Geopolintel

Le coup d’État permanent

Du Traité simplifié au rechapage constitutionnel

mercredi 21 mars 2012

Par Jean-Michel Vernochet -
Publié dans le Courrier de Genève - 29 octobre 2007

À l’heure d’une indéniable montée des périls dans l’Orient éternel, la bataille pour l’Europe prend un relief nouveau. Le choix en effet s’offre à nous entre reprendre l’initiative d’une construction européenne au service des hommes et des peuples en rejetant le Traité dit simplifié que des gouvernements inféodés aux États-Unis entendent faire passer en force en court-circuitant la voie référendaire, et nous croiser les bras en attendant que les choses se passent ou que le ciel nous tombe sur la tête. Or cette Constitution européenne, en vérité fédéraliste, déguisée sous les oripeaux d’un traité destiné à sortir l’Europe d’une prétendue impasse, signera à terme la disparition des États nationaux et de leur capacité à décider pour et par eux-mêmes, dans le but de les agglomérer au sein d’un vaste espace euratlantiste en guerre perpétuelle contre le reste du monde. À nous de choisir entre la résistance au Nouvel Ordre Mondial et le renoncement. L’histoire s’écrivant d’abord au présent, l’heure est donc venue de savoir quel destin nous voulons : la sauvegarde de nos libertés ou les nouvelles servitudes que nous imposent déjà un mondialisme dominé par un inhumain monothéisme du marché devenant peu à peu ouvertement totalitaire ?

Madame Royal le voulait M.Sarkozy l’a fait ! Nous sommes à présent entrés de plain-pied dans la VIe République, mais en fin de compte sans le dire, en loucedé, sans tapage, ni tambour ni trompette. Cela s’est fait comme l’on a changé de Siècle, sans douleur, d’un matin l’autre, sans apocalypse ni coup de tonnerre. Un beau jour l’on se réveille et tout a changé : le régime et la Constitution [1] et chacun de s’ébahir sur la duplicité des puissants et la dérive autocratique d’une République plus ou moins bananière….

En réalité, pour le coup d’État imperceptible, nous n’avions pas attendu M. Sarkozy et son toupet tranquille (derrière le masque de l’agitation), parce que cela s’est fait il y a déjà un bail lorsque M. Jospin, militant trotskyste monté en graine de Premier ministre, décida d’inverser en 2002 le calendrier électoral en plaçant les législatives à la remorque de la présidentielle, cela dans la perspective de sa propre victoire dans la course à la magistrature suprême. Eh oui !

On était sûr qu’ainsi, dans la foulée, l’entrant à l’Élysée raflerait la mise parlementaire s’assurant par cet artifice d’une majorité inoxydable lui offrant une liberté d’action sans pareil. On sait ce qui en advint et des espoirs déçus de M. Jospin et de sa clique socialo-blairiste. M. Sarkozy a donc finalement raflé la mise de la combine Jospin laquelle permet cependant une concentration du pouvoir inouïe aux mains de minorités actives, grâce également au scrutin uninominal à deux tours et à un découpage électoral sur mesure hérité (mais jamais remis en cause par quiconque, ni à gauche ni à droite) de M. Pasqua parrain politique de l’actuel locataire de l’Élysée [2].

Ainsi, splendide bénéficiaire du bidouillage jospinien, M.Sarkozy, quoi qu’il en dise, est aussi l’héritier direct des agitateurs de 68 et autres taupes qui se sont frayés au fil des ans un chemin invisible dans les affaires et la politique jusqu’aux sommets du pouvoir.

À partir de là, en permettant une dérive présidentialiste ultérieure sans limites, cette année 2002, la Ve mourut de sa belle mort sans que nul ne s’en aperçût ni ne s’en émeuve, à commencer par les sempiternels absents, les grands témoins de la gent médiatique et autres politologues, ces authentiques menteurs professionnels par omission, qui ne virent rien, ne dirent rien, au flagrant mépris de leur mission rémunératrice d’alerte des consciences citoyennes.

En conséquence, « On » (ici le vulgum pecus, c’est-à-dire vous et nous) commence enfin à découvrir, aujourd’hui, que nous pourrions avoir été blousés encore un peu plus par notre nouveau leader tricolore, tout feu, tout flamme lorsqu’il projette sans vergogne de retailler la Constitution à sa mesure et de nous imposer manu militari une Constitution européenne en shuntant la volonté populaire….

