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Obama a-t-il un quelconque rapport avec Morpheus, le sauveur de l’humanité cavernicole de la trilogie Matrix ?

Jean-Michel Vernochet

mercredi 5 août 2009

L’homme s’est englouti dans l’inconscience d’un cauchemar virtuel… un sommeil qui précède la mort où l’ont précipité les éternels joueurs de flûte, ceux qui conduisent les peuples aux abîmes des rêves morphiniques, condamnés qu’ils sont à baigner dans l’épais liquide amniotique du mensonge.

Non Obama n’est pas Morpheus [1]… ou alors celui-ci est la création la plus parfaite de la Matrice, cette machine à domestiquer l’esprit humain capable d’organiser contre elle-même de fausses conspirations ou de susciter de vains espoirs… ces rêves toujours déçus qui suivent comme leur ombre toutes les fausses semblances, les pseudo messies et les simili hommes nouveaux !

Le spectacle de tous ces braves gens voyant le sauveur planétaire dans la personne du sieur Obama a été plutôt réjouissant tant est prodigieuse la capacité des foules à espérer, à transférer et à cristalliser leurs désirs et leurs anxiétés sur un personnage, fût-il une simple image… Lorsque les patriciennes romaines visitaient la couche des gladiateurs, elles étreignaient l’être-là dans toute sa puissance organique… Les foules modernes, elles, se contentent d’aduler des hommes et des chimères de carton pâte… autres temps autres mœurs !

Alors qui êtes-vous M. Obama au-delà du sourire laqué et de la cravate impeccable ? Prenons les choses à la racine : vous n’êtes ni blanc ni noir et vous vous situez à la confluence des trois monothéistes. Votre père, musulman kenyan est réputé avoir eu un aïeul Falasha, il vous prénomme Hussein du nom du fils d’Ali gendre du Prophète ; divorcée, votre mère vous inscrit dans une école catholique de Djakarta en Indonésie [2], par ailleurs vous apprenez la récitation coranique dans une madrassa… bien que vous juriez aujourd’hui ne pas être musulman ! Et votre prestation de serment lors de la cérémonie d’investiture a fait quelques gorges chaudes ! Pour avoir trébuché sur un mot, il a fallu la répéter le lendemain, à huit clos, à la Maison-Blanche, la main sur la Bible ! Qu’en déduire ? Last but not least, l’un de vos cousins par alliance, est un rabbin de race noire du Southwest Side à Chicago…

Obama est né coiffé

Musulman, Chrétien évangéliste, vous voilà bordé comme il faut ! Vous incarnez à la perfection ce melting pot, ce creuset racial et social, base de l’american dream… un rêve américain qui tourne aujourd’hui au cauchemar pour des centaines de milliers de familles jetées hors de leur demeure et sur les routes par d’impitoyables saisies hypothécaires.

Il n’y a rien à dire de votre parcours de rêve, aussi brillantissime que fulgurant, lequel vous conduit de l’Université de Columbia où le maître du jeu d’échec planétaire, Zbgniew Brzezinski [3] vous initie aux arcanes de la géostratégie de l’Amérique-monde… à la corpo de droit d’Harvard où vous devenez le premier afro-américain à diriger la Harvard Law Review ! Inutile avec tel palmarès d’avoir été initié chez les Skulls & Bones pour prétendre atteindre aux sommets de l’État fédéral… À quarante trois ans vous voilà sénateur de l’Illinois… siège que depuis, après votre élection à la présidence, le gouverneur en titre a essayé de vendre… Ce qui fait tache… ah la belle Amérique où tout se vend et tout s’achète, même les fonctions électives !

Blague à part, au-delà des sornettes que nous débitent par tombereaux les médias du monde libre, on jugera l’arbre à ses fruits. Ce que ne voient pas les foules médiatiquement aveuglées par les projecteurs et les caméras braqués sur Guantanamo [4], ce sont les 17 000 « untermenschen » sans aucun statut juridique, des non-personnes en quelque sorte, qui croupissent dans les bases militaires de l’empire MacDo, telles Bagram en Afghanistan, un nouvel et discret archipel du goulag astucieusement dispersé à travers le monde et dont les tortionnaires patentés viennent de bénéficier de l’absoute présidentielle !

