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L’Islam révolutionnaire

Partie III

dimanche 1er septembre 2013

En juin 2003 dans le contexte de la guerre anglo-américaine contre l’Irak baasiste, le terroriste vénézuélien marxiste et musulman Ilich Ramirez Sanchez publiait un témoignage portant un regard particulièrement original sur les grandes transformations qui bouleversaient alors le paysage géopolitique mondiale. Depuis les prisons où il se trouve incarcéré ab libitum, l’aventurier et soldat politique comme il aime lui-même à se présenter, a voulu ainsi témoigner de son engagement au service ou contre les grandes forces architectoniques qui travaillent puissamment, à l’heure actuelle et singulièrement ces deux dernières décennies, le monde humain, les sociétés, les nations et les peuples.

Savoir qu’une cause existe, même si les média n’en parlent pas, rappeler son existence par un coup d’éclat justifie en soi l’action révolutionnaire qui n’est qualifiée de terroriste que pour la discréditer, mais aussi il est vrai parce qu’elle terrorise l’ennemi. En réalité ce n’est qu’un épisode anecdotique dans le cadre général d’un affrontement dont les morts ne se comptent plus. Des morts qui ne sont pas comptabilisés par les média et ne suscitent aucune indignation publique. Pensez aux human casualties, selon un euphémisme sur mesure, suscité par le blocus de l’Irak, à la somme de misère et de mort engendrée par la guerre palestino-israélienne de cinquante ans. Quant aux victimes irakiennes de l’embargo et en particulier à la surmortalité infantile, Madeleine Allbright n’a-t-elle pas déclaré que « si c’était le prix à payer il fallait bien le faire ». Certes, il s’agit de restaurer les valeurs de la démocratie et puis, c’est les autres qui paient !

La guerre est la guerre, qu’on le veuille ou non et tous les morts se valent ou, en tout cas, devraient se valoir. Quand une bombe manque sa cible et tue des civils, on appelle ça maintenant pudiquement des « dégâts collatéraux ». Ceux-là ce sont des morts « propres » à ranger avec les morts « démocratiques » ensevelis dans les tranchées du désert koweïtien, ou carbonisés par le napalm déversé sur les rizières du Vietnam ! Il suffit de changer les mots pour changer les choses. Mais, si c’est un shahid qui se sacrifie, alors là, c’est un monstre jailli des ténèbres médiévales !

En appeler à un minimum d’honnêteté intellectuelle, est-ce trop demander ? Croyez-vous que les crises se résoudront et que l’humanité progressera si nous continuons à nous payer de mots ? A cacher la réalité crue derrière le voile du bavardage et ainsi à se faire le complice de toutes les turpitudes, de la corruption matérielle et morale, en un mot du règne de l’iniquité ? Si vous avez perdu le sens moral à ce point, ce sens qui n’est d’abord que de l’honnêteté intellectuelle, ce que les publicistes appellent l’« objectivité », si vous, chrétiens, n’avez plus le courage de regarder les choses en face, de rendre à César ce qui lui appartient et à Dieu ce qui est à Dieu, alors embrassez l’islam et vous retrouverez la voie de l’équité et le sens du devoir moral. L’islam vous rendra la colonne vertébrale qui vous fait tant défaut, car pour vous tenir debout vous n’avez plus aujourd’hui que la cuirasse de vos égoïsmes.

Sinon, eh bien il faudra vous habituer à la banalisation du terrorisme, dans tous les sens du terme. Le terrorisme va désormais faire partie du paysage quasi quotidien de vos démocraties pourrissantes. D’abord parce que l’Amérique vous a promis une guerre éternelle et une justice sans limites. On a les amis que l’on se choisit, n’est-ce pas ? Et au nom de sa lutte contre le terrorisme vos démocraties libérales vont se muer en un totalitarisme féroce et ouvertement terroriste. Le Patriot Act qui vient d’être voté aux États-Unis le préfigure très bien. De même que l’ « Amérique » vient de réinventer la « guerre préventive » - déjà inaugurée en Juin 1967 par Israël –grâce à des systèmes d’écoutes universalisés et informatisés, les futurs délinquants seront « profilés » en amont et mis hors d’état de nuire sur simple présomption de passage à l’acte ! Chacun pourra être suspecté de terrorisme et arrêté en conséquence. Les mauvaises plaisanteries entre copains seront désormais interdites parce que les ordinateurs et les bureaucrates ne comprennent pas la plaisanterie et alors elle risqueront de coûter cher !

