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La commission britannique sur la guerre en Irak auditionne les proches de Tony Blair

Alastair Campbell « C’est à cause de la France que la guerre a été déclarée contre l’Irak »

mercredi 20 janvier 2010

La commission mise en place par le gouvernement de Gordon Brown pour faire la lumière sur les conditions de l’intervention britannique en Irak en mars 2003, aux côtés des Etats-Unis, est entrée dans une phase cruciale. Après avoir entendu des diplomates, des militaires, des agents des services secrets, son président, John, et ses quatre collègues auditionnent désormais les membres du cabinet de Tony Blair blair. L’ancien premier ministre, devenu très impopulaire dans son pays pour avoir envoyé 45 000 soldats se battre en Irak, se soumettra lui-même à l’exercice le 29 janvier.

Selon le spin doctor Alastair Campbell, c’est à cause de la France que la guerre a été déclarée contre l’Irak

http://www.france24.com/fr/20100112...

12 janvier 2010

Blair a privilégié la diplomatie en Irak, affirme son ancien conseiller
Alastair Campbell, l’ancien conseiller en communication de Tony Blair, a affirmé lors de son audition devant la commission d’enquête sur la guerre en Irak que l’ancien Premier ministre avait privilégié jusqu’au bout la diplomatie.

Karim YAHIAOUI - Valérie DEFERT

AFP - L’ex-conseiller en communication de Tony Blair, Alastair Campbell, a défendu pied à pied l’ex-Premier ministre mardi devant la commission d’enquête sur la participation britannique à la guerre en Irak, affirmant que Londres avait tout fait pour obtenir une solution diplomatique.

« Tony Blair a pensé, jusqu’au (vote donnant le feu vert à la participation du Royaume-Uni à une action militaire à la chambre des) Communes, que cela pourrait être résolu pacifiquement », a assuré M. Campbell. Les députés ont voté en faveur de l’engagement militaire le 18 mars 2003, l’opération internationale menée par les Etats-Unis a été lancée le 20.

M. Campbell est la première personnalité de poids à être interrogée par la commission menée par John Chilcot, un ancien haut fonctionnaire. Il a témoigné pendant cinq heures, au lieu des trois initialement prévues. Tony Blair, très critiqué en son pays sur les conditions de son ralliement à « la guerre de Bush », comparaîtra fin janvier ou début février.

Par Bénédicte PAVIOT, correspondante FRANCE 24 à Londres

« Alastair Campbell a plusieurs fois accusé Paris »

M. Campbell a souligné à maintes reprises que M. Blair souhaitait obtenir un démantèlement, au travers de l’ONU, des armes de destruction massive (ADM) dont l’Irak était —à tort— accusé de disposer : « Le Premier ministre a dit clairement tout au long du processus que le désarmement de Saddam Hussein devait se faire au travers des Nations unies ».

« Mais lorsque les Français se sont retirés (de la démarche anglo-américaine à l’ONU, NDLR), c’est à ce moment que l’action militaire est devenue la seule option », a souligné M. Campbell.

Selon lui, Tony Blair ne s’est pas engagé auprès du président George W. Bush à contribuer à une intervention militaire, lors de la rencontre des deux hommes dans le ranch du président américain, à Crawford (Texas), en avril 2002, contrairement aux nombreuses dépositions recueillies au cours des premières semaines de la commission d’enquête.

« Son instinct était que nous devions être aux côtés des Américains. Est-ce que cela signifie que vous bâtissez votre politique pour correspondre à la leur ? Non », a souligné M. Campbell.

Mais, M. Blair a considéré avec le temps que si Saddam Hussein refusait de détruire ses ADM, un face-à-face était inévitable. « C’était sa véritable conviction qu’il fallait affronter l’Irak à cause de son attitude continuelle de défi envers les Nations unies ».

Le témoignage de M. Campbell était particulièrement attendu à propos d’un « dossier » décisif, présenté le 24 septembre 2002 comme émanant des services de renseignements et utilisé par M. Blair comme la preuve que l’Irak disposait d’ADM susceptibles d’être déployées en 45 minutes.

M. Campbell a démissionné en août 2003, à l’issue d’une virulente polémique avec la BBC qui l’accusait d’avoir « rendu plus sexy » le dossier et dramatisé le risque pour justifier l’entrée en guerre des troupes britanniques.

« A aucun moment, personne, du Premier ministre jusqu’à ses subordonnés, n’a dit à quiconque au sein des services de renseignement : +Vous devez modifier ceci ou cela pour refléter une position ou une autre. Ca ne s’est jamais produit », a-t-il ajouté.

