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Bouclier anti missile : une impasse stratégique

vendredi 2 août 2013

Historique du projet

Pour l’Amérique, l’abrogation du traité ABM de 1972 était nécessaire à la mise en œuvre d’un bouclier anti-missile destiné à renforcer son autonomie stratégique et à sanctuariser son espace politique et par ce biais, élargir son espace potentiel d’intervention. Cela explique l’attachement de la Russie soviétique puis fédérale au traité de 1972, pierre angulaire de la stabilité stratégique internationale, et dont l’abandon a été qualifié très tôt de ‘’décision erronée’’ par le président Vladimir Poutine. Dans un premier temps, le président russe a avancé l’idée que cette initiative favoriserait la prolifération missilière. En effet, en autorisant l’émergence de systèmes anti-missiles, elle risquait, selon lui, de pousser certains pays à développer en quantité et qualité des armes nouvelles destinées à contourner cette protection – notamment par le principe de saturation. Dans un second temps, le président Poutine a émis l’idée que le système anti-missile de l’administration Bush menaçait directement les intérêts russes. Cette hypothèse est reprise comme un leitmotiv dans le discours de Sergueï Lavrov, affirmant que les menaces des missiles iraniens ou sud coréens invoquées pour justifier le système ABM ne sont pas crédibles et sont, en quelque sorte, un faux prétexte. Dans un troisième temps, dans son discours de Munich du 10 février 2007, V. Poutine a ouvertement accusé l’Amérique d’utiliser le bouclier ABM pour renforcer son système de domination unipolaire. L’Amérique est, en particulier, suspectée d’utiliser le bouclier pour se protéger de représailles éventuelles issues de son ingérence croissante dans des zones sensibles. En ce sens, elle cherche à se donner les moyens (stratégiques) de son offensive impérialiste.

Dans la vision russe, le développement d’un ABM eurasien, élargi à l’est européen (Pologne, Tchéquie) et à la zone post-soviétique (CEI, principalement au Caucase et en Ukraine), s’inscrit dans la logique unilatéraliste de la politique américaine fondée sur la force et dénoncée par V. Poutine dans son harangue anti-impérialiste de Munich. Le président russe a alors ouvertement condamné ‘’l’emploi hypertrophié, sans aucune entrave, de la force – militaire – dans les affaires internationales’’. Ce faisant, il confirme le durcissement de la doctrine stratégique russe, qui sous son influence depuis 2000, dénonce ‘’l’importance des aspects de force militaire dans les relations internationales’’. Dans ce cadre, l’insertion de l’ABM américain dans une stratégie globale de contrôle de l’espace eurasien post-communiste est perçue par la Russie comme une atteinte contre ses intérêts nationaux élargis - dans la continuité soviétique - à sa proche périphérie. Le 8/11/2007, lors d’une conférence sur le thème “Défense antimissile : un bouclier pour l’Occident”, Vladimir Egorov, chef adjoint du département des traités internationaux au ministère russe de la Défense, a affirmé que la tendance des Etats-Unis à occulter les préoccupations russes prouvait que le projet ABM est bien ‘’dirigé contre la Russie’’. Cette hypothèse est renforcée par la rumeur de l’implantation prochaine d’un radar dans les régions caspienne et caucasienne, au sud de la Russie. Selon l’expert Ivan Safrantchouk, cette infrastructure serait susceptible d’être utilisée contre la Russie. Le 15/12/2007, cela a été confirmé par Iouri Balouïevski, chef d’Etat-major général des Forces armées russes, dans une conférence de presse. Balouïevski a en effet affirmé que ‘’L’objectif réel du déploiement de la troisième zone de positionnement de l’ABM ne correspond pas à son but officiel. Celui-ci cherche à modifier l’équilibre européen des systèmes de défense” et surtout, prévenir tout conflit avec la Russie. En conséquence, la Russie est contrainte de renforcer son potentiel stratégique dans l’optique d’assurer la défense de ses intérêts vitaux, notamment face aux manœuvres militaires suspectes à proximité de ses frontières, sous la conduite de l’Otan et - suprême provocation - en association avec d’anciennes républiques soviétiques.

