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Socialisme du XXIe siècle : l’expérience vénézuelienne

Compte rendu de la conférence de Eva Golinger

mercredi 8 juillet 2009

Salle du Sénéchal, Toulouse, le 1 avril 2009.

Eva Golinger, avocate et professeure Étasunienne d’origine vénézuelienne, étudie depuis six ans l’ingérence des États-Unis dans les pays d’Amérique Latine.

Quelques repères historiques de l’avant Chavez

Après la chute de la dernière dictature en 1958, un lien fort s’établit entre les Etats-Unis et le Venezuela. Romulo Betancourt consolide les institutions démocratiques. Un pacte entre les trois partis politiques est signé à New York concernant le partage du pouvoir. Les Américains ont pénétré les partis politiques dans les années 60. Ainsi un agent de la CIA dirigeait les services de police du pays pratiquant tortures, enlèvement et attentats sur le sol Vénézuélien. Lorsque le gouvernement vénézuelien a demandé son extradition au Venezuela alors qu’il coulait des jours paisibles à Miami, les Etats-Unis ont rejeté cette demande.

Rafael Caldera Rodriguez occupe la présidence entre 1969 et 1974. Sous la présidence de Carlos Andrés Pérez Rodriguez (1974-1979), celui-ci nationalise l’industrie du pétrole. Cependant si celui-ci avait annoncé la non privatisation des services publics, une fois élu il annonce des privatisations demandées par le FMI. Durant cette période apparaissent d’importantes différences de classes sociales, et la corruption de l’Etat s’amplifie. L’inflation est galopante et l’on craint une privatisation du pétrole. Alors qu’en 1989 le Président Carlos Andrés Pérez Rodriguez revient au pouvoir, en février 1989 le peuple réagit et proteste dans la rue, occasionnant des pillages. L’armée est envoyée contre le peuple. Des tirs de l’armée sur la population font des milliers de morts notamment lorsque l’armée tire sur les habitants aux fenêtres de leurs maisons. Pour Eva Golinger, cet événement constitue le début de la révolution bolivarienne.

Chavez à la conquête du pouvoir

En 1992, un groupe de militaires tente une prise du pouvoir. L’auteure fait remarquer qu’à la différence des pays comme l’Argentine et le Chili, la plupart des officiers de l’armée sont issus du peuple. Hugo Chavéz Frìas intervient à la télévision pour exposer les idées de Simon Bolivar et dénoncer le gouvernement comme assassin et criminel. Il est incarcéré avec d’autres de ses compagnons. En 1993, Carlos Perés a quitté le gouvernement pour cause de corruption et s’exile à Miami et à ce jour n’est toujours pas revenu au Venezuela. En 1994, Rafael Caldera retrouve le pouvoir en faisant la promesse de campagne de sortir Chavez de prison. Sorti de prison, Chavez entreprend de parcourir le pays pour promouvoir les idées bolivariennes pendant quatre ans. Durant les années 90, le pays s’enfonce dans une politique répressive avec le recrutement forcé des jeunes de familles modestes notamment à la sortie des boîtes de nuit.

En 1999, présentant un programme de « révolution bolivarienne » visant à éradiquer la pauvreté Chavez se présente aux élections face à l’ancienne Miss Univers en tête dans les sondages. Les résultats des élections de février 1999 donnent finalement Chavez gagnant avec 55%. Il met en œuvre la réforme institutionnelle en associant le peuple. Elle est approuvée à plus de 77% lors d’un référendum du 15 décembre 2005 [1] [2]. Elle institue des droits civils, sociaux, culturels et économiques (alimentation, éducation, logement, santé, culture, sport, cultures indigènes). C’est le droit à une vie digne que la constitution doit appliquer à la vie quotidienne.

Dans les premiers temps, Washington a observé ce qui se passait au Venezuela. Le Venezuela a assuré la présidence de l’OPEP à l’époque où le baril était à 7 dollars décidant de relever les prix pour que les pays producteurs en profitent. C’est à ce moment que les Etats-Unis commencent à percevoir le gouvernement comme une menace et ils proposent un plan pour étendre le pacte de libre échange en Amérique Latine. Chavez a été le premier à le refuser et l’Union d’Amérique Latine a été rejeté par d’autres pays. C’est à partir de là qu’un regroupement d’opposition contre Chavez se constitue à l’intérieur du pays notamment contre la redistribution des richesses. Washington commence à financer l’opposition.

