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La confusion états-unienne du national et de l’international

Pierre Dortiguier

jeudi 5 janvier 2012

Entre les remarques judicieuses de la Chine sur le comportement des Etats-Unis, en ce mercredi financier noir, retirons cette observation que jamais une loi nationale, comme celle proposée par le Président Obama pour sanctionner tout organisme financier qui serait en liaison avec la Banque centrale d’Iran n’a de portée internationale. Là est la formule de l’impérialisme américain de se substituer au monde et de prendre la partie pour le tout. Cette confusion a d’abord pris une allure missionnaire, lorsque tel Président appelait à son aide « les nations unies », d’où la fortune de l’expression, pour partir en croisade contre le Japon. Il ne s’agit pas de juger du fond, qui est l’affaire des historiens indépendants ou de cour, mais la science politique cherche à formuler une pratique : il semble que cette manie américaine de parler pour autrui et d’assimiler ses intérêts à ceux des autres concurrents, ou de traiter ces derniers comme des citoyens américains, pose la question suivante : quel est le domaine de la souveraineté des Etats-Unis ? Quel en est le principe ? La réponse ne peut être que l’univers dans le premier cas, et le messianisme pour le second.

Quand les Américains ont élu Obama, ils ont élu un apôtre, un prêcheur d’une religion démocratique, à condition de bien distinguer entre un peuple guide ou éclairé et des peuples encore empêtrés dans ce Moyen-âge d’où l’on a voulu retirer avec plus ou moins de succès dernièrement le Japon et, à coup de deux semonces mondiales, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie ! C’est le cas de figure de l’Iran du jour : puisqu’il ne se conforme pas aux intérêts états-uniens, il faut donc se substituer à ses institutions, le gouverner malgré lui et au besoin contre lui : ce qui crée cette pression de mercredi sur les marchés et la nécessité d’injecter des dollars pour calmer un rial enflammé !

Lorsqu’un clone espion tel que le RQ-170 Sentinel est désorienté par l’électronique iranienne, ceci est non pas le succès appréciable d’un peuple en devenir, mais une agression commise contre le sol des Etats-Unis, car le président doit estimer que l’Iran légitimement, sinon légalement lui appartient et que son clone est chez lui dans le ciel de l’Alborz ! Absurdité, direz-vous. Point si l’on examine ce qui tient lieu de philosophie ou de religion aux Etats-Unis dès leur fondation. Il s’agit d’une distinction franc-maçonnique entre la patrie des Lumières ou des Droits de l’Homme, comme le dit emphatiquement la France qui depuis la Révolution Française est une colonie spirituelle américaine fondée par La Fayette, d’une part, et le monde de l’obscurantisme, d’autre part, des dictateurs, des « Droits de l’Homme » et de la Femme, ajoute-t-on, bafoués. Même si nos deux pays viennent en tête dans le concours des femmes battues par compulsion alcoolique ! Ce messianisme ou plutôt ce combat des intérêts recouvert par une idée naïve du « bon pays » contre les mauvais, exactement comme dans le dualisme du Dieu bon et méchant, conduit le monde à se soulever contre les prétentions américaines. Prétention à la puissance qui est du reste une imposture, puisque l’Allemagne vient de démontrer que seul un pays vivant sur ses propres ressources du travail méthodique peut à la fois faire baisser son taux de chômage et être utile au monde ! Prétention à la direction du monde ou leadership qui est contradictoire, puisque celui qui ne se commande pas à lui-même ne saurait gouverner autrui, ce que dit l’étymologie romaine du mot d’empire signifiant d’abord non pas un pouvoir ou une étendue mais ce qui appartient à l’empereur, à celui qui a démontré à sa troupe qu’il savait être maître de la situation ou imperator ! Que cette leçon d’histoire romaine puisse ramener les nations aux justes proportions qui les caractérisent ! Que l’internationale ne soit plus l’expression d’un absolutisme, comme l’ont voulu l’Union Soviétique et les Etats-Unis liés à la même métaphysique ! C’est ce que faisait observer, dans son cours d’ Introduction à la Métaphysique, Heidegger en Europe, dans son pays qu’il n’est plus utile de montrer en modèle !

Que nos hommes politiques croyant se montrer habiles, ceci dit pour toutes nos nations, se sentent attirés par le rêve américain de confondre l’embrassement avec l’étranglement et qualifient leur brutalité de défense des principes de la démocratie ou des droits, et leur intervention militaire d’acte humanitaire certifié par ONG faux-témoins, c’est leur responsabilité ; mais qu’il faille courber la tête devant des actes aussi arbitraires que celui accompli par le président Obama ne fera pas changer l’appréciation que de nombreux penseurs et chefs d’Etat ont eu du système en question. De Gaulle aurait-il approuvé, M. Juppé, cette manière américaine de dicter sa loi à autrui et de peser sur les marchés ? Chacun sait que vous connaissez la réponse, mais n’en ferez pas état, pour ne pas contrarier votre ambition électorale, le « régime des partis ». Quant à ceux qui estiment que les Etats-Unis sont, comme le Canada que visita notre Jacques Cartier de Saint-Malo, une terre d’accueil pour ceux qui cherchent une patrie régénérée, proche de l’homme naturel lié à son propre intérêt, et plus occupé de lui que de sa lignée, il doivent savoir qu’ils sont déjà pour Obama des citoyens relevant en Iran ou ailleurs de l’autorité des Etats-Unis ; qu’il n’y a qu’une vraie nation et que les autres sont des reflets de celle-ci et qu’il convient de casser celles qui demeurent aux yeux de cette confrérie d’illuminés américains, assombries.

D’où provient cette arrogance qui a déclenché ce mercredi noir téhéranais, pour ainsi dire ? Serait-ce une manifestation de puissance ? Aucunement, car la puissance suppose un être stable et l’instabilité ou la volatilité de l’économie américaine submergée par ses propres clients et concurrents ne peut que réagir par un acte d’autoritarisme ! C’est à une pareille hystérie de comportement que le monde assiste, et le sentiment réel des chefs et responsables des Etats serait de ne pas accompagner les Etats-Unis dans cette campagne d’intimidation prenant l’Iran pour le Panama ou le Guatemala des années cinquante, ou encore pour l’Iran de Kermit Roosevelt, quand un diplomate alcoolique pouvait payer des manifestants pour secouer un régime, mais bien de se sentir visés, du plus grand aux plus petits, par ce rappel au leadership.

Déjà le dragon chinois et le grand ours russe ne sont plus les spectateurs des rodéos américains dans le monde. Ils savent ce que c’est qu’un lien durable entre les nations, comme le connut l’Iran antique et le connaît l’Iran actuel, car leur empire en a l’expérience et non pas la simple forme d’habit d’arlequins comme les Anglais et leur ancienne colonie en offrent le spectacle. C’est cette internationale réelle ou multipolarité qui est la réalité et non pas les aboiements de l’imitateur, à la Maison Blanche, du John Bull impérialiste !

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