Cette préoccupation est rappelée par V. Poutine : ‘’La Russie a suffisamment de forces et de moyens pour se défendre et défendre ses intérêts aussi bien sur son territoire que dans d’autres régions du monde’’. En définitive, du point de vue russe, l’ABM - associée au renforcement de l’Otan - entraînera une instabilité stratégique structurelle, découlant d’un déséquilibre des forces au profit de la puissance américaine. En fait, cette crainte est présente dés 2000 du fait de l’intervention de l’Otan ‘’en dehors de la zone de responsabilité du bloc’’ et perçue, depuis la crise yougoslave, comme ‘’une menace de déstabilisation de la situation stratégique dans le monde’’. Or la Russie, dans la tradition soviétique, reste attachée au principe de l’équilibre bipolaire des forces nucléaires russes et américaines qui implique de préserver une capacité (dissuasive) de riposte. Cela est très clair dans l’avertissement de l’ancien chef d’état major des troupes russes de missiles stratégiques, le général Viktor Essine, lancé le 11 octobre 2007 : ‘’Même si l’équilibre n’est pas encore total, nous devons en matière de riposte être constamment prêts à infliger aux Américains des dommages intolérables (…)’’ A terme, la Russie redoute une remise en cause des équilibres géopolitiques - donc, de son statut - dans le monde et surtout, sa marginalisation comme simple puissance régionale du fait de la neutralisation par l’ABM du levier nucléaire. Autrement dit, la Russie redoute une rupture stratégique qui rendrait caduc son retour comme grande puissance.
Qu’est ce que le bouclier anti missile

Le principe du système est simple : il s’agit de tisser sur l’ensemble du globe un réseau d’appareils de détection et de destruction de missiles balistiques ennemis.

Pour mener « La Guerre des étoiles » — les missiles balistiques de longue portée sortent de l’atmosphère, l’Agence américaine de défense anti-missile, dont le budget est de 9 milliards de dollars, met en place cette toile complexe de missiles et de radars au sol et de satellites.
Une constellation de satellites-espions

La première étape est la détection du missile « agresseur ». Une fois lancée, le missile est pisté par un satellite espion d’alerte équipé de détecteur infrarouges. Une constellation de 24 satellites va ainsi contrôler l’ensemble des engins lancés depuis la terre.

Les satellites ne sont pas les seuls à œuvrer. Un radar amélioré de pré-alerte (UEWR), aidé d’un radar terrestre dit « à bande X », seconde le satellite espion. L’UEWR suit tout missile balistique en vol. Le radar « bande X », lui, peut distinguer la tête du missile des leurres et des débris apparus lors de la séparation du missile agresseur.
Un engin tueur

Si c’est une ogive, le missile intercepteur (ou EKV) entre alors en action. La fusée à deux étages, stocké dans un silo, est envoyée à la rencontre du missile balistique. Un engin tueur, de la même forme qu’un satellite, se détache de l’intercepteur et abat l’ogive ennemie. Comment ? En allant la percuter. Enfin, le « bande X » évalue la réussite ou l’échec de l’interception.
Les missiles intercepteurs en Pologne

En Europe, on connaît l’architecture future du bouclier : La République Tchèque devrait abriter un radar terrestre anti-missile balistique. Le gros morceau étant pour la Pologne qui va accueillir un radar amélioré de pré-alerte et 10 missiles intercepteurs. Et la lituanie est intéressée.
Prix pharaonique

Le bouclier est un projet pharaonique qui permet aux Etats-Unis de contrôler l’ensemble de l’espace aérien de la planète, faisant ainsi grincer les dents des Chinois et des Russes. Et cela a un coût : depuis 1983, les Américains ont déboursé 100 milliards de dollars.
Les raisons invoquées par les Etats-Unis pour justifier son implantation