Le coup d’état du 11 avril 2002

Le 11 avril 2002, un coup d’Etat est mené contre Chavez avec en tête les entreprises et les médias parties intégrantes du complexe militaro industriel. Eva Golinger rappelle que la CIA a joué un rôle dans ces événements. Outre le financement [3] en organisant une marche d’opposition, en postant des snipers sur les toits, en faisant quelques morts, en mettant Chavez en prison en installant un gouvernement d’opposition. Tout cela relayé par les médias annonçant la démission de Chavez. Ainsi les Etats-Unis ont été les premiers à reconnaître le nouveau gouvernement mené par Pedro Cermona, un entrepreneur, autoproclamé président. Celui-ci s’attelle à défaire la constitution. C’est alors que le peuple vénézuelien entre en résistance en défilant dans la rue avec des millions de personnes. A la fin de l’année 2002, le pays connaît un blocage économique. Et durant cette période, il fut planifié de faire assassiner Chavez. En août 2004, l’opposition demande l’organisation d’un référendum révocatoire contre Chavez mais le résultat du vote du 15/08/04 penche en faveur de la non révocation de Chavez (59%).

En 2005, Chavez parle de « socialisme du XXIe siècle » quand auparavant il parlait de la « troisième voie ». Il lui est difficile de négocier avec les multinationales alors que les Etats-Unis adoptent une stratégie plus hostile envers le Venezuela, les médias présentant Chavez comme un dictateur l’accusant de coopération avec les narcotrafiquants. Depuis 2007-2008, le Venezuela est la priorité des Etats-Unis. Les ONG (RSF, Human right watch) ont accusé le Venezuela de violations des droits de l’Homme. Or, on retrouve des membres de ces ONG dans les élites économiques. Cette offensive contre le Venezuela se poursuit encore aujourd’hui [4].

L’Administration Obama et les perspectives de changement des relations avec le Venezuela

L’idée de changement portée par Obama est une stratégie marketing, celui-ci étant lui-même millionnaire et issu de l’élite, c’est un candidat financé par Wall Street. Il ne vient pas du peuple et se garde bien de s’identifier aux afro-américains. Il ne représente pas la gauche aux Etats-Unis qui est inexistante dans le pays. Obama ne veut pas excuser les Etats-Unis pour leur mode de vie. Coupables de la crise, les Etats-Unis continuent avec la même politique [5]. Certes, Obama va corriger le mal qu’a fait Bush mais va plutôt réajuster la politique américaine. Obama ne se différencie guère de Bush dans ce qu’il dit au sujet du Venezuela. Il soutient que Chavez a empêché la démocratie au Venezuela. De même, H. Clinton a déclaré avoir un problème avec Chavez par rapport à son attitude avec son peuple et les pays voisins. Celle-ci entend promouvoir une politique de libre marché. En fait, Obama entend diviser l’Amérique Latine comme l’a fait Bush. Or, en ce moment l’Amérique Latine penche à gauche (gauche progressiste). Obama va soutenir une gauche modérée et isoler le Venezuela. Chavez a critiqué M. Bachelet (présidente du Chili) d’avoir organisé une réunion des pays d’Amérique Latine en relation avec les anglais.

A ce jour, le Venezuela est une menace pour les États-Unis à trois niveaux :

  • Il est une grande réserve de pétrole et les Etats-Unis ne peuvent survivre sans le pétrole du Venezuela alors que le système Américain est en décadence porté sur un consumérisme barbare. Le Venezuela est un pays riche en ressources naturelles mais toutes avaient été délaissées avant Chavez. Aujourd’hui ils ont les ressources mais il manque la technologie.
  • Au niveau de la politique extérieure du Venezuela qui est axée sur la coopération et la solidarité et non l’exploitation (ex. Argentine et Uruguay).Ainsi la priorité du gouvernement est de développer des liens avec les pays d’Amérique Latine, auxquels s’ajouent la Russie et la Chine. Au début de l’année 2009, Chavez était en Iran pour la création d’une banque irano vénézuelienne. La Russie a envoyé 500 tracteurs au Venezuela, il a conclu un partenariat avec le VietNam sur mes technologies solaires, avec la Chine pour produire le premier satellite « socialiste bolivarien ». Ces partenariats contribuent à l’indépendance du Venezuela et menace la domination des Etats-Unis dans la mesure où ceux-ci ne veulent pas que les pays pauvres s’enrichissent et s’élèvent.
  • Au niveau intellectuel, le Venezuela représente aux yeux du monde la « menace du bon exemple », notion employée par Noam Chomsky. Le Venezuela recherche une amélioration de la vie économique et sociale et construit une telle structure le permettant. Les programmes sociaux sont financés par le pétrole. L’éducation est gratuite ainsi que la santé avec un partenariat avec Cuba. La qualité des soins et l’accès gratuit aux soins font que des Américains viennent se faire soigner au Venezuela. Le socialisme du XXI° siècle entend donner le pouvoir au peuple et opérer une décentralisation. C’est un processus de changement à long terme tant l’économie et l’infrastructure du pays étaient en ruine à l’arrivée de Chavez.