Banalisation, parce qu’il va falloir admettre une fois pour toutes que l’arme « terroriste » n’est pas une arme hors-la-loi, immorale ou plus monstrueuse qu’une autre. Chacun admet qu’un bombardement puisse faire des victimes civiles. On accepte la fatalité de la bombe aveugle, mais on refuse celle du hasard malheureux qui atteint le passant innocent. Alors pourquoi deux poids et deux mesures ? Expliquez-moi pourquoi il y aurait de « bons » morts, des morts propres, et des morts sales ? Il y a des distinctions purement artificielles et arbitraires qui échappent complètement au sens commun si vous y réfléchissez bien. Je suggère que l’Occident en prenne conscience et sorte de ses contradictions. Adoptez donc un parti-pris de lucidité, c’est l’antichambre de la bonne foi.

Pourquoi, les bombes des B52, les projectiles à l’uranium appauvri, les mines anti-personnel, les roquettes air-sol, seraient-elles plus licites et moins terroristes que la ceinture d’explosif de celui qui s’offre en holocauste ? Parce que son acte est volontaire ? Parce qu’il ressemble à un suicide ? Parce que cela vous trouble car vous en seriez incapable ? L’islam prohibe le suicide, tout comme le christianisme. Les chouhada sont des combattants à l’instar de n’importe quels autres combattants, pas moins que les GI’s américains ou les soldats israéliens. Ils font leur devoir en allant porter la peur et la mort dans les rangs ennemis, ils le font avec les armes qui sont à leur disposition, avec celles que leur impose l’ennemi, le choix des armes ne leur appartient pas…

Admettez enfin que là, dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, l’effet terroriste est essentiellement psychologique. Il sème le trouble, la perturbation dans la population, il désorganise la société civile, il inquiète et dissuade les investisseurs, décourage le tourisme, sape l’économie et surtout il montre l’inflexible détermination des Palestiniens à ne pas renoncer. Le terrorisme est la part maudite de la colonisation juive… Ce serait un mensonge de dire une fois de plus qu’il s’agit là d’une expression religieuse fanatique, car l’Intifada est un phénomène laïc autant que religieux, qui témoigne évidemment d’une foi et d’un engagement, mais relève aussi de choix tactiques et stratégiques se situant bien au-delà du simple plan confessionnel. Le terrorisme palestinien n’est pas seulement l’expression d’un désespoir, il est une arme et un outil politique : le message est clair, il s’adresse aussi bien à la population et aux responsables israéliens, qu’à l’opinion et à la communauté internationale.

Soyez-en assuré, ce que vous qualifiez de terrorisme apparaîtra bientôt pour ce qu’il est dans une majorité de cas : l’un des aspects ordinaires d’une guerre dont ni le monde arabe, ni l’islam n’ont pris l’initiative et qui apparaît comme la sanction de politiques criminelles, ou de la complicité active ou passive de gouvernements et d’États compradores.

Réfléchissez un instant. Pourquoi ceux qui jetaient au nom de la résistance à l’occupant des grenades dans les cafés fréquentés par des soldats allemands ici, en France, pendant la deuxième Guerre mondiale, ou qui abattaient froidement d’une balle dans la nuque un officier sur le quai du métropolitain, devraient-ils mériter le beau titre de héros et pas nos chouhada qui luttent contre une occupation autrement plus impitoyable et qui de plus s’associent dans la mort à leurs ennemis ? Les militants du FLN qui avaient engagé une lutte de libération contre le colonialisme français avaient été eux aussi qualifiés de terroristes. Alors y aurait-il un « bon » terrorisme quand il s’agit de « votre » résistance ou quand il s’est agi de forcer la main à la communauté internationale pour créer l’État artificiel d’Israël, et un « mauvais » terrorisme quand il est question d’une autre résistance cette fois dirigée contre vous, contre un système qui avilit l’homme et méprise la loi divine ? Un peu de bon sens et d’honnêteté intellectuelle seraient les bienvenus dans le débat. On ne gagne rien à mépriser l’adversaire.

