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La diplomatie hexagonale au service de l’étranger

Fabius/Hollande fauteurs de guerre

mercredi 20 novembre 2013

Quelle est la condition sine qua non de toute diplomatie ? Défendre des intérêts. Mais quels intérêts ? En posant cette question, et en y répondant, l’on aura une idée – même approximative – de ce qu’est la diplomatie hexagonale à l’heure actuelle. Première sous-question, le Gouvernement défend-t-il les intérêts de la France et des Français ? Il le dit, mais le fait-il ? Rien n’est moins sûr. La France a perdu par exemple le marché automobile iranien – six cents mille véhicules l’an entre Peugeot et Renault - ceci pour complaire à ses partenaires industriels d’outre-atlantique et se conformer aux lois américaines relatives au blocus économique de l’Iran. Il ne s’agissait donc pas d’une simple question entre groupes et personnes privés, mais bien d’une affaire d’État. D’ailleurs la perte d’un tel marché industriel dans le contexte de crise qui est le nôtre, en France, en Europe et dans le monde, regarde éminemment l’État et rien censément ne se peut ni se fait sans son aval… si tant est que l’État existât encore.

Autre exemple, plus grave et plus significatif s’il en est : le capotage des négociations de Genève relatives à un accord sur le programme nucléaire iranien. Inutile d’atermoyer ou de tenter de noyer le poisson, nul n’ignore que les singulières exigences de M. Fabius [1] fixant par décret ce que doit être la lecture autorisée de l’histoire – ont décidé du report au 20 novembre des négociations, alors que l’accord était prêt à être signé le 10 à l’issue de la cession du groupe Cinq+Un [2]

Quelle mouche a donc piqué Fabius ?

Question extrêmement naïve. Le quotidien vespéral du milliardaire homosexuel de gauche, Pierre Bergé, « Le Monde » en date du lundi 11 novembre, nous fournit une esquisse d’explication justificative : « La France n’en est pas à son premier accès de fermeté sur ce dossier nucléaire. Depuis le milieu des années 2000, sa ligne est constante, par-delà les changements à l’Élysée ». Affirmation lapidaire qui mériterait un examen attentif et minutieux quant à la continuité de la politique évoquée, et pour ce qui est de « l’accès de fermeté », il ne peut que nous laisser perplexe ! Poursuivons notre lecture : « Cette fois, c’est la diplomatie de François Hollande qui prend à revers celle de Barack Obama. Deux mois après l’hiatus [sic] franco-américain sur la Syrie, cela n’a rien d’anodin ». Ici l’anonyme éditorialiste, s’emploie à donner le beau rôle au président et à son « porte serviette ». Comme si la conduite d’une politique internationale porteuse de paix ou de guerre était un objet de concurrence entre alliés du même camp.

Il est vrai que la réécriture des faits et des événements en fonction des besoins va bon train, surtout de nos jours grâce aux moyens démultipliés par les médias de lessivage des cerveaux et de conditionnement de l’opinion… M. Hollande s’était en effet, au soir du 31 août 2013, retrouvé Gros-Jean comme devant [3]. Il ne s’agissait donc pas d’un échange de balles sur un court de tennis. Le roi matamore de l’Élysée, pourfendeur de tyran, s’était tout à trac retrouvé nu comme un ver. Le voilà maintenant rhabillé de neuf, nimbé de la gloire d’une diplomatie d’exception garante de la paix et de la morale universelle, ceci par la vertu de la verve laudatrice d’un plumitif de service !

La France dans le camp « maximaliste »

« La France, obstacle à une négociation ? Lecture simpliste. Elle campe, bien plutôt, un rôle de gardienne des règles de non-prolifération des armes nucléaires. Elle semble taxer l’équipe Obama de précipitation. Elle est persuadée qu’avant de desserrer l’étau économique qui a conduit l’Iran à la table des négociations, des garanties durables doivent entraver la capacité de cet État à fabriquer l’arme atomique ». Apprécions tout particulièrement cet « entraver la capacité de cet État à fabriquer… » ! Un lecteur inattentif, mal informé ou convenablement désinformé comprendra qu’il s’agit d’une « capacité » active, immédiatement opérationnelle, or rien de cela n’est établi ni ne viendrait confirmer ce qui n’est pour l’heure qu’un procès d’intention. En revanche pas un mot sur cet État agressif, « dominateur et sûr de lui » réputé titulaire de deux à trois cents têtes nucléaires sans pour autant avoir jamais ratifié le TNP [4] au contraire de l’Iran, et dont certaines personnalités locales en envisagent très froidement l’utilisation contre Téhéran ou contre certaines capitales européennes [5].

