Geopolintel

La NSA espionne le monde

mardi 7 septembre 2010

Depuis quelques semaines, Geopolintel a proposé différents articles sur la société Iridium et ses frasques financières. Tel un Phenix, Iridium renaît de ses cendres après avoir désorbité ses satellites et provoqué une des plus grandes faillites mondiales.

Cette année (2010), la COFACE assurera la viabilité du projet orbital Iridium. La question que nous avançons est pourquoi une société française garantit-elle une entreprise si risquée et de surcroît avec un ancien directeur de la CIA, AB Krongard, spécialiste de la finance ?
Autre paramètre déconcertant : la NSA avait certifié le module de sécurité ISM Motorola Iridium en 2001 avant que n’intervienne sa propre faillite.

Mark Fried, vice-président et directeur général de Motorola Systèmes Information Group avait déclaré :
« La certification de notre module de sécurité Satellite par la NSA nous permet de fournir au gouvernement des États-Unis une autre solution de sécurité d’information ».
http://www.spacedaily.com/news/irid...

Motorola était à cette date sous contrat avec la Defense Information Systems Agency (DISA) pour exploiter et entretenir la jonction DoD Iridium afin de développer et fabriquer le module de sécurité de téléphone portable Satellite 9505.
Entre services commerciaux et renseignements militaires, cette société semble entretenir une inadéquation.
Si la NSA certifie un système satellitaire, son rôle est-il purement civil ?

En 1997, l’administration américaine a adopté la norme de cryptage du Clipper Chip http://epic.org/open_gov/foiagaller... destinée à rendre « écoutables » les téléphones portables (GSM) Capstone Chip. http://archive.newsmax.com/archives...

Septembre 1998
le parlement Européen accuse : une grande partie des communications européennes son interceptées par les services spéciaux américains.

L’Amérique utilise quelques 200 000 agents, de nombreux satellites espions et de gigantesques banques de données. Des ordinateurs pourvus de logiciels d’analyse et de recherche syntaxique décortiquent chaque année des centaines de milliers d’interceptions de tous types.

Zbigniew Brzezinski, est l’ancien bras droit du Président Carter, et aussi l’un des stratèges américains les plus écoutés. Il est notamment l’auteur d’un livre résumant la stratégie américaine : « Le Grand Echiquier ». Le stratège explique que les cibles de Washington ne sont pas seulement l’Irak ou la Libye, mais également les pays amis, à commencer par la France.

La prise de conscience de la puissance des systèmes américains d’interception de communications commence un lundi 19 août 1991. Lors de cette journée, des responsables du KGB et de l’armée soviétique prennent le pouvoir au Kremlin. Ceux-ci sont scandalisés par la décomposition de leur pays et par la conduite de Mikhaïl Gorbatchev. Les putschistes prétendent d’ailleurs que le Secrétaire Général est soudainement tombé malade, et se trouve dans l’incapacité de diriger convenablement les intérêts de l’Union Soviétique. Il se repose dans sa datcha de Crimée. En occident, c’est la stupéfaction. Le président Georges Bush doit décliner la prise de position américaine officielle. Il ne condamne pas les putschistes. Le directeur de la CIA vient d’informer la présidence que Mikhaïl Gorbatchev serait en réalité retenu prisonnier dans sa maison. En ayant fait cette déclaration à la presse, Bush joue une partie fine dans laquelle Mikhaïl Gorbatchev, ami personnel ou pas, ne pèse pas lourd.

Quelques heures plus tard, le Président américain fait une nouvelle déclaration nettement moins nuancée : le gouvernement américain dénonce violemment le putsch et refuse de reconnaître ceux qu’il considère désormais comme des usurpateurs.

Qu’est-ce qui a bien pu motiver un tel revirement, et surtout une prise de position aussi assurée ? C’est un rapport d’écoutes de la National Security Agency (NSA) qui fait état de discussions téléphoniques entre les putschistes. La note de synthèse qui accompagne le rapport souligne le manque d’assurance de ceux-ci, traduit de nombreux désaccord au sein du groupe, et surtout, montre que les commandements régionaux de l’armée soviétique ne les suivent pas. Le rapport de la NSA amène à cette conclusion évidente : ce coup d’état est voué à l’échec. Avec un tel rapport, Bush pourrait se venter de savoir cela avant les russes eux mêmes. Il peut donc condamner le putsch sans prendre de risques et apparaître aux yeux de tous comme le leader courageux et infaillible du monde libre.

