiste d’une imitation littéraliste et hors contexte des grandes heures de la vie du Prophète, Dieu l’ait en sa bénédiction, et de ses Compagnons, ce qu’ont voulu accomplir les taliban, n’est certainement pas la meilleure voie possible. Et ne parlons pas des brutes sanguinaires, agents stipendiés des services algériens, des prétendus « GIA » qui souillent l’Islam accomplissant les basses-œuvres de ses pires ennemis. Pour moi il est utopique et même dangereux de vouloir reconstituer artificiellement le temps de la prédication.

Ce n’est ni la longueur de la barbe, ni la couleur du turban qui distinguent le bon croyant, agréable à Dieu. Réciter les cinq prières, accomplir le Hadj, faire l’aumône, cela est bien, cela est nécessaire mais cela n’est pas suffisant au yeux de Dieu qui ne s’intéresse qu’à « ce qui est dans le cœur de l’homme ». L’homme qui plaît à Dieu est celui qui est épris de vérité, qui a soif de justice et je dirai que la distinction à ce niveau ne doit plus se faire seulement entre les « vrais » croyants et les autres, entre pieux musulmans et non-musulmans, mais entre les hommes de foi authentique, ceux qui aiment Dieu à travers leur quête de vérité et de justice, par opposition à tous qui se sont vendus aux idoles, et cela exclut a priori beaucoup d’hypocrites et d’apostats qui ont pourtant, en apparences, embrassé la vraie foi.

C’est pourquoi les portes de l’Ijtihad doivent être maintenant réouvertes avec fracas afin que tous les hommes de foi authentiques, et tous ceux qui se réclament des valeurs de Dieu, des lois de la nature divine, que tous ceux-là puissent se rassembler pour livrer le combat ultime contre les forces du Mal. J’en appelle à mes frères en Islam pour que leurs regards ne soient pas troublés par l’erreur, qu’ils ne se trompent pas d’ennemi, qu’ils ne se laissent pas leurrer par les apparences ou par une mauvaise interprétation du Message. Le Message s’adresse à tous les hommes, car nous savons que le chemin vers le Maître de la Puissance est long, difficile, semé d’embûches, de tromperies. Notre combat est celui de tous les hommes de bonne volonté, croyants et non-croyants, qui manifestent leur foi authentique par leurs actes de justice. Ce n’est pas le combat de l’Islam contre l’Occident, la chrétienté ou le judaïsme authentiques, mais celui qui s’oppose à tous ceux, musulmans compris, qui ont apostasié la parole de Dieu ou trahi les valeurs sacrées qui fondent l’homme en son humanité.

Mais l’effort sera aussi celui de l’Occident chrétien pour reconnaître les vrais ennemis de l’humanité et ne pas succomber à la tentation de la haine qui peut opposer entre elles les cultures, les races et les religions…

Curieusement le monde arabe, le tiers-monde en général, peut-être parce qu’il sont aux premières loges, qu’ils sont les proies désignées avec lesquelles l’impérialisme ne prend pas de gants, me semblent infiniment plus lucides que l’Europe égocentrique qui continuait, encore ces derniers temps, de se raconter des histoires pour mieux se rassurer. Et puis au Sud et à l’Est de la Méditerranée l’on ne s’encombre pas de tout ce lot de préjugés que vous traînez comme autant de boulets. Le vieil Occident européen et la France en particulier charrient depuis longtemps comme une fatalité le fardeau invraisemblable de sa culpabilité pour un passé désormais dépassé. Culpabilité française pour « Munich », pour Vichy, pour sa « dette » à l’Amérique et votre « libération », pour une décolonisation douloureuse, comme si les Français étaient les seuls coupables. Mais vous ne vous êtes même pas rendus compte que vous êtes devenus, après les deux guerres fratricides qui ont décimées l’Europe au XXe Siècle, des colonies américaines et rien d’autre. Cette culpabilité vous a trop longtemps aveuglé, elle a durablement vicié vos analyses quant à l’évolution du monde et la montée du totalitarisme américain, elle a gravement inhibé vos réactions, les a limitées au nom de solidarités Atlantiques qui n’ont jamais existé. Croyez-vous que l’Amérique se serait sacrifiée pour sauver l’Europe au temps de la Guerre Froide si la situation avait dégénéré ? Vous connaissez la réponse, et de Gaulle avant vous…

Mais le mythe de l’Amérique sauvant France était utile pour asseoir la légitimité des nouvelles classes dirigeantes qui étaient arrivées dans les fourgons américains et qui se sont partagées les dépouilles des vaincus après les tueries massives – bien pires que celles des Septembriseurs de 1793, période que vous désignez sous le terme d’épuration. Il fallait tuer et encore tuer tous les témoins gênants et les tenants d’une souveraineté qui contrariait de facto la carte du monde dessinée à Yalta. Il le fallait aussi pour effacer l’écrasante responsabilité de la gauche socialiste dans l’installation du gouvernement de Vichy… Pour justifier la politique raisonnée des massacres de la Libération, et l’américanisation et la mise sous tutelle yankee de tout l’Ouest européen, il fallait que vos nouvelles élites inventassent le mythe d’une Amérique libératrice. À ce sujet également, De Gaulle n’avait pas été dupe… Mais ce mythe qui a eu jusqu’à aujourd’hui la vie dure vous aura coûté cher. Là aussi vous remarquerez que nous nous trouvons vraiment à un tournant de l’histoire avec un revirement impensable de l’opinion un an et demi après le Pearl Harbor de Manhattan. Le mythe américain est en train d’imploser sous nos yeux…