L’arbrisseau étant destiné à cacher la forêt, Obama s’est par ailleurs bien gardé d’abroger le Patriot Act [5], texte essentiellement liberticide : tous - potentiellement - coupables, les Américains, et plus encore tous ceux qui osent se risquer à penser contre l’Idole. Tous ceux qui, de près ou de loin, s’aventurent à blasphémer le monothéisme du marché, se trouvent désormais dans le collimateur de Big Brother [6]. Il est d’ailleurs sidérant de voir à quel point personne ne parle, ici et là-bas, de cette loi totalitaire et matricielle de contrôle et de surveillance de la société civile.

Obama se révèle à travers ce simple fait l’homme de la continuité. Bush était un bourricot incapable de sortir des rails des textes prémâchés que lui fournissaient ses conseillers… c’était aussi, après le coup d’état silencieux du 11 Septembre 2001, l’otage du pouvoir invisible, celui du complexe militaro-industriel et des charognards de Wall Street. Un remake hi-tech de Pearl Harbor qui a permis aux Néo-cons de lancer l’Amérique, face à une communauté internationale tétanisée, dans une Guerre sans limites contre l’Axe du Mal !

Considérant l’infernal bourbier irakien, il est toujours loisible de se gausser de GW Bush après la chute de Bagdad, claironnant sur le pont du porte-avions Saratoga : « Mission accomplie » … La mission de l’Amérique et de ses commanditaires était effectivement en cours d’accomplissement : la Mésopotamie autrefois florissante sous la méchante dictature de Saddam Hussein, n’est plus à présent qu’un douloureux champ de ruines en proie à une guerre civile larvée soigneusement allumée et entretenue par les grands prêtres des prophéties auto-réalisables. Ce sont en effet les idées de Michael Leeden [7], chantre du chaos constructif, qui sont depuis 2003 en application de la théorie géopolitique dite du Choc des civilisations… une idéologie sur mesure en vue de soumettre à la sphère d’influence anglo-saxonne et d’annexer la composante islamique de l’humanité. Une aire civilisationnelle qui se montre hélas rétive aux lois du libre Marché et à leur expression politique autrement nommée « démocratie » !

Les É-U par un fabuleux tour de passe-passe - une révolution orange à dimension planétaire -sont en définitive parvenus à inverser l’image et l’impression désastreuse laissées par Bush… Avec Obama, l’Amérique et le monde sont donc passés des ténèbres à la lumière à l’instar de la France du 11 mai 1981 avec l’élection de ce parrain de sous-préfecture qu’était Mitterrand. Or, les lendemains qui déchantent arrivent au galop.

Soulevant l’enthousiasme des foules planétaires, Obama, dents blanches et haleine fraîche, n’a en rien rompu avec la politique hégémonique de Républicains : l’occupation de l’Irak, elle se prolongera pour la décennie à venir et au-delà ; la guerre afghane quant à elle, s’étend à bas bruit médiatique au Pakistan voisin en pratiquant, sous couvert de lutte contre les Taliban wahhabites, une politique ethnocidaire d’épuration des tribus pachtounes. Et pour accomplir sa sale besogne, Washington a enrôlé une Union européenne à la servilité exemplaire, sous sa bannière, celle de l’OTAN… qui se substitue partout aux casques bleus de l’ONU réduits désormais à jouer les figurants d’opérette.