Vers la fin de son mandat, Bush fera cette étonnante déclaration publique : « En tant que Président des Etats-Unis, je peux vous assurer que les écoutes sont un facteur essentiel dans notre processus de décision en matière internationale ».

Incontournable NSA

Comme une forme de réplique, le directeur de la NSA a expliqué un jour à la presse : « Il n’y a pas un seul événement de politique étrangère qui n’intéresse le gouvernement américain et auquel la NSA ne soit pas directement mêlée. »

En 1986, deux soldats américains ont été tués dans un attentat à la bombe qui toucha une discothèque de Berlin-Ouest. Bien que l’attentat n’ai pas été revendiqué, la Libye a immédiatement été identifiée comme commanditaire. La NSA avait intercepté et décrypté les communications entre les ambassades de Libye à Berlin-Ouest et à Rome. Quelques minutes après l’explosion, un agent des services secrets Libyens disait dans une communication : « L’opération a bien eu lieu. Elle n’a pas laissée de traces. »

La DST, le service français de contre-espionnage et de lutte contre le terrorisme a bénéficié des services de la NSA, en se faisant communiquer la transcription en clair de messages cryptés entre l’Iran et son ambassade à Paris. Ces informations précieuses permirent l’identification des assassins de l’ex-Premier Ministre Iranien Chapour Bakhtiar.

Pour la Maison Blanche de l’ère Clinton, le renseignement est aussi important que le Dollar ou le feu nucléaire. Naguère, il était un outil décisif dans le cadre de la lutte contre les velléités hégémoniques de l’empire soviétique. Aujourd’hui, il est devenu un atout pour consolider et accroître la puissance des Etats Unis dans tous les domaines : militaire, économique, stratégique, industriel, scientifique...

Le démantèlement de l’empire soviétique n’a donc aucunement entraîné de réduction des dépenses en matière de renseignement, bien au contraire.

Cependant, jamais les Etats Unis ne reconnaîtront officiellement procéder à la surveillance des communications des pays amis.

Qu’est-ce que la NSA ?

Les écoutes permanentes des télécommunications dans le monde (portables, fax, mail, transferts informatiques) et l’imagerie satellitaire sont la charge de la NSA. Cette agence, dont le siège est installé à Fort Meade, dans le Maryland, près de Washington, emploie 100 000 personnes réparties dans les différents centres américains et stations d’écoute implantées à l’étranger. Elle dispose d’un budget annuel évalué à plus de 16 milliards de Dollars (environ 100 milliards de nos Francs).

Selon un spécialiste américain des questions de renseignement, John Pike, la NSA capterait près de 95% des télécommunications mondiales. Cette masse considérable d’informations serait analysée par des super ordinateurs utilisant des logiciels de traitement et de tri dédiés. Le pourcentage avancé par ce spécialiste ne fait pas l’unanimité, mais il est certain que les capacités d’interception de la NSA sont largement supérieures à 50% du trafic mondial. Lors de l’une des rares interviews qu’il accorde à la presse, le directeur de la NSA a avancé qu’il devait traiter, toutes les trois heures, l’équivalent de la Bibliothèque du Congrès (cette bibliothèque passe pour être la plus grande du Monde).

Le flux d’information traité par la NSA est alimenté en permanence par une cinquantaine de stations réparties dans une vingtaine de pays disséminés sur les cinq continents. Ces stations sont chargées « d’écouter » les signaux émis par les satellites de télécommunication, majoritairement représentés par les Intelsat. Les stations d’écoute les plus importantes sont situées en Angleterre, en Nouvelle Zélande, en Australie, au Japon, et en Allemagne (voir la carte située plus bas dans cet article).

Ces stations d’interceptions de signaux satellites reçoivent l’information : soit par interception directe du faisceau d’émission, soit par réception des signaux de satellites spécialement chargés de recueillir ces informations depuis l’espace.