Mais, qui, avides de progrès et de changement que nous sommes, pourrait avoir le mauvais goût de se plaindre que notre hyper-président se refusât à endosser le costume suranné, autant dire la vielle défroque, de la Ve ? Du prêt-à-porter trop étriqué en effet pour des ambitions euro-planétaires… À chaque saison sa vêture, à chaque époque son style. Si demain en effet M. Blair devenait le premier Président [3] d’une Europe tacitement fédérale sous couvert du Traité de Lisbonne, M. Sarkozy pourrait légitimement espérer un jour prochain lui succéder. Ce serait en effet une ambition désormais à sa portée. N’est-il pas le nouveau Blair français sur lequel l’Empire américain fonde à présent tous ses espoirs  [4] ?

Avec ses habits présidentiels tout neufs à la mesure de ses ambitions, notamment personnelles, M. Sarkozy s’est aussitôt employé, avec efficacité et succès, à faire rentrer la France dans le bercail européen et le Traité constitutionnel rejeté par la porte le 29 mai 2005 en le réintroduisant derechef, sans plus d’erreur possible via la lucarne d’une ratification parlementaire. Ce qui est, disons-le, la voie ordinaire de l’adoption des Traités, lesquels ont prééminence absolue sur la Loi interne.

De ce seul point de vue, puisqu’il n’est plus désormais question que d’un soi-disant traité simplifié, nulle obligation ne s’impose alors au gouvernement de consulter la Vox populi par le truchement d’un référendum [5]. En fait, il s’agit d’une copie conforme [devenue entre-temps totalement absconse parce que constituée un fatras de références hermétiques, de liens inextricables avec les traités antérieurs, toute chose qui en dit long sur la volonté de transparence et la pratique concrète de la démocratie] de la première mouture réduite à 256 pages lesquelles renvoient à près de trois mille pages d’accords préexistants… Au final un labyrinthe textuel hanté par le Minotaure euratlantiste (et ce n’est pas une pure figure de rhétorique), lequel Moloch demande déjà à cor et à cri son tribut de chair humaine et de viande à canon en préparant pour commencer le renforcement du rôle de l’Otan en Afghanistan. Un Otan que d’aucuns à Londres, à Washington et à Paris souhaitent voir également intervenir bientôt au Darfour…Comme nous le fîmes hier, en 1999, pour notre plus grande honte, au Kossovo sans mandat des Nations Unies sans consultation du Parlement puisque les guerres se déclenchent maintenant sans déclaration préalable. M. Jospin fut là également un magnifique précurseur [6] !

Il ne faut pas oublier à ce titre que « la plus grande réussite de l’Europe c’est la Paix » selon une formule que n’aurait pas désavouée Lénine ni plus tard George Orwell ! Slogan qui nous a été asséné et seriné en juin dernier à l’occasion du sommet de Bruxelles au cours duquel les 27 sont tombés d’accord sur le principe du Traité dit simplifié. En réalité, si nous sortons un instant de l’état d’hypnose médiatique profonde où nous sommes plongés en permanence, l’Europe se trouve en guerre permanente ou presque depuis la déclaration de Maëstricht du 10 décembre 1991, à condition bien sûr de sortir de la torpeur amnésique qui nous fait faire l’impasse sur sept années de sanglantes guerres balkaniques et six années d’engagement afghan, sans compter la guerre de Mésopotamie vieille à présent de ses 17 ans [la Guerre du Golfe démarre en février 1991 suivie de douze années d’embargo meurtrier émaillé de frappes massives]. Devoir à consentir un effort intellectuel pour redécouvrir cet Himalaya d’évidences qui se dresse devant nous, en dit long sur les trous noirs installés au cœur même de la Démocratie occidentale et son extraordinaire capacité à obérer la conscience collective.

Nous nous souviendrons par conséquent de cette noble formule « la plus grande réussite de l’Europe c’est la Paix » [personnellement je ne m’en lasse pas] quand, demain probablement, les soldats de l’Union s’engageront en première ligne, sous couvert d’Alliance atlantique, au cœur du brasier proche-oriental ; le projet de M. Kouchner sur l’Irak n’est-il pas, entre autres, une internationalisation de gestion de crise sous couvert, dans un premier temps, d’un retour des Nations Unies dans le merdier irakien ?

