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La méthode globale : une institutrice témoigne

mardi 20 août 2013

Ce témoignage très concret traduit l’indignation de tous les enseignants qui refusent d’accepter qu’un enfant puisse se retrouver en échec scolaire dès le CP à cause de ses difficultés de lecture.

Ce que j’ai pu observer chez les enfants qui ont appris à lire par la méthode de lecture globale, voire semi globale, est qu’ils mettaient beaucoup trop d’ énergie à déchiffrer les mots, beaucoup d’attention et d’effort à un âge, comme 9-10 ans, où ils sont censés lire de manière assez fluide. N’ayant pas une maîtrise visuelle rapide de l’association des lettres pour former les syllabes adéquates et donc les mots, la compréhension devient nettement plus difficile. Comme il y a eu beaucoup d’effort fourni pour le déchiffrage, ils ne sont plus guère réceptifs pour la 2e étape. À La lecture devient une corvée pour certains, qui sont alors plus réticents pour tout ce qui englobe l’écrit.

De plus, ils doivent mémoriser des mots sans avoir de repères pour les syllabes puisqu’ils ne connaissent pas les lettres et leurs différents sons en fonction de leur association avec d’autres lettres. L’accumulation de toute cette signification les met en pleine confusion et on passe plusieurs années de suite à rabâcher les mêmes leçons, comme les homonymes grammaticaux (on-ont, a-à ,et-est…), et corriger les erreurs du CE1 au CM2. Parfois, ce n’est toujours pas acquis au collège, alors que ceci devrait l’être s’ils avaient une réelle compréhension des mots. L’apprentissage de la lecture est censé se mettre en place sur 2 ans mais il n’en est rien, puisque fin CP on catalogue déjà certains enfants comme en échec.

Je défie des adultes d’apprendre le russe ou l’arabe simplement en mémorisant des mots sans passer par une reconnaissance minimale de lettres, je pense qu’ils ressentiraient vite un malaise et abandonneraient l’apprentissage.

J’ai été amené dans ma carrière à conseiller aux parents désespérés de reprendre le livre la « méthode Boscher », pour travailler en parallèle à la maison et rattraper les lacunes que l’enfant avait pour certains phonèmes.

Personnellement, je l’ai fait pour ma fille qui pleurait tous les soirs car elle n’arrivait pas à mémoriser les mots. J’ai laissé tomber les mots, je lui faisais faire de la lecture syllabique en la faisant jouer avec des cartes, une lettre par carte, selon la méthode Boscher. Elle regroupait les cartes comme par exemple « L » et « I », qui font « LI » et elle recherchait tous les mots dans lesquels elle pouvait entendre LI, peu importe la place de la syllabe dans le mot. Petit à petit, elle construisait des mots plus complexes.

Il est clair que le système d’enseignement où tout le monde doit apprendre à la même vitesse ne favorise pas ceux qui auraient besoin de plus de temps pour appréhender les nouvelles leçons. C’est encore un autre débat.

À la campagne, les plus grands aidaient les petits à lire, ceux qui étaient en difficulté avaient plus de chance que dans une classe à 30 où cela devient une « usine à lecteurs » et si une pièce est défectueuse, elle est mise au rebut.

J’ai toujours été horrifiée d’entendre dire qu’un enfant était en échec scolaire dû à ses difficultés de lecture, alors qu’il venait à peine de démarrer sa scolarité. Je ne parle pas des nombreux enfants qui passent ensuite entre les mains du psychologue scolaire puis c’est au tour des spécialistes.

Un 2e volet très important est la compréhension des mots durant la lecture.
Il est clair que si l’enfant ne fait que déchiffrer des mots sans les connaître et les comprendre, la méthode syllabique peut paraître limite.
Il faut faire un travail parallèle d’explications des mots simples et d’utilisation de ces mots dans le langage courant afin que l’enfant en ait le concept. Ceci dès qu’ils abordent la moindre lecture.

Anecdotes :

1. Dans une classe de CM1, cours moyen 1re année, une élève lisait un texte d’histoire. Elle a lu la « bouteille de Waterloo » à la place de la « bataille de Waterloo », il n’y a pas eu de réaction des élèves trop concentrés sur le déchiffrage. Après quelques instants, quelques-uns ont finalement réagi.

2. Un élève niveau CM1 n’écrivait même pas phonétiquement, par moments il était impossible de comprendre ce qu’il a voulu écrire, lui-même n’arrivait pas à se relire. Je lui ai fait refaire les lettres de l’alphabet à la pâte à modeler. Subitement avec un grand sourire, et très surpris, il s’exclame qu’il ne savait pas que la lettre « U » s’écrivait aussi simplement, pour lui cela s’écrivait « EU ». Je vous laisse imaginer les autres sons..

3. Horreur ! Je faisais lire des élèves de CP en étude le soir et l’enfant était incapable de faire sa lecture de texte que la maîtresse lui avait demandé de faire. Je vais voir l’instituteur et lui demande comment je dois faire lire l’enfant qui ne connaît pas les lettres et est donc dans l’incapacité de lire si ce n’est de mémoire.
Elle m’a répondu que je devais lui souffler les mots.
SCANDALEUX !!!

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