Certains s’efforcent de nier que le terrorisme soit une « arme de pauvre » mais ce n’est pas nous qui avons forgé le concept de « guerre asymétrique ». La fronde des enfants de l’Intifada contre les chars israéliens, est celle qui lance la pierre vers le front de Goliath. Il y a là une importante leçon à tirer, une leçon connue mais oubliée qu’il convient de repasser : la technique n’est pas tout, les satellites, les missiles balistiques ne sont pas omnipotents face à la détermination d’hommes et de femmes mus par la foi et l’idéal. La volonté intransigeante de rester maître de son destin, d’être fidèles à soi-même, à l’héritage de ses pères, sont autant de rappels que l’Occident amolli, émasculé pour tout dire, ferait bien de méditer ! Nos chouhada témoignent que des hommes et des femmes souvent jeunes et belles, sont encore prêts à mourir pour leur foi, pour une juste cause, pour leurs convictions, pour leur communauté. Je plains cet Occident auquel cela est devenu incompréhensible. Et pourtant sa puissance et son rayonnement n’ont pas été établis sans d’innombrables sacrifices. Cela aussi, vous l’avez oublié.

Ce qui m’est personnellement incompréhensible, c’est que l’on puisse arriver à se poser la question de savoir pourquoi des hommes acceptent le martyre volontaire. Qu’une civilisation fondée à l’origine sur le martyre, littéralement le témoignage, des premiers Chrétiens, que des sociétés ravagées pendant plusieurs siècles par des guerres de religion, aient perdu cette vertu première qu’est le sens du sacrifice, qu’elles n’en aient même plus le souvenir ou l’imagination, cela me dépasse. Que vous puissiez tenter de vous rassurer en parlant de fanatisme - il existe bien sûr mais pas seulement chez les musulmans. Ne croyez-vous quand même pas que le fanatisme politique et religieux soit absent des cercles dirigeants anglo-saxons et juifs ? Mais celui-là, vous lui réservez d’autres vocables, celui d’extrémisme par exemple - cela est proprement consternant ! C’est une façon un peu misérable de se voiler la face, de refuser de voir, de conforter ses préjugés les plus stupides et surtout les plus contre-productifs en terme d’équilibre international.

Le « terrorisme » obéit à certaines conditions qu’il faudra finir par accepter. C’est une arme comme les autres, ni plus, ni moins morale et destinée à terroriser un peu, et avec des moyens réduits, ceux qui terrorisent et épouvantent beaucoup avec des moyens écrasants. La technique en soi n’est ni bonne, ni mauvaise, c’est ce que nous en faisons qui lui donne son sens. Vos docteurs de l’Église, depuis St Augustin, ont élaboré une doctrine de la guerre juste. L’Amérique aujourd’hui invoque cette doctrine pour justifier sa lutte contre nous et pour continuer sa politique de pillage de l’économie mondiale. En vérité personne, n’est censé faire la guerre de gaieté de cœur. Rares sont ceux qui font la guerre pour la guerre, c’est presque toujours un choix imposé. Et même si le combat peut être porteur de grandes joies et d’accomplissements personnels – l’homme se forge dans la lutte - donner la mort n’est destiné qu’à recouvrer un bien essentiel perdu ou menacé, à commencer par la « liberté » de décider de son destin. L’idée de liberté résume en un mot toutes les aspirations de l’être. Je veux pour moi et pour les miens, les membres de la communauté des croyants, la liberté de suivre la voie de Dieu, suivant Ses enseignements, et que nul ne vienne interférer avec cette liberté. Mais cette dignité nous la voulons aussi pour tous les hommes qui aspirent à vivre librement du fruit de leur labeur