À Yalta, en Février 1945, vos chers Alliés aux mains sanglantes, Roosevelt, Churchill et Joseph Staline, s’étaient en fait partagé entre eux les dépouilles de la vieille Europe. J’ai déjà signalé la destruction de civils Kurdes par la Royal Air Force au moyen de gaz de combat, de l’Ypérite, comme à Suleymanié, en 1925 précisément décrite dans un ouvrage du Général Pierre Rondot… Politique de massacres et d’anéantissement de populations civiles « non civilisées » que Churchill poursuivra avec assiduité tout au long des années vingt dans les zones tribales du Pakistan et en Afghanistan avant de raser l’Allemagne. Quant à Staline à la même époque il laissera les coudées franches à son beau-frère Kaganovitch pour affamer l’Ukraine où quelque dix millions de personnes périrent… Vous avez compris que l’actuelle politique des judéo-chrétiens américains, ces élus drapés dans leur arrogance de justiciers sans limites voient par avance dans le succès de leurs rapines une récompense et un effet de la grâce divine ! Ceci n’est pas une nouveauté, Lorsqu’en 1898 ils voulurent faire main-basse sur Cuba en prenant prétexte de la très opportune explosion du Maine dans le port de la Havane, ils envahirent l’île et c’est au nom de Dieu et du Droit qu’ils engagèrent les hostilités. Les Américains ne sont évidemment pas les seuls à avoir mis Dieu de leur côté, reconnaissons-leur cependant une étonnante désinvolture dans le cynisme et la bonne conscience…

La guerre actuelle comme assujettissement des opinions aux mythes hollywoodiens d’une Amérique sauveuse du monde ne relève évidemment pas d’un accident de l’histoire, d’un concours de circonstances. Seuls le mensonge méthodique et la complicité active des intelligentsia et des classes politiques ont pu imposer des silences mensongers à l’histoire officielle. Ici encore la Novlangue du visionnaire Orwell montre sa toute puissance opérationnelle : la « colonisation » des peuples, des cultures, l’éradication physiques des tenants du Vieux Monde sous couvert de jugement des vaincus, s’est appelée « libération ». Un prodigieux tour de passe-passe pour un hold-up planétaire. Et c’est ce même brigandage que l’Amérique réitère maintenant au Proche-Orient. Ce système n’a rien à envier à la barbarie des peuples prédateurs . Le seul progrès notable en la matière se mesurent en terme d’hypocrisie, de mensonge et de perversité et surtout par la colossale capacité de détruire un adversaire en guenille, pieds et poings liés.

Puisqu’il est question de la libération des peuples, je ne peux m’empêcher au moment de refermer ce livre, de revenir sur le sort de l’Europe après Yalta. Le grand patron de vos services de renseignement et ami de Giscard, Alexandre de Marenches répondant aux questions de Christine Ockrent - que l’on ne vienne pas me dire que tous les journalistes sont des ignorants – et qui était un américanophile grand teint, affirmait que la libération de l’Europe s’était accompagnée de déportations massives de populations, tels les Allemands de Prusse Orientale chassés comme du bétail et crevant comme des mouches à l’instar des Arméniens, naguère sur les routes d’Anatolie. Bref la libération de l’Europe s’est en fin de compte soldée par quelques millions de morts à l’Est comme à l’Ouest tandis que les vaincus étaient décimés par la famine et les épidémies dans les camps de concentrations réouverts par les libérateurs. Marenches explique comment Churchill à fait déporter dans le glacis soviétique près de deux millions et demi de personnes, femmes et enfants qui ont connu le sort que vous pouvez imaginer. Ce sont là les héros sans tache de votre histoire. Une histoire qu’il faudra bien vous décider à réécrire. Il faudra aussi qu’on explique ce qui fait, matériellement et moralement, la différence entre les crimes nazis en temps de guerre et ceux des vainqueurs la paix gagnée ! Il doit y avoir une différence, laquelle ? Pour moi, elle m’échappe, ce qui est somme toute normal puisque ma vision divergente du monde m’a conduit là où je suis aujourd’hui ! Cela vous convient ?

De ce point de vue, le héros de la légende dorée de la libération, le grand homme Churchill, devrait peut-être bénéficier d’une place de choix au palmarès des grands criminels de l’histoire. Place qui lui revient de droit autant pour sa politique au Proche-Orient avant-guerre que pour la destruction des villes allemandes par les bombes au phosphore. Churchill en 1921, alors ministre des colonies de la Couronne procéda au dépeçage de l’ex-Empire Ottoman et à la création artificielle du Koweït, véritable tumeur au flanc de l’Irak. Le découpage insensé du Proche-Orient et particulièrement de l’Irak ne devait par la suite cesser d’alimenter des conflits frontaliers et en tout état de cause fournir aux Anglais d’abord, aux anglo-saxons ensuite, des prétextes toujours renouvelés d’interventions.

