Geopolintel

Economies de guerre à crédit , sang des martyrs

Pour l’objection de croissance, la décroissance et la sortie de l’économie de guerre

samedi 20 février 2010

Christian Pose

Cette critique de l’économie de guerre à crédit permet de dénoncer, outre l’ingérence de la coalition en Irak et le système économique bancaire qui la pilote et dont nous proposons une brêve analyse au spectre large (Irak, Japon, Asie Pacifique, Monde, Irak), l’ingérence d’USAID (United States Agency for International Development) dans l’économie, l’organisation sociopolitique, le tissu associatif culturel irakien.

Nous dénonçons ce jeu grossier joué parmi les victimes de la guerre et de l’économie pétrolière renouant avec les heures noires des Etats et des sociétés pétrolières conspirationnistes (Turkish Petroleum Company, Near East Development Corporation (1928), Iraq Petroleum Company (1929) [1]), après que les armées et les entreprises américaines - et interalliées - aient déclenché en 2003 un irrémédiable processus aryen de régénération sociale pour l’extension de leurs marchés privés et auxquels l’image symbolique du Mur d’Al Adhamiyah sera associée.

Nous condamnons fermement la politique des « aides civiles » internationales gouvernementales et non gouvernementales des pays de la coalition (ou ayant appartenu à la coalition à un moment de l’histoire), en particulier, derrière les Etats-Unis, celle du Japon, de l’Australie, du Royaume Uni, de l’Allemagne, de la France, de l’Espagne, de la Corée-du-Sud, de l’Italie, du Portugal, de la Turquie, des Emirats Arabes Unis, des pays membres du G-8, du Club de Paris, de l’OTAN, ainsi que celle d’USAID. Cette politique imposée au nom de la « Reconstruction de l’Irak » ou de l« ’Irak Etat de droit » est bien une politique d’infiltration des fractures sociales et des communautés, la plupart du temps en marge de toute légalité.
Cette politique d« ’aide civile », de « remise des dettes », est bien une politique d’absorption graduelle puis de contrôle complet politique, bancaire, entrepreneuriale et technique des « moyens de vie », des ressources fondamentales jusqu’aux libertés et aux droits qui ne sont plus garantis. (Christian Pose, Ibaraki, 9/5/07)

Ces derniers jours d’avril 2007 donneront raison à la thèse du développement autoritaire ou « civilo-militarisé » de l’économie. Qu’il suffise d’observer le processus d’annihilation des libertés civiles et des oppositions politiques mis en place par l’industrie et le commerce bancaire en Irak ; Irak, pièce maîtresse dans le dispostif militaire d’unification du monde arabe par les zones de libre-échange - US-Middle East Free Trade Coalition & MEFTA - dont la première étape devrait être atteinte selon G.W.Bush en 2013. Notons que la plupart des organisations commerciales et des multinationales US membres de la MEFTA sont des partenaires économiques bellicistes (partisans des guerres pour régler les problèmes internationaux) des régimes d’apartheid ou autoritaires, des nuisances écologiques et humanitaires, que beaucoup, parmi les plus anciennes, soutiendront le national socialisme allemand avant et pendant la seconde guerre mondiale.
Le tronçonnage-quadrillage sécuritaire (conforme à la notion de sécurité publique) des cités irakiennes, la rupture du libre écoulement de l’existence civile, l’effroyable canalisation des espaces de circulation par la construction de murs de protection en béton en sont d’évidents exemples. Pour la seule construction du mur de 5km d’Al Adhamiyah les marines de Camp Taji stationnés à 20km au nord de Bagdad produiront en une semaine pas moins de 2000 blocs de béton de 6,3 tonnes/pièce et de 3,5m de hauteur.

1 – L’enfermement intentionnel

L’enfermement et l’isolement imposés par les troupes américaines (et les forces de sécurités irakiennes) aux communautés sunnites d’Al Adhamiyah dans l’est chiite de Bagdad annoncent de nouvelles purges et de nouvelles vagues d’assassinats politiques et religieux. Cette stratégie politico-militaire d’enfermement intentionnel des communautés dont le Major-General William Caldwell - porte parole de l’Etat Major américain à Bagdad - affirme qu’elle a pour pour but « l’unification » de Bagdad et non sa « division », doit mettre en garde contre l’effet optique déformant que produisent sur l’opinion civile les moyens militaires américains d’information et de pression en Irak dont nous avons vu qu’ils étaient indissociables du développement boursier et bancaire commercial privé irako-arabo-américain, de la privatisation des services, du développement du secteur des exportations-importations, de la spéculation sur les énergies : electricité, gaz, pétrole, eau, « quatre cibles hebdomadaires du terrorisme » selon le département US de la Défense.
Ces messages adressés aux civils, aux politiques, aux affairistes s’inscrivent à la fois dans un dispositif intellectuel de répression et dans un long processus d’application des outils juridiques nécessaires à « l’unification du monde arabe » ou, à une autre échelle mais toujours selon les mêmes moyens, à l’unification du monde Asie-Pacifique (Asie et Pacifique), russe (CEI), latino-américain, central-américain-caraïbe, nord-américain, africain, européen, par l’adoption universelle, selon les souhaits de G.W.Bush, du modèle de croissance et d’intégration économique transatlantique avant-poste de la globalisation (Sommet Etats-Unis-Union Européenne, 2007 et doc.).

2 – Au-delà du mur, l’ombre du mur

Les exemples de « synchronisation-intégration » des moyens bancaires privés en Irak aux principes de cette économie transatlantique sans barrières douanières ouverte à tous les investissements et à tous les business, à toutes les ingérences civiles ou militaires, sous différents angles ou approches, ne manquent pas. La construction du mur ségrégationniste d’Al Adhamiyah débutera le 10 avril. Cinq jours auparavant (4/5 avril) USAID et son programme irakien d’aide civile « Izdihar Private Sector Growth and Employment Generation and Economic Governance II projects » organisait la première conférence arabe sur les activités bancaires et financières irakiennes : « Banking in Iraq : The 21st Century Challenge ». Ce programme réunira 200 experts de la banque internationale et de l’économie bancaire irakienne à Amman en Jordanie afin d’adapter le système bancaire irakien aux besoins commerciaux, bancaires et industriels irako-arabo-américains désormais indissociables des nouvelles normes du libre-échange et de l’investissement. Il aura fallu un peu moins de trois ans et quelques centaines de milliers de civils tués, hommes, femmes, enfants, la destruction de la structure sociale et familiale irakienne, le pillage des ressources légitimes du peuple irakien, pour parachever le grand œuvre de la banque privée internationale et réaliser les aspirations de Kevin G. Woelflein, conseiller spécial de la Coalition Provisional Authority (gouvernement provisoire des forces d’occupation). Ce dernier déclarait le 17 Juin 2004 à New-York devant l’actuel noyau du système bancaire commercial privé irakien « persécuté par Saddam Hussein » et « interdit aux opérations internationales » : « La reconstruction et la modernisation du secteur de la banque privée sont essentielles à la croissance économique de l’Irak... Cette visite aux Etats-Unis offrira à ses délégués d’exceptionnelles opportunités pour apprendre les pratiques les plus modernes de la banque et aidera à faire des banques privées irakiennes le cœur de la future structure bancaire irakienne. »
17 Juin 2004 : Al Baraka for Investment and Financing Bank, Bank of Baghdad, Iraqi Middle East Investment Bank, Basrah Private for Investment, Islamic Bank, Commercial Bank of Iraq, North Bank, Credit Bank of Iraq, Sumer Bank, Gulf Commercial Bank, United Investment Bank... (sur 17 banques privées), feront partie de la délégation historique des banquiers irakiens conduite aux Etats-Unis par Faleh Dawood Salman, gouverneur-adjoint de la Banque Centrale d’Irak. Ces banques sont aujourd’hui au cœur du dispositif économique sécurisé d’USAID et de l’Iraq Izdihar Project de mars/avril 2007. Le système bancaire privé irakien compte 25 banques privées licenciées officiellement par la Banque Centrale d’Irak, 23 sont actuellement en opération. Parmi ces banques 7 sont la propriété de l’Etat : Rafidain Bank, Rashid Bank, Agricultural Bank, Industrial Bank, Real Estate Bank, Iraq Bank et Trade Bank of Irak.

