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Le Sarko Com Club

jeudi 31 janvier 2013

Neuilly Communication, club des dirigeants d’entreprises de communication voulu par Nicolas Sarkozy, alors maire de la ville, s’est élargi à d’autres communes et d’autres secteurs d’activité. Sans rien perdre de son caractère élitiste.

Tout est parti du rêve d’un très jeune homme politique, à l’ambition déjà affirmée. Élu à vingt-huit ans à la mairie de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Nicolas Sarkozy ne se satisfait pas de l’image « vieilles comtesses et parvenus » que traîne encore sa ville. Il souhaite en faire rien de moins que la Silicon Valley de la communication. Neuilly Communication est chargé de donner corps à cette belle ambition. À la tête de ce club très sélect, qui célébrera son vingtième anniversaire en septembre, on trouve un jeune cadre d’Hachette Filipacchi, Gérald de Roquemaurel, devenu depuis PDG du groupe de presse. Autour de lui, quelques pontes de la communication, tous implantés à Neuilly : Guy Verrecchia et Alain Sussfeld (UGC), Philippe Gaumont (FCB), l’afficheur Jean-Claude Decaux, qui apprécie de pédaler le week-end en compagnie de son ami Sarko, ou encore Jean-Loup Tournier (Sacem).

Dans les premières années, le plus fidèle aux réunions n’est autre que Nicolas Sarkozy. Il en profite pour épaissir un carnet d’adresses qui trouvera son utilité quelques années plus tard, lorsqu’il succédera à Alain Carignon au ministère de la Communication. Bien vu. Le premier but atteint, le ministre a d’autres ambitions. Ses voisins de Levallois-Perret, Boulogne-Billancourt et Issy-les-Moulineaux font eux aussi les yeux doux aux entreprises de communication, avec succès. Qu’importe ! Neuilly Communication s’élargit à d’autres secteurs d’activité et à d’autres communes, choisis par cooptation. Christian Courtin (Clarins) et Nicolas de Tavernost (M6), installés à Neuilly, côtoient désormais Arnaud de Puyfontaine (Emap France), basé à Issy-les-Moulineaux. Quelques chasseurs de têtes complètent utilement la tablée.«  Ce n’est pas le moment d’échanger des cartes,assure Alain Sussfeld.Le seul intérêt est intellectuel. »

Rendez-vous au Fouquet’s ou chez Ledoyen

Dûment placés par la maîtresse des cérémonies, Chantal de Billy, aux manettes de Neuilly Communication depuis l’origine, ces PDG prennent place dans un salon du premier étage du Fouquet’s ou chez Ledoyen. Une fois par an, Gérald de Roquemaurel reçoit en ses locaux de Levallois-Perret. On ne raterait également pour rien au monde la soirée « cinéma UGC » au siège du groupe, à Neuilly. Le 8 mars dernier, soixante-dix personnes ont ainsi assisté à la projection du filmBoudu sauvé des eaux.

Les thèmes et les invités se sont eux aussi diversifiés.« Tous ces gens n’ont pas la même couleur politique »,souligne Philippe Gaumont. Le juge Jean-Louis Bruguière a fait sensation. Il succédait à des chefs d’entreprise comme Jacques Maillot (Nouvelles Frontières) ou Jean-Martin Foltz (PSA Peugeot Citroën), à des hommes politiques tels que Jean-Louis Borloo et André Santini, à des gens de communication et de médias comme Martin Sorrell (WPP), Dominique Baudis (CSA) ou Franz-Olivier Giesbert(Le Point),venus discuter loin des micros et caméras et dans une parfaite bonne humeur. Seul André Rousselet a un jour jeté un froid en exigeant - et en obtenant - des excuses de la part d’un impertinent envers Mitterrand. On s’en souvient encore. Comme de cette visite historique du ministre de l’Intérieur en 2003. Un certain Nicolas Sarkozy.

Information traitée dans Stratégies Magazine n°1372 02/06/2005

Neuilly Communication en chiffres

Neuilly Communication
Catégorie : Professionnelles (associations)

Favoriser les rencontres entre les Présidents du monde de la communication et des médias. Mettre en commun les moyens de développer des relations dans cet univers de la communication

Coordonnées :
Maison des Associations 2bis rue du Château
92200 Neuilly-sur-Seine

1985. Création du club.

35 (environ). Nombre d’adhérents.

1 500 euros. Montant de la cotisation annuelle.

5. Nombre de présidents depuis la création (le président actuel est Philippe Gaumont).

http://www.strategies.fr/emploi-for...


Nicolas Sarkozy, vingt-cinq ans d’investissement dans les médias

Nicolas Sarkozy lâche souvent cette mise en garde ironique aux journalistes : « C’est drôle, je connais tous vos patrons... » Ce n’est pas une fanfaronnade. Vingt-cinq ans d’investissement ont porté leurs fruits : même s’il est loin d’avoir avec tous des relations amicales, le président de l’UMP n’ignore aucun dirigeant des médias. Il connaît leur parcours, l’état capitalistique de leur groupe, leurs rivalités de pouvoir, leur vie privée.