Officiellement le bouclier anti missile a pour objectif de parer à toutes les menaces provenant d’Etat voyous de l’axe du mal et notamment de l’IRAN.
La réalité de la menace iranienne

Dans un document rendu public le 29 mars 2007, le Département d’Etat américain justifie son plan de déploiement en Europe orientale d’un bouclier antimissile en affirmant que le système actuel de défense antimissile dont dispose l’OTAN « fournit seulement une protection contre les menaces de courte portée, et ne serait pas capable de se défendre contre des missiles de plus longue portée lancés du Moyen-Orient vers l’Europe centrale ou occidentale ». Outre la Corée du Nord, le projet américain est censé protéger « la sécurité nationale U.S., et la sécurité des amis et alliés des U.S.A. » contre la menace que constitue l’Iran, décrit par le même document comme « l’un des régimes les plus menaçants et les moins responsables du monde ». Au début du mois de mars 2007, John Rood, responsable du Bureau of International Security and Non-proliferation au sein du Département d’Etat U.S., a expliqué clairement que le dispositif projeté, dont la construction des installations doit commencer en 2008, est conçu en réponse à la « menace grandissante » des missiles iraniens.

Le problème, si l’on peut dire, est que les données techniques existantes sur les différents types de missiles dont dispose la République Islamique d’Iran contredisent les affirmations de la diplomatie américaine.

Selon une documentation officielle consacrée aux capacités de l’Iran en matière de missiles balistiques, publiée sous les auspices du Congrès des Etats-Unis en 2004. De par son origine, et parce qu’elle s’appuie principalement sur des sources américaines (et en particulier sur des études menées par la C.I.A.) et britanniques, cette documentation est peu suspecte de minimiser ou de sous-estimer les performances de l’arsenal iranien. Il en ressort que, outre un nombre effectivement important de missiles balistiques dits de courte portée (« short range », c’est-à-dire inférieure à 1.000 kilomètres), parmi lesquels les fameux Scud-B (d’une portée de 300 km) et Scud-C (d’origine nord-coréenne et chinoise, et d’une portée de 500 km), le seul vecteur de longue portée dont dispose l’Iran est le Shahab-3.

Les spécialistes estiment que le Shahab-3 est capable d’atteindre une portée de 1.300 kilomètres, et « pourrait » éventuellement emporter une charge nucléaire. Rappelons à ce sujet qu’aucune donnée tangible n’a été apportée à présent à l’appui des allégations américaines selon lesquelles l’Iran chercherait à développer des armes nucléaires. Les spéculations relayées par certains experts, d’une part sur le fait que l’Iran travaillerait actuellement à l’amélioration des capacités du Shahab-3 (notamment en termes de portée), d’autre part sur l’existence d’un programme visant à développer des missiles Shahab-4, Shahab 5 et Shahab-6 de plus longue portée, semblent ne reposer sur aucune preuve précise et crédible, ainsi qu’il ressort de la documentation américaine susvisée. Quant à l’affirmation selon laquelle le programme spatial iranien, annoncé par Téhéran début 2004 et devant aboutir au lancement d’un satellite, servirait en réalité de camouflage au développement de missiles intercontinentaux, elle n’est pas plus convaincante.
La question coréenne

Le 9 juin dernier, M. Robert Gates, ministre américain de la défense, a réaffirmé sa confiance dans le bouclier antimissile américain pour faire face à un tir provenant de la Corée du Nord. La trentaine de silos en construction ou déjà opérationnels devrait permettre de repousser la menace coréenne pour de nombreuses années, selon lui. Il a évoqué un développement du nombre de site en cas d’augmentation ou de changement de nature de cette menace.