3 – Le spectre du Transatlantic Economic Council

Le 13 avril, l’Iraq Stock Exchange anciennement Bagdhad Stock Exchange renforcera son dispositif en renouvelant-diffusant son code de procédure - les outils juridiques et informatifs points centraux du système boursier et bancaire irakien sont hautement opérationnels depuis juin 2004 - auprès des investisseurs non-irakiens sur le web de la Federation of Euro-Asian Stock-Exchanges associée à la Banque Mondiale, à la Fédération Mondiale des Places Boursières (FEAS), à l’OCDE. Observons, ici, que c’est en partie sur la base des objectifs de diminution des barrières douanières obstacles aux investissements et des objectifs de croissance économique de l’OCDE que sera arrêté le 30 avril 2007 lors du Sommet Etats-Unis-Union Européenne à Washington le programme de travail et de coopération du Transatlantic Economic Council co-dirigé par Allan Hubbard, collaborateur de G.W.Bush et Guenter Verheugen, vice-président de la Commission européenne (entreprise, industrie), collaborateur de la présidente de l’Union européenne Merkel.
Ce programme co-signé par G.W. Bush, Angela Merkel, José Manuel Barroso, établit les principes uniformisants d’un nouvel espace institutionnel transatlantique, public et privé, au sein duquel se développeront - au détriment des acquis sociaux, des droits fondamentaux, de la justice, de l’environnement et des libertés individuelles sur lesquels à la lecture des documents rien n’est dit - les opérations commerciales, bancaires et financières nées des accords de libre-échange et de la globalisation des services. Les effets dans le monde ne se feront pas attendre et, nous venons de le voir, seront largement anticipés par les banquiers, les investisseurs-spéculateurs et les gouvernements du monde arabe et irakien.

4 – « la guerre avec l’Irak... une influence positive sur le marché des valeurs américaines »

Dans le temps du processus civil et militaire de division et de discrimination des communautés irakiennes dont le mur d’Al Adhamiyah est l’emblème, UBS AG - banque Suisse mondiale impliquée dans le régime d’apartheid en Afrique du Sud - produira/diffusera avec Gallup auprès des investisseurs internationaux un très significatif « indice de l’optimisme de l’investisseur » (Index of Investor Optimism). Après un sondage effectué auprès de 2000 sociétés et personnes (US/UE) entre le 1er et le 16 avril et diffusé le 26 avril cet indice révèle que 52% des investisseurs américains estiment que la guerre avec l’Irak exerce une influence positive sur le marché des valeurs et l’économie américaines. Selon le même indice plus de 20% des spéculateurs-investisseurs européens (France, Grande Bretagne, Italie, Espagne, Allemagne) estiment que c’est une bonne affaire...
Nous verrons plus loin que les sociétés d’investissement et les banques commerciales privées occidentales, européennes et américaines, ont joué un rôle prépondérant dans le processus d’ingérence civile et militaire au nom de la lutte antiterroriste en Irak (et dans le monde). Elles en joueront un tout aussi prépondérant durant les deux prochaines années. Ce processus relève d’une logique purement marchande. Il est donc juste de rappeler que le gouvernement américain et les gouvernements membres de la force de coalition - Etats hyper-endettés pour la plupart - sont tout autant que par le « passé colonial » soumis économiquement et sociopolitiquement aux intérêts de ces sociétés « créatrices de richesses » dotées d’intouchables réseaux de filiales et de hiérachies gigognes transnationales, de stratégies politiques inépuisables.

5 – Les douze plus puissants argentiers de l’histoire : UBS AG, Citigroup, JP Morgan Chase, HSBC...

Certaines de ces banques parmi les plus emblématiques décideront de se regouper afin d’assurer une supématie économique et politique inégalée dans l’histoire de la banque, de la lutte contre le crime bancaire, le cyberterrorisme et le terrorisme financier, et ce au lendemain du 911. C’est le cas du Wolfsberg Group, une nébuleuse suisse en quête du Graal bancaire qui regroupe les douze plus puissants argentiers de l’histoire, une structure omnipotente et omniprésente indissociable de ces autres nébuleuses transnationales que sont l’industrie civile et militaire américaine bipartisanne, l’Otan et le Homeland Security. Quelques noms d’acteurs et de banques émergeront de cette quête nauséabonde dans le sang irakien.

UBS AG
Jusqu’à la fin du « gouvernement provisoire » irakien des forces d’occupation, Joseph J. Grano Jr. (ex-Investment Executive chez Merrill Lynch), vétéran des forces spéciales au Vietnam, dirigera le Homeland Security Advisory Council tout en étant membre du Bureau exécutif d’UBS AG et président d’UBS Paine Webber (il abandonnera ses fonctions chez UBS AG en janvier 2004 quand le programme de reconstruction démocratique et le marché irakiens seront définitivement à l’avantage des Etats-Unis et des forces de la coalition).
Paine Webber Inc. (UBS Paine Webber, fusion avec UBS AG et garantie des dettes en octobre 2000) initialement banque d’investissement sera condamnée en avril 2000 selon le Top 100 des fraudeurs mondiaux de Russel Mokhiber à verser 21,6 millions de dollars d’amende au gouvernement fédéral pour des profits réalisés sur une surévaluation du prix de certains titres aux côtés des banques d’investissement américaines Morgan Stanley, Lehman Brothers, Merrill Lynch, First Union, Crédit First Boston Corp, Goldman Sachs, Dillon Read Securities Inc condamnées également à verser au même gouvernement, la même année et pour les mêmes raisons, 140 millions de dollars. Ce volume inclut l’amende de Paine Webber Inc....
Ces sociétés transnationales piliers de l’histoire du capitalisme américain et des régimes poitiques autoritaires évoluent dans le continuum d’action d’UBS AG et du Wolfsberg Group et sont toutes « bailleurs de fonds » des campagnes présidentielles de G.W. Bush. Elles seront également financièrement impliquées dans le drame irakien. Dans le classement des sociétés criminelles de Russel Mokhiber Paine Webber Inc. est placée devant la pétrolière Unocal (classée 74e) liée aux réseaux familiaux affairistes d’Al Qaida via Khaled ben Mahfouz président de la National Commercial Bank saoudienne, au clan Bush et au Parti Républicain américain ainsi qu’à T.H.Kean, directeur de la pétrolière Amerada Hess Corporation et de la multinationale des services Aramark Corporation. T.H. Kean sera président de la Commission Nationale 911 sur les attaques terroristes. UBS AG exerce toujours à ce jour une influence politique déterminante dans la stratégie commerciale bancaire, financière et militaire-antiterroriste américaine et européenne au Proche et Moyen Orient. UBS AG, défenseur de « l’unité du monde arabe » de G.W.Bush, est également un membre statutaire du Tel Aviv Stock Exchange.

Citigroup
Au cœur de l’histoire politique et juridique de la procédure parlementaire américaine autorisant l’usage de la force en Irak et du dispositif anti-terroriste du Homeland Security nous retrouvons un autre banquier républicain, de Citigroup cette fois-ci, Nicholas E. Calio, vice-président des Affaires Gouvernementales Globales de Citigroup et ex-conseiller parlementaire du Président Bush de janvier 2001 à janvier 2003. Nicholas E. Calio sera membre du WHIG aux côtés notamment (sur 9 membres) de Michael John Gerson (concepteur de l’« axe du mal » et auteur de discours de G.W.Bush), Condoleezza Rice (conseillère à la Sécurité Nationale), Karl Rove (conseiller électoral de toutes les campagnes de G.W.Bush depuis 1978) et de I. Lewis Libby Jr. (chef de cabinet de Dick Cheney). Le WHIG, White House Iraq Group, a été créé par Andy Card (chef de cabinet de la Maison Blanche) chargé en 2002 de la propagande civile de la Maison Blanche en faveur de la « criminalité nucléaire » de Saddam Hussein et de l’intervention en Irak auprès de l’opinion américaine et du Congrès. Nicholas E. Calio deviendra l’un des acteurs clefs des relations de Citigroup avec la Maison Blanche, le parlement US et les gouvernements étrangers quelque temps après l’invasion américaine en Irak.

