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Syrie, « Le point de basculement » !

La guerre de l’information est une guerre à part entière

jeudi 14 juin 2012

Par léon Camus

Un « point de basculement » a été atteint lors du massacre de Houla le 25 mai, selon la formule de Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations unies et actuellement son envoyé spécial en Syrie. La parisienne Bassma Kodmani, porte-parole du Conseil national syrien donne excellemment le ton à ce propos : « Houla marque un tournant par la férocité de ce qui s’y est passé et parce que c’est un village sunnite isolé au milieu de plusieurs villages alaouites : il y a comme une tentative d’épuration afin de créer un territoire homogène » [1]. La notion clef – autrement dit le “déclencheur réflexe“, l’association d’idées renvoyant à toutes les indicibles horreurs de l’Idéologie maudite entre toutes - s’y trouve glissée en conclusion : “épuration ethnique“ ! Tout est dit, la « bête immonde » n’a pas encore crevée, elle s’est réfugiée à Damas d’où il convient urgemment de l’extirper…

Ce qui serait fait depuis longtemps ne serait-ce l’infernal entêtement des Russes et des Chinois, lesquels cependant ne perdent rien pour attendre : d’ailleurs la “manifestation du million“ anti-Poutine n’a-t-elle pas eu lieu ce 12 juin dans la continuité d’une contestation permanente, inlassablement répétée, lors des présidentielles, des élections législatives, à l’occasion de la prise de fonction du nouveau président le 7 mai, le tout visant à miner la légitimité du régime pour en provoquer la chute ? Et les frontières du Tibet ne sont-elles pas à présent fermées suite au suicide d’un bonze par le feu ? Et puis à Paris le 12 juin - AFP - des sacs de peluches et de poupées ensanglantées ont été déversés devant le Louvre pour stigmatiser les ventes d’armes de la Russie à Damas. Un “cimetière de jouets“ censé représenter le massacre des enfants syriens et faire pression sur la firme russe Rosoboronexport - présente au salon de l’armement Eurosatory – afin qu’elle cesse de fournir des équipements et des armes au régime syrien.

Point de basculement et guerre civile

Bassma Qodmani depuis son poste de vigie parisien, voit en effet dans le massacre spectaculairement médiatisé de 108 personnes à Houla “Le“ grand virage vers la “guerre civile“, un thème désormais en tête d’affiche… « Ce massacre et ceux qui ont suivi pourraient aussi indiquer une perte de contrôle par le régime de ses forces sur le terrain. On n’est pas encore en guerre civile, mais tout est fait pour que ça bascule. Le régime arme systématiquement et entraîne les minorités qui lui sont proches. Je note qu’il n’y a pas encore eu d’acte de revanche. Combien de temps peut-on l’empêcher ?  » [2] lequel n’a cependant pas soulevé la vague d’horreur attendue, ceci peut-être parce que la surenchère permanente finit par lasser et ne plus susciter les réactions escomptées au sein d’opinions blasées par la répétition des mêmes indignations factices, des mêmes trémolos, et des tragédies instrumentées pour la mauvaise cause… Il est au demeurant inutile de brandir le spectre de la “guerre civile“, parce qu’à défaut d’une improbable guerre entre Syriens, nous avons une guerre tout ce qu’il y a de plus authentique, guerre subversive peut-être, mais guerre classique sûrement. Parce qu’enfin les armes et les munitions arrivent bien de quelque part, elles ne sont pas apparues spontanément sur les différents foyers de troubles. En outre on ne s’improvise pas combattant de première ligne sans un solide encadrement de professionnels aguerris [3].…