Mon propos n’est pas d’écrire un livre d’histoire. En disant cela, j’aimerai ouvrir des pistes à la réflexion et susciter un retour à la critique historique. L’on s’apercevra alors - mais d’autres ont sans doute déjà entrepris une pareille tâche – qu’il existe une formidable continuité dans les politiques et les actes des dirigeants des grandes puissances, que ceux-ci sont mûs par une logique implacable qui laisse peu de place aux accidents de l’histoire. À ce propos il me paraît opportun de rappeler que se sont les Anglais qui sont les inventeurs des camps de la mort et non le fascisme, rendons à César ce qui appartient à César : pendant la guerre contre les Boers, ces paysans hollandais qui s’opposaient à l’impérialisme britannique au Trasvaal, les Anglais conçurent l’idée de regrouper les femmes et les enfants Boers dans des camps afin, dirent-ils, de les protéger ; sur cent dix mille femmes et enfants Boers, soixante dix mille périrent. Belle protection en vérité ! Qui dit mieux ? Le même régime fut appliqué aux combattants. L’Angleterre puritaine venait d’inventer le meurtre de masse aux motifs humanitaires.

Dans la longue liste des ignominies hypocrites des grands défenseurs de la civilisation, outre les gazages par bombardements aériens de civils kurdes au cours des années 20, ce qui là aussi constituait une première, il faudrait bien sûr ajouter les sinistres Guerres de l’Opium livré au milieu du XIXe Siècle à la Chine pour la contraindre à tolérer le libre commerce de la drogue au profit des trafiquants Anglais. J’en conclurais provisoirement que le cynisme et l’ignominie de vos bons alliés et amis, comme chacun sait, n’a d’équivalent dans la démesure que votre stupide aveuglement.

Historiquement l’Amérique n’a jamais eu pour projet de « délivrer » l’Europe mais de la conquérir. Les plans mis en œuvre en 1944 labellisaient explicitement « l’invasion » du Continent et rien d’autre. Le régime national-socialiste n’avaient été qu’un prétexte à une nouvelle guerre de conquête, une parmi beaucoup d’autres depuis le début du XIXe Siècle : une centaine d’interventions armées et de conflits sur des théâtres extérieurs en cent cinquante ans.

Avant d’offrir des jeux vidéos à vos enfants, vous devriez penser à leur offrir des atlas historiques. Il y a beaucoup de choses qui se comprennent d’un seul coup d’œil sur une carte, avec ou sans formation idéologique particulière, le simple bon sens suffit. Le nazisme n’a été qu’un prétexte utile pour prendre le contrôle de l’Europe de l’Ouest, une mainmise largement amorcée par l’endettement des Européens et de la France à la suite de la Grande Guerre de 14-18. Mais libérer l’Europe du joug nazi n’était certainement pas la priorité des Américains, pas plus que sauver les juifs de l’extermination. Vous sursautez ? J’ai eu largement le temps de réfléchir ces dernières années. Le gouvernement américain était forcément au courant de ce qui se passait en Pologne. Les photos aériennes ont obligatoirement rendu compte de ce qui se tramait là-bas. D’ailleurs il est de notoriété publique que les alliés « savaient ». Beaucoup en Europe ont été accusés après coup d’avoir laissé faire, de s’être faits les complices passifs du génocide. Si le pouvoir américain avait réellement voulu casser le plan de déportations des juifs et des minorités ethniques d’Europe centrale, il lui suffisait, il me semble, de bombarder et de détruire les voies ferrées par lesquelles les convois étaient acheminés aux différents camps du complexe d’Auschwitz-Birkenau.

Pourquoi non plus ne pas avoir soufflé les installations de ces mêmes camps ? Ce qui est surprenant, c’est que l’indifférence des états-majors alliés à l’égard de la tragédie inouïe qui se jouait dans ces camps - ces mêmes alliés qui ne se sont pas gênés pour détruire l’Allemagne entière – n’ait jamais posé problème. Mieux, personne n’a jamais songé non plus à en faire grief aux Américains qui pourtant pouvaient et auraient dû intervenir, pour arrêter la machine de mort des camps !

Sans doute cette dimension de la guerre ne les intéressait-elle simplement pas. La dénonciation des camps qui auraient dû intervenir dès le début du conflit n’a en fait été exploitée par la propagande américaine que bien plus tard comme pour mieux masquer l’ampleur et la monstruosité de leurs propres crimes, la destruction totale des principales villes allemandes et japonaises et le massacre planifié des civils et finalement le recours au nucléaire sans aucune nécessité autre que l’effet spectaculaire à valeur d’avertissement pour les Soviétiques. Dresde, Tokyo, Hiroshima, Nagasaki… une longue série de crimes méthodiques contre l’Humanité...

À cet égard les travaux de l’américain Burnham, dont j’ai déjà parlé, sont particulièrement éclairants : dans une œuvre impressionnante publiée en 1945 « Struggle for the World » et qui devrait être depuis longtemps le livre de chevet de tous les hommes libres, il n’y a pas trace de condamnation, morale ou autre, du régime national-socialiste ! Dois-je souligner l’analogie existante entre le titre de cet ouvrage visionnaire et celui de la bible du national-socialisme « My struggle » dans sa traduction anglaise ? Pour Burnham le nazisme n’apparaît guère que comme un concurrent dangereux certes, mais plus encore un obstacle à balayer avant de songer à évincer la super-puissance continentale émergente que constituait lors de la reddition de l’Allemagne, l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. À partir de là, Burnaham, froid planificateur de ce qui ne se nommait pas encore la Guerre Froide, décrit la logique implacable qui doit conduire l’Amérique à la conquête du monde. À ses yeux, sans la moindre méprise possible, ce ne sont bien évidemment ni la condamnation morale du Troisième Reich, ni l’accomplissement des droits de l’homme qui ne dirigent ni n’inspirent l’action de l’Amérique sur le Vieux Continent, mais la volonté d’y asseoir de façon irréversible, une domination déjà en marche depuis l’entre deux guerres….

