Il y a plusieurs composantes dans une guerre perpétuelle
Pour le conflit permanent, prenons un État se trouvant continuellement confronté à une menace extérieure ou intérieure.
On trouvera :
– un ennemi renouvelé : lorsque l’un des adversaires disparaît, un autre peut être présenté comme une nouvelle menace.
– une justification politique : l’état de guerre peut servir à justifier des mesures exceptionnelles, une forte centralisation du pouvoir ou une limitation de certaines libertés.
– une mobilisation permanente : l’armée, l’économie et parfois la population sont maintenues dans une logique de préparation au conflit.
– un cercle auto-renforçant : la peur d’une menace entraîne des mesures défensives, celles-ci peuvent être perçues comme hostiles par l’autre camp, ce qui entretient à son tour le conflit.
Il existe une autre situation que Thomas Hobbes décrit dans Le Léviathan, où, en l’absence d’une autorité commune, les individus vivent dans une forme de « guerre de tous contre tous ». Il ne parle pas exactement de guerre perpétuelle, mais son analyse permet de comprendre pourquoi la peur d’une menace peut conduire à accepter un pouvoir politique autoritaire.
Orwell, dans son livre 1984, imagine une société où les grandes puissances sont constamment en guerre. La guerre devient la fonction politique, elle contribue à maintenir la population dans un état de mobilisation et permet au pouvoir de contrôler la société. Orwell utilise donc la guerre perpétuelle comme outil de réflexion sur le pouvoir et la propagande.
Très peu d’États disent explicitement « nous voulons une guerre perpétuelle ».
Le discours politique européen actuel ne cesse de parler de la menace, de la préparation militaire et de la confrontation durable. En septembre 2026, les institutions européennes ont décidé de renforcer leurs capacités de défense, de « menaces hybrides », de protocoles d’urgence et de préparation face à la Russie.
L’OTAN considère aujourd’hui la Russie comme la menace la plus importante et la plus directe pour la sécurité de ses membres. Elle cite notamment la guerre en Ukraine, les cyberattaques, les sabotages, les violations d’espace aérien et différentes formes d’ingérence.
En juillet 2026, le gouvernement français a publiquement attribué au FSB russe plusieurs opérations de cyber-espionnage visant des intérêts français, des organismes gouvernementaux et, en 2025, un institut travaillant pour l’industrie de défense. L’UE a également attribué certaines de ces opérations à la Russie.
L’évaluation stratégique française publiée en 2025 affirme que la menace d’une guerre conventionnelle majeure directement sur le territoire français n’est pas considérée comme crédible. Elle considère en revanche comme possible une participation française à une guerre de haute intensité à proximité de l’Europe et estime que les actions hybrides contre la France constituent déjà un risque important. Et comble de l’ironie c’est écrit en anglais.
https://www.sgdsn.gouv.fr/files/files/Publications/20250713_NP_SGDSN_RNS2025_EN_1_0.pdf
D’après le site du ministère des armées, le général Fabien Mandon, chef d’état-major depuis juillet 2025, considère la Russie comme une menace majeure pour la France et l’Europe, mais il précise lui-même qu’il ne faut « ni sous-estimer, ni surestimer » cette menace. Ce qui permet de rester dans le vague tout en confirmant la menace.
Mais il dit également qu’il ne souhaite pas la guerre et considère que la dissuasion doit justement permettre de l’éviter. Selon lui, montrer que la France est capable de se défendre doit conduire un adversaire à renoncer plutôt qu’à passer à l’action. Rien que ça.
La menace fictive ne sert finalement qu’à accorder plus de crédit aux armées avec notre consentement.
L’OTAN ne peut pas, à elle seule, décider que la France entre en guerre. En droit français, la déclaration de guerre est autorisée par le Parlement. Pour une intervention militaire à l’étranger, le Gouvernement doit informer le Parlement dans les trois jours ; si elle dépasse quatre mois, sa prolongation doit être autorisée par le Parlement. C’est prévu explicitement par l’article 35 de la Constitution.
Pourtant la Revue nationale stratégique française de 2025 affirme que, d’ici 2030, le scénario principal auquel la France doit se préparer est une guerre ouverte en Europe pouvant impliquer fortement les armées françaises. Elle considère également l’OTAN comme l’organisation capable de faire face collectivement à un conflit majeur sur le continent.
Pour une déclaration de guerre, Emmanuel Macron ne peut pas se passer du Parlement. L’article 35 de la Constitution dit que : « La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement. » Légifrance
A contrario, pour engager des forces françaises à l’étranger, le Président et le Gouvernement disposent d’une marge de décision beaucoup plus importante. Le Gouvernement doit informer le Parlement au plus tard trois jours après le début de l’intervention, mais cette première information ne donne pas toujours lieu à un vote.
Macron a très bien compris qu’ une opération militaire française peut provoquer une escalade et conduire à une guerre, même si elle n’est pas juridiquement appelée « déclaration de guerre ». Si les forces françaises étaient attaquées, la France pourrait demander des consultations au sein de l’OTAN pour utiliser l’article 5.
Le Comité militaire de l’OTAN réunissant les chefs d’état-major de la défense s’est tenu le 18 et 19 septembre 2026 au Danemark pour discuter de la posture de défense et de la planification militaire. OTAN+1
Le discours actuel est clairement orienté vers la préparation d’un conflit majeur. Ces réunions portent sur la planification et la préparation, ils n’osent pas parler de leur volonté de « faire la guerre à la Russie ».
Lors de la réunion de l’OTAN au mois de mai, le président du Comité militaire, l’amiral Giuseppe Cavo Dragone, a déclaré qu’il fallait accélérer la mise à disposition des capacités nécessaires à la dissuasion et à la défense et maintenir cet effort dans la durée.
D’où le concept de guerre perpétuelle dans les esprits et la préparation d’une intervention majeure contre la Russie si Trump venait à perdre les élections de mi mandat.