Nous imposer dans ces conditions votre modèle prétendument démocratique, c’est nous faire la pire des violences, une violence équivalente à celle subie par le peuple de Palestine chassé de sa terre. Or vos modèles de société n’admettent pas de concurrence, ils sont « totalitaires » et vous ne le comprenez même pas. Vous avez la prétention d’exporter sans limite un mode de vie dont nous ne voulons pas. Que nous récusons. Il n’y a pas de contradiction entre vouloir tirer bénéfice des progrès techniques et refuser les usages négatifs et pervers que vous en faites. Prenez l’exemple de la télévision, qui pourrait être la meilleure des choses et qui n’est la plupart du temps que la pire. Il ne s’agit pas de refuser le progrès, les facilités de la technique, mais de faire le tri. Le progrès doit servir la cause de l’homme et de la morale. L’homme n’est pas destiné à être le servant d’une machine économique et d’un système ne visant qu’à créer une richesse stérile et destructrice. Je rappelle que le capitalisme est en train de faire de cette planète un désert. Les océans se vident, les climats changent, la vie est dorénavant menacée à sa source, et les États-Unis refusent de ratifier le protocole de Kyoto... Sans commentaire !

Tant que la situation internationale ne changera pas substantiellement, le terrorisme fera donc partie de votre paysage de tous les jours. Non pas que les Français ou les Européens soient directement et immédiatement visés, mais parce qu’ils ne pourront éviter les flux et les reflux de l’histoire. Certes dans la conduite actuelle de sa politique la France ne se montre pas particulièrement l’ennemie du monde arabe et de l’islam. Je salue ses velléités de résistance aux pressions américaines, mais je suis aussi convaincu que cette résistance n’ira pas très loin. En jouant au Monsieur bons offices, Chirac sert en sous-main des intérêts gérés Outre-Atlantique, il ménage son opinion mais se couchera le moment venu. Même si les Français et les Allemands par principe, par crainte également des conséquences prévisibles d’un conflit qui peut s’avérer non maîtrisable, ont marqué quelques réticences. Il fallait sauver les apparences aux yeux d’opinions publiques devenues hostiles, mais en réalité vos dirigeants sont dès le départ alignés sur les volontés de la Maison Blanche. Ces hommes de pouvoir ne représentent plus depuis longtemps les intérêts spécifiques d’un peuple, d’une nation, de l’Europe et encore moins de valeurs de civilisation, ils n’accèdent aux postes de commande qu’en fonction de leur docilité et de leur capacité à se faire les relais de la voix du maître. Vos grands commis ne sont que des gens de maison…

À mon avis d’ailleurs, la menace terroriste sur l’Europe ne peut directement venir aujourd’hui du Jihad qui n’aurait rien à gagner et tout à perdre à s’attaquer et à meurtrir des États qui montrent encore assez peu d’empressement à suivre l’Amérique dans sa folie meurtrière. Mais si vous en étiez atteints à votre tour, demandez-vous alors : à qui le crime profite ?

Prenez l’exemple de l’attentat de Bali où de nombreux Australiens ont trouvé la mort. L’acharnement à l’attribuer à Al Qaïda a fait long feu. L’Australie est loin du théâtre proche-oriental, alors pourquoi Bali ? Pourquoi des Australiens, ces anglo-saxons des antipodes ? Vous êtes-vous seulement posé la question ? Ces gens n’ont aucun lien direct avec l’Irak, à part le blé qu’ils y vendent et qui est de meilleure qualité que votre blé français au rabais ? Rien à voir non plus a priori avec la guerre antiterroriste. Alors ? Alors c’est bien simple, l’Australie va fournir comme dans d’autres conflits et comme elle le fit déjà à Kout, en Irak en 1916, la piétaille de choc dont l’armée d’invasion US a besoin. Il fallait donner aux Australiens un coup de semonce pour que l’opinion acceptât l’engagement de ses boys en Mésopotamie aux côtés des troupes américaines. De la même façon, si les réticences européennes devaient s’avérer trop fortes, un bel attentat bien spectaculaire suffirait à faire taire une fois pour toute les voix discordantes. Je vous laisse deviner qui pourrait le cas échéant manipuler la situation.