Tous les acteurs du White House Iraq Group seront liés aux milieux d’affaire et auront parfois des activités extra-gouvernementales à la limite de la légalité ; certains comme Karl Rove feront l’objet d’accusations du FBI pour trafic d’influence auprès de fonctionnaires du gouvernement pour le compte du Parti Républicain. Rove sera également impliqué dans de nombreuses affaires spéculatives douteuses en 2001, poursuvi en justice pour conflit d’intérêts, critiqué par Families of September 11 pour son exploitation politique de 911, critiqué pour sa gestion politique et administrative calamiteuse de la catastrophe humanitaire liée au passage de l’ouragan Catherine, plus encore pour son rôle dans l’affaire Plame-Wilson.
Cette affaire est intéressante. Elle repose sur les allégations de l’ex-ambassadeur Joseph Wilson qui, au retour d’une mission au Niger effectuée en février 2002 pour le compte de la CIA afin de certifier ou non, sur la base des dossiers de G.W.Bush, l’existence d’une filière uranium irakienne, affirmera ne rien avoir trouvé. La thèse des armes de destruction massive de G.W.Bush ne tiendra plus. Joseph Wilson démontrera, en effet, à l’opinion américaine et au Congrès que les documents de la Maison Blanche et en particulier ceux du White House Iraq Group chargeant Saddam Hussein seront des faux. La Maison Blanche, le Département d’Etat, le Congrès et la CIA chavireront.
Le scandale de la révélation de l’identité de Valerie Plame-Wilson (juillet 2003) agent de la CIA en service, spécialiste de la prolifération des armes de destruction massive et épouse de l’ex-ambassadeur espion Joseph Wilson (propulsant les deux affaires, l’inexistante filière d’uranium nigérien et la révélation de l’identité secrète de l’agent Plame sous les feux d’un seul et même « Irak-gate »), soulèvera l’opinion, les hiérarchies de guerre, du renseignement civil et militaire du Département d’Etat, de la Maison Blanche, de la CIA qui demandera une enquête au Département de la justice, du Pentagone, du Congrès... « Qui est responsable de la fuite ? » Apparaîtront les noms de Richard Armitage (ex-secrétaire d’Etat-adjoint), de Karl Rove, de Dick Cheney, de Lewis Libby Jr..
G.W. Bush qui soutiendra devant le Congrès et l’opinion mondiale la criminalité nucléaire de Saddam Hussein sera mis en cause en avril 2006 par le Grand Jury fédéral pour, finalement, la divulgation d’informations classées secret-défense concernant Valerie Plame-Wilson. Les hauts fonctionnaires du WHIG détruiront, en effet, sciemment, la protection de Valerie Plame en donnant son nom à la presse afin d’affaiblir les oppositions à la thèse républicaine de la « criminalité nucléaire » de Saddam Hussein et les résistances à l’invasion américaine en Irak.

Cette affaire s’inscrit bien dans le prolongement de l’affaire Richard Clark, conseiller à la lutte antiterroriste de la Maison Blanche et nommé « crisis manager » par Condoleezza Rice quelques minutes après 911. Démissionnaire en janvier 2003 Clark reprochera à l’administration Bush d’une part de dissimuler des informations stratégiques qui auraient permis d’éviter 911 et d’imputer, d’autre part, 911 à Saddam Hussein. Ce sera finalement la mission statutaire du WHIG que de cibler, cerner, discréditer les opposants aux thèses de G.W. Bush sur la criminalité nucléaire de Saddam Hussein. En fait, il apparaitra que la stratégie civile de manipulation de l’opinion américaine du WHIG : « la guerre doit avoir lieu », fonctionnera mieux dans le contexte sociopolitique de sur-régime médiatique et de destabilisation psychologique de l’affaire Plame-Wilson. Cette démarche proprement initiatique n’affaiblira en rien le processus civil et militaire en cours, tout au contraire.
Le WHIG aura bien pour objectif de « contrôler l’histoire » - sa mission initiale -, créer l’histoire de toute pièce, ou créer de l’histoire, la rendre vivante tout comme son opposition, plutôt que d’être surpris par elle. L’exécutif de la Maison Blanche évolue depuis toujours dans un espace sociopolitique virtuel et méta-historique. Le WHIG est ni plus ni moins qu’un service secret civil et a agi comme tel... Il crée de la matière historique virtuelle sur la base d’obsessions politiques réalistes justiciables qui conduisent à la protection promotionnelle comme au sacrifice des meilleurs cavaliers. Cette stratégie, nous le verrons plus loin, est également pétrie de psychologie marchande transnationale (par.12). Elle était déjà très au point dans le monde des partenaires d’affaire républicains des années 2000-2002, partisans bellicistes du marché potentiel énergétique, industriel, financier et bancaire irakien. Mais pas de reconstruction irakienne sans destruction de l’Irak et pas de marché sans répression ; sans une stratégie politique, intellectuelle et juridique globale, de « l’unité du monde arabe ».
Lewis Libby Jr., membre du WHIG et chef de cabinet de Dick Cheney, qui reconnaîtra avoir détruit la couverture de Valerie Plame-Wilson avec l’autorisation de G.W. Bush et Dick Cheney, sera impliqué et accusé par le Grand Jury fédéral d’obstruction à la justice, de faux témoignages et de parjure. Il sera reconnu coupable de quatre de ces crimes en mars 2007...

Selon une analyse du Parti Démocrate américain le seul haut-fonctionnaire parmi les 9 membres du White House Iraq Group (WHIG) à ne pas voir avoir été convoqué dans le cadre de l’affaire Plame-Wilson par le Grand Jury fédéral et par le procureur Patrick Fitzgerald (conseiller spécial du Département de la Justice) sera Nicholas E. Calio, « l’homme de Citigroup » à la Maison Blanche. Nicholas E. Calio aura bien un statut à part au sein de l’exécutif américain et sa nomination à la Vice-Présidence des Affaires Gouvernementales Globales de la banque après l’invasion de l’Irak confirmera notre propos sur le rôle de la première banque mondiale dans les affaires de l’Etat. L’on sait également selon Public Integrity que Citigroup entre 1998 et 2004 sera le plus gros lobbyste bancaire parlementaire des Etats-Unis avec plus ou moins 43 milions de $ consacrés à cette seule activité. Nicholas E. Calio sera entre 2001 et 2003 le conseiller parlementaire spécial de G.W.Bush à la Maison Blanche.
Implantée dans 100 pays la banque globale est également bien représentée dans le monde parlementaire et gouvernemental arabe (Bahrain, Liban, Pakistan, Emirats Arabes, Israel, Jordanie, Kowait) et réputée pour ses tendances collaborationnistes avec les régimes les plus traditionnalistes ou les plus autoritaires... Sous cet angle les Etats-Unis ne seraient qu’un client comme un autre « traité par le sommet » dans un contexte transnationalisé.

