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La Grèce ventre mou de l’€uroland

Léon Camus

jeudi 16 juin 2011

La Grèce ventre mou de l’€urope, sera-t-elle la première à faire défection et à revenir au Drachme par une vaine et illusoire tentative de retrouver un semblant de souveraineté monétaire ? Vu du dehors, les politiques d’aide de ces bourreaux de la Grèce que sont le FMI, l’UE et la BCE semblent errer dans le labyrinthe de logiques contradictoires. En attendant, les Fédéralistes européens se tiennent en embuscade. Tirant argument de la crise, ils œuvrent à centraliser les économies des Vingt-Sept travaillant assidûment à l’avènement d’une bureaucratie collectiviste supranationale sous l’œil bienveillant des marchés qui, in fine, lui dicteront leur Loi et ses politiques monétaires.

Le défaut de paiement de la Grèce paraît désormais inéluctable et subséquemment sa sortie de l’€uro. Sera-ce un bien ou un mal, l’avenir seul nous le dira ? Et cela, malgré les dernières annonces de recapitalisation : le 3 juin la BCE le FMI confirmait l’injectionde douze milliards d’€uros qui seront versés début juillet, sous réserve cependant que la Grèce se résigne à remplir le cahier des charges qui lui est imposé… Notamment un déficit contenu dans les 7,5% du Pib au prix du licenciement de 800 000 fonctionnaires (la moindre des mesures) et surtout, de la privatisation générale de l’économie et du secteur public assortie de la vente de ports (le Pirée), d’îles, de plages, d’espaces constructibles (l’ancien aéroport d’Athènes) et tutti quanti.

Au-delà, les bonnes fées de la troïka maléfique – UE/BCE/FMI - prévoient une rallonge de 60 mds d’€ nécessaire au refinancement de la dette grecque en 2012. Dette qui dépasse l’imagination pour un pays de onze millions d’habitants… Au 31 déc. 2009 elle atteignait 703 mds d’€ [1], soit 296% du Pib avec un déficit budgétaire se situant entre 9% et 10%. Or le loyer de l’argent, pour les bonds du Trésor à 10 ans, supporte un taux d’intérêts de 16,81% ; à deux ans, 26,1% ! Les « opérateurs » de marché se goinfrent donc, et à peu de frais, sachant que jusqu’au bout l’UE interviendra pour toutes les bonnes et les pires raisons possibles. Une opération gagnant-gagnant puis que les citoyens grecs sont de toutes façons condamnés à payer peu ou prou et qu’à l’arrivée les impayés seront prélevés sur la bête (dépeçage et vente au détail). Du pur shylockisme qui met en péril le pronostic vital d’une malheureuse Grèce dont l’encéphalogramme économique tend vers le plat et où explose la délinquance crapuleuse. [2]

Les plans d’austérité - traduisez faire payer au peuple contribuable les dettes, les erreurs et les fautes de l’establishment financier et de la démagogie politique - ont en effet atteint les limites du supportable. Pour les Grecs évidemment mais aussi pour tout le pays, à croire qu’il a été choisi à dessein, en tant que maillon le plus faible de la zone euro, pour faire un « exemple »… la Grèce essentiellement tournée vers le monde arabe et musulman (seuls 35% de ses échanges extérieurs se font avec l’UE - par comparaison, 80% pour l’Allemagne), est une israélo sceptique plus ou moins déclarée ; l’exception grecque se caractérise par le budget militaire le plus élevé de l’Union avec 2,8% du Pib contre 1,7% en moyenne, occupant ainsi au sein de l’Otan le deuxième rang derrières les États-Unis ! Un état de fait qui fait hurler M. Cohn-Bendit, on comprend bien pourquoi, mais il est vrai que les deux vagues de l’opération Attila en juillet et août 1974 - l’invasion turque de Chypre et les massacres qui
l’ accompagnèrent - sont encore dans toutes les mémoires.

La Grèce au fond du gouffre, une seule issue : sortir de l’€uro et dévaluer

Moins de revenus, moins de pouvoir d’achat, moins de rentrées fiscales, un déficit budgétaire parvenu au point de rupture quelles que soient les mesures adoptées. Ventre mou de l’Europe, tonneau des Danaïdes, les renflouements successifs et à fonds perdus de l’UE ne changeront rien à la situation (une récession irréversible et durable), ni à l’issue, sortir de l’€ ! Il n’en existe pas d’autre, sauf à mettre à contribution l’Allemagne et la saigner à blanc selon le saint principe « les riches paieront », reste que Berlin montre quelque réticence à franchir ce cap.