Il faut bien comprendre que les conflits modernes donnent une place de plus en plus grande à la dimension psychologique et notamment à la psychologie des foules. L’impact émotionnel des événements avec l’avènement des moyens de communication de masse, est sans commune mesure avec ce qui prévalait autrefois. La propagande, la mobilisation des esprits a toujours existé depuis que la guerre organisée est apparue et avec elle les ruses de guerre et la politique qui est l’art de manipuler les hommes et les situations. C’est à présent l’un des aspects fondamentaux de tous les conflits, son incidence n’a plus rien de marginal. Il faut voir dans la guerre des mots et des représentations l’une des dimensions du champ de bataille au même titre que la terre, l’eau, l’air et l’espace. Le rôle de la guerre psychologique, de la propagande, de l’intoxication et de la désinformation, s’est complexifié et considérablement développé, surtout en amont de l’engagement armé, la guerre idéelle et idéologique fait rage.

Comme dans les sociétés primitives, la cible, celui qui doit être immolé ou constituer l’objectif à atteindre pour être détruit, neutralisé ou contrôlé, est d’abord isolé, discrédité jusqu’à en faire l’incarnation de l’abjection ou du mal absolu. Il est mis au ban de la société ou de la société des nations. Cela vaut pour les individus, comme pour les États qualifiés de voyous dès lors qu’ils ne s’alignent pas sur les critères ordinaires de dépendance à l’égard de l’ogre. Alors ils sont méthodiquement détruits dans l’opinion et accusés de tous les maux et de tous les crimes. Pour pouvoir « abattre » les chouhada, avec l’apparence de la licité, il faut escamoter, truquer, occulter les causes de leur combat… De l’autre côté, vous devinez que dans la bataille médiatique le shahid, héros, martyr ou criminel honni, manie une arme de communication insurpassable, il témoigne, il brise le mur du silence, interpelle et déstabilise le public de l’ennemi. Ce public très sensible et même tout à fait vulnérable à la contre-publicité. Aussi, leur meilleur allié n’est-il pas le linceul de silence dont ils enveloppent leurs crimes ?

Matraquage quotidien de l’opinion scientifiquement préparée, tir de barrage de la grosse artillerie médiatique qui n’hésite pas à recourir aux mensonges les plus éhontés qui, même s’il ne convainquent pas complètement, créent la brèche à travers laquelle s’engouffre un torrent de doute. Jetez la suspicion sur quelqu’un, sur une cause et la partie est à moitié gagnée. La guerre moderne est d’abord médiatique et psychologique. Les techniques de manipulation de l’opinion, qui sont celles du contrôle des états d’esprits, des émotions collectives, ont fait d’incroyables progrès avec le développement des techniques d’information qui sont aussi des techniques publicitaires. Le conditionnement des esprits, la persuasion clandestine est une réalité avec laquelle il faut désormais compter. L’aliénation, le fait d’être étranger à sa propre réalité, s’est complexifiée renforcée de toute l’imagerie virtuelle créée aux fins d’asservir l’homme à la consommation. C’est justement là que se trouve aussi la raison d’être et la justification du recours à notre lutte armée. La société du spectacle exige les images chocs seuls susceptibles de la tirer de sa torpeur virtuelle.

Autrefois l’action psychologique se contentait conjoncturellement de galvaniser les énergies et les volontés en vue de l’effort de guerre, de l’acceptation du sacrifice et des efforts tant à l’arrière que sur le front et dans la bataille. Il fallait honnir l’ennemi, le craindre juste ce qu’il fallait. C’était là le travail de propagande. Quant à l’ennemi, il fallait le tromper sur ses propres forces, ses intentions, ses objectifs, il s’agissait de le leurrer. Le domaine des ruses de guerre s’est appelé intoxication lorsqu’elle visait les têtes dirigeantes et désinformation lorsque ce deception game s’est étendu à des populations toutes entières. Mais le but restait, avec la destruction physique des forces ennemies, la conquête d’un espace géographique, l’occupation d’un territoire donné. La guerre moderne s’est quelque peu dématérialisée, la destruction des forces ennemies n’est plus l’objectif premier ou unique. Le champ de bataille est devenu mental et les défaites sont en grande partie politiques. Les Américains en ont fait l’amère expérience avec le Vietnam : une guerre perdue d’abord, non dans les rizières et les jungles de l’Annam et de la Cochinchine, mais bien dans les média et l’opinion américaine… Telle est l’analyse résumée qu’en fait Richard Nixon dans ses mémoires. Si vous regardez plus près de nous, après deux mois de bombardements intensifs, l’armée serbe s’est repliée en bon ordre en abandonnant le Kosovo. Malgré les mensonges éhontés de l’armée américaine, les forces yougoslaves n’ont subi aucune perte significative. Pourtant, la défaite était totale pour Milosevic, mais cette défaite n’était pas militaire, elle était politique. Le monde occidental a réussi non pas à vaincre, au sens premier, mais à convaincre. La défaite est en premier lieu dans la tête. Or les militants révolutionnaires, d’autant plus forts qu’ils sont armés de la Parole de Dieu, sont moralement irréductibles. Le meilleur bouclier aujourd’hui contre toutes les tentations à l’asservissement volontaire réside encore dans les règles qu’impose l’islam et qui sont des règles de justice sans égal.