Ces satellites d’interception répondant aux noms de « Mercury », « Trumpet » ou « Mentor » sont également chargés d’intercepter les émissions radioélectriques en provenance de la Terre. Pour mener à bien leur mission, certains de ces satellites - tels que les Mercury- sont équipés d’antennes circulaires faites d’un matériau réflecteur d’ondes ultraléger, dont la surface peut atteindre celle d’un terrain de football. Ces antennes immenses seraient capables de recueillir les signaux émis par les stations relais des téléphones cellulaires. Les rumeurs font état de neuf satellites de ce type disposés autour de la Terre en orbite géostationnaire (environ 36 000 kilomètres d’altitude). Deux de ces satellites survoleraient l’Europe et transmettraient leurs informations à la grande station de Menwith Hill, en Angleterre.

On peut dire que chaque fois que vous avez une conversation téléphonique avec l’étranger et que l’écho de votre voix se fait entendre dans le combiné (signe caractéristique d’une télécommunication utilisant le satellite) celle-ci est traitée par les stations au sol de la NSA.

L’interception des télécommunications transocéaniques

Pour les télécommunication internationales transitant par câble sous marin, des rumeurs avancent que la NSA entretiendrait des relations privilégiées avec les opérateurs téléphoniques des pays les empruntant, afin d’intercepter les signaux dans les stations relais, là ou le câble émerge de l’océan. Relativement à ce dernier aspect de l’interception, précisons qu’aujourd’hui les câbles de télécommunication sous-marins utilisent la fibre optique, ce qui rend impossible l’interception et l’interprétation d’un éventuel rayonnement, chose qui était à l’inverse possible par le passé avec le classique câble métallique.

L’usine à renseignement

Ce sont donc des millions de communications que la NSA intercepte quotidiennement. Tout ce qui est ainsi recueilli aux quatre coins du globe est réexpédié à Fort Meade, endroit où est effectué un tri qui permet de dégager une petite partie de cette masse considérable. Cette opération de tri est réalisée par sélection des numéros de téléphone gardés en mémoire dans les logiciels. Ces numéros sont ceux de ministères, d’ambassades, de services publics d’organisation internationales, d’organisations non gouvernementales, de grandes entreprises oeuvrant dans des domaines sensibles ou susceptibles de concurrencer les intérêts américains dans divers domaines. Parmi ces numéros ont notamment figurés ceux des entreprises russes et chinoises qui ont aidé l’Iran et la Corée du Nord dans le cadre de leur programmes de missiles balistiques.

La sélection des communications est également effectuée par reconnaissance vocale. Précisons que les puces mêmes des ordinateurs Cray chargées de cette dernière tache sont fabriquées à Fort Meade, au sein d’une usine spéciale. Les Cray de la NSA assurent le fonctionnement de logiciels travaillant en synergie avec des banques de données capables d’identifier formellement de nombreuses voix de personnages sous surveillance tels que des personnalités politiques et diplomatiques, des militaires, des chefs d’entreprises, mais aussi des membres connus de mouvements terroristes ou dissidents ainsi que des narcotraficants.

D’autres organismes américains tels que la CIA, le FBI, et départements d’Etat traitant de l’économie, du commerce ou de la Défense font régulièrement parvenir à la NSA des suites de mots clé et d’expressions susceptibles d’être utilisés par des personnes ou des entités faisant l’objet d’une surveillance. Les matériels informatiques de traduction linguistiques en usage quotidien à la NSA permettent de traduire très rapidement en anglais une centaine de langues. Les conversations, fax, mail et autres transmissions faisant apparaître ces suites de mots clé et d’expressions sont alors systématiquement retenues, et les émissions en provenance des numéros d’appel ou de réception signant ces messages sélectionnés sont systématiquement enregistrés et sauvegardés.

Le nombre de communications quotidiennement sélectionnées, sauvegardées et faisant l’objet d’une retranscription (note de synthèse ou rapport) se monterait à environ une quinzaine de milliers.

