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La Turquie et Sarkozy 

Léon Camus

mardi 10 janvier 2012

La France dans le collimateur de la Turquie néo-ottomane.
Pénalisation de la contestation du génocide arménien, chômage, désindustrialisation, récession… le génie politique sarkozyste est à l’œuvre ! La France de 2012 fait grande pitié. Il y a trente ans, les Japonais rachetaient discrètement nos industries, puis vinrent les Indiens et les Chinois, maintenant ce sont les fonds souverains qataris qui rachètent quelques gros lambeaux de nos splendeurs défuntes… Nous ne parlons évidemment pas ici du PSG !

Jusqu’en 1999, la France parvenait encore, bon an mal an à équilibrer ses importations avec ses exportations. À présent, chaque mois, le déficit de la balance commerciale atteint 7 mds d’€. Et ça ne s’arrêtera pas là ! Or que fait le président Sarkozy pour remédier au mal, ralentir le déséquilibre de la balance commerciale et au-delà, limiter la casse de nos industries ? Rien si ce n’est désobliger gravement l’un de nos partenaires commerciaux vitaux, la Turquie en l’occurrence, jusqu’à la rupture diplomatique ou presque, pour une « stupide » affaire de génocide dont la négation devrait être pénalisée si le Sénat marche dans la combine (pardonnez ces expressions un peu désinvoltes, mais elles sont le mieux adaptées à décrire le comportement des élites inversées de la Ve République finissante)… Car il n’y avait évidemment rien de plus urgent à faire dans le contexte de crise majeure et de récession qui est le nôtre à cet instant précis de grande incertitude ?

Chômage et récession… les deux mamelles de la République sarkozienne

Chômage, désindustrialisation, récession, le mandat présidentiel de M. Sarkozy s’achève sur un bilan de catastrophe. Le chômage, selon les chiffres du ministère du Travail [1], toucherait actuellement quelque 2,8 millions de personnes soit son plus haut niveau depuis les 2,849 millions recensés en novembre 1999. Or, le taux de croissance prévu pour les deux semestres à venir étant nul, il n’y a plus aucun espoir que les entreprises réembauchent avant longtemps. Au contraire, elles auront davantage tendance à alléger leurs effectifs. Fin 2012, le taux de chômage devrait en principe se monter à 10,7%. En une seule mandature M. Sarkozy aura donc réussi l’exploit de créer un million supplémentaire de sans-emploi ! Ajoutons qu’au cours de la dernière décennie la France a perdu 750 000 emplois industriels, ce qui donne la mesure du dépérissement accéléré de notre économie productive, sans compensation et sans reconversion.

Ajoutons pour compléter le tableau que la désindustrialisation pèse désormais très lourd dans le déficit budgétaire puisque les rentrées fiscales diminuent tendanciellement : à titre indicatif notons que le manque à gagner en termes de recettes publiques aura été de 196 mds en 2009. Comment dans ces conditions espérer rembourser une dette en croissance exponentielle (il s’agit bien entendu d’une clause de style) alors que la croissance économique est en état de mort clinique ? Dette qu’aucune mesure d’austérité ne saurait être en mesure d’endiguer, même en saignant les cochons de payants à blanc !

Quelques heures à peine après le sommet franco-allemand au cours duquel la chancelière Merkel et M. Sarkozy se mirent d’accord pour imposer à l’Euroland une plus grande discipline budgétaire, l’Agence de notation Standard and Poor’s plaçait sous surveillance les notes d’endettement à long terme de quinze pays sur seize de l’Euro zone. À commencer par les six pays sur-cotés AAA, dont la France et l’Allemagne… pour leur part, les États-Unis ayant vu leur note abaissée en août dernier, nous avons de la sorte sous les yeux un cliché assez précis de l’état de délabrement et de sujétion des économies occidentales, de la tyrannie des marchés, de celle des bailleurs de fonds et de leurs Agences de notation, maîtres incontestés des peuples et des États [2].