Enfin, la crise financière est le prétexte et l’occasion de restructurer en profondeur l’hypercapitalisme mondialisé, d’opérer des concentrations inenvisageables jusque-là, de racheter à vil prix des pans entiers du parc industriel des pays tiers et d’assujettir plus étroitement les pays du Sud fournisseurs de matières premières par le truchement de la Banque mondiale et surtout d’un FMI aux mains du socialiste français Strauss Kahn… organisme d’intervention et de tutelle dont les pouvoirs et les capacités ont été renforcés jusqu’à constituer l’embryon d’une gouvernance mondiale. La matrice, sous couvert d’aide, assoit son emprise sur les peuples et les nations émergentes en les assujettissant aux règles de la bonne gouvernance économique …

Enfin la crise, sous couvert de moraliser les marchés à permis de lancer une vaste offensive contre ces vils concurrents que sont les paradis fiscaux, en réalité des rivaux jugés intolérables à l’égard des banques de la Cité de Londres et de Manhattan, tout comme le changement climatique servira de son côté à imposer des normes économétriques permettant d’encadrer étroitement les économies nationales au sein du Marché Unique Mondial.

La Révolution mondialiste et matricielle est en marche… Obama est son prophète, la grâce soit sur Lui ! Élu pour assurer la restauration et l’expansion du pouvoir hégémonique de l’Amérique, l’homme au visage couleur de miel, sera aussi cependant et à n’en pas douter, celui de toutes les amertumes.

« Advertising and its twin, public relations, became a way of deceiving on a scale imagined by those who had read Freud and applied mass psychology to anything from cigarettes to politics. Just as the Marlboro Man was virility itself, so politicians could be branded, packaged, and sold ».
29 avril 2009. « Obama’s 100 Days » John Pilger.

Notes

[1Dans la trilogie divagante des frères Wachowski, Morpheus, couleur de Jais, chef d’une humanité cavernicole, missionne Néo, l’Élu, pour libérer les humains de la tyrannie de la Matrice… laquelle a asservi, au sein d’un univers virtuel, l’esprit de l’homme à la Machine … Le mythe du divin Platon, celui de la perception pariétale du monde, revu et corrigé à la baisse par la Grosse Pomme !

[2Daniel Pipes -L’enfance musulmane de Barak Obama- FrontPageMagazine.com - 29 avril 2008.

[3Conseiller du Démocrate Jimmy Carter, il est le grand théoricien de la construction du Nouvel Ordre International et de la politique de contention de la Russie. Voir « Le grand échiquier ». 1997

[4Le scandale n’étant pas en soi l’existence du Camp X-Ray hébergeant à la dure des combattants irréguliers, prisonniers du champ de bataille, mais que la communauté internationale ait tardé si longtemps - par complicité objective et par lâcheté – à dénoncer les violations totales des lois et traités internationaux, des Conventions de Genève relatives aux prisonniers de guerre, autrement dit d’avoir toléré, au mépris des droits de la personne et du droit tout court, un no man’s land juridique aux antipodes absolus de l’État de droit. Tout aussi dérisoire, l’os à ronger lancé à l’opinion, avec les 44 photos de torturés dans les prisons américaines et sans poursuite des tortionnaires.

[5Le « USA PATRIOT Act » - Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act - Loi pour unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme a été votée par le Congrès américain le 26 octobre 2001 et renouvelé par le Parlement le 2 mars 2006.

[6Lire et méditer « 1984 » de George Orwell. Une ordonnance présidentielle permet depuis le 11 septembre, l’élimination physique de personnes jugées dangereuses pour la sécurité des É-U. Un concept extensible aux porteurs d’idées ou d’analyses contraires aux intérêts américains. Thierry Meyssan, animateur du Réseau Voltaire et auteur de l’Effroyable imposture s’est ainsi réfugié au Liban.

[7Michael Ledeen, rédacteur de la néo-conservatrice National Review, fut le conseiller pour les affaires internationales de Karl Rove, éminence grise jusqu’à sa démission en 2007 du président GW Bush. Ledeen occupe la « chaire de la liberté » au sein du think tank American Enterprise Institue où il œuvre aux côtés de Richard Perle. Ancien collaborateur des services secrets américains, israéliens et italiens, son nom est associé à l’attentat qui fi, en 1980, 85 morts à la gare de Bologne dans le cadre de ce qui fut appelé la « stratégie de la tension » visant à barrer la route du pouvoir au PCI. Il est également l’un des membres fondateurs du Jewish Institute for National Security Affairs et consultant du cabinet de relations publiques Benador Associates, grands spécialistes du viol des foules par la propagande de masse.

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