Les derniers essais nucléaires et balistiques de Pyongyong ne peuvent que renforcer ce programme qui fut, un temps et partiellement, quelque peu critiqué par le président Obama. Dans un proche avenir, le risque principal pour les américains me semble plus l’effet EMP de la bombe que la destruction physique. En effet, il est plus facile de faire exploser une bombe à très haute altitude, sans avoir besoin de guidage très précis.
La réalité selon la Russie

Moscou, qui n’est évidemment pas surpris par l’annonce de l’implantation d’un bouclier antimissile américain dans le nord de la Pologne, a joué la colère. « La cible est la Fédération de Russie », a déclaré vendredi à Sotchi le président Dmitri Medvedev et « les contes de fées sur la défense contre de prétendus États voyous (l’Iran, NDLR) à l’aide de ces équipements ne tiennent pas ». Et de conclure : « Nous allons continuer de travailler sur la question. » Que faut-il entendre par là ? Selon le général Anatoli Nogovitsine, chef d’état-major adjoint, que cet accord « ne peut pas rester impuni » et que la Pologne « s’expose elle-même à une frappe ». Le général Nogovitsine n’y va pas de main morte. Il n’exclut pas que Moscou use pour cela de l’arme nucléaire. Ces menaces ne sont pas nouvelles. Depuis des mois, la Russie multiplie les mises en garde, se disant prête à diriger ses propres lanceurs vers la Pologne et la République tchèque qui abritera la station radar complétant le dispositif.

L’emplacement prévu des dix intercepteurs américains sonne, il est vrai, comme une provocation. Redzikowo, petite commune choisie par les stratèges américains, se situe juste en face de l’enclave russe de Kaliningrad, à 200 km environ de la frontière. Qui plus est, cédant aux revendications de Varsovie, les Américains ont accepté de déployer une batterie de missiles Patriot (250 km de portée) qui sera opérée dans un premier temps par un contingent américain, puis par l’armée polonaise. Le site qui accueillera cette seconde base américaine n’a pas été encore dévoilé.
Des inspections russes

Washington et Varsovie ont fait mine vendredi de vouloir rassurer Moscou. « En aucune façon, le projet de bouclier ne vise la Russie. En fait, c’est même logiquement impossible qu’il vise la Russie étant donné que la Russie pourrait le détruire », a expliqué la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino. D’ailleurs, a encore rappelé Mme Perino, le président Bush a offert à Moscou une coopération sur le radar. Certes, a reconnu la porte-parole, il y a peu de chance que cette proposition survive au conflit géorgien, mais elle n’en demeure pas moins « toujours sur la table ». Le gouvernement polonais, de son côté, s’est dit disposé à laisser la Russie inspecter le site de la future base (elle devrait être opérationnelle au plus tard en 2012). « Ceci pour avoir l’assurance que rien de mal ne s’y passe », a précisé le chef de la diplomatie Radoslaw Sikorski.

Alors que les relations polono-russes étaient en voie de normalisation, la Pologne ayant levé il y a quelques mois son veto à l’ouverture de négociations sur le partenariat UE-Russie, le conflit géorgien et l’accord sur le bouclier antimissile ont replongé les deux pays dans une ambiance de guerre froide. « Cet accord, qui peut être considéré comme un accord purement antirusse, marque le début de la fin des pourparlers russo-polonais », confirmait vendredi un observateur polonais. Première mesure de représailles : Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, qui était attendu le 10 septembre à Varsovie, a ajourné sa visite.

Vladimir Poutine a menacé de pointer de nouveaux missiles vers l’Europe si les Etats-Unis y déploient leur bouclier antimissile.