« La France se méfie d’un « jeu de dupes », selon l’expression de M. Fabius. Elle détient une carte maîtresse : impossible de lever des sanctions importantes sans unanimité européenne. Prévenir un scénario militaire contre l’Iran, estime-t-on à Paris, passe par une approche intransigeante. C’est une position de conviction, mais qui présente un risque d’isolement » [6].

Et même un risque non signalé pour la France, celui, la patience de ses alliés et partenaires étant épuisée, de se voir un jour ou l’autre débarquée de son siège permanent au Conseil de Sécurité. Après tout la Nation indienne peut aujourd’hui prétendre au rang de superpuissance derrière les É-U et la Chine, devant le Japon, la Russie et le Brésil. Mais d’une telle rétrogradation dans l’ordre planétaire, M. Fabius n’a cure. Sans doute s’est-il persuadé que dans la sphère occidentale, seuls deux États, les É-U et la France sont en mesure de conduire de véritables politiques étrangères. Des politiques ayant quelques poids ou quelque incidence sur le cours des événements. Certes l’idée n’est pas dénuée de tout fondement : Londres se trouve dans le sillage de Washington qui l’a doté de son arsenal nucléaire, aussi la France seule en Europe dispose-t-elle encore d’une capacité résiduelle de projection de puissance en sus de ses vecteurs nucléaires. On l’a vu cette capacité à l’ouvrage l’autre année en Libye et voici peu au Mali. Toutes opérations qui cependant eurent été inenvisageables sans un fort soutien logistique américain.

Le Quai entre prétention et hybris

Quels intérêts poursuit finalement Laurent Fabius ? Car est-il de l’intérêt de la France de s’opposer à tous ses allies européens et américain pour satisfaire Netanyahou et les Séoudiens ? Un élément de réponse nous est donné par M. Fabius lui-même, lequel fait apparemment preuve d’une ambition dévorante non exactement pour lui-même mais au service d’une cause qu’il incarne sui generis… nul besoin d’instructions émanant de Tel-Aviv ou de Riyad pour endosser un messianisme géopolitique que l’on retrouve sans ambiguïté dans des déclarations réitérées, pour ne pas dire ressassées depuis des années et qui se ramassent en quatre mots : « il faut détruire l’Iran »… avec ou sans ce nouvel Aman [7] auquel le président Ahmadinejad était assimilé. Et dans ce but, détruire les entités politiques qui le soutiennent, en l’occurrence la Syrie et le Parti de Dieu libanais, le Hezbollah, enfin l’Irak devenu chiite par la grâce des deux Bush… cette terre d’entre les Fleuves qui n’en finit pas de saigner sous les bombes des takfiristes wahhabites. Au-delà les réminiscences bibliques pour aussi décoratives soient-elles, il s’agit de poursuivre la destruction systématique de tout ce qui se situe à la périphérie d’Eretz Israël et fait obstacle à sa puissance voire à son expansion du Nil à l’Euphrate. À cela les semeurs de chaos s’emploient avec une infernale âpreté.

Cela vient de loin, d’aussi loin que les théories de Theodor Herzl dont M. Hollande vient d’aller fleurir la tombe à Jérusalem. Cette avidité territoriale n’a pas attendue l’actuel titulaire du Quai, lequel se distingue cependant pour son « maximalisme » selon l’heureux euphémisme des observateurs de la chose internationale. Le 10 mai 2013 [8], Fabius ne déclarait-il pas au Conseil représentatif des institutions juives de France [Crif] que « la Syrie et l’Iran constituent la plus grande menace contre la paix » ? Depuis, malgré de spectaculaires avancées et ouvertures en faveur d’un retour à la stabilité sur ces deux fonts diplomatiques, M. Fabius n’a pas intellectuellement bougé d’un iota.

Plus encore au détour d’un propos de table ronde, le 15 novembre en présence d’un représentant officieux de l’Administration américaine – « Roger Cohen Cohen, éditorialiste du New York Times et représentant de la Maison-Blanche le temps d’une soirée  » - M. Fabius a laissé entrevoir le fond de sa pensée et de ses intentions [9]… Tout comme le Prince Bandar, chef des tout puissants Moukhabarat et peut-être, prochainement, héritier du trône séoudien, M. Fabius entend « s’émanciper des États-Unis » au Proche Orient [10].