La diabolisation, puis l’isolement, la mise au ban de l’entité à abattre ainsi vulnérabilisée font dorénavant partie de la procédure de destruction de l’ennemi. Le champ de bataille n’est plus nous l’avons vu, seulement terrestre, maritime, aérien ou spatial, il est aussi et d’abord informationnel et mental. La désinformation ne vise plus seulement les centre nerveux et décisionnels de l’ennemi mais tend à la prise de contrôle des consciences collectives à échelle continentale voire globale, pour les asservir à leurs buts de guerre. Je rappellerai qu’en 1991, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une puissance, l’Amérique, a réussi quasiment à verrouiller toute l’information pendant la durée des opérations, en ne livrant rien ou presque des images relatives à la conduite de « Tempête du Désert ». Nous avons vu passer en boucle des images de jeux vidéo, des tirs air-sol guidés au laser contre les ponts jetés sur le Tigre, le ciel sillonné d’obus traçants, mais de la guerre réelle, de l’anéantissement méthodique des forces irakiennes, du massacre des soldats de Saddam, rien. Personne n’en a rien su ou presque…

Face à cette société du spectacle, l’action spectaculaire des révolutionnaires est d’abord destinée à frapper les esprits, à estoquer l’imagination collective par la peur ou à l’opposé par l’identification et le sentiment de fierté qui s’empare de nos amis. L’écroulement des tours a été ressenti comme une revanche sur un humiliation permanente depuis des décennies pour des centaines de millions de musulmans et de non-musulmans. C’est là une idée déplaisante pour vous, mais il vous faudra bien vous y faire. Quand je dis « musulmans » il ne s’agit pas a priori d’islamistes, mais de tous ceux qui sont de culture islamique et dont la plupart n’ont pas le moindre ressentiment à l’égard des occidentaux mais savent qu’ils sont les exclus, la périphérie d’un système qui tire sa puissance de leurs propres ressources, de leur sol, de leur travail, de celui de leur enfants… Pensez donc aux ballons de foot cousus par les petits Pakistanais… Tous ces gens admirent l’Occident pour sa prospérité mais savent aussi que cette richesse provient en grande partie de ce tiers-monde toujours plus marginalisé, en proie aux guerres, aux famines, aux épidémies et livré à des bourgeoisies aux ordres de Wall Street et du FMI.

Le capitalisme enrichit une poignée et appauvrit une majorité. Marx s’est évidemment fourvoyé lorsqu’il a élaboré un schéma d’évolution de la société de classe évoluant vers le paupérisme absolu, parce qu’il ne pouvait imaginer que son modèle se validerait à échelle globale. La division internationale du travail fabrique des peuples prolétaires, et aussi des hors caste livrés à tous les fléaux qui accablent les maudits de la Terre. Et à chaque fois qu’un semblant d’ordre parvient à être restauré, l’impérialisme se rue à la curée pour libérer les peuples et installer le chaos. Les tentatives incessantes pour déstabiliser et renverser Hugo Chavez, le seul chef d’État à m’avoir jamais écrit ouvertement à la Santé, en sont un bel exemple. Le Venezuela bolivarien est non seulement insupportable aux États-Unis, il représente un maillon faible dans leur dispositif continental. Le mauvais exemple est communicatif. J’ai déjà des doute sur l’avenir de Lula, à peine investi au Brésil dans ses fonctions présidentielles, car il n’est pas certain que sa fourniture de pétrole au Venezuela, soit longtemps tolérée. Les Russes n’ont été délivrés du socialisme « réel » bureaucratique que pour sombrer dans l’anarchie sociale et le règne des mafias. L’Irak crève lentement sous l’embargo des grands sentiments démocratiques, l’Afghanistan n’est pas prêt de se relever de ses ruines. Et après eux la liste est longue des États maudits que l’Oncle Sam entend normaliser.