À l’aube du XXe Siècle la France et la Grande Bretagne exercent grâce à leurs empires coloniaux, un véritable condominium planétaire. La guerre ruineuse va entraîner leur déclin irréversible en favorisant la montée en puissance de l’Amérique qui a su monnayer ses services de dernière heure et le sang d’une poignée de ses boys dans la lutte de la ploutocratie britannique contre les empires centraux. L’Allemagne en sort démembrée, ruinée et ployant sous le faix des dommages de guerre, tout comme l’empire austro-hongrois et le khalifat ottoman. Dès 1933, Wall Street et Manhattan – d’ailleurs l’arme atomique conçue à cette époque par le doux et pacifique Einstein et réalisé par son coreligionnaire Oppenheimer, ne s’intitulait-elle pas projet Manhattan » ? – déclarent la guerre - cela n’est pas une clause de style mais la vérité historique - à l’Allemagne nationale-socialiste qui refuse la suprématie du dieu dollar et fonde la stabilité de sa monnaie comme la reconstruction de son économie sur le fondement de la valeur travail et ses seules forces productives.

Plus encore que l’antisémitisme sans fard de l’idéologie du régime, le crime de blasphème contre le dollar et la tentation autarcique sous-jacente, laquelle conduisait implicitement à tourner le dos au libre-échange, était radicalement impardonnable. La restauration de l’économie allemande sur des bases socialistes et par conséquent opposées au libéralisme, constituait une véritable déclaration de guerre… Ici, je serai tenté de faire un parallèle avec la montée des périls au Proche-Orient. Je ne reviendrai pas sur la prétention à la souveraineté économique, et à la souveraineté tout court, affichée par l’Irak, attitude proprement insupportable aux seigneurs de la finance internationale. C’est un très mauvais exemple pour tout le monde … Vous verrez que l’analogie diabolisante Saddam-Hitler fonctionne assez bien, non pas pour les raisons invoquées, mais pour d’autres, plus profondes, plus essentielles au mécanismes complexes de la puissance impérialistes laquelle repose sur l’édifice fragile de la spéculation et de la maîtrise incertaine des flux financiers. Les experts, les médias se sont polarisés sur le pétrole. Le pétrole, le pétrole et encore le pétrole ! C’est l’arbre qui cache la forêt. Certes qui tient le robinet du pétrole dans la péninsule arabique tient à la gorge le Japon et l’Europe et même un peu beaucoup la Russie qui, malgré ses immenses réserves sibériennes, fait du dollar en achetant bon marché à l’Irak des contingents d’hydrocarbures de la meilleure qualité. Je crois qu’il faut aller résolument au-delà du pétrole si l’on veut appréhender les enjeux réels.

L’enjeu pétrolier n’est en effet pas seulement lié au contrôle des ressources énergétiques. Demain se seront le nucléaire et les piles à combustibles qui prendront le relais. La valeur dominante sera l’eau dont la valeur ne cesse d’augmenter jusqu’à concurrencer dès à présent celle du pétrole. De l’eau sera tiré l’hydrogène nécessaire au fonctionnement des piles qui assurent depuis trente ans déjà le fonctionnement de la plupart des équipements spatiaux. À moyen terme les jours de la puissance pétrolière sont comptés, nous savons tous cela. Par contre ce que les analystes à courte vue ne voient pas - en prison l’on trouve toujours assez de temps pour réfléchir, prier et méditer, ce que vous, vous n’avez plus le temps de faire – c’est le rôle primordial que joue le pétrole pour le maintien de la suprématie du dollar. Si demain le dollar redevenait une monnaie ordinaire, une monnaie comme les autres, c’en serait fini de l’Amérique et du consensus artificiel qui cimente une nation faite de bric et de broc. L’Amérique hétéroclite, mosaïque de cent peuples et dépourvue d’âme nationale, volerait en éclat sous la poussée irrépressible de ses contradictions internes.

C’est là l’une des clefs de la guerre qui va s’abattre sur l’Orient arabe et musulman. Les pétro-dollars sont une sorte de gigantesque planche à billets. Ils permettent de financer ou de recapitaliser en permanence le déficit américain. Je ne suis pas un économiste chevronné mais je ressens les chose comme cela, j’en ai l’intime conviction. Rien ne fait plus peur à l’Amérique qu’une éventuelle concurrence du dollar par l’euro. Il n’y a pas eu de pire provocation de la part de Saddam Hussein que d’exiger récemment le règlement de la facture pétrolière en euros. Pensez, il y a maintenant des Arabes qui préconisent le retour à l’étalon or. Certains ont même la folle prétention de vouloir battre monnaie, des unités fiduciaires en or.

Est-il seulement imaginable de revenir sur Bretton Woods, en 1944, qui avait, dans la foulée de la victoire des armes, permis à l’Amérique de jeter à bas l’étalon or pour imposer le dollar comme référence universelle ? Chacun sait que la puissance américaine s’est en partie édifiée sur des trucages monétaires, que le déficit effarant de son économie est financé par le drainage des capitaux de ses colonies commerciales... Vous saisissez que c’est là l’enjeu majeur de la bataille. L’Amérique doit alimenter ses réseaux financiers et ses banques par un flux continu de pétro-dollars. La réintégration en Août 90 du Koweït dans l’espace irakien - l’équivalent du Rocher de Monaco pour vous français – ne mettait évidemment pas en péril les approvisionnements pétroliers de qui que se soit mais entraînait un risque de détournement des fonds des circuits financiers internationaux contrôlés depuis Manhattan et la City.