En fait nous assistons à un conflit de basse intensité conduit et alimenté de l’extérieur, mené par des éléments étrangers équipés et entraînés en Turquie, au Liban, voire pour certains d’entre eux au Qatar et au Kossovo, et dont les armes, pour certaines d’entre elles ont été acheminées - vraisemblablement depuis la France - via la Libye comme l’a montré la cargaison du cargo sous pavillon de la Sierra Leone, intercepté par la marine libanaise le 27 avril. Les 150 tonnes d’armes et de munitions - plusieurs milliers de fusils d’assaut Kalachnikov et a M16, des lance-roquettes anti char, des mortiers de 
120 mm, des explosifs - trouvées dans les soutes du Lutfallah II devaient transiter par Wadi Khaled au Liban nord, avant d’être remises aux “opposants syriens“. Comment ce navire qui a fait escale à Alexandrie et dans le port turc de Mersin est-il parvenu passer entre les mailles serrées des dispositifs israéliens, otanesques et onusiens en Méditerranée orientale, mer chaude s’il en est ? Mystère !


Des opinions publiques occidentales dures à la détente

Des opinions qui au demeurant ne se montrent pas si dupes que cela, surtout depuis que l’information circule peu ou prou sur la Toile. Car qui ne commence à savoir que la soi-disant rébellion sans unité et sans chef [4] est surtout constituée de bandes armées fanatiques ou mercenaires, constituées de commandos disparates, bandes armées tuant, violant, torturant, rançonnant au petit bonheur la chance dont le cri de ralliement d’Allahou akbar - Allah est grand – résonne dans tous les reportages diffusés sur nos écrans. Il faudrait être sourdingue pour ne pas l’entendre, mais de là en déduire que cet appel vengeur n’est pas un hymne à la démocratie libertaire, est un pas que les gens de presse n’ont pas encore franchi. Des “opposants“ désignés là-bas en Syrie comme de vaillants défenseurs de la liberté, de la diversité et du monothéisme (monothéisme du marché sans doute ?), d’exaltants parangons de vertus démocratiques, mais ici, en Europe, honnis et réputés “terroristes“… Comprenne qui pourra !

Point de bascule - malgré un acharnement médiatique qui chaque jour s’amplifie - qui cependant n’est pas encore parvenu à déstabiliser en profondeur le régime laïc de Damas, garant des libertés religieuses et de la sécurité des minorités chrétiennes, druze, alaouite, au sein d’une nation dont la cohésion reste largement intacte, ni à démoraliser une armée ayant su jusqu’ici conserver sa discipline malgré d’incessants appels à la désertion et l’extraordinaire pression médiatique internationale relayant à l’envi depuis plus d’un an fausses nouvelles et rumeurs relatives à un effondrement imminent du pouvoir… Ou en dépit de la circulation de généreuses valises de dollars, comme ce fut le cas en Afghanistan à l’automne 2001 et en Irak en 2003, afin d’obtenir d’officiers supérieurs corruptibles ou lâches qu’ils fassent en sorte que leurs hommes restent l’arme au pied ou ne se trouvent pas au bon endroit au bon moment. Certes nous en sommes sur ce dernier point réduits aux conjectures, mais l’art de la guerre, pas plus que la géométrie, ne se réinventant pas tous les jours, la partition s’en réinterprète, mais sa trame mélodique, elle, reste invariable.

Guerre des mots, des images et déchaînement médiatique

Tout au plus perfectionne-t-on des procédés vieux comme Hérode, ce à quoi s’emploie à fabriquer de la réalité virtuelle bien décrit dans un film médiocre, Mensonges d’État [5] mais aussi efficacement mis en scène comme par exemple lors de la prise de Bagdad le déboulonnage de la statue de Saddam par des figurants, en l’occurrence les hommes de l’escroc fantoche Ahmed Chalabi [6] sur une place entourée par des blindés américains… Filmés en “plan serré“ l’illusion de la foule en colère était crédible pour qui ne voyait pas que les chemises cintrées des protagonistes étaient tout sauf irakiennes… mais la scène donnait effectivement l’impression d’un vaste mouvement de vengeance populaire. Reste que sans des médias complices, ce genre d’imposture serait impossible ! En Syrie, faute, de pouvoir diffuser une image aussi édifiante et hautement symbolique du “tyran“ de bronze jeté à bas de son piédestal de pierre, des djihadistes s’en sont pris, mais à Bagdad, au buste en bas-relief de feu Hafez el Assad, père de l’actuel président qui lui avait durement étrillé les Frères musulmans après une tentative de coup d’État à Hama en février 1982… et au grand soulagement alors de la communauté internationale. L’on a parlé à l’époque de 20 000 morts !

