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Panama papers : « La baudruche nauséabonde » 

mardi 12 avril 2016

Une semaine après le lancement, le lundi 4 avril 2016, par un support de second plan, la Süddeutschen Zeitung (premier destinataire des fuites en 2015… le secret ayant été bien gardé !), l’habituelle meute des charognards médiatiques s’est ruée sur cette boule puante planétaire qu’aura été la publication des onze millions et demi de fichiers des Panama papers [1] du fonds d’investissement panaméen Mossack Fonseca, les buts de l’opération et les intentions de ses instigateurs commencent à apparaître assez clairement, au grand jour et dans toute leur étendue.

Un premier constat, effectué à la première minute, les révélations n’ont visé que des ennemis ou des adversaires des États-Unis à l’exception notable de Pyongyang… et pour cause ! Les journalistes qui ont été chargés de sonner l’hallali ne se sont d’ailleurs pas trompés sur les objectifs explicites/implicites de la manœuvre et sur la meilleure manière de remplir leur devoir d’état, c’est-à-dire leur mission de truqueurs et de manipulateurs professionnels. En France, le Front national était aussitôt désigné – bis repetita placent - comme la bête immonde. Mais, comme le dira le soir même avec une ironie acerbe l’éditorialiste de la chaîne LCI, Vincent Hervouët, le montage avait déjà fait « pschitt », autant dire long feu ! Et dès le lendemain, rares étaient ceux qui se risquaient encore à surenchérir ou simplement à gloser sur les révélations de la veille. Simplement parce que les béotiens de la presse venaient de découvrir qu’il est parfaitement légal en Hexagonie de placer à l’étranger des bénéfices commerciaux ou industriels, soit des fonds disponibles, après leur déclaration fiscale.

Des cibles géopolitiques

Idem, mais dans une tout autre dimension, la propulsion du nom de Poutine au sommet de la fraude financière mondiale. Distinguons deux choses : les révélations elles-mêmes et leur traitement amplificateur par les médiacrates. Lesquels, dans ce cas, jouent à plein leur rôle de caisse de résonance en accentuant et en déformant l’information brute, en resserrant le cœur de cible et en faisant dire aux listes ce qu’elles ne disent pas. Pendant quarante-huit heures le président Poutine s’est trouvé au centre d’une tempête médiatique déstabilisatrice car selon les documents divulgués « des associés du président russe auraient détourné jusqu’à deux milliards de dollars avec l’aide de banques et de sociétés écrans » [2]. Rien que ça ! Au demeurant ce n’est pas le fisc américain qui a été lésé, l’affaire se résume donc à un acte d’arrogante malveillance… les irrégularités réelles ou supposées imputées aux premier cercle dirigeant russe ne regardant en rien les ligues de vertu judéo-protestantes, invitées à balayer en priorité devant leur porte… à commencer par l’état du Delaware dont nul n’ignore qu’il est un pur paradis leur permettant de créer à domicile autant de sociétés écran que nécessaire.

Tornade virtuelle qui s’est dissipée aussi vite qu’arrivée, si ce n’est les dégâts collatéraux avec de faux-vrais semis coupables tels le Premier ministre islandais réduit à démissionner illico. Ce vent mauvais devait également rattraper l’Anglais David Cameron puni pour de bien minces cachotteries… Mais peut-être surtout pour n’avoir pas eu les nerfs assez solides pour faire avorter le référendum – Brexit : Britain exit – de sortie de l’Union européenne prévu le 23 juin prochain. Notons que cette rupture éventuelle d’avec le Continent ne changerait pas grand chose à l’actuel état de fait, le Royaume-Uni n’ayant jamais été qu’une pièce rapportée de cette construction bancale qu’est, ou se prétend être, l’Union des Vingt-Huit. Ajoutons encore qu’après la consultation néerlandaise du 6 avril refusant le Traité d’association avec l’Ukraine – une votation pourtant outrancièrement dénigrée par les médias qui n’ont voulu y voir qu’un épiphénomène sans conséquence – le sieur Cameron voit son étoile pâlir à grande vitesse… jusqu’à se retrouver maintenant sur un siège bigrement éjectable. De ce point de vue les révélations pourraient être interprétées comme une façon subtilement élégante de se débarrasser d’un chef de majorité en perte de vitesse.