Dans les premières heures qui ont suivi l’entrée des troupes irakiennes au Koweït, tous les fonds koweïtiens avaient été gelés… Le pétrole n’a d’intérêt que par les fonds qu’ils génère et ces mêmes fonds sont tout à fait indispensables à l’alimentation des circuits financiers anglo-saxons. Nul ne peut accepter qu’un parti révolutionnaire refuse la règle du jeu, qu’il veuille rester maître du destin de la nation qu’il représente et qu’il ne se contente pas sagement des royalties gracieusement offerts par les majors. Bref, l’Irak tombe parce qu’il a résisté au racket global et qu’il n’a pas accepté d’être une république bananière…

La première crise du Golfe – quoique manipulée et provoquée – avait révélé incidemment la fragilité et la dépendance de l’édifice financier anglo-saxon à l’égard de la manne des pétro-dollars. Vous devez savoir que de toute façon le pétrole irakien est réinjecté dans des circuits industriels et commerciaux dominés par les grandes compagnies américaines. Encore maintenant, après douze ans, de blocus 70 % du pétrole irakien vendu dans le cadre de la Résolution 1789 dite « pétrole contre nourriture » revient aux anglo-américains. Les Russes, les Français et mêmes les Anglais leur revendent la majeure partie de leurs propre contingents. Vous comprenez alors que fixer l’attention de l’opinion sur le pétrole soit destiné à occulter un fait essentiel : la fragilité et la dépendance du système américain. Pour s’assurer la maîtrise des gigantesques flux financiers induits par les énergies fossiles. L’Amérique doit émietter le monde arabe et les pays producteurs en un patchwork de micro-États à l’image des Émirats, du Koweït ? Nains politiques dirigés par des oligarchies dépravées, des princes d’opérette uniquement occupés par leurs chevaux, leurs faucons et leur cheptel de filles à louer.

Une nation comme l’Irak qui avait l’ambition de se développer par ses propres moyens, avec comme colonne vertébrale un parti à la fois socialiste et patriotique, vous diriez « souverainiste », n’est-ce pas comme M. Chevènement, un parti que vous pourriez qualifier de jacobin. Longtemps fêté par tous les ténors de l’Internationale socialiste, cela est évidemment insupportable à l’Amérique qui ne veut que des clients soumis, dépendants et reconnaissants : en un mot des esclaves, au mieux des stipendiés…

La puissance de l’Amérique se nourrit des cadavres du champ de bataille. L’Amérique est une exception dans l’histoire humaine, elle a réalisé l’alliage inédit du puritanisme religieux le plus rigide avec les mœurs des hors-la-loi qui ont colonisé l’Ouest américain. Les mœurs politiques de ses classes dirigeantes sont, sauf exceptions, l’exact produit d’une hybridation entre le joueur de poker, le valet de ferme et le parrain de la Cosa Nostra. Ce que je dis est à peine caricatural. Il suffit pour s’en convaincre de considérer un seul instant le niveau de bassesse atteint dans l’invective à l’égard d’une France rétive à entériner l’arbitraire et pourtant très modérée dans son souci - son inquiétude devrais-je dire - de maintenir un semblant de fiction de légalité internationale. L’Amérique est sans doute, en raison même de son extravagante hétérogénéité culturelle, un compendium de tous les vices moraux de la planète ! J’exagère ? Les Européens se sont laissés mettre dans la tête l’image d’une Amérique idéaliste, généreuse, versant le sang de ses boys pour la liberté des peuples. C’est proprement grotesque, l’histoire est beaucoup plus crue. Pour l’Amérique, la guerre est un commerce, et lorsqu’elle intervient, elle agit comme un proxénète avec son personnel.

L’Amérique n’a développé sa puissance que comme État mercenaire en monnayant ses services ou en se comportant en prédateur cynique. La guerre contre l’Espagne en 1898 la conduit à intervenir aux Philippines, à ravager Cuba, St Saint-Domingue, cela après avoir colonisé Hawaï. La démocratie américaine est ontologiquement prédatrice et vénale. La première conflagration mondiale va être l’occasion rêvée de mettre l’Europe occidentale en coupe réglée. En 1917 elle vole au secours de la victoire après avoir créé le prétexte de son intervention en favorisant le torpillage du paquebot Lusitania. La note qu’elle présente à ses « alliés » est si écrasante qu’à elle seule elle suffit à expliquer les conditions léonines auxquelles l’Allemagne sera soumise par le traité Versailles, d’où sortira de facto la Seconde Guerre Mondiale. Voulez-vous me dire pourquoi cet aspect des choses n’est jamais évoqué ? Pourquoi aucun historien n’a publié d’étude sur cette question de gros sous pourtant essentielle à la genèse et à la compréhension des conflits du XXe Siècle ?

