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Syrie : repli stratégique ou débandade ?

jeudi 19 septembre 2013

Ce mardi 17 septembre 2013, ni la Syrie ni la guerre punitive ne font plus recette. Même le rapport tant attendu des experts des Nations Unies relatif à l’utilisation d’armes chimiques le 21 août dernier dans la Ghouta de Damas, est passé à l’as [1]. Il faut dire que ses conclusions étaient connues d’avance et, sauf à se prétendre ministre des Affaires étrangères comme M. Fabius, nul n’attendait de ce document la moindre révélation. Surtout pas quant à l’origine des tirs – s’ils ont jamais eu lieu – qui décimèrent des malheureux étrangement homogène quant à leur âge et à leur sexe (il suffit de se reporter aux vidéos disponibles sur la Toile pour constater cette déconcertante anomalie – voir également Rivarol n°3107). Un fait divers, les tueurs fous de Washington - sortis des rangs de la Marine ! - font aujourd’hui la Une de l’information. Un fait divers, ou un clou, chasse l’autre.

Une diversion utile voire nécessaire pour faire oublier le dégonflage d’une guerre voulue mais impossible à conduire dans les circonstances présentes… ce qui ne signifie pas que le parti des éradicateurs ait définitivement renoncé. Non point ! Les « agendas » sont là – et parlons plus volontiers à propos de l’Exécutif américain de “cahier des charges » - or tôt ou tard, d’une façon ou d’une autre, ils devront être suivis et remplis. Répétons-le, nous reculons pour mieux sauter. Le Proche-Orient est un baril de poudre et d’aucuns s’emploient assidûment à battre le briquet pour en allumer la mèche. Ce n’est au demeurant, pas d’une mais d’une douzaine d’attaques à l’arme chimique – sans parler les multiples tueries ayant fait l’objet de tentatives d’instrumentation à des fins d’embrasement général - dont il été jusqu’ici question sur le théâtre des opérations syrien de l’actuelle et tacite guerre mondiale. Mais, las, la mayonnaise n’étant pas parvenue à prendre, il faudra recommencer… « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, polissez-le sans cesse et le repolissez ;
ajoutez quelquefois, et souvent effacez » [Nicolas Boileau 1636/1711].

Gageons que pour faire monter les enchères, le prochain acte de terrorisme chimique pourrait avoir lieu en Israël. Il ne s’agit pas tout à fait d’une hypothèse gratuite, mais d’un scénario sérieusement évoqué par quelques experts ès coups tordus [2]. De toute façon le feu couve, les djihadistes d’al-Nosra (entendez les mercenaires recrutés et payés par notre allié saoudien), tout comme « l’opposition démocratique » (celle des Frères musulmans syriens), refusent et dénoncent les accords Kerry/Lavrov. Dans le même temps les Turcs [AFP16sept13] abattent un hélicoptère syrien qui aurait « violé leur espace aérien » (!?)… tandis que M. Fabius veut pour sa part réinterpréter les termes de l’accord russo-américain en exigeant des « frappes automatiques » en cas de non respects des clauses contraignantes relative au calendrier de désarmement chimique de la Syrie.

Sur ce point le sieur Ban Ki-moon déjà cité, fait presque de la surenchère - sans toute fois parler précisément des frappes – en demandant « instamment au Conseil de Sécurité une Résolution claire… placée sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ». Lequel chapitre prévoit effectivement des sanctions pouvant aller jusqu’à l’usage de la force dans le cas où un pays ne respecterait pas une décision du dit Conseil. De là à pressentir que le processus diplomatique - qui a suscité tant d’espoirs et fait pousser un ouf de soulagement à la planète toute entière – s’achemine à grande vitesse vers le fond de l’impasse, le pas est tôt franchi. Car enfin pour négocier, il faut deux choses indispensables : de la bonne foi et de la bonne volonté. Resterait d’ailleurs à savoir si la guerre de Syrie aurait jamais eu lieu et se serait aussi longtemps prolongée si ces deux traits de caractère avaient prédominé dans la classe des petits maîtres de la politique occidentale ? Chacun apportera à la question la réponse de son choix, au reste la clef du problème est là, et bien là.

Ce pourquoi in fine nous devons nous garder de pavoiser à l’instar de ceux qui vont trop vite en besogne et affichent une fâcheuse tendance à prendre leurs désirs pour des réalités. Nous pensons à tous ceux qui voient dans la reculade de Washington – et accessoirement dans le largage du pitre élyséen – l’occasion de se réjouir bruyamment : « les russes expulsent de facto les américains de leur plus forte zone d’influence sans avoir tiré un seul coup de feu, qui plus est en les humiliant de façon historique et en les transformant en parias diplomatiques » ! N’est-ce pas cependant quelque peu excessif au regard du fil réel des événements ?

Ne conclurons pas pour autant en misant à fonds perdus sur les tocards qui nous gouvernent - sachant que le pouvoir véritable se trouve derrière le rideau – et particulièrement sur celui qui fait « la guerre sans l’aimer »… le premier président oscarisé « Noble de la Paix » avant même d’être entré en fonctions. N’est-ce pas merveilleux ? Finalement nous devrions pouvoir dormir sur nos deux oreilles puis que dans le Meilleur des Mondes orwellien possible «  la Paix c’est la guerre  » et vice vers. Ah les beaux jours à venir !

Léon Camus

Notes

[1Le fil des événements. Menaces de frappes imminentes, à la suite du massacre de la Ghouta, lequel a été attribué sans discussion possible par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France au gouvernement syrien, tandis qu’a contrario la Russie et l’Iran l’attribuait à l’opposition armée. « Crime de guerre » – selon le terme employé par le Secrétaire général de Nations Unies, Ban Ki-moon - les armes chimiques existent très vraisemblablement encore dans les arsenaux des États-Unis, de la Russie et d’Israël malgré l’engagement pris à les avoir détruites à l’échéance de 2007. En 1997 la Convention internationale sur les armes chimiques en prohibait de façon définitive l’usage de ce type d’arme (voir le Protocole d’interdiction de 1925), ce qui eut dû impliquer, normalement, la destruction des réserves existantes. Subsisteraient aujourd’hui quelque 5 500 tonnes d’armes chimiques aux É-U (soit six fois les quantités estimées en Syrie) et 21 500 en Russie. Idem pour Israël où règne l’opacité la plus totale, l’État hébreu ayant signé mais non ratifié la Convention internationale. Ceci expliquant cela, l’Égypte n’a pas non plus signé la dite Convention. La crise se désamorce brutalement avec le volte-face spectaculaire du président Obama le samedi 7 septembre alors que la France a – selon toute vraisemblance - déjà transmis à ses forces des ordres de frappes.

[2Israël sonne le tocsin et distribue à ses populations des masque à gaz. l’information et met un peu plus d’huile sur le feu en diffusant l’information suivant laquelle Damas selon «  a] [il n’est pas écrit aurait] fourni une tonne de gaz [innervant] VX au Hezbollah, le groupe terroriste chi’ite libanais  ». Transfert qui aurait eu lieu «  en plein milieu des pourparlers, censés imposer le placement des ADM syriennes sous contrôle international en vue de leur hypothétique destruction  ». Ajoutons qu’aux dires de l’un des chefs de l’Armée syrienne libre « les armes chimiques sont en train d’être réparties entre l’Irak et le Liban »[timesofisrael.com13spt13].

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