Personne n’est pourtant tout à fait dupe. Bachar el Assad n’est pas son père et les temps ont changé. Aujourd’hui seul un État comme Israël peut encore se permettre de couvrir le Sud Liban, à la mi-août 2006 au moment où un cessez-le-feu lui est imposé, de 700 000 sous-munitions anti-personnels… ou encore de bombarder des populations qui n’en peuvent mais, comme pendant l’Opération plomb durci à Gaza en janvier 2009, occasionnant treize cents quinze victimes, cela sans la moindre réprobation de la part d’un camp occidental quasi unanime dans son soutien indéfectible aux politiques génocidaires à bas bruit de l’État hébreu. Qui d’ailleurs parmi les dirigeants occidentaux ne gobe pas - ou ne feint pas d’avaler - les falsifications de la propagande noire, cette nouvelle forme de guerre à part entière que la “Communauté internationale“ livre aujourd’hui sans vergogne à la Syrie ?

On aura également compris que cette guerre des mots et des images n’est plus seulement à usage externe en vue de préparer les opinions publiques à l’inéluctable intervention armée, soit à lui faire accepter l’inacceptable, au demeurant sans que quiconque puisse en prévoir les conséquences… Car répétons-le, le monde change et la puissance américaine en crise se trouve désormais confrontée à un Bloc eurasiatique - incarné par l’Organisation de coopération de Shanghai - dont l’orientation actuelle est de faire pièce à l’Otan, autrement dit à se constituer en Alliance défensive [7]. Aujourd’hui il faut donc aller vite, le temps presse, la route de Téhéran passant par Damas, il faut maintenant faire tomber le régime et installer la cacophonie démocratique et islamiste au pouvoir, laquelle sera bien plus gérable que l’actuel Milosevic alaouite. La propagande de guerre est donc aussi, dans le cas syrien, à usage interne.

C’est un puissant levier de déstabilisation devant assurer une fonction destructrice et subversive à l’encontre de la société civile syrienne et des populations cibles : minorités religieuses et ethniques et in fine armée nationale. Il s’agit de détruire moralement et intellectuellement le pays de l’intérieur, de donner vie à des chimères, de soulever le peuple en lui faisant croire qu’une autre partie du pays s’est déjà “libérée“, de désacraliser en les souillant les symboles du pouvoir… comme le bas-relief d’Hafez el-Assad jeté dans une poubelle ! Le but est de créer un sentiment de panique, de démobilisation, de doute suffisant pour que la cohésion se disloque et qu’alors, en effet, les foules se rendent sans résister, se livrent sans condition à leurs nouveaux maîtres ou au contraire “basculent“ dans la guerre civile, interconfessionnelle et interethnique que Mme Clinton et ses complices de Paris, Londres et Berlin tentent d’allumer tout en en feignant s’employer à en éteindre les prémices.

Le “Rapport“ de la honte … ou comment les Nations Unies participent à la conjuration contre la paix

C’est sous un tel jour qu’il faut aborder l’extravagant rapport (parce que fondé sur des sources éminemment sujettes à caution) des Nations Unies [8], selon lequel des soldats syriens auraient torturé et exécuté sommairement des enfants et se seraient servis de certains d’entre eux âgés d’à peine huit ans en tant que “boucliers humains“. Sur sa liste annuelle de la “Honte“, les Nations unies – une commission ad hoc - dénoncent violemment le gouvernement syrien comme l’un des pays parmi les pires où les enfants sont tués, torturés, violés et forcés à combattre [9].