À ce propos, nous devons ici garder en mémoire que M. Sarkozy entend « tenir ses promesses » et il en est une spécifique en vertu de laquelle nous sommes destinés à tourner le dos à 40 années de politique d’indépendance, notamment dans le domaine de la sécurité nationale, cela en revenant dans le commandement intégré de l’Otan, ce qui, de facto, place les forces françaises sous l’autorité du Pentagone !

Le semblant d’indépendance qui subsistait avait déjà été presque effacé par M. Jospin, ce digne prédécesseur de M. Sarkozy. Une indépendance dont le chant du cygne fut certainement le fameux discours de M. Villepin, le 14 février 2002 devant le Conseil de Sécurité dans lequel il exprimait le refus de la France à s’engager dans une guerre illégale (et illégitime) d’agression contre l’Irak…

Nous devons, le passé éclairant l’avenir, pour imaginer notre futur immédiat dans le contexte d’une évidente montée verticale des périls [à cet égard, il faudrait être bouché à l’émeri pour ne pas constater l’actuelle dégradation de la situation internationale sur tous les plans, même si les rumeurs de guerre ne sont pas encore tout à fait des certitudes, toutes les courbes convergent vers un même point critique] commencer par considérer les conséquences de la conjonction d’un probable et décisif abandon de souveraineté en matière de sécurité nationale [à savoir l’incorporation de nos troupes dans l’Otan sous commandement américain] [7], et celles de l’actuelle dérive autocratique du pouvoir présidentiel, tout ceci en collusion avec le processus en cours de refonte de la Constitution [Commission Balladur-Lang].

Le chef de l’État étant aussi celui des armées et le détenteur du feu nucléaire, ces diverses houles croisées viennent se conjuguer avec l’arrivée très prochaine d’une diplomatie européenne contraignante à la ratification d’un Traité conçu pour juguler les souverainetés nationales. Tous ces éléments mis côte à côte, nous obtenons un tableau clinique aussi complet qu’inquiétant…

À propos de l’usage du feu nucléaire à disposition du locataire de l’Élysée, certaines déclarations, particulièrement intempestives, en fin de règne de M. Chirac ont pu susciter une réelle inquiétude quant à un éventuel recours à l’arme nucléaire en cas de crise internationale, recours exorbitant à la doctrine établie de la dissuasion [8], chacun à l’époque ayant songé à un avertissement indirect adressé à l’Iran.

En effet, le jour J heure H, lorsque la Maison-Blanche décidera de franchir la ligne rouge et de frapper les forces vives de la République islamique [9] nous devrions nous souvenir, mais peut-être alors un peu tard, que la nouvelle France sarkozienne pourrait elle aussi [comme sur la Fédération yougoslave naguère, le précédent existe désormais], participer à des frappes voire engager des troupes aux côtés de nos alliés américains, qu’il s’agisse de forces aériennes, navales ou terrestres qui seront alors, en raison du commandement intégré du Pacte Atlantique, placées directement sous les ordres des officiers généraux de l’Oncle Sam.

Cette parenthèse temporairement refermée, signalons à l’attention du lecteur que la signature du Traité simplifié est prévue le 13 décembre prochain à Lisbonne et qu’ensuite tout devrait aller très vite (exception faite de l’Irlande dont la constitution prévoit un référendum), et d’abord en France, meilleur élève et fer de lance de l’Union, où le texte devant être ratifié, avant Noël.

De cette façon nos eurocrates seront parvenus « à éviter le piège du referendum » [10]. Cela dans un parfait consensus droite/gauche [dont les différences à présent sont celles aussi importantes qu’entre les étiquettes de deux marques de lessives produites par Unilever : « Même imparfait le traité simplifié peut remettre l’Europe en marche » assène Ségolène Royal [Libération 22 octobre 2007] ; « Mieux vaut un compromis que rien » nous dit-elle, refusant de faire d’un nouveau référendum une »question de principe". Le tout sans explication. Ce sera donc la « victoire de l’Europe », cette Europe qu’il fallait « sortir de l’impasse » comme le clamait José Sócrates Carvalho Pinto de Sousa ci-devant président tournant de l’Union alors qu’une foule de 200 000 personnes clamait, elle, sous les fenêtres du palais, son rejet de « leur Europe ».