La banque ne sera pas moins présente sur tous les continents, en Afrique du Sud (le Procès de l’Apartheid), en Argentine (depuis 1914), au Vénézuéla où elle blanchira des narcodollars, aux philippines. Les méthodes de la première banque mondiale - et celles, dans une moindre mesure, des banques du Wolfsberg Group, des banques réputées « irrachetables » - ne sont pas moins sophistiquées que celles d’un stratège politique en campagne ou d’un Etat-Major des armées avant une opération. L’expression n’est pas exagérée... Citigroup a des tendances conspirationnistes, dirigistes ou autoritaires, non seulement envers les gouvernements des pays pauvres où les fractures sociales sont profondes et souvent irrémédiables, mais également envers ses propres salariés et ses concurrents traditionnels les plus habiles, les Etats les plus riches et les plus endettés.
Cela dit, les mégabanques privées du Wolfsberg Group - conçu en octobre 2000 pour lutter contre le terrorisme financier et le crime de blanchiment selon un protocole règlementaire global - ne peuvent plus prétendre lutter contre des banques rivales ou contre le communisme pour justifier leur hyper-expansion sécuritaire. Demeurent en terme de marché potentiel, le « marché criminel » balisé par les normes institutionnelles de la lutte contre le crime bancaire, le « marché individuel » des « 4 milliards de pauvres » nous le verrons plus loin (par. 10) balisé par la BAD, la Banque Mondiale et Grameen Telecom Village, via la maîtrise des « global BOP markets » (Base of Pyramide) et l’entretien du « marché sociétal » existant lié aux Etats.
Sur ce dernier point de la lutte contre le crime de blanchiment - support législatif paradoxal de l’économie de guerre à crédit en Irak -, un groupe sénatorial sous l’impuslion du sénateur démocrate Carl Levin (Président du Comité Sénatorial des Services Armés et membre du Homeland Security) présentera en mars 2001 à la Sous-Commission Permamente des Enquêtes du Comité des Affaires Gouvernementales du Sénat un rapport retentissant sur la participation des banques américaines au blanchiment international. Le sénateur Levin révèlera une délinquance bancaire américaine qui annoncera 911 et confirmera l’absence totale de probité des principales banques privées du Wolfsberg Group plongées aujourd’hui au cœur de la tragédie civile irakienne.

Le rapport citera parmi les banques coupables de crimes de blanchiment (narcodollars, fraudes financières, évasions fiscales, cybercrimes) des établissements bien connus comme Bank of America, Chase Manhattan Bank (deux supports avec Citibank de l’économie de la junte argentine), Bank of New York, American International Bank, Swiss American Bank. Ces banques justifieront leurs crimes par le secret bancaire et une faible législation anti-fraude. Citigroup (Citibank) et J.P. Morgan Chase justifieront leurs crimes en prétextant la négligence, le manque de préparation, le secret, la complexité des rapports avec les clients étrangers ou la complexité de la législation sécuritaire bancaire (Financial Action Task Force on Money Laundering mise au point par le G-7 à Paris en 1989). Cette législation très orientée politiquement et commercialement sera cependant le support idéologique du Wolfsberg Group présenté comme un indispensable moyen de la lutte contre le crime de blanchiment et le crime terroriste bancaire par le FATF et par Jorge Bermudez, ex-président de Citibank Argentine en 1993 (rapport Levin).

Pour mieux comprendre notre approche de l’économie de guerre à crédit irakienne changeons notre angle d’attaque et observons en quelques lignes - puisque nous évoquons Jorge Bermudez -, le déroulement chronologique d’une conspiration économique non islamo-terroriste bien menée.
Quand Jorge Bermudez assume en 1993 la présidence de Citigroup en Argentine Carlos Menem qui est le chef d’Etat libéral corrompu type vient de céder les entreprises publiques au marché privé. Avec Domingo Cavallo, président de la Banque Centrale sous la dictature, nouveau ministre de l’Economie (il sera arrété pour trafic d’armes en 2002), Menem acculera l’Etat au déséquilibre budgétaire et à la dette sous les parements d’une croissance miraculeuse jusqu’en 1995 tout comme il conduira la Sécurité Sociale publique à sa ruine en l’ouvrant à la concurrence privée.
Le FMI proposera la réforme et le gouvernement disposera. En fait, les banques transnationales suggèreront les avantages de la réforme au FMI et aux Etats. Citigroup n’aura aucune difficulté à placer son « président » au rayonnement translatinoaméricain au bon moment. Les retraites et les pensions seront également deux moyens de la course à la libéralisation. En 1993 le « trésor » convoité est de 4000 millions de $. Sous les pressions du FMI « le trésor » est livré sans transition à la capitalisation individuelle, au commerce des fonds de pension publics mixtes et privés. Jorge Bermudez, Juan Bruchou (Citigroup/Citibank) sont cités avec HSBC, BBVA, SANTANDER, comme co-artisans de cette « réforme globale ». Le « trésor » servira quelques années plus tard (2001) à éponger la dette extérieure et la dette publique qui ne sont plus épongeables depuis longtemps... La réforme du système des fonds de pension se métastasera au Pérou, en Colombie, au Mexique.
Elément symbolique, pas le moindre, Carlos Menem vient d’amnistier (1990) les responsables du génocide argentin (1976-1983) : Jorge Rafael Videla, Emilio Massera, Roberto Viola, Ramon Camps, Ovidio Ricchieri, Guillermo Suarez Mason, Jose Alfredo Martinez de Hoz, ex-ministre de l’économie de la junte et allier du FMI. Cette amnistie soulèvera un profond malaise sociale - la mémoire individuelle et collective appelle l’histoire, la justice, la veillée familiale des morts. Le gouvernement altère le souvenir, néglige la douleur du peuple. Le FMI, les industriels et les banques privées souhaitent en terminer avec la période du deuil national par l’amnistie et « le pardon ». Le gouvernement croit offrir la paix par la libéralisation et de grossières options commerciales.
Une fois de plus l’Argentine est ouverte à l’influence morbide des principaux supporters de la junte, le FMI (qui débloquera 127 millions de $ à la junte en mars 1976), le Congrès US (qui versera 50 millons de $ de crédit militaire à cette même junte en avril 1976) et les banques privées transnationales qui détiennent aujourd’hui 90% des banques du pays. Le « miracle argentin » ne sera réaliste que pour les investisseurs étrangers et les spéculateurs locaux, grâce en partie à la parité du péso avec le dollar (1992). Culminent, propulsées par les indicateurs aveugles de la croissance économique, la détresse sociale, l’insécurité politique et intellectuelle. La crainte de la répression policière politique est à nouveau dans les esprits des opposants tandis que se multiplient les accords de libre-échange et se répandent les zones de libre-échange.
Jorge Bermudez qui évoluera dans le « cône d’ombre » stratégique, pensé, sécurisé depuis Washington pour la protection des intérêts et des activités de la banque privée transnationale en Amérique Latine est aujourd’hui Vice-President exécutif de Citibank USA, Président de Citibank Texas et Président de Corporate Bank for Latin America and the Caribbean, etc...
Nous voyons bien, sous l’angle de l’exploitation bancaire de la démocratie libérale-populiste et de son économie de masse si spécifique, que le drame civil irakien n’est pas bâti différemment, qu’il relève d’une sombre logique prévisionnelle.

JP Morgan Chase
Autre acteur de la tragédie irakienne, que nous ne pouvions éviter : JP Morgan Chase. JP Morgan Chase, clan Rockefeller, profiteur du réarmement de l’allemagne dans les années 1930, pro-nazi sous l’occupation allemande en France aux côtés de Chase Bank et reconnu « collabo » par le Département US du Trésor en 1944, sera prévenu en justice en novembre 2002 dans le District Est de New York avec 21 autres sociétés - dont Citigroup, Crédit Suisse, Deutsche Bank AG, UBS AG , Barclays National Bank Ltd. - pour dommages corporels et crimes contre l’humanité résultant de leur complicité avec le régime d’apartheid sud-africain de P.W. Botha.

Le leader mondial de l’investissement privé et son Global Trade Services Group gagneront malgré tout en 2004 le “Deal of the Year« attribué par la presse américaine industrielle : Institutional Investor, Trade Finance Magazine, Global Trade Review, Trade & Forfaiting Review, Global Finance Magazine. JP Morgan Chase sera salué pour avoir joué un »rôle essentiel" dans le processus constitutionnel irakien et dans la mise au point en 2003 de Trade Bank of Iraq qui coiffe une grande partie des exportations et importations irakiennes. JP Morgan Chase (90 millions de clients dans 50 pays) - qui contrôle une bonne partie de la politique bancaire privée irakienne et du programme de reconstruction - mettra son réseau clientèle internet privé au service de Trade Bank of Iraq (banque gouvernementale indépendante émanation de la Coalition Provisional Authority pour la reconstruction en juillet 2003) et jouera un rôle non moins étonnant dans la gestion publique des premières opérations bancaires en assurant nombre d’importations en biens et services humanitaires (équipement médical, pharmacie, médecine) et matériaux de reconstruction américains selon les besoins, à la carte, des différents ministères irakiens, ...