Le Président russe Vladimir Poutine, très offensif à la veille du G8, a menacé de pointer de nouveaux missiles vers l’Europe si les Etats-Unis y déploient leur bouclier antimissile, comme au bon vieux temps de la guerre froide : « Si le potentiel nucléaire américain s’étend sur le territoire européen, nous devrons prendre de nouvelles cibles en Europe ». Le chef de l’Etat russe l’a affirmé dans un entretien à plusieurs médias occidentaux, dont le Figaro.« Il revient à nos militaires de définir ces cibles tout comme de choisir entre missiles balistiques et missiles de croisière », a ajouté Poutine, reprenant ainsi au plus niveau des menaces voilées exprimées jusqu’ici par les chefs de l’armée russe. « Nous voulons rééquilibrer les instruments de défense avec des outils offensifs plus efficaces, mais nous savons que cela risque de relancer une course aux armements, dont nous ne serions cependant pas responsables », a-t-il poursuivi.

Les Américains veulent installer dix missiles intercepteurs en Pologne et un radar ultra-perfectionné en République tchèque dans le cadre de ce projet de bouclier antimissile, affirmant sans cesse, que celui-ci n’est pas dirigé contre la Russie, mais contre des Etats comme l’Iran. « On nous dit que cette défense sert contre les missiles iraniens, mais aucun missile iranien n’a de portée suffisante. Il devient alors évident que cette nouveauté nous concerne aussi nous, Russes », rétorque Poutine.

Alors que le prochain sommet du G8 à Heiligendamm (Allemagne) approche - il se tiendra de mercredi à vendredi - il ne se passe plus un jour sans que Moscou ne dénonce ce projet de bouclier, qui va transformer l’Europe en « poudrière » et consacre « l’impérialisme » américain, selon Poutine.

« Si des composantes stratégiques de l’arsenal américain font leur apparition en Europe près de nos frontières, nous serons obligés de (...) supprimer les menaces potentielles résultant de ce déploiement », a aussi lancé le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov dimanche sur la chaîne de télévision Vesti-24. Joignant le geste à la parole, la Russie a testé le 30 mai un nouveau missile intercontinental à têtes multiples, en « réponse aux actes unilatéraux et infondés de nos partenaires », a aussitôt clamé Poutine, soit en d’autres termes au projet de bouclier américain.

Quinze ans après l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la Guerre froide, la Russie voit d’un très mauvais oeil l’Otan s’étendre vers l’Est et les bases américaines se multiplier à ses portes, de la Roumanie au Kirghizstan. « Regardez simplement la carte (la défense antimissile mondiale américaine) est en train d’être déployée le long du périmètre de la Russie, et aussi, incidemment, de la Chine », a relevé Lavrov.

Comme au temps de la guerre froide, lorsque l’URSS et les Etats-Unis se mesuraient en permanence à l’aune de leur potentiel stratégique, Moscou affirme que ce bouclier accroît les risques d’un conflit nucléaire et ébranle l’équilibre stratégique du monde. Moscou voudrait que Washington abandonne son projet en faveur d’une politique commune de défense qui inclurait la Russie. Sergueï Lavrov, cité par l’agence Interfax, a d’ailleurs appelé dimanche à de nouvelles consultations sur un bouclier antimissile commun Otan-Russie. « Nos conclusions montrent clairement que se défendre contre des menaces qui n’existent pas n’a pas de sens. Il serait bien mieux de reprendre le travail dans le cadre du Conseil Otan-Russie sur la création d’un grand théâtre de défense antimissile » commun, a-t-il déclaré.
Les solutions pour une sortie de conflit

Barack Obama n’a pris aucun engagement sur la poursuite éventuelle du bouclier antimissile américain en Europe de l’Est, a annoncé l’un de ses conseillers, contredisant des déclarations du président polonais Lech Kaczynski. Ce dernier a annoncé plus tôt que le président élu des Etats-Unis a promis de poursuivre le projet de bouclier antimissile américain en Pologne, dans une conversation téléphonique vendredi soir. « Barack Obama a souligné l’importance du partenariat stratégique entre la Pologne et les Etats-Unis, il a exprimé l’espoir de poursuivre la coopération politique et militaire entre les deux pays. Il a également informé que le projet de bouclier antimissile sera poursuivi », selon un communiqué de la présidence polonaise. Le président américain élu aurait également parlé au téléphone avec le Premier ministre polonais Donald Tusk, notamment de la participation de la Pologne à la force de l’Otan en Afghanistan (Isaf).