« Je ne pense pas que le dossier, en aucun cas, a déformé la situation », a-t-il poursuivi. Quant à dire que le Parlement a été induit en erreur par Tony Blair, il a répondu : « Je ne dirais pas ça ». Le dossier aurait pu être « plus clair », a-t-il reconnu mais « j’en défends chaque mot ».

Le cabinet britannique a examiné la légalité d’une intervention sans mandat de l’ONU au cours d’un « processus rigoureux » mais, a-t-il souligné, il s’agissait d’un problème « sans précédent ».


Armes ou pas, envahir l’Irak aurait été justifié, dit Blair

AFP 12/12/2009 |

Tony Blair a engagé son pays dans la guerre en 2003.
La confession de l’ex-premier ministre britannique intervient alors qu’une commission d’enquête est actuellement chargée de clarifier les circonstances de l’entrée en guerre du Royaume-Uni contre l’Irak.

L’invasion de l’Irak aurait été justifiée même si Saddam Hussein n’avait pas disposé d’armes de destruction massive (ADM), a estimé l’ex-premier ministre britannique Tony Blair qui avait engagé son pays dans la guerre en 2003.

« L’idée était qu’il représentait une menace pour la région, dont le développement d’ADM faisait évidemment partie, et il a utilisé des armes chimiques contre sa propre population, c’était bien entendu le plus important dans mon esprit », a déclaré Blair dans une interview qui sera diffusée dimanche sur la chaîne BBC1 et dont des extraits ont été publiés samedi. Interrogé sur la question de savoir s’il aurait engagé son pays dans la guerre en mars 2003 même si Saddam Hussein n’avait pas disposé d’ADM, Tony Blair a répondu : « J’aurais continué à penser qu’il était juste de le renverser. Evidemment, nous aurions employé et développé des arguments différents quant à la nature de la menace ».

Evoquant l’ancien dictateur Saddam Hussein, l’ex-chef du gouvernement (1997-2007) a poursuivi : « Je ne peux pas réellement penser que nous serions mieux si lui et ses deux fils étaient encore au pouvoir, mais c’est incroyablement difficile... J’avais une décision à prendre ».

« Un acte illégal d’aggression »

Cet entretien est diffusé à un moment où se poursuivent à Londres les audiences publiques de l’enquête sur l’engagement britannique en Irak dans le cadre desquelles Tony Blair doit témoigner en janvier. Au centre de l’enquête figure le fameux « dossier », comme on l’appelle en anglais, présenté le 24 septembre 2002 par Tony Blair et qui affirmait que l’Irak disposait d’ADM susceptibles d’être déployées en 45 minutes. Il s’est ensuite avéré que ce dossier avait été musclé, la mention des 45 minutes ayant été ajoutée. Aucune ADM n’a été découverte en Irak après l’invasion de 2003 dirigée par les Américains et les Britanniques.

La coalition « Stop the War » a estimé que les déclarations de Tony Blair constituaient un « aveu de crimes de guerre ». « C’est un acte illégal d’aggression selon le droit international d’attaquer un autre pays dans le but d’en changer le régime », accuse l’ONG dans un communiqué. « Le gouvernement de Tony Blair et la Chambre des Communes (Chambre basse du Parlement, ndlr) n’auraient jamais approuvé une guerre si Blair avait donné cette raison », ajoute-t-elle. L’organisation appelle dorénavant au lancement de « poursuites judiciaires » contre Tony Blair « s’il réitère cet aveu devant l’enquête sur l’Irak ».

S’étant converti au catholicisme après avoir quitté le pouvoir, l’ancien chef de gouvernement a par ailleurs assuré que sa nouvelle religion n’avait pas eu d’influence sa décision : « Je pense que les gens croient parfois que ma foi a joué un rôle direct dans certaines de ces décisions. Cela n’a réellement pas été le cas ».


Les proches de Tony Blair chahutés face à la commission d’enquête sur l’engagement britannique en Irak

13 janvier

Diligentée par le Premier Ministre britannique Gordon Brown, la commission d’enquête sur la participation du Royaume-Uni dans la guerre en Irak poursuit ses auditions publiques. Hier, Alistair Campbell, ancien conseiller en communication du Premier Ministre de l’époque Tony Blair, était entendu. Son audition, longue de cinq heures, n’a pas vu la position de ce dernier fléchir quant à la décision d’entrer en guerre. Il y affirme que le Premier Ministre a toujours privilégié la solution diplomatique, mais que le retrait français des inspections en Irak avait rendu caduque toute option autre que l’intervention militaire. Les interrogateurs, menés par John Chilcot, évoquaient un accord tacite pris en 2002 entre le président américain George W. Bush et Tony Blair, lors d’une rencontre dans le ranch présidentiel au Texas. La menace supposée de la présence d’armes de destruction massive en Irak aurait été rendue plus visible dans les rapports du gouvernement britannique, ces allégations étant rejetées en bloc par Alistair Campbell. Finalement, le 18 mars 2003, les députés votaient en faveur de l’engagement militaire britannique en Irak aux côtés des Etats-Unis et en dépit de l’absence d’armes de destruction massive révélée par les inspecteurs de l’ONU en Irak.

