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Mazda, un japonais sous l’emprise de Ford

dimanche 27 juin 2010

Le groupe américain prend le contrôle du 5e constructeur nippon, en crise.

Tokyo,

de notre correspondante Nom : Wallace. Prénom : Henry. Nationalité : américaine. Profession : futur président de Mazda. Un Américain au volant d’un constructeur japonais, c’est une première. Moyennant un investissement d’un demi milliard de dollars, Ford s’apprête à prendre le contrôle de fait du cinquième constructeur automobile de l’archipel, qui est aussi le plus mal en point.

A quelques jours de la visite au Japon du président américain, Bill Clinton, la nouvelle ne pouvait pas mieux tomber. Le ministre japonais de l’Industrie et du Commerce extérieur (Miti), Shunpei Tsukahara, a immédiatement souligné hier la portée politique de l’accord : « C’est une excellente nouvelle pour l’économie mondiale. Cela prouve que nous sommes bien entrés dans l’ère de la compétition internationale. » Coïncidence heureuse, le représentant américain au Commerce, Mickey Kantor choisi par Bill Clinton pour remplacer Ron Brown, mort récemment dans un crash en Bosnie, au poste de secrétaire au commerce, devait rendre public aujourd’hui à Washington un rapport sur les progrès de l’ouverture du marché auto japonais depuis l’accord conclu en juin entre le Japon et les Etats-Unis. Une époque où l’administration américaine menaçait Tokyo de sanctions commerciales.

Propriétaire de un quart du capital de Mazda depuis 1979, Ford va porter sa participation à 33,4%. Un seuil qui lui donne la minorité de blocage, la place de premier actionnaire et, en réalité, la mainmise sur le groupe d’Hiroshima. Selon l’accord, l’actuel président de Mazda, Yoshihiro Wada, va céder fin juin son fauteuil à Henry Wallace, un homme de Ford (il fut président de Ford Venezuela), vice-président exécutif de Mazda depuis 1994. « Cet accord donne au groupe américain le contrôle de sa filiale japonaise », en concluait hier soir le journal Asahi.

Cet investissement a le mérite de clarifier la position de Ford à l’égard de Mazda, après une longue période de flou. Depuis plus de un an, les rumeurs allaient bon train sur les intentions supposées du constructeur américain : ce dernier n’avait pas remis un centime dans le groupe japonais en difficulté, et certains, à Tokyo, avaient spéculé sur un désengagement. Selon les analystes, Ford était au pied du mur : soit il coupait les ponts définitivement, soit il prenait le contrôle pour de bon.

Dans les années 80, alors que Ford allait mal, la Sumitomo Bank, actionnaire de référence de Mazda, avait soutenu financièrement l’américain. Ford renvoie l’ascenseur aujourd’hui dans un contexte complètement différent. Au cours des deux derniers exercices, le groupe japonais a perdu beaucoup d’argent (44 milliards de yens en 1993, 35,5 l’année suivante) et pour l’exercice 1995, terminé fin mars 1996, il annonce un résultat nul. La hausse du yen n’explique pas tout. La preuve, tous les autres grands constructeurs japonais ont redressé la tête cette année, sauf Mazda, dont les performances commerciales sur le marché domestique ont continué de se dégrader. Le constructeur n’a pas su faire évoluer sa gamme en fonction des goûts du public. Il semble accuser en permanence d’un temps de retard par rapport à la concurrence, notamment sur le segment des véhicules de loisirs qui ont représenté un tiers du marché local l’an dernier. Du coup, sa production a chuté de 1,42 million d’unités en 1990 (année record) à 809.000 l’an dernier.

Sous la houlette de Ford, le groupe japonais a engagé un plan de réduction d’effectifs de 4.000 personnes sur trois ans (sur 26.000 salariés), plan qui sera sans doute accéléré avec la montée en puissance de l’actionnaire américain. Toutefois, « le gros de la restructuration a été fait », indique un analyste. L’accord n’entraînera pas de « sacrifices indus de l’une ou l’autre partie », affirme-t-on chez Mazda. Le groupe précise aussi qu’il conservera « son identité, ses propres produits et son propre réseau de distribution ».

Cela étant, les deux groupes annoncent qu’ils vont multiplier les synergies ­ en Europe, par exemple, Ford fabrique déjà des Fiesta vendues sous la marque Mazda ­ afin de réduire leurs coûts. Et ce ne sont pas forcément les usines situées au Japon, où le coût de la main-d’œuvre est le plus élevé, qui seront privilégiées par les actionnaires .

AMAOUA Frédérique

Archives : 13 avril 1996

http://www.liberation.fr/economie/0...e-constructeur-nippon-en-crise

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