Washington vient de faire de nouvelles propositions à la Russie afin d’atténuer les réticences de Moscou sur le projet de bouclier antimissile. Le négociateur américain John Rood a précisé jeudi que la proposition sur le bouclier avait été envoyée « en début de semaine », avant que le président russe Dmitri Medvedev ne menace de déployer des missiles dans l’enclave de Kaliningrad pour pousser Washington à renoncer à ce bouclier. « Pour neutraliser en cas de nécessité le système de défense antimissile, on va déployer dans la région de Kaliningrad le complexe de missiles Iskander », a déclaré mercredi le président Medvedev dans son premier discours à la nation.

Washington a récemment signé avec Prague et Varsovie des accords pour l’installation, à l’horizon 2013, d’un puissant radar en République Tchèque, qui doit être couplé à dix intercepteurs basés en Pologne, pour contrer de possibles attaques de missiles balistiques de longue portée. Le projet suscite la colère de Moscou qui y voit une atteinte à sa sécurité. John Rood, secrétaire adjoint chargé du contrôle des armements et de la sécurité internationale, a indiqué que Washington avait également soumis à la Russie sa proposition d’un « traité légalement contraignant » pour remplacer le traité de réduction du nombre des armes stratégiques (START) qui expire en décembre 2009. Il prévoit de rencontrer son homologue russe Sergei Ryabkov dans les semaines qui viennent, probablement à Moscou, afin de discuter de ces propositions et d’autres sujets, notamment la sécurité face au terrorisme.

Le bouclier anti-missile cristalise les relations entre les Etats-Unis et la Russie et prend en otage le continent Européen. Sans tomber dans un optimisme démesuré, l’on peut espérer l’ouverture d’une nouvelle ère dans les relations Russo-Etatsunienne avec l’arrive de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Cela passera par un nouveau dialogue stratégique entre les Etats-Unis et la Russie avec pour arbitre une Europe unie politiquement. La matérialisation de cette nouvelle donne sera la refonte de l’OTAN en une nouvelle structure sécuritaire. La nouvelle administration américaine renoncera probablement à l’installation d’un radar dans le cadre du bouclier anti-missile américain. C’est le président de la commission des affaires étrangères de la chambre des députés tchèque, et ancien ministre des Affaires étrangères (de Vaclav Havel), Jiri Dienstbier, qui l’affirme à la télévision tchèque. L’ancien dissident et porte-parole de la Charte 77, ajoute. La seule possibilité de le faire serait dans un cadre Russie-USA. Selon lui, « Soit le projet de défense antimissile sera commune - OTAN, Russie et États-Unis - soit il ne fera pas ». Il a expliqué que le nouveau vice-président américain Joe Biden avait toujours été contre.

L’actuel ministre tchèque des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, a rejeté l’idée de renégocier l’accord conclu avec les Américains pour y inclure les Russes, estimant que « tout nouvel accord serait désavantageux pour la république Tchèque ». Mais il a cependant reconnu que le projet de radar « n’était pas une priorité » de la nouvelle administration américaine et qu’il pouvait être « raisonnable » de relier la défense des Etats-Unis et de la Russie. Quant au spécialiste de l’administration Clinton pour la sécurité nationale, l’américain d’origine polonaise, Zbigniew Brzezinski, il estime que le bouclier anti-missile n’est pas « vraiment nécessaire aujourd’hui » et est même un peu dépassé, reposant sur une menace vieille de dix ans. La menace la plus grande venant de l’instabilité de certains pays comme le Pakistan ou de négociations internationales sur le nucléaire comme avec la Corée du Sud ou l’Iran.

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