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Anatomo-pathologie de la Dette

Leon Camus

mardi 28 juin 2011

Le service de la dette en France : 125 millions d’€uros par jour ! Des chiffres qui donnent le vertige et la mesure de la criminelle incurie de notre classe dirigeante. Mais la France est si riche que les équarrisseurs peinent à dépecer la bête agonisante.

Selon les calculs d’A-J Holbecq [1] « les soldes primaires (sans intérêts) des budgets des Administrations publiques sont, en euros constants à la valeur de 2010, sensiblement en équilibre moyen sur la période 1980-2008. Or les déficits actuels des budgets des Administrations publiques sont dus aux intérêts qu’il a fallu payer et qui représentent maintenant en France le second poste budgétaire après l’enseignement. Fin 1979, la dette, déjà injustifiable, atteignait 243 Md€ (21% du Pib) ; décembre 2010, la dette s’établit à 1591 Md€ soit 82% du Pib ! Entre 1980 et 2010 la dette a donc augmenté de 1348 Md€. Et nous avons sur cette période payé 1 408 Md€ pour les seuls intérêts : 125 millions par jour en moyenne, 5 millions par heure ! Ces intérêts - que nous avons dû évidemment emprunter - ont, par effet boule de neige, démesurément grossi la dette. Or, si nous n’avions pas eu à payer ces intérêts la dette publique ne serait que de 194 Md€, à savoir 10% du Pib, autrement dit aussi faible en 2011 qu’en 1979 ! ».

Autres chiffres illustratifs de l’état de déshérence de la France et de sa dépendance à l’égard des charognards du pillage agissant en bandes légalement organisées : le « service de la dette » inclut le remboursement du capital emprunté et représente pour l’État – il ne s’agit ici que d’un ordre de grandeur – un montant identique à la totalité de ses recettes fiscales directes, ou encore de ses rentrées liées la TVA, sachant que celles-ci se montaient en 2009 à 169,3 mds d’€ sur un total de recettes fiscales de 325,9 mds d’€ !

Ajoutons que la dette publique désigne l’ensemble des dettes contractées par l’Administration française auprès de prêteurs privés français ou non, mais qu’en réalité cette dette avouée masque les engagements hors bilan. De cette façon, l’application des normes comptables utilisées par les entreprises privées indique un surcroît de dette publique n’apparaissant pas à première vue d’environ 790 à 1 000 milliards d’€uros, soit une créance globale frisant les 3000 mds d’€… Précisons qu’en décembre 2008 la dette par habitant était déjà estimée à 20 600 € et d 47 400 par actif, le service de la dette publique étant à cette date de 850 € par tête de pipe et 1950 par actif ! Chiffres à la fois éloquents et très équivalents à ceux qui justifient à présent de tirer à boulets rouges sur la Grèce en l’accablant de tous les mépris en raison de l’impéritie et du laxisme de ses gouvernements… Mais c’est ignorer délibérément la partie immergée de M. Iceberg.

Une dette irremboursable

Nous sommes, il est vrai, passés d’une économie de l’épargne à une économie de l’endettement, autrement dit au règne sans partage des créanciers qui au prétexte de Crédit ont légalisé, banalisé et systématisé la pratique ignoble d’une usure qui ne dit pas son nom et qui pourtant a fait objet d’un bannissement millénaire de la part des trois grandes civilisations que sont l’Hindouisme (Lois de Manou), la Chrétienté et l’Islam.

Nous savons tous que les généreux crédits à la consommation se mutent trop souvent d’un coup de baguette magique en usure rapace exigeant chaque mois son dû de chair fraîche à la vilaine façon du Marchand de Venise de Shakespeare… L’attachement à la glèbe des anciens serfs n’étaient peut-être finalement pas plus odieux que le fil à la patte d’une dette perpétuelle (à croissance exponentielle et transmissible à ses héritiers) dont seule la mort ou la misère noire sont parfois susceptibles de vous délivrer… Songeons à ces pauvres gens qui, dans la libre Amérique, se sont laissés berner par des propositions mensongères et qui, ayant abandonné leur demeure continuent pourtant à en payer les mensualités !