Campbell, dont la démission en août 2003 semble étroitement liée aux circonstances mystérieuses de la mort de David Kelly, expert biologique britannique et inspecteur de l’ONU en Irak, affirme que Tony Blair ne s’était pas laissé convaincre par le président américain favorable à un changement de régime en Irak, au mépris du droit international et de l’existence d’armes de destruction massive. Pourtant, quant à savoir s’il aurait envoyé l’armée britannique en Irak si les armes de destruction massive n’existaient pas, Tony Blair rétorquait il y a seulement un mois : « J’aurais continué de penser qu’il était juste de le renverser », une position très certainement influencée par Washington. La juste cause, une des trois conditions indispensables à toute théorie de la guerre juste, semble avoir été tout simplement ignorée par les décideurs britanniques de l’époque. Tony Blair, qui reste très critiqué pour son suivisme, sera auditionné d’ici quelques semaines.


Irak : enquête sur le mensonge de Tony Blair

24/11/2009 |

En avril 2003, lors d’une rencontre en Irlande, le premier ministre Tony Blair apportait son soutien au président américain George W. Bush.

L’ancien premier ministre devra s’expliquer sur le conflit déclenché en 2003.

Après avoir vu la présidence de l’Union européenne lui passer sous le nez jeudi dernier, Tony Blair va encore connaître une semaine difficile, avec le début,mardi matin, des travaux publics de la commission d’enquête chargée de clarifier les circonstances de l’entrée en guerre du Royaume-Uni contre l’Irak.

D’après le Telegraph, qui s’est procuré des rapports militaires confidentiels, les auditions publiques menées par les cinq membres de la commission présidée par sir John Chilcot ne vont pas manquer d’exposer des nouveaux aspects du grand mensonge de Tony Blair sur la justification de son engagement inconditionnel au côté de George W. Bush en 2003.

L’opinion publique britannique n’a toujours pas pardonné à l’ancien premier ministre d’avoir prétendu que Saddam Hussein avait à sa disposition des armes de destruction massive pour déclarer la guerre au dictateur irakien. Le scandale n’avait pas encore éclaté avant la réélection de Blair en 2005, mais il avait en revanche largement provoqué son départ anticipé en 2007.

Après le retrait des dernières troupes britanniques du sud de l’Irak en début d’année, Gordon Brown a finalement accepté en juin dernier de lancer une commission d’enquête indépendante sur le déroulement de l’ensemble du conflit, de 2003 à 2009. Les premières personnes qui vont être auditionnées à partir d’aujourd’hui sont des diplomates, des responsables militaires et de hauts fonctionnaires. Mais à partir du début de l’année prochaine, l’enquête prendra un cours encore plus médiatique, puisque Tony Blair ainsi que plusieurs de ses ministres témoigneront à leur tour.

Des plans « bâclés »

Sir John Chilcot, le diplomate en retraite qui dirige la commission, a précisé qu’il s’agissait d’« une enquête, pas d’un procès », mais qu’il comptait bien éclaircir les conditions dans lesquelles le pays est entré en guerre. En six ans, les Britanniques ont perdu 179 soldats en Irak.

Pour s’assurer de la franchise et de la coopération complète des témoins, sir Chilcot explique que son équipe dispose d’une « montagne » de documents officiels sur la guerre et que toutes les affirmations pourront être vérifiées. C’est une partie de ces dossiers qu’a récupérée le Telegraph. Depuis dimanche, le quotidien a révélé que les premiers préparatifs britanniques de l’invasion de l’Irak avaient commencé au début de l’année 2002, alors qu’en juillet de la même année, Tony Blair avait affirmé devant le Parlement qu’aucune préparation militaire n’était en cours et qu’« aucune décision n’avait été prise ». Et, à cause de ce mensonge, et du besoin de garder les préparatifs le plus secret possible, les plans militaires britanniques ont été « bâclés », d’après le journal. Le manque de certains équipements était tel que des soldats n’avaient que cinq balles dans leur arme en arrivant sur le terrain. En raison de ratés dans le système d’approvisionnement, un officier se rappelle qu’un « conteneur rempli de skis était arrivé dans le désert ».