Radhika Coomaraswamy, Représentante spéciale de l’Onu pour les enfants dans les conflits armés, déclarait à ce propos à l’Agence France presse : « J’ai rarement vu autant de brutalités contre les enfants qu’en Syrie, où les filles et les garçons sont emprisonnés, torturés, exécutés et utilisés comme boucliers humains » citant à l’appui de ce jugement catégorique – adossé à quels témoignages ?- une opération lancée le 9 mars par les forces loyalistes contre le village d’Ayn l’Arouz dans la province d’Idlib au cours de laquelle “les troupes gouvernementales ont raflé des dizaines de garçons âgés de 8 à 13 ans avant d’attaquer le village. Ces enfants ont été ensuite utilisés par des soldats et des miliciens comme boucliers humains, placés devant les vitres des autocars transportant les militaires pour pénétrer dans le village lors de l’assaut… Le village fut finalement incendié et quatre des 34 prisonniers ont été abattus par balles et brûlé, notamment les deux garçons“. Le rapport affirme en outre que des enfants, à partir de neuf ans, ont été victimes d’assassinat, de mutilations, d’arrestations arbitraires, d’emprisonnement, de torture et mauvais traitements, y compris des violences sexuelles... Sachant que les équipes d’enquêteurs accrédités ne parviennent pas sur les lieux d’affrontement, se faisant tirer dessus (par qui ?), le scepticisme restera de rigueur !

Qui peut en effet croire sans broncher des récits aussi monstrueux qu’énormes ? Alors que le pays se trouve sous la loupe des médias, qu’il est étroitement surveillé par des voisins malveillants prompts à exploiter la moindre faiblesse du régime, cela suppose que les dirigeants de Damas soient de fieffés imbéciles pour donner de tels arguments à ceux qui veulent leur perte… Considérant également qu’à Houla si ce sont des femmes et enfants sunnites qui ont été égorgés, ceux-ci appartenaient à des familles légitimistes… où se situe l’intérêt de massacrer les siens ? De l’art de renverser les preuves !

Gregorios III : « Une dictature de la presse sur la crise syrienne »
 
« Il n’y a plus de révolution, il n’y a plus de manifestations. Il y a seulement du banditisme et le monde entier refuse de le reconnaître ». Ces paroles ne sont pas celles du président el-Assad, ni même celles de l’un de ses ministres, mais celles du patriarche de l’Église grecque catholique melkite parlant depuis Damas et non depuis Londres, Paris ou Stockholm [10]…« des éléments étrangers sont entrés dans le pays et ont même commencé à frapper les chrétiens, qui ont dû quitter Homs compte tenu du danger »… « Je n’excuse pas le régime comme j’ai pu l’entendre [dire] en France, mais je soutiens une réalité. Les journaux sont stéréotypés, ont des sources uniques et ne sont prêts à écouter personne, pas même moi »… Il s’agit d’une authentique « dictature de la presse au service des États-Unis »…« On a parlé de complot, mais c’est bien plus grave que cela : il y a une volonté internationale de nuire à la Syrie… de la part d’États qui, eux, ne sont jamais parvenus à mettre fin au conflit israélo-palestinien »… Quant aux actions de maintien de l’ordre, le Patriarche va jusqu’à dire que l’intervention des forces armées a été « tardive et trop légère…pour espérer mettre fin aux violences des bandes rebelles »… La messe est dite !