Tous les maillons de l’économie de guerre à crédit sont bien maîtrisés. La campagne mondiale d’investissement irakienne est d’ores et déjà considérée comme une réussite. Une guerre « garantie », « assurée » et « co financée » - il faudra prendre le temps de s’en souvenir - par le volume des ventes de biens et services US en Irak, les « fonds de roulement », les « investissements » et les « fonds spéciaux » de banques privées comme JP Morgan Chase dont le préstige auprès des autorités irakiennes pèsera plus que les 16 organismes de crédits étrangers assurant en 2003 à la Trade Bank 2 milliards de $ de crédits à l’exportation.
Dans la foulée, US-Exim Bank, organisme gouvernemental fédéral indépendant, avant-poste historique de la politique anti-communiste de Roosevelt en 1933/1934 en Union Soviétique et à Cuba désormais couloir de circulation des « investissements privés » US dans le monde et dans le monde arabo-musulman par le biais de prêts garantis alloués à de « petites et moyennes entreprises » (General Electric, Boeing, McDonnell Douglas, Westinghouse, Bechtel, Texaco) et dont Dick Cheney sera le type même des bénéficiaires, approuvera un programme d’assurance de 500 millions de $ en faveur des entreprises américaines aux premiers jours de la Trade Bank afin d’encourager les exportations de biens et services des Etats-Unis vers l’Irak, lesquelles seront financées par la Trade Bank...
L’économie de guerre à crédit est en place pour durer en appui sur de solides bases politiques intergouvernementales et interparlementaires. On ne fait pas la guerre à l’étranger par forces d’occupation interposées sans soudoyer de nombreux élus du peuple et hauts-fonctionnaires, notamment à la Chambre américaine des Représentants, au Sénat, au sein des ministères ou des états-majors du Parti Républicain. On sait à la lecture des rapports annuels de JP Morgan Chase que les « fonds spéciaux » approuvés en conseil existent, à tout le moins, pour les contributions politiques directes et le lobbying parlementaire.

Rappelons enfin, ce n’est pas sans importance, que la politique d’investissement hyper-sécuritaire de JP Morgan Chase, qui recevra encore le 26 mars 2007 huit « Deal of The Year Award » pour la « qualité de ses prestations » auprès du pétrolier-gazier indien Aban Group en collaboration avec Indian Overseas Bank et auprès de la banque russe Petrocommerce en collaboration avec le gouvernement Ouzbek et le « pilote » US-Ex-Im Bank, amorce depuis 2005 une lente délocalisation de ses activités commerciales américaines en Inde (Mumbai, Bangalore) dans le sillage des politiques d’investissements sécurisées de Bank of America, Goldman Sachs, UBS AG, HSBC...

HSBC
Fleuron de la lutte bancaire antiblanchiment et anti-islamoterroriste du Homeland Security et du Wolfsberg Group, HSBC (Hong Kong Shanghai Bank Corporation) dont l’histoire illustre les pages noires du colonialisme défraiera les chroniques diplomatiques sinochiliennes, l’on s’en rappelle, pour avoir possiblement abrité plus de 9 tonnes d’or détournées des caisses chiliennes par le général Pinochet sur un compte à son nom à Hong Kong.
A l’instar de toutes les banques du Wolfsberg Group HSBC est indissociable de l’histoire politicobancaire des Etats, en Asie, en Europe, au Proche et Moyen Orient et aux Etats-Unis. Selon le Sénat américain HSBC Americas Inc. est la troisième banque commerciale des Etats-Unis par le volume de son « lobbying déclaré » parlementaire, bancaire, fiscal et commercial : +-24 millions de $ entre 1998 et 2004 derrière American Bankers Association +-30 millions de $ et Citigroup +-43 millions de $.
Notons pour la partie de la reconstruction irakienne qui nous interesse que HSBC Bank Middle East Limited métastasée au Proche et Moyen Orient et labélisée par Euromoney Magazine : ’Best Global Bank’, « Best Bank in the Middle East », « Best Debt House in the Middle East and United Arab Emirates », ’Best Debt House in Qatar (le Qatar, les Emirats Arabes Unis et Bahrain sont co-actionnaires des sept plus grosses banques privées irakiennes) est depuis deux ans l’actionnaire majoritaire de Dar Es Salaam Investment Bank of Iraq, banque commerciale de la réconstruction irakienne favorisée par la Coalition Provisional Authority et le régime d’occupation à la chute de Saddam Hussein. Une acquisition qui s’inscrit dans la politique commerciale sécuritaire de G.W. Bush en Irak et au Moyen Orient ; l’on se souviendra, ici, de l’« appel au business global » fin juin 2003 de l’administrateur de la CPA Paul Bremer - expert en management politique des pays en crise, en contre-terrorisme, ex-directeur en management de Kissinger Associates.
La politique d’affaire bagdadi sera donc scrupuleusement cadenassée par les concepteurs traditionnels de l’arsenal juridique bancaire au service des familles historiques de la banque commerciale privée américaine et aujourd’hui de l’US-MEFTA : US-Ex-IM Bank, OPIC, USTDA, la Federal Reserve Bank de New York mais également le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale.
L’excédent de pouvoir politique bancaire d’HSBC Bank Middle East Limited - civil, policier et militaire - déborde déjà, conformément « aux prévisions en temps de crise », des contraintes commerciales du marché irakien à Bahrain, en Jordanie, au Kuwait, au Liban, à Oman, dans les Territoires autonomes palestiniens, au Qatar et dans les Emirats Arabes Unis.
Le forum international de l’investissement « Rebuild Iraq 2007 » qui se déroulera à la fin de la première semaine de mai à Amman en Jordanie (aire privilégiée du lobbying de la Sasakawa Peace Foundation) tandis que Dick Cheney rencontrera les chefs d’Etat des Emirats Arabes Unis, de l’Arabie Saoudite, d’Egypte, de Jordanie et les commandements des forces armées US stationnées en Irak et dans le Golf Persique, illustre particulièrement bien notre propos.

6 – Sous la guerre, le dossier américano-européen de l’individu politique et de l’ordre

Les banques commerciales privées en Irak comme dans le monde - dont le rôle ne peut se limiter à la chasse aux comptes, aux profits et à l’épargne - sont également, si l’on veut bien se pencher sur la question en ces termes, des spécialistes de la transnationalisation de la citoyenneté. C’est du moins ce que nous écrivions en juin 2005 dans « Citoyenneté Globale : vers un nouvel ordre mondial, l’ultime fourberie du capitalisme ». Notre position n’a pas changé.
Chaque banque transnationale est le fruit d’un long processus historique de domination capitaliste et scientifique, d’un projet mondial concerté - sens des reproupements stratégiques - de domination commerciale « business to business, business to consummers ». Les conseils d’administration, les associés, les actionnaires des banques privées globales et des groupes industriels sont bien responsables au regard de l’histoire sociale de l’expansion de l’espace légal, du temps légal et du temps de la conscience abstraite dans lesquels se sont pensés les individus, les droits, les libertés et les consommateurs. Les populations ont par le fait évolué dans un espace en expansion où la conscience traduite en terme de liberté réelle - penser les capabilités -, d’indépendance économique - sortir de l’économie -, et de sociocritique - penser l’entropie -, s’est effondrée ; un espace donc de libertés diminuantes où conscience et absence de conscience se côtoieront comme les ombres sur un mur.
Les prévisions des « globalistes » (citoyenneté globale) et des « mondialistes unitifs » (gouvernement mondial) défenseurs de la théorie politique de la citoyenneté globale sur la base émancipatrice de la double liberté individuelle : du choix et du comportement, ont pris le pari de la « conscience unitive » (soutenus par les ordres religieux concurrents de la théologie ou du dharma de marché) sans pouvoir pour autant s’affranchir du déficit majeur de légitimité sociale de l’économie ; limite abstraite ou objective du néolibéralisme appréhendée aujourd’hui de bien des façons.
La théorie politique globale du comportement individuel qui s’avère autoritaire, liberticide et homicide, est très largement écrite et démocratiquement expérimentée ou mise en application par « l’individu » (le patron, le salarié et le non-salarié). En effet, chacun évolue conformément au libre-choix dans l’espace social du travail (Weekly Standard et America’s Future Foundation héritiers de l’esprit de conquête violent et malveillant du XIXe siècle ajouteraient : « décomplexé », « chaste jusqu’au mariage », « vert » - bioéthanol du nord dont ont sait aujourd’hui les conséquences néfastes pour les terres brûlées), conformément, toutefois, aux prévisions des temps de crise dans l’espace transnational hypersécurisé de l’économie de guerre à crédit.
Avec le programme transnational de lutte contre le crime bancaire, le crime islamoterroriste, le cybercrime ou la tragédie irakienne les maîtres à penser de la police politique financière du Wolfsberg Group rouvrent donc outre le dossier de la citoyenneté globale celui de l’individu politique et de l’ordre dominés par un déficit majeur de légitimité sociale de l’économie. Un déficit historique qui se traduira en 1941 par la reconfiguration des rapports de pouvoir entre secteurs publics, militaires et civils.
Les programmes spéciaux de l’US Office of Scientific Research and Development dirigé par Vannevar Bush (OSRD), peu avant Bretton Woods et la création de la Banque Mondiale et du FMI, traiteront déjà de façon hégémonique la recherche scientifique civile et militaire, la bio-compétitivité industrielle et militaire, l’archivage électronique et la mémoire universelle (Memex), le génie génétique et l’hérédité :