Un vent de fronde souffle donc chez les proches alliés et ex amis de la Grande Amérique ; chez ceux qui n’acceptent pas le tournant pris par le Département d’État avec l’actuelle désescalade en Syrie et les négociations directes avec Téhéran. Aussi « la petite phrase » lâchée par le titulaire du Quai peut-elle être un « lapsus révélateur » ? Certainement pas ! Évoquant ce qui est perçu par certains observateurs comme un « retrait américain » du Proche-Orient, M. Fabius s’est laissé aller à prolonger audacieusement un point de vue qui n’est encore pour le moment qu’une hypothèse : « Les États-Unis ne semblent plus vouloir se laisser absorber par des crises qui ne correspondent pas à leurs visions nouvelles de leurs intérêts nationaux. [À Washington] les partisans du retrait de zones non stratégiques impriment leur marque ». Fabius exprime là, en une phrase, l’ambition - la sienne, celle qu’il entend bien faire épouser à la France - non de pallier une certaine désaffection des Américains à l’égard du Proche Orient ou de prendre sa charge du “fardeau, mais bien de substituer à eux. Or on a trop glosé sur le « déclin » américain, pour ne pas tomber dans la sottise - surtout lorsqu’elle se double d’une solide dose d’hybris - en confondant un peu vite redéploiement avec retrait.

« Monsieur 15% » devant la Knesset

Conscient d’être allé un peu loin, M. Fabius s’est aussitôt efforcé de corriger un propos qui au demeurant en dit long sur sa pensée profonde : « Je ne dis pas que les États-Unis ont décidé de se retirer, je dis que le président Obama a un programme : centrer l’action sur les États-Unis et s’occuper de l’importance du développement du continent asiatique »… Ajoutant : « Un désengagement des États-Unis, c’est un désengagement tout court, et personne n’a les capacités de prendre la suite des Américains » ! Il est pourtant fortement question pour la France de « prendre ses responsabilités » en vue « d’influencer le cours des choses ». On reconnaît bien là la dialectique reptilienne propre à ce type de politique… avançant ses pions, se dévoilant, tout en se rétractant dans le même souffle. Une méthode éprouvée pour dire les choses sans les dire, avancer de biais pour mieux enfoncer le coin !

M. Hollande – désormais « Monsieur 15% »- officiait ce lundi 18 novembre devant la Knesset où il a parlé selon son habitude dans le vide en demandant l’arrêt de la « colonisation de la Cisjordanie » ! Mais il n’était nul besoin d’aller à Canossa pour rassurer ses tout puissants mandataires, ou pour faire valider la politique de celui qui occupe de facto le fauteuil élyséen en matière de relations internationales… En France, les Affaires étrangères sont ordinairement du domaine réservé de la Présidence. Or de toute évidence M. Fabius seul, et lui seul, conduit une diplomatie hexagonale d’où la présidence se montre singulièrement absente. Un président humilié qui ne pèse plus lourd aux yeux du sieur Obama, celui-ci ne l’ayant mentionné dans aucun des trois ou quatre discours décisifs se rapportant à la situation du Levant… ni le 31 août annonçant sa volte-face sur le dossier syrien quand il a abandonné en rase campagne ces « couillons de céfrans », ni celui du 10 septembre prononcé à la Maison-Blanche dans lequel il ajourne le vote du Congrès relatif à un engagement armé contre Damas et fait état d’une négociation directe avec le Kremlin. Évidemment sans y avoir associé Paris… pourtant seul allié militaire occidental à être resté aux côtés des États-Unis après la défection des Rosbifs et le camouflet infligé à David Cameron par le Parlement britannique [29août].

Assez pathétiquement, la grenouille Hollande, s’efforçant de se faire aussi grosse que le bœuf sur la chaîne publicitaire TF1, le dimanche 15 septembre, essaya, mais en vain, à propos de sa déconvenue syrienne, de travestir les faits en jouant sentencieusement les arbitres, ceci dans son sabir inimitable : « L’accord conclu ce week-end entre les Américains et la Russie est une étape importante, mais n’est pas le point d’arrivée. Les Russes pourront maintenant être partie prenante d’une éventuelle sanction. Il faut prévoir la possibilité de sanctions en cas de non-application de l’accord ». Laissant par ailleurs entendre que la France serait à l’origine, en Syrie, des solutions de sortie de crise… mais surtout sans expliquer l’absence de la France – pas même assise sur un strapontin - la veille à Genève lors de la signature de l’accord de principe Lavrov/Kerry [lepointfr15spt13].