Mme Aubry envoie un signal fort

L’excuse de l’ignorance, de la bonne foi surprise, ou encore d’une certaine cécité mentale, a fait long feu car point de salut hors de l’Église du mensonge. Surtout pour ceux qui ne croient pas dur comme fer à toutes les révélations manichéennes tombant des cieux euratlantistes, du Département d’État, des Organisations non gouvernementales compradores et Organisations satellites, sans oublier la communication militante électronique, activité de prédilections des “idiots utiles“ [11], toutes vérités d’Évangiles relayées en chœur par les caisses de résonance médiatiques.
Aussi ne faut-il pas être surpris quand au soir du premier tour des élections législatives françaises Mme Aubry, Secrétaire générale du Parti socialiste insère dans l’adresse à ses électeurs que la France tiendra ses engagements en Afghanistan et… en Syrie ! Surprenantes mentions dans un contexte purement franco-français, au cours d’une soirée de résultats électoraux où la politique étrangère n’a traditionnellement pas sa place… et alors même que ces questions ont été largement absentes du débat présidentiel ? On se demande quel message Mme Aubry a voulu envoyer – et à qui ? –au soir du 10 juin. En tout cas une chose est claire, la gauche hexagonale se situe, pour qui aurait pu en douter, dans le strict alignement de la ligne offensive définie par l’Organisation du Pacte Atlantique.

M. Hollande l’auriculaire sur la couture du pantalon se déclare prêt quant à lui à une « intervention armée, [laquelle] n’est pas exclue pourvue qu’elle se fasse dans le respect du droit international » ajoutant un peu plus tard « pas de solution possible » en Syrie sans « le départ » - doux euphémisme de Bachar el Assad ! De quoi se mêle-t-il ? N’a-t-il pas assez à faire pour nous sortir de la crise de l’Eurozone ? Dans quelle aventure ce déjà triste personnage compte-t-il nous embarquer ? La suite au prochain épisode, lequel, maintenant arrive à la vitesse du cheval au galop !

Pourquoi tant de hargne ?

Pour mettre les points sur les “i“, chacun voit bien que les préoccupations occidentales, contrairement à ce qu’elles disent, ne vont pas dans le sens d’un rétablissement de la paix civile en Syrie, d’une réconciliation inter-communautaire entre Arabes sunnites, Kurdes et Alaouites chiites, mais vise essentiellement à un “changement de régime“ ainsi que l’a si bien rappelé le nouveau président de tous les français… ce n’est d’ailleurs au final pas tant Bachar el-Assad qui est en cause que la Syrie, pays laïc, nationaliste, souverain, ennemi d’Israël et obstacle au Nouvel Ordre régional voulu par les États-Unis. Un projet de reformatage de l’espace géographique islamique de l’Indus à l’Atlantique, basé sur la destruction des États nations et leur balkanisation, c’est-à-dire fondée sur la multiplication d’entités communautaires, confessionnelles ou ethniques. Ainsi après l’Irak divisée entre Kurdes, Chiites et Sunnites, la division Nord/Sud du Soudan et l’éclatement tribal de la Libye, la Syrie voit arriver son tour, avant l’Algérie et l’Iran, le dernier gros morceau.

Dans cette perspective, la Syrie se trouve depuis belle lurette sur la liste des États voyous – rogue states – qu’il importe d’agglomérer judicieusement aux États féaux de l’Orient arabe et musulman. Wesley Clark, ex patron des forces alliées dans la guerre contre la Fédération yougoslave – 1999 - et ancien Commandant du Grand quartier général des puissances alliées en Europe – 1997/2000 - a rapporté en 2007 qu’un officier d’état-major lui avait confié dans les couloir du Pentagone, dix jours exactement après le 11 Septembre 2001, que l’invasion de sept pays islamiques était déjà planifiée sur cinq ans : Irak, Syrie, Liban, Libye, Iran, Somalie et Soudan. [12]

San Francisco 3 oct. 2007 : « Le 11-Septembre… nous avons eu… un coup d’État politique dans ce pays. Des types impitoyables ont pris la direction de notre politique étrangère… Je suis allé au Pentagone 10 jours après le 11-9… J’y suis allé pour voir Donald Rumsfeld, avec qui j’avais travaillé dans les années 70… Et alors que je descendais pour quitter le Pentagone, un officier de l’État-major m’appelle dans son bureau et me dit : “Je veux que vous sachiez que nous allons attaquer l’Irak“. J’ai demandé “Pourquoi ?“ Il a répondu “Nous ne savons pas“. Je lui ai dit “Avons-nous établi un lien entre Saddam Hussein et le 11/9 ?“ Et il m’a répondu que non ! ».