Ce travail-là a d’abord commencé à Neuilly-sur-Seine, lorsqu’il en est devenu le maire, en mars 1983, à 28 ans. Il y a alors parmi ses administrés le gratin de l’audiovisuel, du cinéma, de la politique et de la publicité, de Martin Bouygues à Patrick Poivre d’Arvor ou Jacques Attali. Des patrons, des stars du 20 Heures, des rois du marketing, régulièrement invités à la mairie de Neuilly pour des dîners décontractés. En 1985, l’édile crée carrément un club, Neuilly Communication, dirigé par Gérald de Roquemaurel, cadre montant, puis PDG d’Hachette Filipacchi jusqu’à ce qu’Arnaud Lagardère l’écarte, en octobre 2006.

S’y côtoient Arnaud de Puyfontaine (PDG du groupe de presse Mondadori-France, ex-Emap), Nicolas de Tavernost (patron de M6), Guy Verrecchia et Alain Sussfeld (à la tête d’UGC), Philippe Gaumont (agence de publicité FCB), l’afficheur Jean-Claude Decaux ou le patron de la Sacem, Jean-Loup Tournier.

Désormais, une partie de la carrière de Nicolas Sarkozy va aussi se construire dans les médias. Le groupe TF1 est, depuis 1989, dirigé par Martin Bouygues, à qui son père, Francis, a passé la main. « Martin » et « Nicolas » sont amis - Martin Bouygues fut témoin au mariage de Nicolas et Cécilia Sarkozy et est le parrain de leur fils Louis. Le premier se sait méprisé par les barons du groupe et les patrons des médias. Le second est l’un des jeunes espoirs du RPR. Télégénique et ami de Martin Bouygues, deux bonnes raisons d’être un invité régulier de TF1.

En 1992, lorsque la chaîne est sanctionnée par le CSA parce qu’elle ne diffuse pas son quota de productions françaises, Nicolas Sarkozy, au nom de l’opposition, vient condamner sur TF1 « la réglementation absurde » et promet que, si la droite l’emporte aux législatives de 1993, elle reviendra sur ces mesures.

En mars 1993, le voici ministre du budget d’Edouard Balladur. Un poste stratégique où se décide une partie des aides à la presse. Le ministre reprend en outre le portefeuille de la communication en juillet 1994, après la démission d’Alain Carignon. Il a déjà un carnet d’adresses ultra-fourni, qui va d’Alain Minc (aujourd’hui président du conseil de surveillance du Monde) à Bernard Arnault (qui, à la tête de LVMH, est présent dans la presse économique), en passant par François Pinault, qui rachète en 1997 Le Point et sera l’un des plus ardents à plaider la cause de Sarkozy auprès de Jacques Chirac en 2002.

Ministre, il apprend très concrètement la structuration capitalistique des groupes de presse. Si les rédactions sont souvent séduites par la gauche, leurs patrons sont traditionnellement plus libéraux que socialistes. Et ceux-là ont trouvé en Sarkozy un homme qui les comprend. En somme, un « bon client ».

Seulement, le bon client inverse parfois les rôles. Nicolas Sarkozy n’a alors pas rompu avec son activité d’avocat d’affaires. En vingt-cinq ans, son cabinet a défendu les hommes les plus puissants des médias : Serge Dassault, pour qui il a en partie réglé la succession de son père Marcel (le groupe Dassault possède aujourd’hui plusieurs journaux, dont Le Figaro) ; Stéphane Courbit, le président d’Endémol, qui produit de nombreuses émissions dont celles de Marc-Olivier Fogiel, lié lui aussi à Nicolas Sarkozy.

Ministre de l’économie, en 2004, il va aussi s’allier définitivement Arnaud Lagardère, avec lequel il entretenait déjà des relations d’amitié. C’est lui qui réglera en effet, après la mort de Jean-Luc Lagardère, la succession du groupe, alors même qu’un conflit menace d’opposer le fils Arnaud et sa belle-mère, Bethy. Jusque-là, Jean-Luc Lagardère s’était gardé de choisir un camp politique, afin de préserver son groupe d’armement, étroitement dépendant des commandes publiques. Avec Arnaud, les choses sont plus nettes. Et Nicolas Sarkozy a tendance à se conduire en terrain conquis. Alain Genestar, alors patron de Paris Match, affirme ainsi avoir été licencié du groupe Hachette Filipacchi pour avoir publié en couverture, à l’été 2005, une photo de Richard Attias et Cécilia Sarkozy, soulignant ainsi les difficultés conjugales du ministre de l’intérieur.

En décembre 2006, alors que l’arrivée de Christian de Villeneuve comme directeur des rédactions du groupe paraissait devoir condamner Jacques Espérandieu, directeur de la rédaction du Journal du dimanche, M. Sarkozy cherche à intervenir. Soucieux de ne pas paraître à l’origine de l’éventuelle éviction de M. Espérandieu, il le convie place Beauvau, pour lui proposer sa protection. Offre, semble-t-il, déclinée par le journaliste, finalement resté à son poste. Ce qui fait dire aujourd’hui aux cadres d’Hachette que c’est bien le candidat UMP qui a calmé le jeu dans un conflit interne au groupe.

Arnaud Lagardère ne s’en cache pas. En avril 2005, lorsqu’il fit de Nicolas Sarkozy l’invité d’honneur du séminaire de son groupe à Deauville, c’est avec ces mots qu’il le présenta : « Nicolas n’est pas un ami, c’est un frère. »

Raphaëlle Bacqué LE MONDE | 19.02.2007

http://www.lemonde.fr/societe/artic...

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