Rien d’autre qu’un pouvoir négatif de blocage

Remarquons que le pouvoir de Paris est purement négatif puisqu’il s’agit d’un pouvoir de blocage ! Reste à savoir combien de temps le supporteront les partisans d’un règlement négocié du dossier iranien… lequel empoisonne la Communauté internationale depuis une grosse décennie. Paris est devenu un nain politique dirigé par une équipe qui ne représente guère plus qu’elle-même et ne tient plus que par des alliances contre natures.… alliance idéologique et consanguine avec Tel-Aviv, économique avec Riyad et Doha. En parallèle à un déclin intérieur accéléré – déficit écrasant, coupes budgétaires dans les œuvres vives de ses forces armées, instabilité intérieure, désindustrialisation et cætera - la France est devenue paradoxalement et sans qu’on y prenne garde, « le pays occidental le plus interventionniste… En première ligne en Libye et au Mali, va-t-en guerre en Syrie, maintenant intransigeante dans le dossier iranien » [11].

Il est parfaitement clair qu’en rupture totale avec la doctrine diplomatique mis en œuvre par de Gaulle à la suite des Indépendances [décolonisation], dont la sortie du commandement intégré du Pacte atlantique le 7 mars 1966, trois mois après sa réélection à la présidence, visait à restaurer la souveraineté de la France dans le gestion de ses intérêts vitaux, l’actuelle politique extérieure française a largement déjanté !

À équidistance des deux Blocs, la France avait développé pendant les années soixante une certaine politique de « non-alignement »… Tout cela s’acheva au cours des années quatre-vingt avec Mitterrand et la construction européenne, faux-nez du mondialisme. Le chant du cygne aura été l’intervention de Dominique de Villepin le 14 février 2003 devant le Conseil de Sécurité pour refuser au nom de la légalité internationale la guerre contre l’Irak. Ce fut l’ultime fois où la France allait faire entendre une voix libre, indépendante. Par la suite, le président Chirac n’aura de cesse de se faire pardonner cette inexcusable faute de goût. De sorte que dix ans après l’Opération Choc et Effroi, le vin français ne coule plus dans les caniveaux de Washington et de New-York, les « French fried » ont retrouvé leur nom et perdu celui tout aussi joli de « Liberty fried », quant au sénateur Mc Cain, candidat malheureux à la présidence des États-Unis, il se répand désormais en joyeux « Vive la France » sur les réseaux sociaux.

Entre-temps Sarkozy à remplacé Chirac, fait rentrer la France dans le commandement intégré de l’Otan – c’est-à-dire fait de l’Armée française un corps supplétif des Forces américaines – enfin, pour clore ce chapitre peu glorieux de notre histoire, Paris s’est ouvertement acoquiné avec Israël et l’Arabie, faisant passer la France de l’atlantisme au sionisme, celui-ci associé au wahhabisme, cela afin d’embarquer la France et les Français dans les pires galères. De ces galères prévisibles, potentielles ou probables, celles justement auxquels les Américains veulent à présent échapper.

Torpillage des négociations de Genève ?

Bien entendu l’on peut compter sur M. Hollande - qui l’a annoncé implicitement à la tribune de la Knesset – pour que M. Fabius durcisse à ce point les exigences françaises - présentées comme celles de la Communauté internationale toute entière - pour que le risque soit bien réel de voir capoter les négociations. C’est une manœuvre classique que de mettre le dos au mur le pays que l’on veut entraîner au conflit. Méthode plusieurs fois utilisées ces deux dernières décennies pour déboucher sur des crises ouvertes… l’Irak et la Yougoslavie restant à ce sujet des cas d’école. Au reste la situation n’est plus tout à fait la même aujourd’hui où le camp de la guerre est minoritaire au Conseil de Sécurité… sauf retournement de situation !

Le 20 novembre la France se présentera à Genève la bouche en fleur et en faveur d’un accord intérimaire, mais assorti de quatre conditions qui lui « paraissent être les quatre exigences que nous avons posées ensemble, les 5+1, États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne plus l’Allemagne » a précisé M. Hollande devant les députés israéliens… « Première exigence : mettre l’intégralité des installations nucléaires iraniennes sous contrôle international, dès à présent. Deuxième point : suspendre l’enrichissement (d’uranium) à 20%. Troisième exigence : réduire le stock existant. Et enfin, arrêter la construction de la centrale d’Arak. Voilà les points qui pour nous sont essentiels comme garantie d’un accord » [12].