… « De retour au Pentagone, six semaines plus tard, j’ai revu le même officier et lui ai demandé “Est-il toujours prévu que nous attaquions l’Irak ?“ Il a répondu “Monsieur, vous savez, c’est bien pire que ça“. Il a pris un document sur son bureau et me dit : “J’ai reçu ce mémo du Secrétaire à la Défense… lequel dit que nous allons attaquer et détruire les gouvernements dans 7 pays en 5 ans. Nous allons commencer par l’Irak, et puis nous irons en Syrie, au Liban, en Libye, Somalie, au Soudan et en Iran“. J’ai dit “7 pays en 5 ans !“ Je lui ai demandé “est-ce un mémo top secret ?“ Il me répondit “Oui, Monsieur !“ Je lui ai dit : “ Alors, ne me le montrez pas“ - Il allait le faire - « sinon je vais en parler“. J’ai gardé cette information pour moi pendant longtemps, 6 ou 8 mois, j’étais tellement abasourdi que… je ne pouvais pas croire que cela fût vrai, mais c’est bien ce qui s’est passé ».

La Syrie une étape vers l’Iran

Qui ne voit et ne comprend que la Syrie constitue une étape supplémentaire - après la Libye et avant l’Algérie au Maghreb - dans l’agression programmée de l’Iran, élément du dispositif de contention à échelle continentale de l’Heartland eurasiatique, Russie et Chine ? La Syrie alliée de l’Iran, du Hezbollah, Parti gouvernemental au Liban, et du Hamas à Gaza, contrarie fortement l’expansionnisme inhérent à la constitution d’un Grand d’Israël, de la Mésopotamie à la Mer Rouge, a connu cette dernière décennie des multiples tentatives de déstabilisation, à commencer par l’accusation de détention d’armes chimiques (dont on reparle actuellement) ou d’avoir fomenté et perpétré en 2005 l’assassinat de l’ex Premier ministre libanais et homme d’affaires, financier et acolyte de M. Jacques Chirac, Rafic Hariri, accusation soutenue par un Tribunal pénal international constitué pour la circonstance, et au final plus ou moins piteusement abandonnée en raison des faux témoignages et autres “forgeries“ sur lesquels elle s’appuyait.

À présent nous voyons se répéter sous nos yeux le scénario déjà utilisé contre la Yougoslavie, l’Irak, la Libye, s’efforçant de déclencher une guerre civile sous couvert de la prévenir, ceci en attisant les divisions ethniques, politiques et religieuses latentes pour aboutir à l’éclatement du pays et à son morcellement en entités faciles à manœuvrer car sans poids géopolitique. N’auraient été les veto russe et chinois le 5 octobre 2011 au Conseil de sécurité, la tragédie aurait déjà été consommée. Aujourd’hui cependant les puissances occidentales qui se sont jurées la perte du Baas syrien, veulent en finir. Littéralement parlant, l’explosion de la propagande noire des premiers jours de juin 2012 sont des signes qui ne trompent pas. Ou le régime s’effondre de lui-même, ou les puissances maléfiques de l’Occident sous tutelle israélo-américaine, interviennent. Psychologiquement nous devons nous y préparer… reste l’inconnue des conséquences d’une telle intervention, notamment de la part de la Russie dont la passivité n’est pas acquise quoiqu’en pensent nos boute-en-guerre !

Notes

[1Le Monde 11 juin

[2Ibid.]. Chacun appréciera la remarque suivant laquelle la retenue, et même la vertueuse patience, des rebelles serait extrême dans la mesure où “il n’y a pas encore eu d’acte de revanche“ ! Ce serait en vérité la toute première fois dans l’histoire des guerres intestines que des atrocités seraient commises d’un seul côté. C’est aussi prendre les lecteurs du quotidien vespéral Le Monde pour plus niais qu’ils ne sont, car enfin il doit bien exister des limites dans la complaisance et la soumission intellectuelles, non ?