De vous à nous, l’Union renforcée, dotée d’organes politiques, sera-t-elle plus efficace ? Y aura-t-il moins de friches industrielles, de délocalisations et de mouvement migratoires erratiques, plus d’emploi, de sécurité, de stabilité et d’espoir, lorsqu’elle parlera d’une seule voix ? Celle de son Président et de son Haut Représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ? Où encore, lorsqu’elle aura intégré la Turquie et ses frontières de guerre, avec la laquelle se poursuivent assidûment, chapitre après chapitre, les négociations d’adhésion ? Alors l’Union sera nécessairement partie prenante dans la guerre du Kurdistan, un conflit qui dure depuis soixante-dix ans et le début de l’ère kémaliste…

Pour leur imposer aux forceps une Europe tacitement fédérale, nous devons considérer le court-circuitage des peuples (le pays réel), comme un authentique coup de force, un coup d’État à l’échelle des 26 (27 moins l’Irlande). S’ajoute à cela, particulièrement en France [l’Allemagne n’est cependant pas en reste avec l’actuel renforcement orwellien de ses dispositifs sécuritaires de contrôle des populations], cette dérive présidentialiste déjà évoquée que sanctionnera dans quelques mois le renforcement des pouvoirs d’exceptions à l’occasion de la refonte constitutionnelle ; une substitution silencieuse de Constitution car nous sommes à l’ère de la manipulation et sous le règne des manipulateurs . [11]

Nous devons maintenant, ici, nous interroger, imaginer ou anticiper l’usage qui sera fait de tels instruments politiques dans le cas d’une crise probable majeure ? Un collapse régional ou mondial est-il à l’heure actuelle totalement exclu ? Guerres au Kurdistan, en Irak, en Afghanistan, coup d’État au Pakistan sur un fond d’instabilité explosive, état d’urgence en Géorgie, crise économique et financière, menace de récession sur fond de changement climatique [où le genre humain, qu’on le veuille ou non, porte sa part de responsabilité à commencer par la déforestation massive de la planète]… Les raisons de pessimisme ne manquent pas.

Nous devons - insistons sur cet aspect de la conjoncture de dégradation accélérée de notre vie publique et de nos libertés - prendre la mesure, en France de l’évolution autocratique du pouvoir mise en relation avec « le coup » du Traité simplifié destiné à ligoter la France et ses partenaires européens dans un maillage de plus en plus serré de contraintes, d’obligations, en particulier en matière de politique étrangère et de sécurité via la sujétion de 25 membres de l’Union sur 27 à l’Alliance Atlantique. Une inféodation qui peut se révéler contraire à nos intérêts les plus essentiels voire même les plus vitaux.

Le Traité simplifié nous est fourgué sous prétexte de « relancer » l’Union dont on peut se demander à nouveau en quoi elle est parvenue, si peu que ce soit, à corriger la dégradation exponentielle de nos environnements, bloqué la folie des OGM, mis un coup d’arrêt à l’empoisonnement collectif des populations par les pesticides, arrêté la précarisation tendancielle de l’emploi, arrêté la dégringolade de nos niveaux de vie, des revenus salariaux, etc ! ? En quoi l’Union politique à 27 permettra-t-elle un redressement de nos économies alors qu’aujourd’hui dans le contexte d’une mondialisation galopante « tout se joue à l’extérieur » ? Alors que progresse sur le monde l’ombre de la grande dépression économique, de la guerre, des coups d’États ?

Comment dans ce contexte ne pas voir que le trucage du Traité simplifié qui impose à l’Union une structure fédérale implicite n’est que le moyen d’arrimer les peuples européens à la nef folle de l’Atlantisme et de ses guerres sans limites. Les évolutions institutionnelles, en France et en Europe, renforce les dépendances euratlantiques et ne doivent s’apprécier qu’en fonction, et presque exclusivement, au regard de la situation géopolitique globale. On ne peut donc, bis repetita, prendre l’exacte mesure des tendances actuelles, de la dérive institutionnelle et constitutionnelle en cours, des manipulations de la volonté populaire qu’en tenant compte et dans la perspective d’une dégradation accélérée des relations internationales et de l’état du monde [12].

