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McKinsey à nouveau perquisitionné dans le cadre de l’affaire des campagnes de Macron

samedi 29 novembre 2025

Les locaux parisiens du cabinet ont été à nouveau visités par la police le 6 novembre 2025, suite aux procédures lancées en octobre 2022 autour des liens entre monde du conseil et parti présidentiel.

Selon une source judiciaire citée par l’AFP lundi 17 novembre, « une perquisition a eu lieu le 6 novembre chez McKinsey dans le cadre de l’information judiciaire  », suivie par le juge d’instruction Serge Tournaire. Ce dernier figure parmi les 3 juges chargés à l’automne 2022 de suivre les deux informations judiciaires ouvertes à l’époque par le Parquet national financier en lien avec les campagnes électorales d’Emmanuel Macron.

Les deux instructions visent les conditions dans lesquelles les cabinets de conseil sont intervenus dans les campagnes électorales de 2017 et 2022 et la possibilité de favoritisme dans le choix des cabinets. L’enquête a depuis été élargie aux années 2015 et 2016. Emmanuel Macron et son parti sont soupçonnés d’avoir eu recours de manière démesurée aux services de cabinets de conseil et d’avoir privilégié McKinsey, le tout sans respecter les règles de financement des campagnes électorales.

Les locaux de McKinsey ont déjà été perquisitionnés à deux reprises dans le passé proche : en décembre 2022 au début de la même procédure, et quelques mois plus tôt, en mai 2022, dans le cadre de l’enquête pour blanchiment de fraude fiscale lancée par le Parquet national financier le 31 mars précédent. Des dirigeants et anciens dirigeants du cabinet ont également déjà reçu la visite des enquêteurs. À noter que, depuis la dernière perquisition, le cabinet a déménagé du 90 avenue des Champs-Élysées pour le 35 boulevard des Invalides.

La séquence «  McKinsey  » avait été ouverte initialement par la «  Commission d’enquête sur l’influence croissante des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques  » instituée au sein du Sénat en novembre 2021 et dont le rapport avait été publié à 3 semaines du premier tour de la présidentielle. Le candidat-président avait alors appelé à aller «  au pénal  » s’il y avait des preuves. C’est chose faite depuis octobre 2022, et la perquisition du 6 novembre s’inscrit dans la suite de ce feuilleton politico-judiciaire.

Consultor

PLUS D’UN MILLIARD D’EUROS POUR DES PRESTATIONS DE CONSEIL, UN « POGNON DE DINGUE »

La crise sanitaire a mis en lumière l’intervention des consultants dans la conduite des politiques publiques.

Mais les interventions se sont produites dans d’autres secteurs que la santé.

Près de 4 millions d’euros à McKinsey pour la réforme des APL

Le Gouvernement a souhaité réformer au pas de charge le mode de calcul des APL, ce qui a nécessité de revoir les systèmes d’information de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF).
Initialement prévue le 1 er janvier 2019, la réforme est reportée à plusieurs reprises à cause des lacunes informatiques de la CNAF puis de la crise sanitaire.
Le Gouvernement sollicite alors McKinsey pour contrôler la viabilité des solutions informatiques de la Caisse . Le 24 février 2020, le cabinet élabore par exemple « un point de situation à Matignon », comportant les mesures à prendre pour respecter le calendrier du projet.
Pour le ministère de la cohésion des territoires, « la maîtrise technique des [systèmes d’information] apportée par les consultants a constitué un apport nécessaire et décisif aux équipes ».
La réforme des APL est finalement entrée en vigueur le 1 er janvier 2021. Au total, McKinsey aura reçu quatre commandes, pour un montant de 3,88 millions d’euros.

Quand McKinsey organise la journée des agents de Santé publique France (SpF)

À la demande du ministère des solidarités et de la santé, McKinsey assure la coordination entre l’État et l’une de ses agences, Santé publique France . Cette prestation débute par la mise à disposition d’un consultant, « agent de liaison », entre décembre 2020 et février 2021, pour un montant de 169 440 euros. Ensuite renforcée par d’autres consultants, elle durera jusqu’à la fin du mois de juin 2021.
McKinsey organise ainsi deux briefings quotidiens à Santé publique France , à 9 heures et 15 heures, suit les indicateurs clés de performance (KPI) et transmet au ministère les difficultés rencontrées par SpF dans son action logistique.
L’omniprésence de McKinsey est parfois mal vécue par les agents de SpF . Lors d’une réunion le 9 février 2021, ces derniers souhaitent que le cabinet arrête de demander l’état d’avancement « à 15 heures sur des actions prises le matin à 9 heures lorsqu’elles prennent du temps » ou encore qu’il réduise la taille de ses comptes rendus de réunion.