Perspective de dégradation qui pourtant n’émeut guère M. Après-nous-le-déluge [3], car pour le président Sarkozy la perte du triple AAA « ne serait qu’une difficulté de plus, et pas insurmontable » ! Reste qu’un déclassement signifie pour la France un surcroît de dettes et par conséquent pour les contribuables hexagonaux une insupportable surcharge pondérale d’impôts et de taxations diverses et variées dont la fameuse TVA sociale… Qu’à cela ne tienne, un troisième plan de rigueur est en passe de voir le jour pour tenir l’objectif de limitation volontariste de déficit en 2012. Un nouvel effort qu’exige l’Ocde (!) à hauteur de 0,4% du Pib, en l’occurrence près de 8 milliards d’euros qui s’ajouteraient aux deux plans précédents de 12 et 7 mds d’€ annoncés fin août par le Premier ministre Fillion. De quoi désamorcer un peu plus – s’il était possible – la pompe qui fait circuler l’argent dans les artères économiques !

Ce que la pénalisation de la négation du génocide arménien devrait nous coûter

C’est dans ce contexte - que nous nous devions de rappeler - que le gouvernement ne trouve rien de mieux à faire que de déclencher avec la Turquie – l’un de nos importants partenaires – une crise sans précédent : le 22 décembre les députés français, dans un palais Bourbon aux travées vides au quatre cinquième, examinaient et adoptaient un projet de loi pénalisant lourdement la contestation des génocides reconnus par la loi, en particulier le génocide en 1915 des Arméniens sur le territoire ottoman. Une négation du génocide arménien passible d’un an de prison et de 45 000 € d’amende… excusez du peu ! Dès lors, entre Paris et Ankara, rien ne va plus ! Le texte ayant provoqué la fureur du gouvernement turc qui ne reconnaît pas le caractère génocidaire des massacres d’Arméniens, admettant 500 000 morts là où les Arméniens avancent le chiffre d’un million et demi.

Si l’on se reporte aux réactions de la Turquie lors de la reconnaissance officielle du génocide arménien par la France en 2001, nos intérêts ont du soucis à se faire : Ankara avait à cette époque coupé court aux négociations conduites avec les entreprises françaises relatives au projet Nabucco (un gazoduc contournant la Russie). Puis en 2008 - après l’annonce en 2006 du projet de loi pénalisant la négation du « génocide arménien » - elle avait bloqué l’entrée de Gaz de France dans le projet. La Turquie avait alors gelé sa coopération militaire avec Paris et fermé son espace aérien aux avions militaires français assurant la liaison avec nos troupes en Afghanistan. Des représailles toujours précédées de menaces que les Turcs nous ont appris à ne pas prendre à la légère.

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, aurait quand même déclaré, assez faux derche, [4] que « cette proposition de loi est intellectuellement, économiquement et politiquement une connerie sans nom. On n’a pas à se lancer dans un concours des génocides (...) pour tenter de récupérer les voix des Français d’origine arménienne. C’est ridicule ». Effectivement « économiquement une connerie sans nom » dans la mesure où les entreprises françaises pourraient se voir exclues du marché turc comme les en ont menacées Ankara. Plusieurs contrats sont en train d’être signés dans le secteur du gaz notamment… et M. Juppé d’ajouter : « Il ne faut pas oublier que les Turcs viennent de commander 100 Airbus, qu’il y a 1000 entreprises françaises en Turquie, dont Axa… Personne ne pourra dire qu’il n’avait pas été informé ». Car la France est le troisième investisseur étranger en Turquie et Renault y produit sa voiture électrique. À bon entendeur salut. Maintenant ce dont M. Juppé ne parle pas, ce sont les à-côtés d’un tel projet et ses raisons ultimes…

En effet, si la Turquie est le troisième marché français à l’exportation hors Union européenne et Suisse pour un montant de 6,3 mds d’€ exportés en 2010, elle est aussi l’un de nos importants fournisseurs avec 5,4 mds € d’importations cette même année. Les entreprises françaises y sont fortement implantées et 400 sociétés y sont présentes avec 11,5 mds € d’investissements directs cumulés. Aussi la Chambre de commerce française en Turquie forte de ses 400 membres, dont un tiers de sociétés françaises, a-t-elle annoncé au lendemain de l’adoption par l’Assemblée de cette nouvelle loi mémorielle qu’elle entendait faire pression sur le Sénat afin que ce texte nuisible soit définitivement enterré !