Le coup d’État a effectivement eu lieu et la Ve République est morte avec la révolution blanche du 6 mai 2007. M. Sarkozy, l’ami américain, qui soulève des tonnerres d’applaudissements lorsqu’il exalte le rêve du Wellfare State devant le Congrès [Washington mardi 6 novembre 2007], est aussi à présent le maître incontestable de nos destinées. Pour le pire ou le meilleur ? Quant au copié-collé de rêve américain auquel il semble vouloir nous convertir, et bien il semblerait que l’original soit devenu un bien vilain cauchemar pour les centaines de milliers de morts sacrifiés à cet empire du mensonge [Américains, Occidentaux et la multitude innombrable de tous les autres : « Le prix à payer » disait Mme Allbright] qu’est devenue l’Amérique en proie à l’idéologie néoconservatrice, doctrine engendrant la mort et le chaos [13] .

Car les bûchers de Calvin, ceux des puritains évangélistes, s’élèvent au quatre coin de la planète, partout où pleuvent les bombes américaines et celle de l’Otan, au prétexte de lutte contre la nébuleuse terroriste, de la démocratie et des droits de l’homme, en réalité pour la conquête de nouveaux marchés et le contrôle de l’or noir… Mais où est l’homme dans tout cela ? Et le « progrès », la Civilisation… ?

Notes

[1Le « Comité Balladur », dont la figure dominante aura été véritablement M. Jack Lang, a rendu ses conclusions sous formes de 77 propositions (lesquelles ne seront éventuellement validées qu’à la suite des élections municipales du printemps 2008) ce lundi 29 octobre 2007. Sous couvert de revalorisation du rôle du Parlement – dont la capacité de censure de l’exécutif n’équivaudra pas et de loin celle d’un Congrès américain déjà lui-même impuissant à enrayer l’actuelle marche à la guerre de la présidence américaine – inscrira dans la loi organique la dérive présidentialiste du régime au détriment des fonctions de Premier ministre. Le chef du gouvernement se voit en effet confier la tâche de « conduire » la politique concoctée par la présidence, mais ne la « détermine » plus. " À partir de là, c’est donc le Président qui personnellement « définira la politique de la Nation », une révision constitutionnelle qui entérinera la dérive de l’État vers une forme inédite d’autocratie républicaine…

[2Le charcutage des circonscriptions électorales conduit par M. Pasqua, Ministre de l’Intérieur en 1986 et parrain politique de M. Sarkozy, domine depuis 21 ans la vie politique française. Ce « découpage » avait été principalement conçu pour éliminer définitivement la droite nationale du débat parlementaire. Il n’y réussit que trop bien tout en ménageant cependant quelque peu des formations politiques tel le Parti Communiste pourtant en plein déclin en lui permettant de conserver bon an mal an un groupe à l’Assemblée. Aucun des gouvernements suivant - Jospin, Raffarin, Villepin - n’a souhaité revenir à plus d’équité : en France, pays qui se gargarise d’égalité républicaine, la voix d’un électeur de Lozère vaut par exemple trois fois celle d’un Grenoblois, la voix d’un Corse pèse deux fois plus que celle d’un Alsacien. En juillet 2005, le Conseil constitutionnel préconisait sans beaucoup d’ardeur, dans la perspective des législatives de 2007, une refonte de nos 577 circonscriptions électorales. Réforme renvoyée, comme de bien entendu, aux calendes grecques. Une éventualité de réforme vite retoquée par le Premier ministre, Dominique de Villepin, et son ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Cependant, le 3 mai 2007, sans doute pour la beauté de la chose, le Conseil se payait le luxe gratuit de rappeler qu’aujourd’hui « Il ne fait pas de doute que la carte des circonscriptions législatives est aujourd’hui inconstitutionnelle ».
Quant à la « filiation » entre le sénateur Pasqua et le président Sarkozy, rappelons qu’en mars 2004, l’ancien ministre de l’Intérieur dont les casseroles devenaient de plus en plus tintinnabulantes, avait eu le nez creux en transmettant à Nicolas Sarkozy son canton de Neuilly-Nord, puis la présidence du département, l’un des plus riches de France avec 1,7 milliard d’euros de budget. En retour, celui-ci en étroit accord avec le président Chirac, placera Charles Pasqua hors d’atteinte de la justice en le faisant élire en septembre 2004, sénateur apparenté UMP des Hauts-de-Seine.
Passe moi la rhubarbe je ne donnerai le séné, en 2003, M.Sarkozy à l’Intérieur, avait déjà préparé le terrain pour son aîné : dans le projet de loi réformant le mode de scrutin aux élections régionales, le ministre avait fait introduire un amendement permettant de cumuler le siège de député européen et celui de président de conseil général ce qui avait permis à Charles Pasqua de reprendre immédiatement son siège à la présidence des Hauts-de-Seine.