  • « l’homme politique » sera, tour à tour, une entité biologique, un amas d’énergie ou encore, un paramètre d’équation génétique intégré à une politique biodémographique globale jumelée aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.
  • « l’individu politique-entité » (après guerre) issu du déficit de légitimité du politique devra répondre aux critères pseudo scientifiques du néo-eugénisme intégrés aujourd’hui aux modélisations de la recherche en biologie sociale (Duke University, Florida University, etc,...) afin que soient réglées les questions de la suprématie commerciale et militaire, de la surpopulation et de la faim, des races et des cultures imparfaites.

7 – Al Adhamiyah

Tandis que la BBC dénonce le 30 avril 2007 d’exceptionnels niveaux de fraudes et de corruption atteints parmi les officiels irakiens de la reconstruction (pétrole/energie, intérieur/sécurité, défense) - 5 milliards de $ seraient perdus annuellement - nous reçevrons du Comité Executif du BRussells Tribunal une confirmation de la « bétonnisation securitaire » d’Al Adhamiyah, des « quartiers à risques » de Bagdad et des cités irakiennes par les Etats-Unis et les forces de sécurités irakiennes. Le contexte néo-eugénéiste est inchangé. Les violences imposées à nouveau aux populations civiles non combattantes atteignent des sommets.
Nous notons, toutefois - sans quitter la tragédie irakienne mais en nous projetant à un autre niveau des souffrances sociales et des traumatismes infligés - que l’actuel contexte mondial de population active vieillissante et de « civilo-militarisation » de l’économie prédispose le monde à d’étonnantes similitudes. Nous en lisons l’expression au Japon, pays membre de la coalition, donnateur et investisseur en Irak, en Iran et en Arabie Saoudite. La force de maltraitance de « l’économie silencieuse » japonaise, économie de guerre à crédit par excellence, s’observe particulièrement bien à travers le médium global des aides civiles, précisément à la maîtrise de l’eau dans le monde, en Asie-Pacifique (Asie et Pacifique) et en Irak.

8 – La force traumatisante « des aides civiles »

La force traumatisante des « aides civiles » support d’évidentes duperies mais parfaitement dissimulées jusque là dans un espace de régénération sociale au service de « l’homme nouveau » - « l’individu » du Média Big Bang du Dentsu Communication Institute (Tokyo) - mais aussi des discours de propagande des collectivités locales, des entreprises, des gouvernements préfectoraux et de l’Etat hyper-endettés, se traduit au Japon par un effet contraire au sens civil.
Nous observons un effet à la fois discriminant et d’« enfermement », liberticide et parfois homicide, des populations rurales pauvres, néorurales et paysannes traditionnelles des plaines alluviales comme des montagnes, des populations déportées par les constructions intensives de barrages depuis plus d’un demi-siècle (40/80 millions de personnes dans le monde selon la Commission Mondiale des Barrages), des populations agées mais aussi des populations les plus pauvres d’Asie-Pacifique victimes du développementisme régionalisé, soumises aux déportations forcées, abandonnant contre leur gré le monde rural pour les zones urbaines surpeuplées.

9 – Du Japon à l’Asie-Pacifique

A ce constat s’ajoute le repoussant processus historique d’homogénéisation sociale qui repose sur la base doublement mensongère d’une société économique sans classe, sans oppositions politiques, égalitaire, libre, juste, démocratique, travailleuse, écologique, respectueuse des droits et des lois et d’une « civilisation parteneuriale » (intégrée au modèle de la grande civilisation néolibérale) constituée pour l’instant dans l’immense champ Asie-Pacifique de la misère de 1,8 milliard de personnes dotées pour vivre de un à deux dollars par jour. En fait, la grande civilisation marchande s’est déjà engagée auprès des Etats endettés des pays pauvres ou émergents à hisser ces hommes et ces femmes au rang de « civil partners » et à obtenir avec ou sans leur consentement, selon le principe de la métapmorphose identitaire contenu dans les termes de la Banque Asiatique de Développement (BAD), des « business partners ».

10 – de l’Asie Pacifique au Monde

International Finance Corporation (IFC) - World Resources Institute, structure privée de la Banque Mondiale, vient du reste de produire un rapport intitulé :« The Next 4 Billion : Market Size and Business Strategy at the Base of the Pyramid (BOP) ». L’IFC considère sur la base de l’expérience du « Grameen Telecom Village Phone Programme » dans le Bangladesh rural de Muhammed Yunus (prix Nobel de la Paix 2006 et collaborateur du milliardaire George Soros) que les « 4 milliards de pauvres » du globe représenteraient, en fait, un marché potentiel de 5 milliards de $...
Pour résumer l’IFC souscrit peu ou prou au plan de sauvetage Grameen de la misère par le business alternatif comme suit : BOP (Base of the Pyramid) + mobile phone + innovative business mode (pay-per-use/service de téléphonie mobile auprès des non abonnés ruraux) + business partner (entrepreneur/se) + mobile revenue (minimum assuré) + social and économic consequences = sauvetage des « global BOP markets » (marchés globaux BOP) pour l’instant « sous développés ».
Michael Klein, économiste IFC et Vice-Président du Développement du Secteur Privé et Financier de World Bank/IFC dira cela autrement : « ce rapport nous invite à stimuler les gouvernements dans le sens du développement et de l’environnement et à engager le BOP de toutes nos forces vers les conditions du marché... si l’on veut réellement faire du business ». Le « pauvre » est donc le marché qu’il convient de sauver, et non le pauvre.
Le rapport IFC va plus loin puisqu’il confirme cette conclusion navrante en estimant sectoriellement les limites en dollars des « global BOP markets » : eau ($20 billion), information/technologie/communication ($51 billion), santé ($158 billion), transport ($179 billion), logement ($332 billion), énergie ($433 billion), alimentation ($2,895 billion).

Au delà, donc, des limites sectorielles des « marchés globaux de la misère » (BOP) il n’y aurait plus ni ressources ni catégories, ni expériences sociales viables. Les « global BOP markets » seraient, en quelque sorte, les limites capitalistes de la « sous-humanité ». Au delà il n’y aurait plus de capitalisme. En deçà il y aurait les marchés. Pour les néolibéraux et les statisticiens de la World Bank les catégories sociologiques du néoeugénisme américain « unknown quantities » : mauvaises naissances, mauvaises couleurs, races inférieures, QI inférieurs, pauvreté et sous-développement, improductivité génétique, tares héréditaires ont bien rendu leurs chiffres. La misère est de nouveau quantifiable et planifiable en terme d’exploitation au dollar, à l’euro ou au yen près. L’on connait désormais les limites objectives du cauchemar des « naissances économiquement pauvres » et la façon de les « traiter »... à la base.