Rationalité gigogne d’un « Texte » stupide visant à « réprimer la contestation des génocides reconnus par la loi ».

L’arbre ne devant jamais cacher la forêt, c’est ailleurs que dans de triviaux motifs électoraux qu’il faut alors aller chercher les raisons profondes d’une loi aussi stupide qu’inopportune… Car une lecture hâtive nous en donnerait à tort l’apparente cause première : un procédé de basse politique purement électorale comme l’avait été en 2001 la reconnaissance des grands massacres de 1915 destinée à drainer les 200 000 voix potentielles de l’électorat d’origine arménienne (sur une communauté estimée à 500 000 âmes), procédé repris en 2006 toujours aux abords de présidentielles… Certes cela est bel et bon et a indéniablement joué un rôle important dans l’adoption d’un texte pourtant marqué du sceau de la bêtise la plus crasse si l’on se place au seul point de vue de ses dommages collatéraux, diplomatiques et économiques au moment où il s’agirait plutôt de sauver les meubles dans le naufrage en cours.

Il est cependant difficile d’imaginer que nos politiques puissent être stupides à ce point, quel que soit leur mépris de l’intérêt national, de la France d’en-bas et du peuple des travailleurs… Quelles que soient la vigueur de leurs sordides ambitions ou leur indifférence à l’égard des après-demain, ils savent que leurs ambitions, aussi égocentrées soient-elles, exigent un minimum pour perdurer. Or si ce minimum n’a pas été dans ce cas respecté, c’est que d’autres raisons, beaucoup plus puissantes, les ont induits à promouvoir contre tout bon sens élémentaire, en faisant passer au second plan les impératifs sociaux, économiques et budgétaires, une loi aussi évidemment contre-productive, et ce, jusqu’à l’absurde… si l’on se place bien entendu du seul point de vue de la rationalité et des intérêts bien compris de la Nation France. Mais il faut croire que leurs priorités sont ailleurs !

En fait, il s’agissait non pas d’un mais de deux gains électoraux assurés, celui de la communauté arménienne et celui de la communauté juive, dont le vote, en tant que tel, n’existe pas comme chacun sait. Au-delà, ce choix n’était pas seulement pragmatique mais d’une nature supérieure, à savoir « idéologique ». Il s’agissait en effet de se concilier simultanément les faveurs des Juifs de France et celles de l’État hébreu en sauvant la Loi Fabius-Gayssot mise à mal ces derniers temps par le déverrouillage d’un certain nombre de conscience ainsi que par d’indéniables progrès en matière de critique tant juridique qu’historique.

Cette loi – scélérate aurait-on dit en d’autres temps [5] - en venant s’amalgamer à une autre loi - à la fois spécifique et générale : la pénalisation de la contestation des génocides reconnus par la loi – doit redonner une consistance à un texte à bout de souffle, cela en arrimant la vérité shoatique révélée - selon les canons des lois pharisaïques – à d’autres « vérités » protégées elles aussi par la loi… À contresens absolu de tout ce qui fonde l’essence même de nos sociétés jusqu’ici réputées démocratiques en ce qu’elles jouissaient d’une liberté principicielle de pensée et de parole.

La mémoire mise en péril

Alors que la Loi spécifique - et unique en son genre - du 13 juillet 1990 protégeant la version dogmatique de faits remontant à la SGM, commençait à prendre eau de toutes parts - notamment parce qu’elle est désormais dénoncée pour ce qu’elle est : une anomalie juridique contraire à l’esprit des Lois - et devenue candidate, depuis l’adoption de la QPC (Question préalable de constitutionnalité), à se voir assurément exclue avec pertes et fracas des prétoires, sauf forfaiture juridique... mais il est vrai que le terme même de « forfaiture » a été effacé du vocabulaire juridique depuis quelques décennies, modernité oblige ! La loi pénalisant la « négation de tous les génocides » constitue à n’en pas douter, pour la loi Gayssot-Fabius, une bouée de sauvetage salvatrice censée prolonger ou réhabiliter des garde-fous institutionnels sans lesquels apparemment l’édifice shoatique serait en soi menacé de péril [6].