Un Clearstream planétaire

L’on peut ici facilement imaginer que les concepteurs des fuites, qualifiés pour la circonstances de lanceurs d’alerte [3] - chaudement félicités par le Tartuffe élyséen qui n’a pas le verbe aussi fleuri lorsqu’il s’agit d’authentiques et fâcheuses révélations relatives aux sentines de la géopolitique occidentaliste – se sont largement inspiré de l’affaire Clearstream [4] hissée pour l’occasion à une dimension planétaire.

Outre la présidence Russe, dont certains familiers ont vu leur nom cloué au pilori de la dénonciation vertueuse du gros argent escamoté, l’on note sur la liste des impétrants, le Premier ministre islandais Gunlausson, démissionnaire le lendemain, le 5 avril ; le roi d’Arabie Salmane ben Abdelaziz Al Saoud ; l’émir d’Abou Dabi, Khalifa ben Zayed, président des Émirats arabes unis ; le cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, émir déchu du Qatar évincé par Washington au profit d’un héritier sur mesure ; le milliardaire chocolatier président de l’Ukraine par la grâce du Département d’État, Petro Porochenko ; le président argentin Mauricio Macri et Cristina Fernández de Kirchner, ancienne présidente… Ainsi que le proche entourage du président Poutine, du Chinois Xi Jinping, du président algérien Bouteflika, le père du premier ministre anglais David Cameron rapidement rattrapé par le bas de laine paternel… et cætera. Soit douze chefs d’État en exercice épinglés et 140 personnalités internationales de premier plan parmi lesquelles l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad… Soulignons que nous avons là essentiellement la liste des bêtes noires de l’Administration Obama (Russie, Chine, Syrie, Argentine, Hezbollah), assortie d’une seconde liste, celle des pays désignés où devrait rapidement intervenir un changement de pouvoirassisté… L’Ukraine dont le premier ministre Arseni Iatseniouk vient de démissionner ; l’Arabie et l’Algérie dont le roi et le président sont atteints de démence sénile.

Il saute aux yeux de tous que les détenteurs de capitaux et les agioteurs américains ou anglais sont singulièrement absents de ces listes… de même que les Allemands, les Hollandais et les Israéliens [5], ces derniers pourtant réputés pour leurs facultés hors du commun à sortir des sentiers battus en matière de fonds douteux ultra spéculatifs. Eretz Israël étant en vérité l’ancre de miséricorde, le refuge ultime, l’Île de la Tortue de la grande délinquance financière et de tous les boucaniers et autres chevaliers d’industrie mondialistes.

Sources du scandale et tireurs de ficelle

Les choses sont en fait aveuglantes, sauf pour les esprits obtus : les Panama Papers ont été publiés conjointement par l’OCCRP (Organized Crime and Corruption and Reporting Project) et par l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ). Celui-ci réunit quelque 370 journalistes et 109 médias dans 76 pays… dont beaucoup ont servi de relais à la diffusion des susdits documents. Fichiers qui concernent à travers le monde 214.000 entités hors-sol (offshore) impliquées dans des opérations financières frauduleuses - mais aussi pour beaucoup légales - dans plus de 200 pays et territoires, cela sur près de quatre décennies, de 1977 à 2015. Mazette ! Des révélations reprises sans délais par de grands supports de presse écrite tels Le Soir (Belgique), Le Monde (France), The Guardian, BBC (RU), Haaretz (Israël), El Mundo (Espagne), The Huffington Post (ÉUA). Or il convient de savoir que les principales sources de financement de l’OCCRP sont l’Open Society Foundations de George Soros, en partenariat avec l’Agence américaine d’aide au développement USAID, une extension du Département d’État et du Conseil de Sécurité Nationale ! Quant à l’ICIJ, il s’agit d’une émanation de l’Ong Center For Public Integrity, également financé par l’Open Society Foundations associée à la Carnegie Corporation of New York [6].