12 – La logique prévisionnelle du commerce transnational au service des citoyens du monde et de leur Dieu

Il est toutefois indiscutable au regard de la logique prévisionnelle du commerce néolibéral que les intérêts industriels (pétrole/gaz/électricité/eau) et financiers japonais (Bank of Tokyo-Mitsubishi - UFJ - du Wolfsberg Group aux côtés de JP Morgan Chase, UBS AG, Citigroup, et Nippon Export and Investment Insurance, figurent parmi les premiers partenaires assermentés par la Coalition Provisional Authority avant le « transfert d’autorité aux Irakiens » - novembre 2003 - pour la reconstruction de l’Irak via Trade Bank of Iraq en décembre 2003) ont parfaitement intégré le « processus historique » qui, selon G.W. Bush, « lie entre eux » 49 Etats engagés dans la guerre contre le terrorisme en Irak, 63 dans les Fonds de la Reconstruction Irakienne en novembre 2003, 80 dans le tout nouveau programme international quinquennal (2007-2012) de Reconstruction de Ban Ki-Moon, Secrétaire-Général des Nations-Unies.
La cause du désastre irakien ne s’explique donc pas uniquement par les « actes politiques » de G.W.Bush ni par le « génie » de Ban Ki-Moon. Elle s’explique également par le continuum d’action des sociétés transnationales ignorant l’humanité, la peur et l’entropie ; des sociétés dont les salariés sont des « citoyens du monde », dira Harold J. Carter de l’Economic Warfare Section du Département américain de la Justice enquêtant sur le « commerce avec l’ennemi » en 1942 (E.Black). Ces « citoyens du monde » comme leur « Dieu » sont fondamentalement sans Etat ni attache et « peuvent, dira encore Harold J. Carter, infliger des privations aux peuples » (pays d’origine ou pays étrangers, indifféremment)...
En fait, les transnationales à l’instar des traumatismes intentionnels sont à la fois le processus et la chose produite. Les transnationales sont à la fois les informations prévisionnelles meta-historiques de l’économie de guerre à crédit (expansion des marchés et assujettissement des populations) et les « créatrices de richesses » - pour elles-mêmes et non pour les populations ou les Etats.

13 – Bechtel Group Inc et USAID : « Dieu et la Sécurité d’Etat ! »

Selon une enquête réalisée par Public Integrity auprès du Département de la Défense, du Département d’Etat et d’USAID (pilier de la reconstruction irakienne) plus de 150 entreprises multinationales proches de la Maison Blanche ciblant entre octobre 2003 (cessation du « gouvernement provisoire » - CPA, 28 juin 2003) et juillet 2004 (« fin de l’occupation ») la reconstruction de l’Irak (et de l’Afghanistan) signeront pour 50 milliards de $ de contrats avec le gouvernement US ou l’une de ses agences civiles ou militaires.
Ces signatures auront lieu dans un contexte de vigilance accrue du Congrès à l’égard des crimes économiques liés à l’Irak après que le GAO (General Accounting Office-Cour des Comptes) ait dénoncé l’absence de contrôle public des procédures d’appels d’offre. Seront notamment accusés Bechtel Group Inc et USAID ; USAID (expression par excellence du pouvoir politique, commercial, militaire américain post-conflit et de la reconstruction civile) aurait favorisé Bechtel Group Inc. en privé au détriment des procédures légales. Notons, toujours selon cette source, que Bechtel Group Inc. sera introduit dans les cercles poltiques de la Maison Blanche (santé, construction, éducation, énergie atomique, défense) par John A. McCone, ex-partenaire d’affaire de Stephen D.Bechtel (héritier de Warren A. Bechtel) et directeur de la CIA sous la présidence de John F. Kennedy.
En avril 2003 Bechtel Group Inc. qui a signé plus de 2000 contrats avec le gouvernement US depuis 1990 signera grâce à USAID un contrat de 680 millions de $ pour construire des édifices publics, des routes, des écoles et des égouts en Irak. En septembre 2003 USAID déclarera que Bechtel Group Inc. recevrait un supplément de 350 millions de $ compte tenu de l’instabilité politicomilitaire irakienne et des défécits en infrastructure publique... Le contrat sera en fait de 1,03 milliards de $.
Pour atteindre ses objectifs en Irak Bechtel Group Inc remportera sans vraiment de contrôles publics - est-ce bien utile dans un pays dont on a financé l’occupation -, 102 contrats de sous-traitance (sur 140) auprès d’entreprises de construction irakiennes...
En janvier 2004, USAID, régulièrement cité au registre des infractions par le Sénat et le GAO : corruption, fraudes, détournements de fonds, négligences, irrespect des protocoles, des lois et des contrats dans le programme de reconstruction Irakien : affaire Kellog, Brown & Root (filiale d’Halliburton), affaire Research Triangle Instsitute, affaire Readiness Management Support LC, etc..., allouera à Bechtel Group Inc. dans des circonstances encore douteuses le second plus gros marché de la reconstruction irakienne « The Iraq Infrastructure II » pour un montant de 1,8 milliards de $. Grâce à USAID Bechtel Group Inc. s’appropriera également une bonne part du marché irakien des infrastructures des centrales éléctriques et des systèmes de traitement d’eau.
Riley Bechtel, actuel PDG de Bechtel Group Inc. et directeur du Conseil International de J.P.Morgan Chase & Co. sera nommé en février 2003 par G.W.Bush au PEC - President’s Export Council. S’il n’apparaît sur aucun document actuel du PEC en ligne Riley Bechtel apparaît dans des comptes rendus de débats sur d’autres sites gouvernementaux liés au commerce extérieur aux cotés de PDG de transnationales comme Caterpillar Corporation, Boeing Company, Merck & Company Inc. ou encore Eastman Chemical Company.
En 2003 les officiels du Department of Homeland Security seront intégrés par G.W.Bush dans les statuts du PEC en tant que membres de sa branche exécutive. PEC, comité national d’experts en renseignement, en contre-terrorisme, en destabilisation et en affaire, joue un rôle de dynamiseur dans la violence politique et civile perpétrée par les gouvernements endettés contre leurs opposants (Chili, Maroc, Amérique Centrale, MEFTA, Asie) et un rôle tout aussi évident dans la dramatique histoire des inégalités sociales dans le monde émergent. Le PEC a pour mission officielle de conseiller G.W.Bush sur les programmes commerciaux internationaux, les nouveaux marchés et les accords de libre-échange.
C’est dans ce contexte historique de politique d’investissement hypersécuritaire que devrait se dérouler le forum « Iraq Oil, Gas, Petrochemical & Electricity ». Ce rassemblement de la sous-traitance et de l’exploitation des ressources énergétiques irakiennes organisé par l’Iraq Development Program (IDP) miné de toute part par les transnationales de l’énergie liées à l’éxécutif de la Maison Blanche, au PEC, au Homeland Security, au Pentagone et au Parti Républicain américain, se déroulera fin mai 2007 à Dubaï, aux Emirats Arabes Unis.
Ce « sommet » prolonge pathétiquement la réflexion sur les dommages collatéraux, les victimes civiles non-combattantes, les tortures, les programmes d’aides, de coopération et de reconstruction internationaux qui, au final, confèrent un indéniable caractère de nécessité civile à l’économie de guerre à crédit et entretiennent l’illusion qu’un « manager écodurable » est né pour redistribuer les richesses équitablement et non pour les voler.