Qui ne saurait voir cette dimension évidente – l’ultima ratio totalement passée sous silence - motivant une loi prodigieusement incongrue mais promue en dépit de tout et malgré les critiques acerbes qui se sont, pour une fois, déchaînées contre elle. Bref, il s’agissait de se concilier les bonnes grâces de la Communauté – mais pas seulement, car il n’était pas seulement question d’un simple calcul mais bien d’un devoir - en lui donnant un gage supplémentaire [7] de l’engagement de l’État à lui garantir par la force des lois la pérennité de l’un de ses symboles les plus chéris, parmi les plus rentables politiquement, diplomatiquement, sociologiquement et financièrement parlant [8]. Fût-ce par le truchement de dispositions exorbitantes du droit commun (en réalité le droit devient, à ce tournant de l’histoire, une sorte de cloaque où se mêle indistinctement les dogmatiques confessionnelles et l’ordre public) et de ce fait parfaitement anticonstitutionnelle, tout ceci au prix de dommages diplomatiques et économiques majeurs. Mais que la France crève pourvu que ses minorités nationales se déclarent satisfaites  [9] !

L’intérêt national n’a rien à voir avec celui de l’oligarchie au pouvoir

Épisode qui a le mérite de situer précisément – pour ceux qui savent encore lire le grand livre des événements - les intérêts défendus par l’actuelle présidence et sa clique, non au service du pays, mais au profit exclusif de l’Étranger et de ses diasporas hexagonales. Après tout n’avons-nous pas démarré une nouvelle guerre en Syrie – laquelle ne dit pas encore son nom reste que M. Sarkozy a enjoint ce 3 janvier 2012, devant un parterre d’officiers de marine, le président syrien « à quitter le pouvoir » ? Non pas pour le roi de Prusse mais pour le bon plaisir des lobbies qui gouvernent et s’agitent à Washington dans les couloirs du Congrès et de la Maison Blanche, à Tel-Aviv et au bar du Fouquet’s !

In fine avec cette nouvelle loi mémorielle qui se refuse à se dire comme telle, nos subtils oligarques se félicitent de faire d’une pierre deux coups, d’abord en réalisant un bon coup électoraliste tout en s’imaginant renforcer les dispositions légales terroristes déjà existantes – terroristes en ce qu’elles instituent un crime contre la pensée d’essence totalitaire - mais encore, en envoyant, par le truchement du Parlement français, un méchant coup de Jarnac à la Turquie avec laquelle l’entité israélienne est actuellement en bizbi (de bisbille) : rupture des relations diplomatiques suite à l’affaire du Mavi Marmara [10], refus de présenter des excuses de la part de Tel-Aviv, menaces réciproques… ce qui n’empêche pas l’un et l’autre – dont l’alliance stratégique n’a pas été dénoncée – de faire cause commune en vue d’abattre le régime baasiste et laïc de Damas !

En résumé, la répression de la contestation « des » génocides , ne pourra que s’avérer être une loi stupide à tous points de vue : non seulement de celui relatif à l’intérêt bien compris des Français (lesquels devront subventionner et renflouer toujours plus un État en faillite, tout comme ils devront bientôt mendier leur emploi), mais aussi parce qu’elle ne peut que se révéler pernicieuse pour ceux qui, à Tel-Aviv et à Paris, pensent à tort qu’elle servira leurs intérêts locaux ou hégémoniques.