[3Tony Blair has emerged as a possible candidate for « President of Europe », a new post created by the treaty approved by EU leaders at their Lisbon summit. The former Prime minister’s name was put in the frame yesterday by Nicolas Sarkozy, the French President, who described Mr Blair as « a very remarkable man – the most European of all Britons. » He added : « To think of him would be a good idea. » http://news.independent.co.uk/europ...

[4Qui n’a pas encore perçu que l’Union européenne telle que prévue par le Traité simplifié, n’est qu’une resucée de la « Constitution » retoquée le 29 mai 2005 (jour anniversaire, soit dit en passant de la prise de Constantinople par les Turcs ottomans le 29 mai 1453), dans laquelle ont été seulement gommés les symboles les plus visibles (drapeau, hymne, etc qui n’ont cependant pas disparu pour autant). Traité en trompe l’œil pour instituer une « Union européenne » copié-collé de l’Union des États-Unis d’Amérique (chaque début d’année que Dieu fait, le titulaire de la Maison-Blanche ne prononce-t-il pas un discours sur l’état de l’Union ?) et aboutissement du projet visionnaire de Winston Churchill qui, dès 1944, œuvrait à la constructions des « États-Unis d’Europe », bloc occidental alors opposable au Bloc soviétique et aujourd’hui destinée à faire face à la nouvelle Russie de Vladimir Poutine.

[5Un traité pour avoir force de loi (il s’impose à la loi interne), après avoir été signé doit être ratifié, c’est-à-dire adopté successivement par la majorité dans les deux chambres (sauf à les réunir en congrès), à défaut il peut être soumise au suffrage universel. Ainsi les accords d’Évian mettant fin aux Événements d’Algérie, signés le 18 mars 1962 ne seront cependant pas ratifiés. Ils seront indirectement validés à l’occasion du référendum du 8 avril 1962 relatif l’autodétermination de l’Algérie. D’une certaine façon, ces Accords constituent une sorte de fiction juridique existant cependant de facto. Aujourd’hui à l’inverse, la voie parlementaire sera privilégiée pour imposer sous anesthésie et sans mot dire, de définitifs abandons de souveraineté qui signent à court terme la disparition de l’entité France. Selon l’élégante expression du Figaro, cette fois-ci il s’agissait « d’éviter le piège référendaire ». Ceci en dit assez long sur la nature du régime actuel et l’état de décomposition avancée d’un système prétendument démocratique.

[6La guerre devenue « préventive » (déjà au Vietnam les bombardements du port d’Haiphong se firent au titre de « représailles par anticipations » !) ne s’annonce plus. Pas même à ses alliés. En principe, la constitution prévoit une répartition des compétences de guerre entre trois organes constitutionnels : le président de la République, le Premier ministre et le Parlement. L’article 15 fait du président de la République le chef des armées et lui attribue la présidence des conseils et comités supérieurs de la défense nationale. En vertu de l’article 20, le gouvernement dispose de la force armée, tandis que le Premier ministre est désigné dans l’article 21 comme le responsable de la défense nationale. Enfin, l’article 35 confère au Parlement le pouvoir d’autoriser la déclaration de guerre.
En principe seulement car, puisqu’il n’y a plus de préavis à la guerre c’est-à-dire pas de déclaration de guerre, le Parlement n’a plus à être consulté. En avril 99, « cohabitation aidant », M. Jospin fut libre d’entrer en guerre sans consultation du Parlement et accessoirement sans aucun mandat de la Communauté des Nations s’exprimant par le truchement du Conseil de Sécurité. Répondant à une timide question orale sur une éventuelle consultation du Parlement pour entrer en guerre contre la Fédération yougoslave, M. Jospin rétorqua aigrement « le Parlement sera tenu régulièrement informé ». Il n’y eut donc ainsi ni autorisation parlementaire ni vote de la représentation nationale, le Premier ministre ne se présenta d’ailleurs devant les députés que le 6 avril, soit trois jours après le déclenchement des opérations de bombardements massifs contre la RFY. Guerre intra-européenne entourée d’un brouillard de mensonges et qui de ce point de vue constitua un véritable « crime » qu’il est enfin temps de dénoncer pour ce qu’il est. À quand le jugement des fauteurs de guerre ?