Pourtant ce “point de bascule“ que Mme Clinton et M. Annan espèrent tant ou croient avoir trouvé à Houla ne semble cependant pas encore véritablement atteint puisqu’il a fallu doubler le coup par l’annonce d’un nouveau massacre dix jours plus tard à Mazraat al-Qubair,[[Alex Thompson, reporter de la chaîne britannique Channel 4, dans un entretien à Russia Today - 9 juin - raconte comment des éléments de l’Armée Syrienne Libre l’ont délibérément dirigé vers une zone de tirs de l’armée syrienne, cela dans le but évident d’exploiter son décès probable à des fins de propagande. Circulant dans la région sous contrôle rebelle où a eu lieu le massacre de Mazraat al-Qubair dans la province d’Hama, le 5 juin (où 80 villageois, des femmes et enfants, auraient été liquidés - tuerie aussitôt automatiquement attribuée à Damas), Thompson témoigne de l’impuissance des observateurs des NU à conduire la moindre enquête ayant été pris sous le feu rebelle.

[3Voir article connexe « Djihadistes, salafistes et mercenaires - Les brigades internationales du nouvel ordre mondial » http://www.geopolintel.fr/article50...

[4Président du “Conseil national syrien“ depuis août 2011, Burnam Galioun démissionnaire a été remplacé le 9 juin à Istanbul - où se trouve le siège du Conseil - par le Kurde suédois Abdel Basset Sieda d’origine syrienne… un choix de personne destiné à se rallier la grosse minorité kurde (environ 400 000 très présents dans les villes d’importance) représentée par le Conseil national kurde qui ne s’est pas encore joint au Conseil national syrien, le premier revendiquant tout de go la décentralisation, l’autodétermination et le fédéralisme politique.

[5Body of Lies“ - Mensonges d’État –film de l’Anglais Ridley Scott - 2008.

[6Ahmed Chalabi - futur membre du Bilderberg - fut choisi par le Département d’État pour prendre la tête du Congrès national irakien, organisation fantoche et fourrier en “forgeries“ en tous genres utiles à légitimer l’invasion de l’Irak… par exemple les unités mobiles de production de gaz neurotoxiques ou la collusion du régime avec Al Qaïda… alors que l’islamisme était radicalement proscrit de l’Irak baasiste ! Chalabi fut ministre du pétrole entre 2005 et 2006 et vice-premier ministre de 2005 à 2006 dans un pays démocratiquement ravagé par une guerre civile sans visage et sans nom, avant d’être rattrapé par son passé, notamment la faillite frauduleuse de la banque jordanienne Petra.

[7Voir article connexe “La Russie se prépare à la guerre“

[8AFP juin 2012

[9Rapport “Enfants dans les conflits armés“ présenté à New-York le mardi 12 juin 2012.

[11Un exemple archétypique, le “Syrian Observatory for Human Rights“ basé à Coventry près de Londres. L’Observatoire syrien des droits de l’homme est tout à la fois référence unique de la gens journalistique et le fournisseur officiel du Département d’État américain et du Quai d’Orsay pour ce qui a trait au statistiques de mortalité unilatérale violente sur le territoire syrien. Car, superbe exploit, cette auguste institution se limite à un seul individu, Rami Abdulrahman, installé dans un magasin de vêtements dont la vente constitue son activité alimentaire. Ce Syrien arrivé en 2000 au Royaume-Uni est en effet le fondateur, gérant, directeur et unique personnel de l’OSDH principale fenêtre sur le monde de la tragédie syrienne.

[12Le 2 mars 2007, interrogé sur DemocracyNow, Clark révélait que dix jours après le 11/9 - les invasions de l’Irak et de la Libye, et de plusieurs autres pays du Proche-Orient étaient déjà planifiées. Il revenait à la charge le 3 octobre 2007lors d’une conférence à San Francisco.

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