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Les coulisses de la terreur

Vingt-troisième partie : Amicale affairiste ou réseau de renseignement ?

lundi 27 septembre 2010

Archive 2001

Tels que nous les avons vus hier, les lien d’argent entre la sphère politique de Washington et le monde du pétrole, américain ou arabe, déterminent assez largement les positions prises vis-à-vis des islamistes et de leur bras armé, le terrorisme : malgré les déboires constants, la politique étrangère des Etats-Unis revient tout aussi constamment vers le soutien aux islamistes, et encore tout dernièrement en faveur des groupes marocains, à qui une forme de protection juridique a été offerte par l’ambassade américaine… protection qui a choqué l’opinion publique.
Sur le territoire des Etats-Unis les liens d’affaires sont très puissants : l’amicale affairiste fonctionne parfaitement.

La galerie de portraits des dirigeants de Carlyle (voir notre édition d’hier), organise son opacité ; mais elle donne quelques indications sur la vraie nature du groupe.
Frank Carlucci, on l’a vu, est le président du conseil d’administration. Très lié à la famille Bush, mais aussi à Donald Rumsfeld qu’il a connu étudiant à Princeton, Carlucci entretient d’excellentes relations avec les oligarchies financières et politiques du Proche-Orient. Il est l’un des administrateurs de la Rand Corporation et l’homme important de l’influent Center for Middle East Public policy. Il dispose aussi de solides connexions en Extrême-Orient, où il préside notamment l’US Taiwan Business Council, dont les membres américains importants sont les sociétés Boeing, General Electric, Honeywell, Babcock & Wilcox. Membre du très controversé Council on Foreign Policy, créé par la famille Rockefeller, il appartient à la Trilatérale, comme bon nombre d’hommes influents à Washington.
Lorsqu’il officiait au Pentagone, Carlucci s’est lié notamment avec Caspar Weinberger, qui fut lui aussi secrétaire à la Défense sous Reagan, aujourd’hui président de Forbes Inc, Richard Stilwell, fils du général Stilwell qui fut l’un des fondateurs de l’OSS et de la CIA, Colin Powell et Richard Armitage, ancien patron de la CIA en Asie du Sud-Est, ancien secrétaire d’Etat adjoint à la Défense et numéro deux actuel du Département d’Etat dirigé par Colin Powell -que l’establishment washingtonien considère comme une « créature » de Weinberger, Armitage et Carlucci.
Le fils de Colin Powell, Michael, fervent promoteur de la dérégulation des marchés, a été nommé par le président Bush à la tête de la Federal Communications Commission (FCC). Il travaille régulièrement pour Carlyle dont les membres influents « protègent sa carrière », explique un haut fonctionnaire du Département d’Etat.

En 1982, lorsque Carlucci quitta le Pantagone, ce fut pour rejoindre l’année suivante, en qualité de président, la société Sears World Trade (SWT), conçue sur le mode des Sugososha japonaises, sociétés de renseignement économique. SWT a été accusée de servir de couverture à des opérations d’espionnage des services américains. Le Washington Post a révélé que SWT disposait d’une filiale secrète conseillant des entreprises américaines et étrangères spécialisées dans la vente d’armes. Finalement, SWT a fait faillite en 1986, ce qui a permis à Frank Carlucci de toucher un chèque d’indemnités confortable. L’un des responsables de SWT, Grant S. Green Jr., ancien conseiller pour la Sécurité nationale de Ronald Reagan, est aujourd’hui le sous-secrétaire d’Etat pour le Management de Colin Powell.
Avec son ami Richard Armitage, expert comme lui en montages financiers très spéciaux, Frank Carlucci est aussi derrière la création, en 1985, de la société de gestion de fonds d’investissement The Blackstone Investment Group. A diverses reprises, cette société, accusée de se servir de certaines de ses filiales pour mener des opérations commanditées par la CIA, a défrayé la chro≠nique. Ainsi, Blackstone aurait servi à des transactions visant à acheter de la matière fissile dans l’ex-Union Soviétique et a été impliquée dans des affaires douteuses au Mexique, en Russie et en Indonésie. Là, Blackstone et Carlyle ouvrirent un bureau à Jakarta juste avant la crise financière de 1998. Grâce aux relations de Carlucci et Armitage avec Suharto, les deux sociétés auraient ainsi réalisé de considérables profits en spéculant en Bourse.
Maurice « Hank » Greenberg, président-directeur général d’AIG, a brigué la direction de la CIA en 1995. Cet ancien des services de renseignement de l’armée a été président et directeur de la New York Federal Reserve. Il est, aujourd’hui, membre du conseil d’administration du New York Stock Exchange et vice-président du Council on Foreign Relations, membre de la Trilatérale et de la société Bilderberg, président de l’US-China Business Council et l’un des principaux donateurs de The Heritage Foundation.
Vice-président d’AIG, Frank Gardner Wisner II est membre du conseil de direction d’Enron depuis octobre 1997. Cet ancien ambassadeur des Etats-Unis en Inde, aux Philippines, en Egypte et en Zambie, qui fut sous-secrétaire d’Etat pour les Affaires de politique et de défense sous le président Clinton, a été également chargé de la sécurité au Département d’Etat. Expert en espionnage économique pour le compte de la CIA, il est le fils de Frank G. Wisner, vétéran de l’OSS pendant la Seconde Guerre mondiale. L’un des créateurs de la CIA actuelle, dont il fut directeur adjoint, Frank Gardner Wisner Il est, par ailleurs, responsable de l’Office for Policy Coordination (OPC), chargé des opérations secrètes en temps de paix.
Enfin, Allen W. Dulles, directeur de la CIA de 1953 à 1961 sous les présidents Eisenhower et Kennedy, fut -comme son frère John Foster Dulles, secrétaire d’Etat d’Eisenhower- un grand avocat d’affaires de Wall Street. Durant des années, les deux frères ont été les avocats de Prescott Bush, le grand-père de l’actuel président des Etats-Unis. Et Eric Laurent (« La guerre des Bush ; secrets inavouables d’un conflit » ; Edition Plon 2003) nous rappelle que Prescott Bush faisait de juteuses affaires avec l’Allemagne nazie, en 1942 encore. Directeur de l’OSS à Berne entre 1942 et 1945, Allen W. Dulles, lui aussi, a été impliqué dans des affaires très lucratives de collaboration économique avec de grandes entreprises du IIIe Reich, contre lequel les Etats-Unis étaient pourtant officiellement en guerre depuis 1941.