Quelque précisons s’imposent concernant ce Soros dont le nom se retrouve à chaque page du dossier. En effet des éléments des Panama papers seraient, dit-on, parvenus directement au journal Le Monde depuis les bureaux du milliardaire américano-judéo-magyar… par ailleurs Président du fonds d’investissement Quantum Group of Funds domicilié dans les Caraïbes à Curaçao et aux Caïmans, fameux pour avoir en 1992 fait vaciller la Banque d’Angleterre, et regardé par les spécialistes comme l’un des principaux recycleurs de fonds issus des narcotrafics !? Le Quantum Fund de Soros ferait ainsi apparemment partie du club très restreint des oligarques qui, au niveau mondial, supervisent le blanchiment d’argent sale. Lessivage plus blanc que blanc qui atteindrait un montant annuel de 10 mille milliards de dollars (soit 5 fois le Pib de la France ou 30 fois le budget de l’État). Alors que cherche Soros ? Cherche-t-il en particulier une déstabilisation économique et financière de la France [7] ? Pourquoi pas vu ses antécédents ? Fondateur avec la participation de la Maison Rothschild en 1973 du Fund Management opérant sur les marchés d’actions obligataires, on lui prêtera un rôle décisif dans l’éclatement de la bulle financière du Japon à la fin des Années 80 et dans la sortie de la Livre sterling du Serpent monétaire européen en 1992 ; en 2009, il se serait enrichi de plusieurs milliards de dollars à l’issue de la crise des prêts hypothécaires à risque (subprimes). Le volet français ne serait en conséquence que l’un des fronts locaux dans le cadre d’une vaste offensive de guerre économique mondialisée.

Une opération de guerre économique à l’échelle planétaire

Si l’on considère ces événements d’un point d’observation surplombant, de Sirius par exemple, il apparaît que le but de l’Opération Panama papers n’est assurément pas la moralisation de la vie politique et économique mondiale mais, sous couvert de chasse à la fraude, à l’évasion et à la dissimulation de capitaux, d’éradiquer ou de tenter d’éliminer la concurrence au profit des paradis fiscaux travaillant au service exclusif des empires financiers détenus ou sous la coupe des puissances financières anglo-américaines judéo-protestantes.

Le « dynamitage de ces circuits financiers parallèles ne peut en effet que bénéficier à ceux qui maîtrisent déjà d’autres circuits et veulent asphyxier financièrement certains pays… tout en leur laissant les coudées franches pour réorganiser à leur unique profit le marché planétaire de l’économie parallèle » [8]. L’on ne saurait mieux dire. Nous avions déjà eu un avant-goût de cette stratégie avec l’Affaire irakienne « Pétrole contre nourriture » qui en 2004 mit en cause 2200 entreprises à travers le monde. Puis la Fédération helvétique mise en demeure de mettre fin en 2009 au secret bancaire. Sans trop de risques, l’on peut ajouter qu’ayant organisé l’insolvabilité de la dette grecque grâce aux conseils avisés de la pieuvre Goldman Sachs (qui tout en truquant les comptes de l’État grec le jouait à la baisse) et mis en 2012 Chypre à genoux, nos bons amis Anglo-saxons laissaient aux capitaux européens grande ouverte la porte de leur propres paradis fiscaux [9]. Pour prendre la mesure de ce que cela représente, sachons que d’après un rapport du sénat américain de 2014, ce sont environ 150 milliards de dollars (132 mds d’euros) qui chaque année échappent au fisc américain grâce à des sociétés ad hoc [10].

Écrivant cela nous ne tombons pas, bien entendu, dans un conspirationnisme de bas étage. Les faits parlent d’eux-mêmes et leur lecture attentive n’est pas une tâche insurmontable. À ce sujet nous ne saurions trop recommander la lecture de l’article du Réseau Voltaire consacré aux Panama papers signé par Thierry Meyssan. Analyse dont l’hypothèse de départ semble constituer une base fort utile à la compréhension en profondeur de cette affaire. Résumons en le propos : partant du constat que ce ne sont ni le New Deal de Roosevelt, ni la Seconde Guerre mondiale qui ont permis à l’Amérique de sortir de la Grande dépression ayant suivi le krach de 1929, mais en réalité, à partir de 1936, l’afflux de capitaux européens fuyant la « montée des périls », l’historienne Christina Romer appelée par le président Obama à diriger son Comité des conseillers économiques, a su convaincre l’Administration américaine d’engager des politiques et de mettre en œuvre tous moyens susceptibles de priver l’Europe d’une partie de ses sources d’investissements… Ceci pour inciter les détenteurs européens de capitaux à les transférer dans les zones franches aux mains des États-Unis, du Royaume-Uni, de la Hollande et d’Israël [11].