Homberg, qui fut le négociateur de la dette française, en a pourtant soigneusement décrit les mécanismes. Les prétendus « libérateurs » n’étaient en fait que des gangsters faisant payer au prix fort la poignée d’hommes jetés in fine dans la balance de la victoire. La guerre des autres est en vérité pour l’Amérique une source première d’enrichissement… De Gaulle avait tenu à rembourser intégralement la mise de fonds américaine en France par le truchement de l’aide à la reconstruction autrement appelé « Plan Marshall ». N’est pas de Gaulle qui veut, et il faut lui reconnaître une volonté d’indépendance assez rare dans le contexte de la Guerre Froide. De la même façon, la Guerre du Golfe qui était censée servir, entre autres, à la relance de l’économie mondiale c’est-à-dire essentiellement américaine, a été utilisée pour endetter à mort l’Arabie Saoudite qui ne s’en est pas encore relevée et qui a continué jusqu’à aujourd’hui à éponger la facture de sa protection et du prépositionnement des troupes et des matériels yankees sur son territoire ! Les notes du Kosovo et de l’Afghanistan ont été présentées celles-là aux Européens. L’Amérique fait la guerre, les autres payent…

Je crois que nous ne devons plus, à la lumière de la crise qui se développe, de la guerre qui ne dit pas son nom faite à l’Europe réticente, continuer à dire que l’Amérique se comporte comme ceci ou comme cela. Nous avons un devoir de clairvoyance et devons répéter que les Américains agissent comme des mafieux ou des cow boys. Si l’on regarde les choses en face, sur la durée, si l’on considère leurs mœurs politiques et sociales, l’ultra violence de leur société structurellement inégalitaire et sans unité morale, il faut se rendre à l’évidence et avoir le courage de donner les Américains pour ce qu’ils sont, au sens propre, c’est-à-dire des voyous et des brutes, au moins culturellement parlant. Le vernis civilisationnel ne doit tromper personne. Nous devons admettre qu’il n’y a rien à attendre d’une culture du mensonge et de la violence. Étymologiquement, l’Amérique est un pays de parias, de gens de sac et de corde, cela imprègne intimement leur culture politique en dépit d’une religiosité et d’un sentimentalisme de façade.

Le folklore douteux du garçon vacher dont on a abreuvé à satiété la jeunesse occidentale était un écran presque romantique derrière lequel le vrai visage de l’Amérique ne s’est pas longtemps dissimulé. Chassez le naturel, il revient au galop. Aujourd’hui, l’Amérique idolâtre à longueur de déjections cinématographiques, la violence absolue et gratuite. Pour cette industrie audiovisuelle qui conditionne l’imaginaire de toutes les jeunesses du monde, les meurtriers les plus abjects, les monstres les plus inhumains deviennent des idoles emblématiques des paradis artificiel de l’american nightmare… Et vous avez la légèreté au quotidien de vous réjouir de ce naufrage de l’humanité dans les immondices d’une sous-culture mercantile ! Vous en faites les riches heures de vos loisirs… Le réveil sera dur, et plus dure encore sera la chute avec le retour au réel…

Il existe une trilogie conceptuelle que n’aurait certainement pas désavoué le Balte Keyserling qui avait tracé autrefois les grandes lignes d’une « psychanalyse de l’Amérique ». Trois traits me semblent caractériser ou cerner la psychologie de l’américain des sphères dirigeantes : gangstérisme, peut-être d’ailleurs faudrait-il parler des banksters, association de malfaiteurs ou crime organisé et institutionalisé ; racket, lequel consiste à offrir une protection contre « taxation » ou versement d’un tribut ; bluff, la passion du mensonge et de la tromperie inhérente au poker. Référons-nous au succès du grand écran : les vedettes sont invariablement des figures du grand banditisme, des psychopathes et autres serial killers. Tous sont les « héros » modernes d’une Amérique désaxée, frénétique, obèse et psychotique. L’Amérique des bas-fonds a imposé son modèle pervers et toute l’épistémologie de sa science politique tient en ces trois « signifiants maîtres » : racket et chantage, désinformation éhontée et globale, gangstérisme international. Elle les illustre dans le hold up monté contre l’Irak ! Ses lettres de noblesse sont celles de la mafia, ses romans de chevaleries sont les tristes exploits des « good fellows » de Scorsese. L’Amérique triche, bluffe, joue au poker menteur avec le sort des peuples et le destin de la planète.

Chaque nation possède au moins un principe fondateur. Quand ce principe est menacé c’est l’existence même de la communauté nationale qui se trouve remise en cause. L’Amérique patchwork, invraisemblable mosaïque humaine, terre d’immigration par excellence dont les habitants ont fui la détresse matérielle de leur pays d’origine, ne se fonde que sur l’espoir unique de la réussite matérielle, ce que l’on nomme pudiquement l’american dream ! Autant dire que l’Amérique, fondée sur le dieu dollar, n’a de réalité que virtuelle. Et en aucun cas elle n’est ce melting pot, ce creuset, où viendraient se fondre des hommes de toutes origines pourvus des mêmes chances… De là à dire que l’Amérique drapée dans les replis de la bannière étoilée, qu’elle est une fiction, il n’y a qu’un pas, et toute fiction est un mensonge en soi… La grande crise de 1931 - dont le traumatisme ne peut se comparer qu’à celui de la Grande Guerre pour vous autres Européens - a ébranlé sans doute définitivement les certitudes fondatrices de l’Amérique. Enfin, à bien y réfléchir, rien n’unit entre elles ces communautés disparates qui composent l’Amérique. Le seul lien tangible qui les retient entre elles n’est qu’un rêve d’argent, et ce n’est pour la plupart malheureusement, qu’un rêve…

