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Plan de commandement du système de défense antimissile européen

mardi 30 août 2011

B Quelle architecture pour quel système de commandement ?

1. Le C2 sera-t-il « otanien » ou américain ?

Le principal engagement pris par l’OTAN à Lisbonne pour mettre en œuvre une capacité de défense antimissile des populations et des territoires européens réside dans la réalisation d’un système de commandement et de contrôle (C2) allié, sur la base du projet engagé au profit de la défense antimissile de théâtre, le programme ALTBMD.

De façon très schématique, le C2 de l’OTAN sera composé de deux éléments : des règles de commandement, qui sont en cours de définition et un logiciel d’une grande complexité qui reliera l’ensemble des senseurs, des effecteurs et autres systèmes de commandement.

C’est ce C2 qui doit permettre à l’OTAN d’assurer au profit de ses membres européens une défense antiaérienne et antimissile balistique intégrée, en s’appuyant sur l’ensemble des moyens nationaux de détection et d’interception disponibles.

On a déjà souligné le défi technique considérable représenté par ce programme, puisqu’il s’agira de fédérer des moyens de nature très différente provenant de plusieurs pays. De plus, à la différence du C2 BMC américain, dédié à la défense antimissile balistique, le C2 de l’OTAN doit se greffer sur un système de commandement et de contrôle de défense aérienne en cours d’adaptation.

La réalisation du C2 de l’OTAN suppose aussi des efforts financiers conséquents. Plus de 600 millions d’euros restaient à financer sur le programme ALTBMD dans sa configuration défense de théâtre et il faut y ajouter les 200 millions d’euros estimés pour son extension à la défense de théâtre, soit un total d’environ 800 millions d’euros sur six à sept ans, pour un budget annuel d’investissement de l’OTAN de l’ordre de 650 millions d’euros.

Le calendrier actuel fixe l’échéance 2016 pour une capacité partielle et 2018 pour une capacité complète.

Les premiers moyens américains ont été déployés en 2011, avec le croiseur USS Monterey équipé du système de combat Aegis. D’ici 2016, la mission de défense antimissile balistique territoriale sera exclusivement assurée par les moyens américains et le C2 américain, et non par un C2 OTAN. La pression est vive pour que soit déclarée dès le sommet de mai 2012 une première capacité opérationnelle de l’OTAN, dite « intérimaire ». Dès lors qu’une capacité OTAN de défense antimissile territoriale serait affichée sans que l’OTAN ne dispose du C2 correspondant, la motivation à financer et réaliser un C2 allié pourrait s’éroder. La tentation serait forte de continuer à considérer que la capacité existe même si le C2 OTAN n’est pas achevé.

En d’autres termes, plus le temps s’écoulera entre la mise en place des moyens américains et les échéances d’un futur C2 OTAN, plus le risque sera grand de considérer que le C2 américain suffit pour l’exercice des missions de l’OTAN liées à la défense antimissile des territoires, c’est-à-dire à la « couche haute », celle où se joue l’interception des missiles à longue portée et qui donne une vision globale de la situation au dessus de l’Europe et de son environnement géographique.

L’OTAN a donc tout intérêt à consolider les échéances fixées pour la réalisation de son propre C2, sans les précipiter cependant, car on risquerait alors d’aboutir à un système dégradé qui ne prendrait pas suffisamment en compte ses besoins et ne pourrait pas correctement remplir la mission.

Au-delà des interrogations sur l’aboutissement de ce programme, une autre question se pose.

Quelle sera la fonction de ce C2 OTAN si l’architecture de défense antimissile territoriale repose essentiellement, pour ne pas dire exclusivement sur les moyens d’une seule nation ?

Rappelons que les moyens de détection et d’interception américains ne sont pas affectés à l’OTAN. Ils sont sous contrôle national américain et resteront reliés au C2 américain.

C’est en bonne partie le raccordement de moyens non américains qui sous-tend l’intérêt et l’existence d’un C2 OTAN. Or à ce jour, la seule contribution européenne envisagée pour le segment « couche haute » est l’alerte avancée planifiée par la France (satellite d’alerte et radar très longue portée). Cette contribution potentielle a été prise en compte lors du sommet de Lisbonne et dans le plan d’action adopté par les ministres de la défense de l’OTAN lors de leur réunion du 8 juin dernier.

La réalisation effective d’un C2 OTAN représente un défi. Elle est cependant indispensable, car par définition, le C2 américain est optimisé pour la défense du territoire américain, et non pour la défense des territoires et des populations de l’Europe.

Source http://www.senat.fr/rap/r10-733/r10...

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