Exemples de méthodes utilisées lors des ateliers de consultants

  • le « bateau pirate » : chaque participant s’identifie à un des personnages (capitaine, personnages en haut du mât ou en proue, etc.) et assume ce rôle, son positionnement, ses humeurs, etc.
  • le « lego serious play » : chaque participant construit un modèle avec des pièces lego, construit l’histoire qui donne du sens à son modèle et la présente aux autres

Les consultations organisées sur les États généraux de la justice

Deux cabinets de conseil sont intervenus sur les États généraux de la justice : INOP’S et Capgemini , pour un montant total de 950 241,97 euros. Outre une plateforme en ligne (Parlonsjustice.fr), des « ateliers délibératifs » sont organisés avec 48 citoyens volontaires.
Les participants doivent déposer un post-it sur un paperboard en répondant à la question : « Qu’est-ce qu’est pour vous la justice idéale ? ». Ils procèdent ensuite à la lecture du « nuage de mots » ainsi constitué. À la fin de la journée, ils votent avec des gommettes vertes, jaunes et rouges sur les thématiques qui leur paraissent prioritaires.

McKinsey et l’avenir du métier d’enseignant (496 800 euros)

En 2020, McKinsey a été chargé d’aider le professeur Yann Algan pour préparer un colloque à l’UNESCO, finalement annulé . Son livrable principal se résume à une compilation, certes conséquente, de travaux scientifiques et de graphiques conçus à partir de données publiques.
Seuls quelques graphiques de McKinsey seront repris pour un second colloque , organisé le 1 er décembre 2020 au Collège de France.
À la demande du ministère de l’Éducation nationale, le cabinet a aussi travaillé sur deux études thématiques : la rémunération au mérite des professeurs et la gouvernance des établissements scolaires . Le ministère précise néanmoins « qu’il n’est pas possible de déterminer les conséquences directes » du rapport des consultants .

558 900 euros au BCG et à EY pour une convention finalement annulée

BCG et EY sont missionnés pour participer à l’organisation de la convention des managers de l’État, qui doit réunir 1 821 hauts fonctionnaires au Palais des Congrès le 12 décembre 2018 .
Cet événement doit être l’occasion « d’embarquer » les fonctionnaires dans un élan de transformation, alors incarné par le programme Action publique 2022. Ils pourront suivre les masterclass de leur choix, sur des thèmes comme « Comment remettre la simplicité au cœur des organisations ? » ou « l’Administration libérée ». Les organisateurs imaginent « l’intervention inspirante » d’une personnalité extérieure et envisagent ainsi la venue de Didier Deschamps.
Préparée pendant de longues semaines, la convention est d’abord reportée en raison de la crise des « gilets jaunes », avant d’être annulée à cause de la crise sanitaire . La rémunération des cabinets BCG et EY, qui ont produit les livrables demandés, n’est pas affectée.

Les risques déontologiques identifiés

  • Les conflits d’intérêts , les cabinets de conseil conseillant simultanément plusieurs clients ;
  • La porosité , lorsque les cabinets recrutent d’anciens responsables publics (« pantouflage »). À titre d’exemple, parmi les 22 profils proposés par le BCG et EY dans leur réponse à l’accord-cadre de la DITP de 2018, 6 sont d’anciens responsables publics de haut niveau (dont un ancien conseiller économique à l’Élysée et un ancien conseiller du secrétaire d’État à l’industrie).
  • Le pied dans la porte , lorsque les consultants interviennent gratuitement ( pro bono ) pour l’administration.

En pratique, le pro bono concerne surtout le secteur économique, avec deux principaux bénéficiaires : l’Élysée (sommets Tech for good et Choose France , initiative Scale-up Europe ) et Bercy. Dénuées de tout régime juridique, ces prestations peuvent être « récupérées » pour les besoins de la stratégie commerciale des cabinets de conseil, dans l’optique d’améliorer leur réputation.