Quelques résultats de la politique « socialiste bolivarienne » :

  • La pauvreté extrême est passée de 42,5% en 1996 à 9,5% en 2007.
  • Le nombre de bourses d’études est passé de 2.124 en 1999 à 90.000 en 2007.
  • La mortalité infantile est passée de 21,4% en 1998 à 13,7% en 2007.
  • L’inflation : 1988-1992 : 45,3% ; 1994-1998 : 59,4% ; depuis 1999 : 20%
  • Le chômage : en 1999 : 16,9% ; en 2008 : 6,1%. Taux parmi les plus faibles au monde, plus qu’aux États-Unis.

La crise financière de la fin 2008 n’a pas affecté le Venezuela. Chavez a payé la dette internationale du Venezuela envers le FMI et a retiré les parts que le pays avait dans les banques. Les mesures pour prévenir la crise ont été de réduire le budget de l’Etat de 6% sans amputer aucun programme social. Le nombre de fonctionnaires n’augmente pas et les hauts fonctionnaires sont appelés à diminuer leur frais. L’augmentation des salaires minimum a été portée à 20% et la baisse du taux d’intérêt de 6%. Alors que le Venezuela augmente les salaires et ne coupe pas les budgets publics, cette politique est plus que jamais une menace de « bon exemple » pour les capitalistes. Face à la crise mondiale, chaque citoyen doit choisir un chemin. Et Eva Golinger de conclure en proposant que le peuple Français prenne le modèle vénézuelien pour faire la révolution en France.

Débat avec la salle :

Quelle est l’évolution du rapport entre l’Eglise et le pouvoir ?

Il y a séparation entre les deux. Toutefois l’Eglise est partagée quant à ses positions envers Chavez. Principalement elle utilise son influence sur les gens pour critiquer Chavez, celui-ci à son tour critiquant l’Eglise sur ses positions politiques.

Que deviennent les gens privilégiés aujourd’hui ?

Ils résident toujours au Venezuela et bénéficient même du nouveau système car l’économie est en meilleure santé qu’avant. Il y a néanmoins une persistance du racisme. Les médias sont encore sous la coupe des privilégiés qui votent contre Chavez et qui bénéficient de ses réformes [6]. Beaucoup de gens ont de l’argent au venezuela.

Quelle est la politique extérieure du Venezuela ?

Le Venezuela n’a pas de visée impérialiste lorsqu’elle coopère avec d’autres pays. Si le Venezuela coopère avec l’Iran, cela reste deux pays bien différents. En 2006, les Etats-Unis ont classé le Venezuela comme pays ne collaborant pas à la lutte contre le terrorisme alors que ceux-ci violent le droit international avec le camp de Guantanamo. Chavez a dit qu’il ne soutenait pas les FARC. Les négociations avec eux concernaient les otages. La stratégie des Etats-Unis est de pousser la Colombie dans un conflit régional avec le Venezuela. On assiste à une militarisation de la frontière et une politique de la terreur menée par la Colombie sur la frontière. Alors que l’Amérique latine devient plus communiste (le Salvador a basculé à gauche), la Colombie est tenue par l’extrême droite, agenouillée devant les Etats-Unis dont l’armée est installée sur le sol colombien. Si les prochaines élections devaient voir Santos succéder à Uribe à la tête du pouvoir, ce serait une situation grave car le Colombie joue la stratégie de la division en Amérique Latine et l’élite colombienne menace le venezuela.

Notes

[1Dans la nuit du 15 au 16 décembre 1999, le même jour du référendum sur la nouvelle Constitution, des pluies diluviennes ont frappé le pays dans la région de Vargas, la zone la plus touristique du pays. Les glissements de terrain et les inondations, provoqués par des pluies torrentielles, ont fait de 30 à 50.000 morts. Les services météorologiques de l’armée de l’Air vénézuelienne ont relevé le caractère « exceptionnel » de la pluviosité ayant affecté le nord du pays ces dernières semaines, et plus particulièrement dans la nuit de mercredi à jeudi dernier (AFP, 22.12.99).

[2Les inondations de décembre 1999 au Venezuela, http://venezuelanews.ifrance.com/in...

[3The proof is in the documents : the Cia was involved in the coup against Venezuelan president Chavez , http://www.venezuelafoia.info/engli...

[4Reporters sans frontières contre Hugo Chávez, http://www.legrandsoir.info/article...

[5Eva Golinger déclare que les Etats-Unis tentent de détourner l’attention de la crise économique vers le terrorisme, http://www.debateabierto.net/01_idi...

[6Venezuela : ’Le Monde’ encense un journaliste de RCTV employé par le gouvernement des Etats-Unis, http://www.mondialisation.ca/index....

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