Multi récidivistes

Or, toujours selon Thierry Meyssan, il est opportun de rappeler que la Charte de Munich dispose que les journalistes ne doivent publier que des informations dont l’origine est connue, sans altération des textes et des documents de référence et sans user de méthodes déloyales pour obtenir quelques informations, images et des documents. Trois exigences déontologiques piétinées aujourd’hui par l’International Consortium of Investigative Journalists qui n’en a cure et qui avait auparavant déjà publié, en 2013, 2,5 millions de fichiers informatiques volés à 120 000 sociétés hors sol… et en 2015, les comptes de la banque britannique HSBC en Suisse. Répétons-le il ne s’agit pas du tout d’une entreprise de moralisation du monde financiers mais de rivalités meurtrières entre mafias et grands prédateurs associés à la liquidation de tous les espaces échappant à l’œil intrusif de Big Brother. Toutes choses qui devrait conduire à bannir de la profession les dirigeants et les membres de l’ICIJ et entraîner la démission des directeurs de la BBC, de France-Télévision, de NRK et de Radio Free Europe/Radio Liberty, laquelle, membre de l’International Consortium, relève néanmoins de la CIA [Ibid.].

Retour de bâton
 

Alors que Poutine gagne du terrain en Syrie, alors que la reflux de Daech se confirme chaque jour et que l’Amérique se trouve à moins de six mois des élections présidentielles, il devenait urgent que Washington reprenne l’initiative, notamment en lançant une contre-offensive médiatique accusant l’entourage du président de la Fédération de Russie d’avoir détourné deux milliards de dollars avec l’aide de banques et de sociétés écran. Seulement le président Poutine n’a pas de son côté l’intention d’accuser le coup sans réagir. Aussitôt dit, aussitôt fait : des documents sensibles couvrant une période allant de 1930 et 1989 vont être déclassés et livrés en pâture aux historiens, aux publicistes et au public… « Pour autant que j’en sache, selon les informations fournies par les agences chargées des archives, ces documents font état de noms très intéressants, des documents qui surprendront la société… Il y aura beaucoup de cadavres politiques dans notre Vieille Europe » Poutine dixit [fort-russ.com5avr16]. Acceptons-en l’augure !

 
Léon Camus 12 avril 2016

Notes

[1Affaire et/ou scandale que le fondateur du « Front national » Jean-Marie Le Pen qualifiera de « baudruche nauséabonde »

[2AFP4avr

[3Les authentiques whistleblowers étant comme l’Australien Julian Assange réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres où il se trouve claustré depuis quatre longues années (juin 2012), ou Bradley-Chelsea Manning condamné(e) aux É-U en 2013 à 35 ans de prison, ou encore Edward Snowden qui bénéficie depuis juillet 2013 de l’asile politique en Russie.

[4Cette « chambre de compensation internationale » luxembourgeoise s’est trouvée en 2004/6 être le théâtre d’une affaire de dénonciation calomnieuse, usage de faux, recel d’abus de confiance et vol. Pure fabrication impliquant, parmi de multiples protagonistes, deux dirigeants de la société d’électronique militaire EADS, Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud, en association avec le général Philippe Rondot (Dgse) et l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin. Des listes compromettantes auraient été astucieusement falsifiées signalant des comptes bancaires illicites ouverts chez Clearstream.

[5Le jour même du scandale JSSnews (4avr) prenait les devants pour se glorifier, avec une préscience remarquable « qu’aucun israélien n’apparaît dans les Panama papers ».

[6contrepoints.org5avr16

[7La Société Générale figurant sur les listes panaméennes doit être « mise sous tutelle et ses dirigeants châtiés » préconise 2017Jean-Luc Mélenchon, tête de file du Parti de gauche et candidat à la présidence de la République [AFP7avr]. L’on ne peut plus ignorer – surtout avec la crise en cours des déferlantes migratoires – l’existance d’un vieille complicité idéologique entre les internationalistes prolétariens et les oligarchies ultralibérales. Connivence dénoncé par l’anarchiste Bakounine stigmatisant les relations contrenature de Marx et de Rothschild… ce pourquoi les propos de l’Olibrius né à Tanger, doivent a minima retenir notre attention.

[8CT5avr

[9Au premier rang desquels l’État indépendant de la City de Londres, l’État du Delaware, Israël, les Îles anglo-normandes, Gibraltar… Anguilla, les Bermudes, les îles Caïmans, les îles Turques, les îles Vierges, Aruba, Curaçao & so and.

[10fusion.net4avril

[11voltairenet.org6avr16

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