Donc a priori - si tout se passe bien - la sortie de la Grèce de l’€uroland ne devrait plus vraiment tarder ! Ceci devrait lui permettre de prendre un nouveau départ en dévaluant aussitôt le Drachme retrouvé. Un moindre mal en comparaison d’une austérité terriblement contre productive et même meurtrière au niveau actuel. En effet, si l’Union européenne voulait coûte que coûte sauver l’€uro en refinançant indéfiniment la dette grecque, elle serait pressée de venir au secours de tous les autres candidats à la faillite, en premier lieu l’Irlande, le Portugal… et le Royaume-Uni, qu’on oublie généralement de mentionner ! Quant à l’Espagne, KO debout après l’implosion de sa bulle immobilière et à présent durement touchée dans ses exportations agricoles par la crise du concombre tueur [3], elle aussi pourrait entrer en phase terminale.

Madrid dont le taux d’intérêts sur les emprunts d’État à dix ans dépasse 5,53%, n’aura donc bientôt plus d’autre solution que de solliciter l’aide du Fonds Européen de Stabilité Financière. Une question qui devrait rapidement se poser pour l’Italie dont le taux d’intérêts à dix ans atteignait fin mai 4,86%. Ne parlons pas de la rétrogradation de la note belge pour comprendre que le vaisseau de l’eurozone fait eau de toutes parts ! Et si l’Allemagne s’en tire mieux que la plupart par ses voisins sans doute le doit-elle à ses talents, son inventivité et surtout à son sens de la discipline. Mais tout ayant une fin, Berlin se retrouvera bientôt isolée et sollicitée de toutes parts pour venir au secours de l’Europe du Sud défaillante. Soit alors elle scellera sa porte et se libérera elle aussi du poids d’une intenable solidarité communautaire, soit les eurolâtres allemands l’emporteront (lisez les tenants de la démocrature européiste), et lui imposeront une mort programmée et sa fusion dans le chaudron de sorcière de l’Union fédérale.

Au-delà du désastre grec : quels objectifs ?

Car si la Grèce a signé avec le FMI et l’Union Européenne, l’octroi de nouveaux prêts fort mal nommés « aide », elle devra cependant, tout en s’efforçant d’alléger ses déficits au prix de sacrifices inouïs, rembourser une dette alourdie par des intérêts chaque fois plus féroces à mesure que les agences de notation dégradent sa note. En fait, sous couvert de restructuration de l’économie il s’agit du pillage extensif de la Grèce : en février 2011, le gouvernement socialiste de Georges Papandréou a souscrit aux objectifs extravagants (« ambitieux mais réalisables » dans la bouche du premier ministre grec) de la troïka FMI-CE-BCE qui exige toujours plus c’est-à-dire une extension ab libitum des privatisations de biens publics, passant de 7 milliards d’€ de recette à réaliser d’ici 2013 (dont 1 md en 2011), à 50 milliards d’ici 2015 ! Or d’ores et déjà l’échec d’une telle médication à tuer les chevaux se manifeste par une inflation galopante de 5,2 % en janvier 2011. Alors ou bien nos eurocrates sont des fols, ou bien ils suivent à l’aveugle des plans venus d’ailleurs, ou pire, ils se trouvent plus ou moins prisonniers d’une irrationalité systémique qui les dépassent !

Partons ici de l’idée que l’Europe est le laboratoire du monde pour les apprentis sorciers de la gouvernance mondialiste et que la Grèce est leur cobaye clouée sur la planche de vivisection des agences de notation faiseuses d’opinion et de panique sur les marchés. Collectivement première puissance économique planétaire, l’Europe est en effet un enjeu capital (mais non encore totalement acquis) appelé à devenir sur le Vieux Continent la clef de voûte de l’édifice mondialiste que bâtissent les cryptarchies à la manœuvre depuis Londres, Manhattan et Paris… celles qui prospèrent à l’ombre de ces grands messes officielles que sont les G8 et les G20.