Car, si la Communauté parvenait à dépasser des calculs à courte vue, elle se rendrait bien compte que le bateau coule et qu’il n’est plus temps de sauver une loi mémorielle condamnée de toutes façons. Et que la maintenir contre vents et marées ne sera à terme que contre-productif… Il est vrai qu’en « affaires », aujourd’hui, seul le gain immédiat compte ! Cependant, que le Sénat laisse ou non passer ce texte, dans tous les cas de figures, cela ne réparera que très partiellement les dégâts déjà produits par son annonce, lesquels se traduiront – inéluctablement – par des destructions surnuméraires d’emplois, pourtant vitaux en ce moment car le pronostic vital de la nation se trouve engagé pour tous français confondus, indépendamment de leurs origines et de leurs allégeances …

Et ce ne sont pas les déclarations consternantes de M. Devedjian, ancien ministre et député UMP [11] qui calmeront le jeu lorsqu’il déplore « que la Turquie menace tout le monde, Israël, Chypre, la Grèce… » ! Peut-être eut-il fallu s’en apercevoir un peu plus tôt, avant de laisser financer l’intégration européenne de la Turquie par Bruxelles, pour un montant de 900 millions d’€ en 2008 (500 en 2007), alors que les Français s’étaient clairement prononcés en 2005 contre son entrée dans l’Union… Ajoutant« Cette loi n’est pas mémorielle. Elle ne se contente pas de rappeler des événements historiques. C’est une loi qui punit le négationnisme outrancier. Le mot outrancier a son importance puisqu’il n’empêche pas le débat intellectuel… C’est un acte politique, au moment où la Turquie veut entrer dans l’Union européenne et apparaître comme un pays qui défend les droits de l’homme, cette loi permet de révéler l’attitude de la Turquie sur la scène internationale et montre bien que la Turquie n’est pas le pays des droits de l’homme ». Incidemment, M. Devedjan – merci à lui - nous apprend que, malgré l’antipathie marquée de M. Sarkozy à l’encontre de la Turquie, celle-ci n’a pas vraiment renoncé à s’imposer à l’Europe [12]… Ce qui ne saurait absolument nous surprendre sachant que depuis des lustres Washington a réservé à Ankara une place de choix au sein de l’espace marchand de libre-échange qu’est en réalité, exclusivement, l’Union européenne…

Le Ministre turc des Affaires étrangères, le Dr Ahmet Davutoglu lui avait déjà répondu la veille du vote de la dite loi !

« La loi ne peut pas statuer sur la véracité d’un « événement ». La loi ne peut qu’encadrer les actes et les actions qui vont se produire dans le futur. Et surtout, elle ne peut pas sanctionner la manière dont les événements historiques doivent être débattus. Préserver la mémoire des événements tragiques du passé ne requiert pas nécessairement que ceux-ci soient enfermés dans un moule juridique bien déterminé. La liberté d’expression n’efface pas les souvenirs du passé mais permet la détermination de la réalité historique… ».

« Le fait que cette proposition de loi soit discutée à l’Assemblée nationale le 22 décembre, date anniversaire de l’assassinat à Paris du diplomate turc Ylmaz Çolpan par l’organisation terroriste arménienne Asala (en 1979) pose inévitablement la question de savoir si ce jour a été particulièrement choisi pour satisfaire l’esprit terroriste qui a assassiné notre diplomate… ».

« Cette proposition législative, en réalité, est aberrante dès son origine. Un état qui dicte à sa propre société ce qu’elle ne devrait pas dire à travers des lois et des dogmes, dicte également à la société ce qu’elle doit dire. C’est là que se trouve le vrai danger… L’histoire peut-elle être réduite jusqu’au point d’être forcée à se fonder sur des intérêts politiques et une conception du pouvoir simpliste découlant de jugements personnels ? Qui doit décider de la relation entre l’histoire et le droit ? Et comment le faire ? Formuler un jugement sur l’histoire et le regard du politique sur l’histoire relève-t-il de la fonction d’un Parlement ? ».

« Pourquoi voulez-vous empêcher que les historiens et les scientifiques analysent, examinent et interrogent les faits historiques ? Pour quelle raison voulez-vous détruire le cadre de la discussion libre et surtout pourquoi le faites-vous maintenant ? Des réponses honnêtes à ces questions montreraient le genre de mentalité ou de raisonnement soutenant l’initiative qui sera entreprise demain à l’Assemblée nationale… Aussi, voudrais-je faire appel à l’opinion publique française, ainsi qu’à l’Assemblée nationale : au lieu de faire taire l’histoire, laissez les vérités historiques être débattues ».