Qui en effet parmi nous n’a fait, à titre personnel, l’expérience poisseuse de ces « crédits revolving » que des employés de banques, abusant d’une prétendue relation de confiance, avaient à charge de fourguer à leurs clients en mal de trésorerie ? Des prêts miraculeux qui s’avéraient très rapidement irremboursables aux maigres revenus. C’est le fascinant paradoxe purement arithmétique du grain de riz déposé initialement sur la premier carreau d’un échiquier et que l’on double chaque case suivante jusqu’à la 64e et dernière [2]… ainsi va la dette gonflant exponentiellement jusqu’à ce qu’elle - comme toute « bulle » - implose avec fracas. Or c’est d’abord cet effondrement que les dirigeants européens veulent éviter, ce n’est donc pas les économies en faillite qu’ils veulent prioritairement sauver, mais les banquiers et financiers qui n’ont pas su modérer leurs voraces appétits… Qu’on se le dise !

Or ce qui arrive aux individus advient également aux États : l’empilement des grains de riz de la dette en creusant des déficits abyssaux, édifie par contrecoup d’invraisemblables Himalaya de créances obligeant les pays à se vendre en pièces détachées dans le futile espoir d’un illusoire remboursement… Illusoire parce que les dettes de certains États sont à ce point colossales qu’elles sont à jamais irremboursables, et cela dans l’impunité absolue pour les trafiquants de l’ombre qui manipulent la Dette à leur gré et savent s’en servir pour faire plier dans le bon sens les hommes de paille placés aux postes de commande.

La chasse aux banksters et à ceux qui les servent est ouverte !

Les chiffres qui ont été donnés en préambule nous aident à mieux comprendre qu’ainsi, aucun des trois États en faillite officieuse (Grèce, Irlande, Portugal) et structurellement « économiquement faibles » ne pourront jamais sans sortir seuls du marasme où ils se trouvent plongés. Et cela quelques soient les plans d’austérité et les sacrifices consentis qui aujourd’hui mettent en outre en péril le branlant édifice de l’€uro. [3]

Car à partir de là les Européens sidérés, lorsqu’ils en seront réduits à la mendicité, et il deviendra aisé de leur présenter le Fonds monétaire international ou la Banque centrale européenne, toutes deux « filiales » de la Banque des règlements internationaux (cette tête de la pieuvre aux mille bras dont le repaire est à Bâle, (berceau des apocryphes Protocoles !) comme les sauveurs ultimes, quand bien même ils sont les institutions et représentants visibles de leurs créanciers [4]. Au bout de mécomptes, le levier de la dette servira à faire accepter et même désirer pour l’Europe une totale intégration fédérale, et au-delà, chemin conduisant à grands pas vers l’instauration d’une redoutable gouvernance mondiale.

Enfin, rappelons que si la création monétaire était entre les mains de l’état, si l’émission du crédit était administrée pour le bien collectif, l’inflation monétaire serait contrôlée et l’insupportable charge des intérêts n’existerait pas. L’homme de la rue ajoutera avec bon sens, que cette Dette qui gangrène la vie des Nations, est par essence une « dette détestable », laquelle n’a par conséquent pas vocation à être remboursée.

Par deux fois, les É-U ont refusé de payer une dette déclarée « détestable », à Cuba et en Irak. Les Islandais mis sur la paille par des gouvernants incapables, entendent faire de même. Le petit Équateur a pour sa part déclaré un moratoire unilatéral sur sa dette, la ramenant de trois mds de $ à 800 millions. À nous donc de refuser que des minorités financières s’enrichissent insolemment aux dépens des Nations, des individus et des peuples. Et plus encore, il s’agirait non seulement d’envoyer balader les Shylock qui prospèrent sur le terreau putride de l’idéologie ultralibérale (s’écroulera-t-elle comme le fit sa sœur jumelle marxiste-léniniste ?), mais en outre, il s’agirait de réclamer aux établissements bancaires le remboursement des intérêts indûment perçus. Et qu’ils crèvent, peu nous chaut, le monde ne s’arrêtera pas pour autant de tourner.

Notes

[2264 – 1 = 18.446.744.073.709.551.615 grains, soit 4 millions de millions de T de riz, ou encore 80 années en utilisant la totalité des surfaces arables existant sur la planète.

[3L’€uro, la BCE ne possédant pas la capacité de création monétaire, est en réalité une monnaie dérivée du Dollar dans la mesure où la FED est le prêteur de dernier ressort pour les banques européennes. Donc quand on parle d’injections de liquidités par la BCE, il faut entendre que la FED a accordé des prêts aux banques européennes via la BCE, cela pour s’efforcer de sauver l’€uro !

[4Les marchés ont cependant acté la restructuration de facto de la dette grecque acceptant volens nolens une dévaluation de leurs portefeuilles obligataires en raison de l’allongement des délais de remboursement.

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