Tout cela est bel et bon mais à relire attentivement au regard du dernier deus ex machina en date : le CNRl - Conseil National de la Résistance Iranienne dont le siège est à Auvers-sur-Oise, à proximité de Neauphle-le-Château où résida autrefois l’Imam Khomeiny – vient de révéler ce 18 novembre, photos satellite à l’appui, l’existence d’un nouveau site nucléaire iranien clandestin dissimulé non loin d’Ispahan au sud de Téhéran. Informations qui ont été transmises au gouvernement français et à l’Agence internationale de l’Énergie atomique [13].

Des informations pour l’heure « invérifiables », collectées par l’Organisation des Moudjahidin du peuple d’Iran [OMPI], bras armé, et naguère terroriste, de la résistance iranienne… mais des informations qui ne peuvent pas être complètement ignorées… C’est l’OMPI qui en août 2002 a dévoilé – grâce là également à des clichés satellite de provenance douteuse, c’est-à-dire acquises auprès d’un prestataire “privé”, l’État hébreu ? – plusieurs sites nucléaires non documentés et réputés abriter tout ou partie du programme militaire iranien… ainsi les centres de Natanz et d’Arak. Révélation également en Juillet 2011, d’une structure de gestion en charge des divers programmes nucléaires. Organisation dont l’existence sera confirmée par un rapport de l’AIEA en novembre 2011 [ibid].

« La France ne laissera pas l’Iran se doter de l’arme nucléaire » annonce M. Hollande s’adressant à des gens eux-mêmes possesseurs de l’arme nucléaire, qui n’ont surtout pas signé - et par conséquent encore moins ratifié – le Traité de non prolifération. Un épisode d’actualité qui ne manque pas de sel. Ce pourrait être comique si ce genre de rodomontade, hélas, ne risquait de nous entraîner dans l’abîme. Un risque qui ne sera en vérité totalement écarté que le jour où les idéocrates au pouvoir en France seront envoyés se faire pendre ailleurs

Léon Camus 18 novembre 2013

Retour sur le rôle intempestif de Fabius le 10 novembre à Genève

M. Fabius a donc des « ambitions pour la France » – traduisons « ambitions pour la cause hébreue », la France avec le poids de son héritage ne servant que de levier – tout en souhaitant donner à ses concitoyens - quelle grandeur ! - « une vraie place diplomatique aux côtés des États-Unis » [AP16nov13].

La France de M. Fabius s’est de ce point de vue imposée le dimanche 10 novembre en mettant son veto à l’accord sur le nucléaire iranien qui devait être signé ce jour-là. Un texte qualifié par le ministre français de « jeu de dupe ». qualification de dépit parce qu’il avait été, il est vrai, pré-négocié sans les Français et dans un cadre bilatéral irano-américain dans un contexte d’intérêts convergents… Téhéran ayant hâte de voir la levée des sanctions économiques et financières qui asphyxient littéralement le pays, et les Américains étant pressés de se désintriquer de l’imbroglio proche-oriental devenu au fil des ans un épouvantable bourbier.

« C’était sans compter sur la détermination des Français, inquiets de la précipitation des Américains » [lemonde.fr/11nov13]… Bien entendu, nous avons là une présentation partisane et biaisée nous montrant une diplomatie française qui serait responsable, consciente des enjeux et prompte à intervenir pour arrêter le monde au bord d’un nouveau Munich. En effet Paris « juge au contraire, que le moment est propice pour exiger le maximum de garanties des Iraniens, tant ils sont en demande de gestes du fait de l’impact des sanctions [sic] et aussi à cause du capital politique investi dans ces négociations par le président Rohani  » [ibidem].

Les négociateurs indifférents à de telles déclarations d’intentions à contretemps, seront malgré tout douchés - avant de se monter exaspérés - par l’attitude de Fabius. Celui-ci sera d’ailleurs sévèrement épinglé par les conseillers du Secrétaire d’État américain pour avoir remis en cause un dur et patient travail de rapprochement : « Les Américains, l’Union européenne et les Iraniens travaillent intensément ensemble depuis plusieurs mois sur cette proposition et ceci n’est rien d’autre qu’une tentative de M. Fabius de se montrer pertinent à un stade tardif dans les négociations » [ibid]. À Genève M. Fabius était en fin de compte seul contre tous, mais sa chuztpah – son hybris débridée – lui tenait bonne compagnie.