Quand les assurances font du renseignement

On y songe guère mais les grandes compagnies d’assurances mondiales sont, par définition, des observateurs soigneux de l’environnement politique. Et il leur arrive de mélanger plusieurs sortes d’affaires…
American International Group (AIG) est un poids lourd des assurances américaines, qui compte Henry Kissinger parmi ses conseillers. AIG bénéficie de la plus forte capitalisation boursière de toutes les sociétés de services financiers (198,4 milliards de dollars en 2000). Troisième pôle d’investissement au monde, AIG détient aussi une licence pour gérer des services bancaires dans trois pays, dont les Etats-Unis depuis 1999, et dispose de succursales dans 130 autres pays. Elle est la plus importante compagnie étrangère au Japon et dégage plus d’un tiers de son chiffre d’affaires en Extrême-Orient.
L’ancêtre d’AIG fut C.V Starr Insurance Company, du nom de son créateur Cornehus V. Starr, un ressortissant britannique né en Californie et décédé en 1968. Starr avait commencé sa carrière en 1919 en vendant des polices d’assurances à Shanghaï.
Après l’invasion de la Chine par le Japon en 1939, il s’installa à New York et y fit la connaissance de William Donavan, « Wild Bul », le directeur de l’Office of Strategic Services (OSS, l’ancêtre de la CIA), l’homme clé de la célèbre Insurance Intelligence Unit (IIU) mise sur pied par l’OSS dès le début de la Seconde Guerre mondiale.
Pendant la guerre, la C.V Starr Insurance Company avait son siège dans le même immeuble new-yorkais que l’IIU. Cette proximité a lié l’AIG à la CIA pour toute la suite. Ainsi, l’AIG fut impliquée avec Goldman Sachs et l’Arkansas Development Financial Authority dans les opérations de blanchiment d’argent de la drogue organisées par la CIA dans le cadre de ses activités au Nicaragua entre 1982 et 1988.
L’AIG apparaît également dans le scandale de la BCCI, dont une figure centrale était Khaled Ben Mahfouz. Par ailleurs, le plus gros actionnaire de l’AIG partage un siège social aux Bahamas avec la société Capital Investment Group, très présente dans les affaires de la CIA et du Cartel de Medellin.


L’amicale affairiste

L’amicale affairiste, entre le renseignement et le business, ramène toujours peu ou prou à la CIA et à deux questions centrales : Blackstone et Carlyle appartiennent-elles à la même entité ? Sont-elles des excroissances de la centrale américaine de renseignement ? Si on ne peut pas pleinement répondre à cette question, on peut néanmoins apporter quelques précisions concernant les relations troubles que la CIA entretient avec le secteur financier américain. Pour cela, il suffit d’examiner attentivement l’organigramme des sociétés financières américaines les plus importantes et le Who’s who de l’agence.
C’est ainsi que l’actuel vice-président du New York Stock Exchange, Dave Doherty, est un ancien conseiller général de la CIA. Directeur légendaire de l’agence durant les années Reagan, et maître d’œuvre des scandales de l’Iran-gate et des Contras nicaraguayens, William Casey a été président de la Security Exchange Commission (SEC) sous le même Reagan. A.B. « Buzzy » Krongard, qui s’illustra dans le scandale de la BCCI, aujourd’hui numéro trois de l’agence, fut président de la banque A.B. Brown, devenue filiale de Bankers Trust en 1997, puis vice-président de BT-ABB, avant de rejoindre en 1998 le cabinet du directeur de la CIA, George Tenet.
Rachetée par la Deutsche Bank en 1999, BT-ABB figurerait en bonne place dans le Top 20 des banques américaines soupçonnées de blanchiment massif d’argent. BT-ABB fait également partie de la liste des institutions bancaires suspectées d’avoir effectué des mouvements de capitaux illicites dans le contexte des attentats du Il septembre 2001. Il faut rappeler ici qu’Alex. Brown & Sons a été l’un des investisseurs financiers à l’origine de la création de Carlyle.


La famille Bush travaillait avec l’Irak

George Herbert Bush, le fils de Prescott, on sait qu’il passa sa carrière de vice-président et de président des Etats-Unis à octroyer de très généreux prêts à l’Irak de Saddam Hussein. Il conseilla, en 1990, « oublier » les propos du maître de Bagdad qui venait pourtant de menacer d’attaquer Israël avec des armes chimiques. Dix-huit mois plus tard, le président Bush, lui aussi fils de Prescott, attaquait Saddam Hussein, qui avait envahi le Koweit.

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