Le terrorisme est donc un outil « politique » avant que d’être militaire. Il œuvre dans cette cinquième dimension du virtuel, ou mieux, de l’immatériel, qui englobe et conditionne au départ toutes les actions. Qui gagne la bataille de l’information, gagne celle des esprits, il est déjà à moitié vainqueur. Pour se replacer dans la doctrine de Sun Tzu qu’affectionnent West Point et toutes les Écoles de guerre Outre-Atlantique, la préparation psychologique de la bataille fait qu’elle est presque perdue ou quasiment gagnée avant tout véritable affrontement.

La guerre contre l’Irak est commencée depuis de longs mois, elle est incessante, une énorme pression est maintenue sur la classe politique occidentale, sur les gouvernements européens et « alliés », sur le monde arabe, la Russie et la Chine. La bataille se livre même au cœur de la citadelle Amérique. La presse américaine s’en fait l’écho avec la dénonciation virulente, sur un ton inconnu en Europe, du lobby juif dans les sphères gouvernementales. L’Amérique profonde, conservatrice ou de gauche, n’est pas totalement muselée et le New York Times comme le Washington Post sont d’une sévérité impossible en Europe ou vos média font de la surenchère dans la servilité à l’égard des maîtres du monde et des puissances d’argent. Contrairement à ce que l’on pense ici, l’opposition la plus violente à l’égard de la politique impérialiste trouve sa source aux États-Unis mêmes et pas seulement à l’extérieur. Le consensus « américain » n’est qu’une façade. Ce qui prouve encore que le 11 Septembre continue de porter ses fruits et que beaucoup en ont déjà tiré les conséquences qui s’imposaient. L’ « Amérique » n’est pas innocente et les porte-parole de ce front du refus sont les meilleurs des hommes, ceux qui ont accepté de se sacrifier pour témoigner de l’iniquité des États-Unis en détruisant les symboles les plus forts de leur corruption.

Ces « Américains » qui disent non au délire hégémonique de la nouvelle Babylone ne craignent pas nécessairement d’autres attentats, ils sont plutôt mus par un réflexe de bon sens. Ils savent pertinemment qu’il est impossible de continuer à jouer avec le feu et que le défi lancé au monde après le 11 Septembre risque vite de devenir suicidaire. Car l’ « Amérique » qui n’a pas forcément les moyens de sa politique et de sa soif de conquête, risque de sombrer avec ses ambitions. Le mensonge fait long feu. Certains commencent à percevoir maintenant les limites de cette soit-disant supériorité technologique qui permet d’écouter toute la planète, d’intercepter et d’analyser quotidiennement des centaines de millions de conversations téléphoniques grâce aux grandes oreilles et aux super-ordinateurs de la NSA, mais rarement de prévoir ce qui vient.

La non prévision du 11 Septembre, malgré un faisceau de renseignements convergents, était-elle volontaire ou pas ? Dans la seconde hypothèse l’on voit mal comment les services américains pourraient mieux faire à l’avenir ? Mais, je l’ai déjà dit, le prétendu terrorisme va servir de prétexte au plus fou des systèmes de contrôle humain jamais imaginé, non pour prévoir, mais pour asservir. La tyrannie mondiale est en marche telle que ne l’avaient imaginée ni George Orwell, ni les spécialistes de l’Okhrana qui avaient rédigé ce « faux » prophétique que sont « Les Protocoles ». Toujours est-il que le Titan technique peut être renversé et abattu par la seule volonté. La leçon du 11 Septembre est bien celui de la vulnérabilité d’un système qui se croyait invincible et avait développé un complexe d’impunité. La technique n’est rien sans la justice, ni sans la volonté d’hommes et de femmes qui luttent pour la vérité.