M. Fabius seul contre tous, mais solidement armé de sa chuztpah

« M. Fabius est d’autant plus remarqué qu’il est le seul, pendant la journée, à s’exprimer publiquement à plusieurs reprises et à contre-courant, marquant ainsi clairement sa différence ». De Téhéran, le président Rohani intervient via Twitter : « Ne vous y trompez pas, les jeux à somme nulle, la mentalité de la guerre froide, tout cela conduit à ce que tout le monde perde. » [ibid]. Mais Fabius est parvenu à ses fins, faire dérailler la négociation sous les applaudissements de Benyamin Netanyahou qui à Jérusalem salue bien fort la position française de fermeté. Autrement dit, une position belliciste qui refuse toute concession et tout apaisement.

Une intransigeance au demeurant payante. Dans les jours qui suivirent le Premier ministre israélien devait avertir pour sa part que l’État hébreu était prêt à croiser le fer – entendez nucléariser – l’Iran en cas d’échec des négociations, très exactement en cas de « reprise » du programme militaire iranien. Il faut croire qu’il a été entendu à Washington puisque le secrétaire d’État américain Kerry s’est à nouveau précipité le 17 novembre en Israël… sa précédente visite remontant au 8 novembre précédent. Bref, une procédure d’obstruction et de chantage que M. Netanyahou aura soigneusement examiné avec M. Hollande à l’occasion de son passage en Terre d’élection… avant de s’efforcer de convaincre des risques encourus par les imprudents fauteurs de paix, le président Poutine qu’il rencontrera le 20 à Moscou, le jour même de la reprise des négociations à Genève [AFP17nov13]. Comme quoi un pays moins peuplé que la Suisse et à peine plus grand que la Bretagne est parfois susceptible de faire trembler la planète

Maintenant quel que soit de degré de bonne volonté d’un M. Hollande en perdition et pour cette raison soucieux de se rallier les Juifs de France - dont le soutien, notamment à travers ce qu’il est convenu de nommer le “Cinquième pouvoir”, lui est devenu plus qu’indispensable - la marge de manœuvre de Paris est faible. En un mot, le niveau d’exigences que M. Fabius peut opposer à Genève à la volonté d’aboutir des négociateurs n’est pas totalement élastique. À ce titre, la double allégeance de M. Hollande – atlantiste et israélo-séoudienne - risque de ne faire que des insatisfaits, surtout à Tel-Aviv, et pour cela tomber dans le champ du judicieux jugement émis par le président Rohani relatif « aux jeux à somme nulle »… Mais finalement qu’importe que la paix ne soit pas au rendez-vous si Israël peut, toujours et encore, dicter sa redoutable loi à l’humanité toute entière.

LC 18 novembre 2013

Notes

[1L’homme du « sang contaminé » et de la « loi Gayssot ». Il s’agit de la mise sur le marché de sang destiné aux transfusions contaminé par le virus VIH – virus de l’immunodéficience humaine – découvert par le prof. Montagnier en 1983. Il s’agit de l’agent pathogène auquel est attribué la responsabilité du Syndrome de déficit immunitaire acquis. Ce scandale est révélé par voie de presse en avril 1991 : alors que M. Fabius dirigeait le gouvernement, le Centre national de transfusion sanguine aurait sciemment distribué des produits contaminés entre 1984 et 1985. M. Fabius et Mme Dufoix, ancien ministre socialiste de la Santé ont à ce titre comparu devant la Cour de Justice de la République en février 1999. La cour devait blanchir les deux prévenus des charges pesant sur eux pour « atteintes involontaires à la vie ou à l’intégrité physique des personnes » qui selon l’expression désormais passée à la postérité avaient été « responsables mais non coupables ».

[2Les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité (É-U/Russie/Chine/R-U/France) plus l’Allemagne.

[3Jean de la Fontaine « La Laitière et le Pot au lait ». Fables 1668 – Livre VII, fable 9.

[4Traité sur la non prolifération des armes nucléaires

[5voir « Vitrifier l’Iran – Qui menace qui ?

[6LeMonde.fr11 nov13

[7Dans le Livre d’Esther, Aman, ou Haman, d’origine Amalécite – une race maudite pour les Hébreux – est le grand vizir du monarque perse Xerxès [Assuérus] et l’ennemi absolu des exilés du premier Temple qui fuyant Babylone avaient trouvé refuge dans le royaume du chāhanchāh.

[9LePoint.fr16nov13

[10Sur ce sujet voir L. Camus « Levant…Guerres et Paix »

[11AFP15nov13

[12AFP18nov13

[13AFP/leparisien.fr18nov13

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