Les cabinets multiplient les partenariats avec les grandes écoles . Ils disposent par exemple de 15 accords avec l’École polytechnique , pour un montant annuel de près de 2 millions d’euros.

Liste des études de cas (McKInsey)

  • Covid-19 : des cabinets de conseil au cœur de la gestion de la crise sanitaire
  • La mission de McKinsey sur l’évolution du métier d’enseignant : une dépense évitable pour un travail dont la valeur ajoutée reste à démontrer
  • Les cabinets de conseil et la DITP au chevet de l’Ofpra
  • Réorganisation des directions d’administration centrale (DAC) : McKinsey et Accenture au centre de la machine administrative
  • Les cabinets de conseil en appui de l’État sur des dossiers industriels sensibles
  • Le guide du télétravail dans la fonction publique

Selon M. Karim Tadjeddine, directeur associé, « lorsque nous répondons aux appels d’offres, nous mettons en place des groupements pour proposer, au-delà de nos compétences internes, un réseau de sous-traitants, notamment locaux, capable d’apporter des prestations spécifiques ».

« Le montant des prestations de sous-traitance s’élève entre 5 et 10 % », selon les appels d’offres 43 ( * ) .

À titre d’exemple, McKinsey a intégralement sous-traité la rédaction du guide du télétravail dans la fonction publique (221 820 euros en 2020, avec le pilotage de la DITP) au cabinet Alixio, spécialisé dans les ressources humaines 44 ( * ) .

M. Karim Tadjeddine a lui-même admis avoir utilisé son adresse professionnelle pour ses activités militantes lors de la campagne présidentielle de 2017 : « l’utilisation de l’adresse électronique de l’entreprise était une erreur. Je le reconnais, cela a donné lieu à une suite en interne »

À la recherche des déclarations d’intérêts de McKinsey

Interrogé par la commission d’enquête, M. Olivier Véran , ministre des solidarités et de la santé, a déclaré : « la loi ne prévoit pas de vérification concernant les activités antérieures ou les liens familiaux des uns et des autres . Or nous avons scrupuleusement respecté la loi, rien que la lettre de la loi . »

Affirmant être « très favorable » à l’évolution des règles sur les conflits d’intérêts, le ministre a également déclaré : « ce sont les règles applicables aux marchés de la DITP. Ce sont des sujets techniques , qui ne sont pas de mon niveau de décision - c’est pourquoi je viens de me le faire préciser par mon secrétaire général -, mais je vous dis comment les choses sont faites dans mon ministère, dont j’assume la responsabilité . »

Ces déclarations peuvent surprendre de la part d’un ministre , alors que les enjeux déontologiques se situent, d’une manière générale, au centre du débat public.

Les expressions de besoins adressées par le ministère au cabinet McKinsey (campagne vaccinale) prévoient pourtant que « les personnes assurant ces missions devront établir une déclaration d’intérêts » 289 ( * ) . M. Thomas London, directeur associé du cabinet, confirme : « chacun des consultants mobilisés a rempli une déclaration d’intérêts préalablement aux travaux » .

Parmi les plus de 5 000 fichiers transmis par le ministère, la commission d’enquête n’a retrouvé que cinq déclarations d’intérêts renseignées par des salariés de McKinsey, pour la plupart consultants juniors .

Remplies à la fin du mois d’août 2021, ces cinq déclarations comprennent trois parties, relativement sommaires : « intérêts financiers personnels directs dans des acteurs de la santé » ; « emploi du conjoint (si celui-ci / celle-ci travaille dans le domaine de la santé) » ; « engagements / missions conduits à titre personnel auprès d’acteurs de la santé ». En l’espèce, les cinq consultants répondent « non » à ces trois questions.

Sur le plan déontologique, aucun élément ne permet d’attester que le ministère a examiné le profil des autres consultants de McKinsey , y compris lorsqu’ils travaillaient pour les succursales étrangères du cabinet.

Idem pour la liste des autres clients du cabinet , même si McKinsey produit une liste sommaire (et en anglais) dans son premier devis du 27 novembre 2020. Cette liste ne sera plus fournie dans les commandes suivantes.

Source Sénat

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