[7La France est membre de l’Alliance atlantique depuis la signature du Traité de l’Atlantique Nord signé à Washington le 4 avril 1949. En mars 1966, Charles de Gaulle décide de quitter le dispositif militaire intégrée de l’OTAN ce qui implique qu’il n’y ait plus de quartier général allié sur le territoire français, plus de forces françaises sous commandement allié permanent, plus de participation à la planification en matière de défense et pour conséquence, la construction en France d’une capacité de dissuasion nucléaire indépendante. Si le retrait de la France du commandement intégré de l’organisation militaire du Traité Atlantique Nord (Otan), est devenu effectif entre février et mars 1966, dès 1959, la flotte française de Méditerranée s’était déjà affranchie du commandement américain. En s’émancipant de la tutelle étroite de l’Otan sans toutefois rejeter l’Alliance, de Gaulle marquait son intention de redéfinir les relations franco-américaines sur les bases d’un partenariat stratégique. Avec la construction européenne et la montée de périls à la proche périphérie de l’Union, la question des liens transatlantiques de dépendance redevient d’une actualité cruciale, avec en corollaire la redéfinition du rôle et des relations de l’Otan et des membres européens de l’Alliance, et parallèlement celle de la construction d’une défense européenne réellement indépendante.
Or, le 11 septembre 2007, le ministre de la Défense Hervé Morin lançait officiellement, le processus de retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’Otan. Ce retour de la France dans le giron américain constituera une rupture absolue avec les politiques poursuivies depuis 1966, un changement radical de cap dont il faut à présent de mesurer toutes les conséquences à venir ; la France étant d’ores et déjà le troisième contributeur financier de l’Otan derrières les États-Unis et le Royaume-Uni. Les troupes françaises sont actuellement engagées sous couvert de l’Otan, au Kossovo, en Afghanistan, demain peut-être au Darfour ou au Liban ou pire, sur le théâtre d’opérations iraniens, irakiens ou syriens comme le souhaite ardemment, mezzo voce, M.Bernard Kouchner, grand humaniste devant l’Éternel.

[8« La France se réserve le droit de riposter de façon non conventionnelle - donc nucléaire - contre des Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous« . Véritable pavé dans la marre cette déclaration de Jacques Chirac faite le 19 janvier 2006 en Bretagne lors d’une visite la base de la force océanique stratégique (Fost) à l’île Longue. « Les dirigeants d’Etats, qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d’utiliser, d’une manière ou d’une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu’ils s’exposeraient à une réponse ferme et adaptée de notre part… » la riposte française pouvant être « conventionnelle ou d’une autre nature… » le choix de la France, face à une puissance régionale hostile, ne se situant pas »entre l’inaction et l’anéantissement ». « La flexibilité et la réactivité de nos forces stratégiques nous permettraient d’exercer notre réponse directement sur ses centres de pouvoir, sur sa capacité à agir. Toutes nos forces nucléaires ont été configurées dans cet esprit » ajoutant pour faire bonne mesure, que cette capacité nucléaire devrait aussi le cas échéant « bénéficier à ses alliés ». La question se pose donc de savoir si, dans l’hypothèse du « pire » comme l’évoque le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, irions-nous nucléariser l’Iran dans le cas toujours possible où la Maison-Blanche déciderait de passer à l’acte ?

[9Fin octobre 2007, 52 % des Américains consultés se déclarent favorables à des frappes massives contre l’Iran (29% contre) accusé, comme l’Irak en mars 2003, de menacer la sécurité régionale et internationale et même les États-Unis (!), cela en dépit des fermes dénégations du gouvernement de la Fédération de Russie. Le schéma d’accusation, tout aussi transparent, est tout à fait analogue au « procès d’intention » monté contre le régime bassiste sur la base de faits (la possession d’armes de destruction massive) dont la matérialité s’est depuis longtemps évanouie dans les brumes et les ténèbres de l’histoire. Un sondage de la chaîne ABC News réalisé en août 2002, donnait à l’époque 69% des Américains favorables à une intervention militaire contre l’Irak. Un conditionnement identique de l’opinion américaine est aujourd’hui à l’œuvre tendant à prouver que la mémoire des peuples soumise à un conditionnement tout aussi massif que les armes irakiennes introuvables, comportent le risque de conduire inéluctablement à de nouvelles aventures cataclysmiques.