14 – La dynamique criminogène des Etats riches hyper-endettés

Sur ce point de « reconstruction » évoqué plus haut qu’est la « maîtrise » du marché hydrique irakien (dans le contexte de l’exportation de la maîtrise technique japonaise des ressources hydriques, des systèmes de traitement/purification, de distribution, d’assainissement et de formation des personnels techniques) la position de la Japan International Cooperation Agency en Irak est emblématique. (JICA partage consubstantiellement l’histoire japonaise du développement, de la coopération internationale, des aides à l’exportation-importation avec notamment EX-IM Bank of Japan, le FMI et la Banque Mondiale).
Dans son bulletin web cette agence transnationale évoluant dans l’ombre des gouvernements japonais et américain (collaboration nippo-américaine via la banque JCIB et USAID) reconnaît très explicitement que ses interventions développementistes et libre-échangistes en Irak ne seront possibles que dans un contexte sociopolitique d’« unité arabe ».
Le Japon pose donc ses conditions. Il dispose en 2006 du statut de premier investisseur étranger au royaume saoudien et est considéré comme le plus gros pays donnateur en Irak (seconde réserve pétrolière mondiale). Les investissements japonais vont bon train dans les quatre secteurs de la raffinerie, de la construction de pipelines, de la liquéfaction du gaz et du pétrole et sont sans cesse sollicités par le gouvernement irakien. La course à l’argent, aux contrats et aux infractions, est effrénée en Irak comme au Japon. L’argent coule à flot sectoriellement au point d’encourager une réforme de la loi sur les hydrocarbures et une restructuration de l’Iraqi National Oil Company (INOC) en une compagnie holding indépendante, ecomanagérisée et ISOmisée. Le projet, en lecture actuellement au Parlement, devrait être adopté à la fin de mai 2007 et avantager, selon ses termes, la lutte contre la corruption, la redistribution des richesses pétrolières et la population sunnite.
Le sens des propos tenus par G.W. Bush sur « l’unité du monde arabe » en 2013 est donc évident. Le premier ministre irakien al-Maliki ne dit pas moins quand il évoque ces 3 et 4 mai la restructuration de l’INOC présentée comme le « pilier de l’unité irakienne et de la consolidation sociale » ; pas moins non plus quand il évoque le nouveau plan quinquennal de reconstruction de Ban Ki-Moon baptisé « International Compact » pour la concentration des efforts internationaux (dont ceux de l’Union européenne supporter de la conférence ministérielle, onusienne, G8tienne, des États voisins de l’Iraq pour la Reconstruction irakienne à Charm el-Cheikh le 4 mai 2007) et « Joint Monitoring Matrix » pour le soutien de la diplomatie publique intérieure dans un « nouveau contexte sécuritaire ».
Tokyo exploitant avantageusement son prestige place ses milliards de dollars sur la table de jeu des ressources pétrolières-gazières, de la reconstruction et des aides civiles tout en brandissant le drapeau des annulations de dettes (6 milliards de $ jusqu’à présent) en attendant la pulvérisation des barrières douanières.
JICA fait bien parti du processus historique d’intégration de l’Irak aux règles hors-normes des zones de libre-échange et contribue à intégrer le Japon, pays des hyper-crédits mais aussi des hyper-pots-de-vin et de l’hyper-endettement public et privé, dans ce nouvel espace hyper-concurrentiel source d’inépuisables endettements pour les Etats pauvres et les entreprises acculés au sur-régime. Les marchés sont soit dopés soit stratégiquement limités ou déséquilibrés pour le compte de quelques uns. Le sur-régime est également source d’endettement et de souffrance pour les ménages pauvres, les minorités, les petits commerces, les chômeurs, les bas-salaires, les sans qualifications, les étudiants, les personnes âgées, les exclus, les malades, les familles nombreuses et les handicapés. Il est également une source de pénalisation extrême non justifiable des oppositions civiles et politiques anti-libérales, anti-coalition et anti-gouvernement.
Ceci expliquera sans doute le très normatif propos tenu fin avril 2007 par le Major-General William Caldwel, porte parole de l’état-major américain à Bagdad : « le mur dAl Adhamiyah a pour pour but »l’unification« de Bagdad et non sa »division".

Les interventions de la JICA - quelques 10 milliards de dollars écoulés selon un plan quinquennal lancé en 2005 pour un fond de ressources de 8,5 milliards de $ - débordent les frontières irakiennes pour inonder la Palestine, la Jordanie, l’Egypte, l’Afghanistan ainsi que tous les pays arabes du Proche et Moyen Orient. Sur ce point encore, cartes, programmes et calendriers, s’inscrivent dans le planning d’« unification du monde arabe » de la Maison Blanche.
Autre objectif de cette agence, la formation stratégique de techniciens civils irakiens pour la maîtrise des ressources hydriques, des dangers liés à l’eau (stratégie scientifique civile ou bancaire de groupes parallèles tels que Sasakawa Peace Foundation en Jordanie ou Nippon Foundation financier de l’UNEP en Irak) et des systèmes d’approvisionnement, de traitement/purification. La maîtrise des « ressources eau » demeure bien l’un des nombreux objectifs des Etats riches hyper-endettés, résolument corrompus, corruptifs et criminogènes, et ce au détriment des besoins vitaux légitimes des populations - nous parlons, ici, de populations réellement dépossédées de leurs ressources, abandonnées et suppliciées.
Le japon n’est pas en reste en matière de stratégie hydrique, de construction et de mise au supplice des populations pauvres. Sa politique de crédit, sa méga-capacité en construction « eau » (barrage, distribution, drainage, purification, assainissement) et son renseignement civil, scientifique, industriel, policier, militaire, ont posé des jalons sûrs aux Philippines, en Inde, en Chine, en Mongolie, en Indonésie, en Thaïlande, au Vietnam, dans les îles du Pacifique, en Nouvelle Guinée, en Corée du Sud, regagnant peu à peu l’espace des conquêtes militaires de 1931 à 1945. Le gouvernement se sert de cette force de levier pour engager un long processus d’endettement « eau » ou « construction » - généralement sur trente à cinquante ans - avec des Etats hyper-endettés, géoclimatiquement désavantagés et politiquement destabilisables ; technique de harcèlement et de chantage que les américains utilisent au Japon depuis cinquante ans pour dévérouiller les barrières douanières.
Cette agence, très spéciale donc, fusionnera d’ici à 2008 avec la Japan Bank for International Cooperation qui vient de se doter d’un « board of Sharia » pour intégrer le marché financier musulman en Malaisie. JBIC est une banque développementiste spécialiste du commerce japonais, des exportations et des importations, du prêt, liée au gouvernement japonais et partenaire de la BAD, d’USAID (NED/CIA notes 7 à 9).
Cette transnationale a donc pour objectif d’encourager et de faciliter la pénétration japonaise des marchés arabo-musulmans mais également non musulmans quelques soient les secteurs d’enrichissement. L’eau et la protection civile (désormais business) dans les cités et villages des nations les plus pauvres sont au nombre des objectifs prioritaires (2006, 2005 et 2003 doc. ci dessous notes 10 à 14). La fusion à la JBIC, partenaire de la Banque Mondiale, du FMI, d’Ex-Im Bank of Japan et de tant d’autres, propulsera la JICA selon Sadako Ogata* sa présidente : « au rang des agences d’aides civiles, de subventions et de prêts, les plus importantes au monde... »

Source
http://www.altermonde-sans-frontier...

Notes

[1En 1928 Royal Dutch/Shell, Anglo-Persian, C.F.P. (Compagnie Française des Pétroles), Standard Oil Jersey/Exxon, Mobil, Atlantic Richfield, Gulf Oil Corporation, Amoco, Participations and Explorations Corp. sont les principaux acteurs pétroliers pour le Proche et Moyen Orient. Standard Oil et Mobil signeront un joint venture, Near East Development Corporation (NEDC), afin d’exploiter le pétrole du Moyen Orient avec le consortium infiltré Turkish Petroleum Company régnant sur la Turquie, le Levant, l’Irak et la péninsule Arabe. TPC perdra rapidement toute souveraineté sous la pression de la NEDC, de la CFP, de Dutch/Shell, d’Anglo-Persian... En 1929 TPC, sous l’influence du regroupement des intérêts pétroliers US et européens qui la constitue désormais, changera son nom pour devenir Iraq Petroleum Company nationalisée en 1972 par le President irakien Ahmad Hassan al-Bakr.

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