Bien entendu, les mondialistes, façon Strauss-Kahn, ne se privent pas d’exploiter la crise grecque qu’ils ont peut-être savamment orchestrée avec les relais, les réseaux et les partenariats de complicité qu’ils entretiennent dans le monde de la haute finance spéculative. Une situation que les réactions apparemment spontanément erratiques des marchés continuent d’exacerber et qui, bien exploitée, devrait aider l’Europe à franchir le pas du fédéralisme. Cela, en lui imposant une politique budgétaire unifiée et homogénéisé : dans un premier temps la Commission de Bruxelles serait amenée à examiner les budgets des États avant même qu’ils ne soient votés par les parlements. Autant dire que cette étape franchie il ne restera plus grand chose des États-Nations et que l’élection au suffrage universel de tel ou tel président n’aura plus aucune incidence sur la réalité des politiques poursuivies. Les consultations ne sont d’ailleurs là que pour maintenir un certain temps une relative mais nécessaire fiction démocratique …

Dans ce cas de figure, la pression des créanciers sur les des États européens, de la Grèce en particulier, n’est que le moyen de hâter le processus d’intégration du sous-continent européen et non pas l’expression de la seule dictature des marchés, ceux-ci n’étant au final que l’instrument des stratèges de l’ombre. L’objectif final (celui entre autres du sieur Strauss-Kahn), étant de parvenir au contrôle des économies nationales par un échafaudage de Banques centrales (avec au sommet la BCE), elles-mêmes consortium de banques privées sur le modèle de la Réserve fédérale américaine. Ce n’est donc pas le Marché quoi qu’on en dise qui dicterait leur sort aux nations, mais les établissements financiers et bancaires aux visées à plus long terme et moins irrationnelles que celle de la foule anonyme des actionnaires et autres petits porteurs.

Reste que l’Europe de Bruxelles, en proie à ses contradictions, prise dans la houle croisée de stratégies divergentes et d’obscures résistances (tous les européistes, même les plus convaincus, ou certains puissants acteurs économiques n’en sont pas encore à une reddition sans condition au fédéralisme comme seul point de fuite), se retrouve aujourd’hui prise dans le piège des choix ou des non-choix qu’elle a faits depuis le début de la crise de sept. 2008… En décidant de sauver sans discussion, sans conditions, l’ensemble des banques européennes, de faire payer leur sauvetage sur les fonds publics et de présenter la note sur la forme d’une austérité généralisée, elle s’est jetée dans une impasse dont il sera difficile de trouver l’issue. La politique monétaire de la BCE des plus accommodantes pour le système financier européen n’a finalement servi qu’à sauver les apparences sans rien résoudre sur le fond : les bilans bancaires n’ont toujours pas été nettoyés et consolidés, certains établissements vérolés n’ont pas disparu… Pendant ce temps, peuples et États européens paient l’addition, et elle est salée !

Notes

[1Selon Europol, les vols à main armée ont augmenté de plus de 42% par rapport à 2009. En mars 2010 ON enregistrait 145 vols à main armée dans las seule ville d’Athènes pour 80 dans la Grèce tout entière en 1980. Quelque 300 gangs impliqués dans le trafic d’armes depuis les Balkans (Albanie/ Kossovo). Armes que l’on trouve facilement sur le marché noir. L’importante immigration clandestine incite les chefs d’entreprise, dans le contexte de crise, à recourir une main d’œuvre à bon marché, également véhicule d’un trafic d’héroïne croissant vers l’Europe occidentale.

[2Dont 293 milliards pour la seule dette publique ,120 mds pour les établissements financiers, 165 mds pour le secteur privé non financier, 123 mds pour les ménages.

[3Une crise qui devait arriver : celle d’une industrie agricole devenue démente en raison du productivisme industriel prévalant. Après l’épisode de la vache folle (l’encéphalopathie spongiforme bovine avec transmissibilité interspécifique) qui aurait infecté entre 1996 et 2000 plus de 190 000 animaux et tué un nombre indéterminé de bipèdes, nul ne peut plus ignorer les conséquences dévastatrices pour la santé humaine d’une course débridée aux rendements financiers et au productivisme afférent. Il s’agissait en fait de germes de soja produit par une exploitation « bio » ce qui ne change rien sur le fond.

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