[10Des 27 pays de l’Union européenne, seule l’Irlande est tenue de par sa Constitution d’organiser un référendum, dont le résultat est certes a priori aléatoire.
Selon plusieurs enquêtes (Harris) 76% des Allemands, 75% des Britanniques, 72% des Italiens, 65% des Espagnols et 63% des Français souhaitent un référendum sur le texte de Traité simplifié. Pour YouGov, (ref. Daily Telegraph 18 oct.) 69% des Britanniques attendent une consultation générale. En dépit de cela, M. Gordon Brrown, Premier ministre travailliste, a été très clair sur le sujet : il n’y aura pas de consultation ! Ces différentes enquêtes ont été publiées le jour du lancement à Lisbonne du Sommet des Vingt Sept, le 18 octobre, réunit formellement pour entériner le nouveau Traité. Au même moment 200 000 manifestants exprimaient dans les rues de la capitale portugaise leur aspiration à une autre construction européenne au service des hommes et des peuples (cf. « Manifeste pour une Europe des peuples » 2007 Éd. du Rouvre). Quels sont les médias français qui nous tiennent informés de cette bronca à échelle du sous-continent européen ?
Pour mémoire, lorsque le 29 juin 2005 les Français se prononçaient sans équivoque par 54,67% des suffrages contre le projet de Traité constitutionnel, le Parlement était en ce qui le concerne, à 93% favorable à son adoption. Là également un tel fossé devrait engager à une réflexion de fond quant à la représentativité de nos élus et l’abîme existant entre pays légal et pays réel.

[11Les pouvoirs d’exception prévus dans et par la Constitution s’étendent avec l’introduction de l’état d’urgence qui vient s’ajouter à l’article 16 lequel confère les pleins pouvoirs au président dans les situations d’urgence nationale. La concentration entre les mains du chef de l’État, chef des armées et maître du feu nucléaire, de la quasi totalité de l’exécutif (le chef de l’État se substitue désormais au chef du gouvernement dans la définition de la politique de la Nation), transforme potentiellement la fonction présidentielle en une pantocratie. Dans cette occurrence, ces « instruments » politiques, inertes en temps ordinaire, peuvent devenir de redoutables armes, redoutables d’abord pour la nation elle-même ceci à l’occasion d’une crise majeure. De ce seul point de vue, les Français, en mai 2007, semblent ne pas avoir pris toute la mesure de leur choix au regard des tendances lourdes de la conjoncture internationale.

[12Dans son discours aux ambassadeurs à Paris le 26 août 2007, le président Sarkozy annonçait clairement déjà son intention d’accroître la contribution française aux troupes de l’Otan combattant en Afghanistan sous couvert d’une Force internationale de stabilisation (Isaf) forte d’environ 41000 hommes. La France met actuellement en œuvre six avions de combat basés à Kandahar dans le Sud afghan et quelque 2000 hommes. Bien que la mode soit de ne plus appeler un chat un chat, la France est un pays bel et bien en guerre dans le cadre d’un conflit asymétrique ; une guerre américaine dont le bien fondé resterait à démontrer, et non un pays en paix, cela quels que soient les pinaillages argumentaires des uns ou des autres, fait dont il serait temps de prendre conscience.

[13Le mercredi 7 novembre, le président Mahmoud Ahmadinejad a annoncé que l’Iran disposait de 3000 centrifugeuses opérationnelles pour l’enrichissement de l’uranium. Le Times de Londres signale que selon des sources militaires américaines, ce seul fait et maintenant considéré par Tel-Aviv comme un seuil critique pouvant déterminer à tout moment des frappes israéliennes sur l’Iran. Or, si le Pentagone hésite pour l’heure à lancer une attaquer, Israël par contre ne serait pas sujet à la même indécision. Le même jour, mercredi 7 novembre, Ehoud Barak, ministre israélien de la Défense, surenchérissait : « Nous n’écartons aucune possibilité, et il nous faut nous pencher sur les aspects opérationnels. » Qu’il s’agisse en l’occurrence de bluff ou pas, il semble bien que la destruction du complexe iranien de Natanz soit aujourd’hui 11 novembre 2007 de l’ordre du possible sinon du probable, comme l’indique des annonces et des faits chaque jour de plus en plus précis. Dans ce cas, le scénario d’une première frappe israélienne, suivie de répliques iraniennes pourraient constituer le signal du déclenchement d’hostilités de grande ampleur contre les centres vitaux de la République islamique.

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