Mais, plus grave pour la suite du conflit, le Telegraph révèle que l’armée britannique n’avait aucune stratégie prévue après l’invasion et la chute de Saddam Hussein. « Il n’y avait aucun détail sur ce qu’il fallait faire une fois que Bagdad et Bassora seraient tombés et que le régime aurait été chassé du pouvoir », constate un rapport du ministère de la Défense.

D’après des témoignages de hauts officiers britanniques obtenus lors de leur débriefing à leur retour d’Irak, les relations entre les commandements américains et britanniques étaient exécrables. Le général de division Andrew Stewart a regretté qu’il fût aussi difficile de dialoguer avec ses homologues américains « qu’avec un groupe de Martiens. »« Nous n’étions pas traités différemment des Portugais », reconnaît pour sa part le colonel Tanner.


La commission britannique sur la guerre en Irak auditionne les proches de Tony Blair

LE MONDE | 19.01.10 |
Londres Correspondante

La commission mise en place par le gouvernement de Gordon Brown pour faire la lumière sur les conditions de l’intervention britannique en Irak en mars 2003, aux côtés des Etats-Unis, est entrée dans une phase cruciale. Après avoir entendu des diplomates, des militaires, des agents des services secrets, son président, John Chilcot , et ses quatre collègues auditionnent désormais les membres du cabinet de Tony Blair . L’ancien premier ministre, devenu très impopulaire dans son pays pour avoir envoyé 45 000 soldats se battre en Irak, se soumettra lui-même à l’exercice le 29 janvier.

Lundi 18 janvier, la commission Chilcot a questionné celui qui fut son chef de cabinet, Jonathan Powell , l’un de ses plus proches collaborateurs. « Nous étions convaincus que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive (ADM) », a-t-il affirmé, et c’est fort de « cette hypothèse » que le gouvernement a décidé d’intervenir en Irak.

C’était en tout cas son argument principal pour justifier la guerre. Fin 2002, il avait affirmé que la présence d’ADM sur le sol irakien ne faisait « aucun doute », ont rappelé les membres de la commission. M. Powell a jugé qu’ils attachaient « trop d’importance » à une phrase qui « à l’époque en avait eu peu ». Avant d’avouer avoir été « totalement abasourdi » de découvrir, par la suite, que Bagdad ne possédait aucune de ces armes chimiques dont Londres affirmait qu’elles pouvaient être déclenchées en « quarante-cinq minutes ». Les Britanniques, eux, se sont majoritairement sentis trahis. Aujourd’hui, selon un sondage publié dimanche par le Sunday Times , 52 % d’entre eux estiment que M. Blair les a trompés en évoquant la présence d’ADM en Irak.

Pour autant, a affirmé M. Powell, M. Blair n’était pas « un va-t-en-guerre » et il préférait une solution diplomatique à une action militaire. Il « n’avait pas signé un pacte de sang » avec George Bush pour attaquer Bagdad, comme l’a récemment affirmé Christopher Meyer , l’ancien ambassadeur britannique aux Etats-Unis, faisant référence à une rencontre entre les deux hommes en avril 2002 dans le ranch texan du président américain.

Guerre légale

Aucune « décision ferme » n’a été prise ce jour-là, a répété l’ancien chef de cabinet, même si la possibilité d’une action militaire a été envisagée. Deux autres auditions, avant celle de M. Blair, sont très attendues, car elles devraient permettre à la commission de se concentrer sur la question de la légalité de l’intervention en Irak. Jeudi, Jack Straw , chef de la diplomatie au moment des faits, devra s’expliquer sur la lettre estampillée « Secret et personnel » qu’il a envoyée à M. Blair le 25 mars 2002. Dans ce courrier, il jugeait qu’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations unies « pourrait être requise » pour que la guerre soit légale au regard du droit international.

Le patron du Foreign Office poursuivait : « Pour que nous engagions une action militaire, il faut qu’elle soit légale, mais pas seulement. Il faut que nous puissions répondre à la question de savoir à quoi cette guerre servira. En l’occurrence, il y a plus d’inconnues à cette question qu’à toutes les autres. » Autant d’interrogations que le ministre des affaires étrangères n’a jamais exprimées publiquement.

Le 25 janvier, ce sera au tour de Peter Goldsmith , à l’époque conseiller juridique du gouvernement, d’être entendu. Après avoir émis des réserves sur la légalité de la guerre, il semble qu’on l’ait « découragé » de les rééditer, a lancé, lundi, M. Chilcot à M. Powell. Le 17 mars 2003, Lord Goldsmith donnait son aval, sur une courte page, à une intervention militaire.

Article paru dans l’édition du 20.01.10

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