Propagande armée, c’est ainsi que nous pouvons qualifier l’action révolutionnaire. Elle est devenue un classique de la guerre subversive, notamment révolutionnaire, car il y faut un engagement, une foi que ne peuvent donner que des soldats mus par le plus haut idéal. Il serait impensable de demander à un mercenaire d’engager sa vie sans une forte probabilité de s’en tirer, ce n’est pas le cas évidemment des moudjahidin qui eux font d’avance le sacrifice de leur existence. Dans vos armées, même sur la base de l’engagement volontaire et des soldats de métier, il est hors de question d’envoyer des hommes sans aucun espoir de retour. Vous savez également comme moi que lorsque les hommes de troupe montent à l’assaut c’est souvent avec un officier ou un sous-officier, l’arme au poing, prêt à brûler la cervelle de celui qui reculerait. Que le refus d’obéissance en cours d’opération est sanctionné par la peine de mort devant vos cours martiales ?

Je voudrais par là que vous m’expliquiez en quoi le fait d’accepter le sacrifice volontaire serait moralement inférieur au fait de se jeter sur les lignes ennemies au-devant d’une mort possible sous la mitraille, pour fuir la mort certaine que délivrerait l’arme d’ordonnance de l’officier de section ? Pourquoi rabaisser ce qui vous dépasse ? Pourquoi dénigrer ce que vous êtes incapables de faire ? Plutôt que de martyrs vous parlez de « kamikazes » pour associer nos chouhada au sacrifice héroïque des pilotes japonais contre la flotte yankee. Mourir pour sa patrie, pour une noble cause, pour la justice ou la loi de Dieu vous paraît odieux, méprisable, monstrueux même. C’est cela qui vous fait peur. La peur est dans votre camp. Parce que contre des volontés prêtes à tout vous vous découvrez impuissants. Que toutes vos armes ne peuvent vous aider à trouver votre cible au milieu de la foule innombrable et que vos cité sont des jungles où la mort et la justice peuvent tendre leur embuscade.

N’allez pas m’accuser d’apologie de crimes. Je dénonce au contraire les crimes de ceux qui s’arrogent le droit d’être à la fois juges et parties et qui cachent leurs appétits de puissance, leur corruption morale avec les attributs de la vertu. Je ne suis pas un nihiliste comme vous aimeriez à le croire. Le soldat exerce un métier avec ses servitudes mais aussi ses grandeurs. Jamais je ne me suis félicité de la mort d’innocents, je la déplore. Comme je regrette d’avoir à livrer un combat avec des armes que je n’ai pas choisies mais que les nécessités d’un combat inégal m’imposent. Une fois encore, ni moi ni mes frères de combat et de foi, n’avons voulu cette guerre qui nous est une obligation morale et religieuse. Que les vrais coupables s’en prennent à eux-même, ceux-là même qui ont volé la terre de Palestine, assiègent l’Irak et on déclaré la guerre à l’univers.

Nos « crimes », s’ils étaient punissables, devraient l’être tout autant que les massacres gratuits que l’ « Amérique » perpètre, sans aucune honte depuis soixante ans. Depuis la guerre des villes dirigées exclusivement pendant la seconde guerre mondiale, contre des populations civiles : villes brûlées, anéanties par le phosphore ou le feu nucléaire, Tokyo, Dresde, Hambourg, Hiroshima, Nagasaki… Les millions de déportés de la victoire, les populations déplacées, les prisonniers assassinés et morts de faim dans les camps des vainqueurs qui n’avaient pas de mots assez durs pour qualifier la « barbarie » de l’ennemi. Le cortège de l’horreur n’a pas de limite pour ce « monde libre » qui se prétend libre et falsifie l’histoire pour sa gloriole et pour masquer la réalité d’une nature bestiale. Les crimes des uns n’excusent pas les crimes de ceux qui prétendent combattre le mal mais qui en vérité ne font qu’éliminer un concurrent dangereux dans la course aux hégémonies.

Voir en ligne : Seconde partie

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