Geopolintel

Tsunamis !

samedi 23 avril 2011

Un tsunami peu en cacher un autre comme l’arbre cache la forêt. La tragédie qui frappe le Japon ne doit en effet pas nous faire oublier le vent de révolte qui balaie le Maghreb et le Machrek. L’heure est grave, non tant pour les conséquences à craindre dans l’immédiat tel l’afflux d’immigrés sur nos côtes, car il faudra bien à un moment ou à un autre prendre des décisions certes fâcheuses pour les droitdel’hommistes, mais rendues nécessaire par l’insolubilité même du problème.

La question qui se pose en priorité au jour d’aujourd’hui est de savoir si en Libye les occidentaux pourront faire machine arrière en renouant avec le « Guide » si celui-ci regagne entièrement le terrain perdu… ou s’ils se verront contraints d’aller au bout de leur logique actuelle en intervenant directement afin de renverser la tendance et d’éjecter le bouillant colonel, sa clique et ses fils ? Les enjeux sont de taille : la Libye avec des exportations d’un million de barils/jour (pour une production de 1,7) pèse relativement peu dans la consommation mondiale (87,4 millions de b/j) mais suffisamment pour accentuer une déstabilisation de marchés déjà fragilisés par la multiplication des crises. L’effondrement boursier du Japon qui s’amorce ne devrait d’ailleurs certainement pas arranger les choses. D’autant que l’Algérie semble devoir se mettre également de la partie : depuis deux mois grèves, occupations, tentatives de marches de protestation se multiplient. Après 19 ans, le gouvernement, gangrené par la corruption et otage de l’armée, se résout enfin à lever l’état d’urgence. Resterait à savoir si l’Algérie va emboîter le pas à l’Egypte, à la Tunisie ou la Libye ? Car si l’Algérie produisant 2,1 millions de b/j, entre dans la tourmente l’impact sur les marchés commencera à se faire réellement sentir. De ce point de vue, l’hiver 2012 devrait être rude pour les finances des pays importateurs avec des crises sociales prévisibles et allant crescendo.

Pour revenir à Lybie, celle-ci a déjà fait une première victime en France en la personne du nouveau ministre des Affaires étrangères, M. Juppé qui se voit doublé et contredit par l’histrion médiatique B.H. Lévy lequel, court-circuitant le Quai d’Orsay, a depuis Bengazi enjoint le Président de la République de reconnaître les oppositions à Mouammar Kadhafi, soit le Conseil national de transition, comme l’unique « représentant légitime » du peuple libyen. Geste imprudent sinon dément qui a provoqué la plus profonde consternation de la part des partenaires européens de la France, alors même que la Russie et la Chine ont mis leur veto au Conseil de sécurité à l’encontre de toute intervention directe telle que l’instauration d’une zone d’interdiction aérienne.

Exit Juppé donc, mis hors-jeu aussitôt que nommé (un candidat potentiel de moins pour 2012 !) et dont les positions affichées étaient celles de son homologue allemand Guido Westerwelle : "Nous ne voulons pas être aspirés dans une guerre en Afrique du Nord »… Car tel est bien ce qui nous pend au bout du nez.

Le 11 février dernier, Hosni Moubarak démissionnait contraint et forcé après 18 jours de manifestations. Un mois après les chars et les blindés sillonnent toujours les rues du Caire, d’Alexandrie, de Suez où le couvre-feu est maintenu… la bourse est fermée, les hôtels sont vides. Et en dépit de la transmission des commandes au Conseil suprême des forces armées, de l’abolition de la constitution et de la dissolution du Parlement, malgré la perspective de nouvelles élections, les incidents sanglants se multiplient, la criminalité déferle et les affrontement intercommunautaires, radicaux musulmans contre Coptes chrétiens ont repris. Bref une situation explosive comme au Yémen et à Bahreïn où les troupes saoudiennes sont entrées lundi 14 mars 2011 avec l’aval des É-U, plus regardant et plus vétilleux lorsqu’il s’agissait de l’occupation du Koweït par l’Irak en août 1990 !

Il n’y a donc pas que les réacteurs nucléaires nippons qui risquent d’exploser, l’embrasement régional n’est pas à exclure et l’État hébreu qui à la suite du meurtre d’une famille de colons, notamment en annonçant insolemment la construction de vingt mille habitations supplémentaires en Cisjordanie occupée, s’emploie à l’évidence à mettre de l’huile sur le feu. Cela dans le but évident de pousser les États-Unis à la guerre et les Européens avec.

Décidément le voyage à Lampedusa était urgemment opportun pour ceux qui nous préparent avec assiduité à importer les conflits d’un Orient devenu si voisin en même temps qu’il entrait en état d’ébullition, un Orient qui est aussi installé chez nous avec ses passions, ses attaches et ses révoltes. Mais qui faut-il dénoncer ? L’immigration ou les idéocrates bi-nationaux qui nous l’ont imposée par la force de la loi, du terrorisme intellectuel et du chantage moral, et ce grâce à la veulerie, à la complicité et à la trahison de nos élites ? Bref la guerre campe peut-être à nos portes de sorte qu’elle risque aussi d’entrer chez nous.

Carmichael 15 mars 2011

—  1 commentaires  —

© Geopolintel 2009-2015 - site réalisé avec SPIP, optimisé pour Firefox - l'actualité Geopolintel avec RSS Suivre la vie du site