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Le printemps américain de George Soros

par Pierre Dortiguier

mardi 18 octobre 2011

L’« Occuper Wall Street » qui pousse comme une branche agitée sur le tronc des indignés, enraciné dans l’Europe et l’Occident en crise, serait-il changé en : spéculer sur Wall Street, si l’on en croit le procès fait par des esprits perspicaces au capitaine de la finance mondiale, et doctrinaire de la société ouverte, George Soros. « Je puis comprendre leurs sentiments » a admis devant la presse, la semaine dernière, le magnat de la finance, qui n’a pas eu cette même sympathie pour les victimes de ses krachs dont les conséquences au Japon se marquèrent par des ruines et des suicides. Et si à notre tour, nous essayions de comprendre Soros ?

Voici, en effet, que des personnalités, dont le directeur de WikiLeaks et ce défaiseur mentionné de fortunes nationales de l’Europe à l’Asie, qui distribua en 30 ans, après son coup contre la livre sterling de 1992, à des organisations subversives devenues matrices de révolutions colorées, près de 8 billions de dollars U.S., se rejoignent pour encourager, d’abord au Canada et aux U.S.A, mais aussi de plus en plus, aux bourses de Rome, Francfort et Londres, la protestation anticapitaliste d’une jeunesse inquiète de son avenir, mais encore insouciante de toucher aux racines du mal économique et financier qui serait un changement de politique générale des États-Unis. Là aussi le « pouvoir des mots » n’offre que la clarté d’un petit futur ; peu importe la suite, l’essentiel est dans le moment présent. Aurions-nous affaire à quelque épicurisme ? Que l’on formulerait ainsi : sachons profiter de plusieurs jours, sinon même d’une saison de liesses à dénoncer les banques, mais ne proposons surtout pas une solution, comme si le système bancaire comme tel, était responsable de la crise continue dans laquelle nous sommes entrés, et non la conduite de certains banquiers qui ne sont point renversés par le vent de l’indignation.

Mais quelques figures émergent de ce mouvement qui s’annonce, en effet, bruyamment anticapitaliste, dont une actrice démagogue fort connue aux U.S.A. Roseanne Borisofsky dite en abrégé « Barr » qui, acquéreur d’une ferme de 1 billion 7 de dollars, a affiné sa dialectique dans un des plus huppés Centre Cabalistique, à l’architecture aussi triste que la doctrine, comme il s’en trouve à Los Angeles et New York - et y chantait, il y a peu de temps, l’hymne national sioniste avec la grâce qu’on imagine, et – ainsi que le précise en gros titre certain journal communautaire du Grand Los Angeles de ce 14 août 2011- « c’est bien » ! Une telle personnalité, politiquement formée, - ce que pourrait faire ignorer une éthique sexuelle antinaturelle - est moins connue de la jeunesse que le metteur en scène engagé Michael Moore qui affiche sa naïveté honorable dans cette affaire, ce qui devrait lui faire, comme à d’autres, se demander s’il ne joue pas,- dans le soutien affiché à cette contestation théâtrale de Times Square à New York - un rôle d’« idiot utile », pour reprendre l’expression cynique d’un Lénine que n’ignore pas aussi G. Soros.

La relation avec le printemps arabe, qu’évoque notre titre, sera mal appréciée de ceux qui croient en la spontanéité des initiatives sociales, et ne mesurent pas le rôle des stratèges, encore moins n’imaginent le but poursuivi par des puissances à peine connues sous les noms de Bilderberg, Trilatérale, et autres arrogants think tanks ou société de pensée, qui jugent la démocratie encore fragile pour ne pas faire de publicité sur leurs programmes à long terme. Or il est connu que l’un de ces objectifs est la transformation du système financier, par l’adoption d’une règle commune monétaire qui tiendrait toutes les économies dans le cadre d’une même émission d’un équivalent des monnaies en cours. Ils placent leur exigence dans l’esprit des accords de Bretton Woods qui furent l’un des buts de cette guerre mondiale, atteint en 1944. A cet effet, il convient pour cette tradition d’abaisser relativement la richesse des Etats européens, réalisée par les nivelleurs des instituts de notation, tout en faisant réclamer plus de surveillance et de taxation des mécanismes financiers, exercice auquel se livre volontiers M. Sarkozy, à l’énervement de ses « partenaires » allemands : le ralentissement de l’activité nécessite alors l’endettement des pays de la zone Euro afin de prévenir l’inévitable parti des mécontents, dont les revendications sont dirigées partout dans le monde à l’opposé de l’intérêt de chaque économie. La société ouverte n’est plus alors que l’envers d’une société en perte de vitesse et traversée de mouvements de contestation exigeant une gouvernance autoritaire, mais sans autre contenu déterminé, pour rester dans cet échafaudage à la Soros d’une planification de société ouverte. Ainsi en peut-il aller de la France, dans un proche avenir, disons-le, post-électoral ; le pays serait d’autant plus fragile qu’il perd ostensiblement pied dans la compétition industrielle, comme l’annonce, selon un rapport de la Commission européenne, « Les Echos » parisien de ce Lundi 17 octobre.

Et si l’on dissipe maintenant le brouillard de cette agitation anticapitaliste, c’est pour laisser paraître que « seuls les pays européens poursuivront dans la voie de la restriction budgétaire, alors que les Etats-Unis et le Japon mèneront à nouveau des politiques expansionnistes », à en croire M. Xavier Timbeau directeur du département analyse et prévision de l’O.C.D.E. Contre qui est donc dirigé ce mouvement d’indignation dont M. Soros comprend les sentiments sinon contre ceux qu’il range parmi ses adversaires, dont nous sommes ? A savoir la zone Euro. Puissions-nous démêler la ruse de ces aventuriers qui se vêtent d’illusions philanthropiques ou humanistes, mais ne vivent que de l’abaissement des meilleurs.

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