En cela l’Amérique n’a rien de commun avec les nations européennes soudées par une histoire, par leur homogénéité ethno-culturelle, par le socle d’une foi partagée depuis au moins seize siècles. Il est vrai que ceci est de moins en moins vrai, car votre américanisation avance à grand train, mais ça c’est votre faute, vous l’avez bien voulu, ne vous en prenez qu’à vous-même. Quant à l’Amérique, aucune société ne peut exister sur le seul consensus de la chose matérielle, sur le culte impie du Veau d’or ! Garaudy avait en son temps stigmatisé le monothéisme du marché, et si l’idole est ébranlée, le consensus artificiel - fondé nous l’avons dit sur l’accomplissement de la « Jérusalem terrestre » en dehors de toute transcendance historique ou nationale – se déchire comme le voile de Maya, le monde des apparences… La « nation » alors se trouve toute entière menacée de dislocation avec la dissolution du puissant lien symbolique qui l’unissait par la force de l’illusion. C’est cette fiction consubstantielle de l’Amérique que la récession menaçait de dissiper et que le « 11 Septembre » est venu sauver à point nommé.

Ces causes internes, telles le vent de la récession qui chaque jour souffle avec d’avantage de force, l’effondrement des bourses, tout conforte le pouvoir dans le choix délibéré de la guerre, moyen de conjurer à la fois la faillite imminente de l’économie Nord américaine victime des tares constitutives du libéralisme, et de relancer la machine entraînée, dopée par l’effort de guerre. La nécessité d’expansion - nous le savons et ce n’est pas là du marxisme de bas-étage mais un constat empirique - est génétiquement inscrite dans un système qui n’est pas créateur d’ordre par essence, qui n’est en fait qu’une économie de guerre déguisée, une économie de guerre perpétuelle et de prédation baptisée du doux nom de modernité libérale. N’oubliez jamais l’insistance de feu Mitterrand à propos du concept fondamental de guerre économique : de ce point de vue la guerre ouverte n’est que la continuation de l’économie par d’autres moyens. La guerre est une nécessité structurelle pour l’Amérique. Comprendre cela devrait éviter de réitérer certaines erreurs de jugement. Ne nous leurrons pas, nous venons d’entrer dans un cycle de guerres qui correspond à un stade déterminé d’évolution du système. C’est ce que j’ai appelé changement d’état ou révolution qualitative. Il va falloir en tirer toute les conséquences pour le présent et pour l’avenir.

L’écroulement du World Trade Center à New York n’a été qu’un accident de l’histoire mais un accident annonciateur de tempête en fournissant à l’impérialisme le prétexte à une inouïe projection de puissance venant d’une Amérique profondément malade et à l’économie structurellement précaire, voire artificielle car en grande partie fondée sur le château de cartes de la spéculation. Cette affection, cette maladie systémique l’Amérique est condamnée à l’exporter. Et l’Amérique, première victime de la malédiction que lui impose un système archaïque et pervers, est intrinsèquement dangereuse pour l’avenir de l’homme parce que son système justement ne tient pas compte des hommes, parce qu’il n’est pas au service de l’homme mais au contraire, cherche à asservir l’homme et les peuples au seul profit d’une machine, du dieu Moloch, c’est-à-dire à un système désincarné. Il n’est de valeur que l’homme, faut-il le rappeler. L’homme est le but et le moyen, à condition bien sûr que l’homme sache s’inscrire dans le divin dessein.

Il est dans la nature humaine de se serrer au cœur du troupeau, de haïr et de fuir la vérité, de bannir ceux qui ont la folie de la proclamer. Sans doute est-ce là une façon d’échapper à la peur originelle. Or je suis frappé de voir comment la presse française s’est accrochée jusqu’au bout et jusqu’à l’absurde, à l’idée que la guerre contre l’Irak pouvait être évitable. Tout le monde s’est agrippé au mirage de la légalité internationale, à la tragique fiction de l’indépendance de décision du Conseil de Sécurité. Mais chacun sait que les décisions y sont viciées, les votes achetés par Washington, que le chantage, la menace font partie de l’appareil de coercition qui ramène la brebis égarée dans le droit chemin de la décision conforme aux desiderata américains. Ceux qui n’approuvent pas ouvertement se taisent ou laissent faire.

Depuis 1991 et la disparition de l’Union Soviétique, les Américains sont parvenus à transformer le Conseil de Sécurité et l’Assemblée générale des Nations Unies en un instrument docile, sinon servile, de leur politique. Les actuelles réticences du Conseil à l’engagement immédiat des hostilités en ce mois de Mars 2003, ne reflètent pas une quelconque indépendance de ses membres mais seulement les divergences qui divisent et secouent encore l’establishment Nord-américain et sans lesquelles l’Europe n’aurait pas pu manifester son désaccord. Comprenez que depuis les stupéfiantes - pour les non initiés - élections présidentielles et plus encore depuis le « 11 Septembre », l’Amérique est en proie à une impitoyable lutte pour le pouvoir.