Notes

[1AFP 26 déc. 2011

[2En ce qui concerne la France celle-ci affiche en effet les moins bons ratios budgétaires du « club » des triple A : en 2011 son déficit public est à 5,7% du Pib et sa dette voisine les 90% du Pib avec une balance commerciale structurellement déficitaire. Cependant la note de la France n’est pas menacée d’une dégradation d’un point, comme les cinq autres triple A européens, mais de deux !

[3AFP 12 déc. 2011

[4Canard Enchaîné 21 déc.

[5Annie Kriegel, publiciste anciennement trotskyste et sur le tard kabbaliste, ne s’insurgeait-elle pas en son temps, le 2 avril 1990, dans les colonnes du Figaro contre « l’insupportable police juive de la pensée » ? Dans la nuit du 2 au 3 mai 1973, l’Assemblée nationale adoptait en première lecture la proposition de loi antiraciste et antirévisionniste - dite loi Gayssot-Fabius 90-615 du 13 juillet 1990 - par 307 voix pour [communistes et socialistes], 264 voix contre et 2 abstentions volontaires. J.O. Assemblée nationale 3 mai 1990 p. 971-973.

[6Il y a encore deux décennies, il n’était pas question d’une quelconque reconnaissance du génocide arménien puisque La Shoah revêtait un caractère à ce point exceptionnel qu’il ne pouvait y avoir d’équivalent dans l’Histoire de l’Humanité. L’islamologue anglo-américain Bernard Lewis après une publication dans Le Monde, le 16 nov. 1993, d’un article niant l’ampleur du génocide arménien sera finalement condamné par un tribunal français en juin 1995. Mais l’histoire étant dialectique par nature, vint un moment où les lois mémorielles de plus en plus battues en brèche, il devint intéressant de noyer le poisson.

[7AFP Varsovie 27 déc. 2011. La France en temps de crise trouve toujours et encore les moyens de ses choix idéologiques en débloquant 5 millions € pour le camp d’Auschwitz-Birkenau. L’Allemagne de son côté accorde 60 millions, la Pologne 10 millions, l’Autriche 6 millions, les États-Unis 15 millions de $ et la Grande-Bretagne 2,5 millions de £, soit 2,8 millions d’euros. L’UE a débloqué 4 millions d’€ et Israël 900.000 $.

[8Norman Finkelstein « L’industrie de l’holocauste : réflexions sur l’exploitation de la souffrance des juifs ». Son livre http://fr.wikipedia.org/wiki/L&#8217 ;Industrie_de_l’Holocauste défend la thèse d’une « industrie » exploitant sous des dehors éthiques l’holocauste juif pour en tirer pouvoir et capitaux… Une industrie ayant à sa tête des organisations juives américaines poursuivant des buts de suprématie ethnique par le biais des gains politiques et financiers induits par cette culture victimaire (Wikipedia).

[9RIA Novosti, Bakou 30 décembre 2011. Un communiqué adopté par le Parlement azerbaïdjanais, souligne qu’en cas de l’adoption de cette proposition de loi « résultant de volontés malveillantes de certains groupes politiques et de lobbyistes ethniques, elle ne pourra qu’entacher l’autorité de la France aux traditions démocratiques ».

[10Le 31 mai 2010, en route pour Gaza soumis à un blocus hermétique israélien, le bâtiment humanitaire turc Mavi Marmara est pris d’assaut dans les eaux internationales par des commandos de choc de Tsahal, neuf militants turcs sont tués dans cet abordage d’une rare violence.

[11AFP 27 déc.

[12Le britannique Sunday Telegraph, dans un entretien avec le Président turc Abdullah Gül, publié le 20 nov. celui-ci estime que la Turquie pourrait devenir le « moteur de croissance » de l’Europe, forte qu’elle est de son poids démographique (85 millions d’habitants en 2025) et de sa croissance, mettant ainsi en avant le dynamisme économique turc en contrepoint de la crise structurelle de la zone euro convaincu que l’intégration de la Turquie à l’Union pourrait sauver l’Europe. Pourquoi pas puisque le Qatar s’y emploie déjà ?

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