Les hésitations, les débats de retardement, les atermoiements de cet organe décisionnel des Nations Unies - vous avez remarqué comme moi l’absence totale dans le débat de l’Assemblée générale, pourtant seul véritable représentant de la Communauté internationale - reflète la lutte qui se livre au cœur même de la citadelle impérialiste pour s’assurer la direction du navire. Les divergences de stratégies existent, elles sont réelles. Il n’est pas utile de détailler les pressions exercées par les États-Unis pour s’assurer le contrôle du Conseil de Sécurité, elles sont notoires, elles sont accablantes, connues de tous sauf bien sûr du grand public …

Si la science économique peut se résumer à l’usage du carnet de la ménagère, la politique américaine se réduit au maniement plus ou moins subtil de la carotte et du bâton. Ici la carotte est bien entendu la valise de dollars, le bâton s’appelle mesures de rétorsions et guerre. Le Yémen pour avoir soutenu l’Irak en 1990 en sait quelque chose, mais depuis, il a dû venir à résipiscence. Immédiatement après le vote de la Résolution du Conseil de Sécurité 678, à l’automne 1990, autorisant le recours à la force contre l’Irak, le Yémen s’était vu supprimer toute aide des États Unis. L’Arabie Saoudite s’était elle, déshonorée une fois de plus en expulsant manu militari des milliers d’immigrés yéménites. En échange de leur vote de la Résolution le Congo, l’Éthiopie, la Colombie étaient gratifiés de pétrole à bas prix… Cela à titre d’exemple afin d’éclairer ceux qui auraient encore des doutes, ou des illusions, quant à la substance du concert des nations.

Au Conseil de Sécurité les votes s’achètent tout comme la docilité des membres. Et les pays pauvres ne sont pas les seuls à se plier aux oukases yankees, la France, la Russie, la Chine malgré leur opposition déclarée tremblent intérieurement pour leurs parts du marché pétrolier. La guerre déclarée, il est presque assuré que tous les trois perdront le pétrole et ne reverront jamais la couleur des dizaines de milliards de dollars de la dette irakienne. Le nouveau régime fantoche s’empressera de dénoncer tous les engagements passés. J’attends donc le moment où ils trouveront le biais pour se rallier au camp du plus fort dans le vain espoir de sauver les meubles…

Rien ne les arrêtera puisqu’ils ont décidé une fois pour toute qu’ils avaient Dieu et le Droit avec eux. Que Dieu leur a donné des droits imprescriptibles sur la Terre de Palestine et le droit de régenter le monde suivant les lois du marché. Pour cela ils n’hésiteront pas. Ils auront recours, sans le plus petit état d’âme, aux armes de destruction massive pour accomplir leur volonté de puissance et leur fantasmes religieux. Ils l’ont déjà fait, sans remords, partout au Japon, en Allemagne, au Vietnam, partout et toujours. L’Amérique n’a jamais esquissé le moindre geste de « repentance » à ce propos. Je rappelle que les crimes et les persécutions allemandes ne sont pas et ne pourront jamais constituer une excuse absolutoire aux prodigieux crimes des alliés pendant la seconde guerre mondiale, crimes dont le procès reste encore à instruire.

Si la « Pax Americana » était ce qu’elle prétend être c’est-à-dire l’instauration d’un ordre international fondateur de paix et facteur de coprospérité dans un monde plus équitable et meilleur gestionnaire des ressources limitées de la planète, l’ambition hégémonique des Américains pourrait encore se comprendre et au-delà posséder une sorte de légitimité. Cette ambition, si elle coïncidait avec de tels buts, pourrait être condamnable dans les voies et moyens qui auraient été choisi, mais elle ne pourrait en aucun cas être tout à fait haïssable. Mais il est clair que tout projet qui aurait pour unique objectif le progrès du genre humain ne saurait avancer sous le masque du mensonge. J’ai cité ailleurs Churchill pour lequel « la Vérité est trop précieuse pour ne pas la protéger d’un cortège de mensonges ». Quelle est aujourd’hui la « vérité » de ces bouchers ? Il n’y a dans cette formule qu’une pirouette verbale, un jeu de mots par trop facile. Non, la Vérité est trop précieuse pour la souiller sans nécessité par le mensonge, fût-il de la raison d’État. Il ne saurait y avoir de paix et de démocratie véritables parmi les hommes que fondées sur une part de vérité la plus grande possible. Et l’on ne peut échapper à la vérité aux heures décisives où se jouent le destin des peuples.

Notre devoir est donc tout tracé : nous avons le devoir de nous insurger. Je ne suggérerai pas aujourd’hui à quiconque d’emprunter la voie de la violence, cette violence dont nous laissons bien volontiers le monopole à l’Amérique qui puise sa fierté dans l’exhibition de ses armes obscènes de destruction massive. Le sourire satisfait de Rumsfeld, qui sera jugé quelque jour au tribunal de La Haye, ce tribunal que l’Amérique récuse pour elle-même mais finance pour les vaincus de ses guerres d’asservissement, en dit long sur l’état d’esprit et la suffisance de ces tristes et sinistres personnages.

Je suis finalement parvenu à la conviction, après avoir observé la montée en puissance de la crise et à l’extraordinaire retournement de l’opinion devenue d’un seul coup imperméable à des mensonges pourtant martelés sans répit, que la vérité peut être elle aussi dévastatrice lorsqu’elle met à nu les turpitudes morales de l’ennemi. Car à un certain niveau ces mêmes turpitudes deviennent d’insignes faiblesses. Tous nous devons, chacun d’entre nous doit, en conséquence œuvrer à dénoncer inlassablement et flétrir les ruses d’un système dont la perversité morale est inégalée à ce jour. Notre combat est d’abord idéologique car il nous faut d’abord abattre les murailles de mensonge qui protègent la citadelle de l’iniquité…

Le 22 Mars 2003

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