Internet sous haute surveillance

Le trafic du réseau Internet est évidemment très surveillé, et compte tenu de la nature des informations offertes sur le site que vous consultez en ce moment même, il est très probable que la NSA, entres autres services de renseignement -et à commencer par les nôtres- ait déjà pris connaissance du contenu de cet article bien avant vous...

Patriotisme Américain obligeant, on peut considérer que tous les fournisseurs d’accès à Internet d’outre-Atlantique autorisent la NSA à surveiller les données de leur clientèle. De même que certains sites -majoritairement américains- seraient utilisés -parfois à l’insu de leurs propriétaires- pour consulter à distance le contenu des ordinateurs de certains internautes et les centres d’intérêts de ceux-ci.

Depuis déja quelques temps des rumeurs persistantes font état d’une véritable collaboration permanente entre la NSA et la société Microsoft, dans le cadre de ce type d’interceptions.

La NSA n’est pas la seule agence américaine a « scanner » le Net, puisque toutes les agences et organismes de renseignement américains possèdent leurs propres cellules d’investigation sur Internet ; depuis la CIA jusqu’au service de renseignement intégré de la Navy.

Hormis les interceptions de communications par surveillance et analyses des flux des réseaux publics, la NSA et la CIA utilisent en commun depuis déjà de nombreuses années un service spécialisé dans l’interception hors réseau des données informatiques et téléphoniques, le Special Collection Service (SCS). Généralement, et techniquement, la surveillance hors réseau de l’informatique procède par réception et interprétation des rayonnements électromagnétiques émis par les différents composants des ordinateurs tels que moniteurs et câblerie (lire à ce sujet notre rubrique « Informatique » de ce premier numéro). Dans ce cas, et dans le cadre d’opérations se déroulant à l’étranger, des services amis sont sollicités pour accomplir ce travail, ce dans le soucis de préserver l’anonymat de la NSA (canadiens, anglais, australiens...). Il arrive également que des « correspondants » de la NSA à l’étranger (sociétés privées d’intelligence économique et de veille technologique, etc.) soient sollicitées et convenablement rémunérées pour accomplir ce travail.

Fort de toutes ces informations, la NSA en profite pour éplucher tous les mouvements de fond dans les banques suisses et offshore, lorsque cela est possible pour ces dernières. Citons pour anecdote que c’est grâce à cette pratique qu’elle a découvert que l’un des dirigeants de General Motors cherchait discrètement à placer une somme d’argent très importante. L’origine de la somme fut rapidement trouvée : la firme Volkswagen. Ainsi trahi par les écritures bancaires électroniques, le cadre supérieur américain dut avouer qu’il avait vendu à la firme Allemande d’importantes informations commerciales. Aldrich Ames, qui vendit pendant des années au KGB les secrets de la CIA dont il était l’un des chefs, fut démasqué grace à une interception des émissions éléctromagnétiques de l’ordinateur de son domicile personnel.

Les partenaires de la NSA : le N.R.O.

Dans le domaine de l’image et du visible en général, le gouvernement américain dispose du National Reconnaissance Office (NRO). Ce service, créé en 1961 et officiellement reconnu en 1992, est chargé de la mise au point des satellites de surveillance. Il dispose d’environ 35 milliards de Dollars de budget annuel, et emploie près de 2000 personnes.

La résolution dont serait capable les dernières générations de satellites de type KH permettrait de discerner des objets de moins de 10 centimètres. Ce sont des satellites de ce type qui ont permit d’observer le déploiement des troupes Irakiennes à la frontière Koweïtienne en juillet 1990.

Les satellites de type Lacrosse, équipés quand à eux d’un radar, prennent le relais lorsque les KH 11 se heurtent à de mauvaises conditions météorologiques. Les LaCrosse sont capables d’une précision d’observation à peu près similaire à celle des KH-11.

D’autres satellites spécialisés dans le traitement de l’infrarouge sont capables de relever des différences de température de l’ordre du dixième de degré. La principale mission de cet autre type de satellite consiste à surveiller les mouvements de troupes et d’engins militaires et d’assurer la détection des matériels et installations cachées ou enterrées.

Enfin ; les récents satellites de type KH 12 Improved Crystal autorisent une surveillance de tous les types de signaux précédemment énumérés.

Dans le cadre de ces missions régulières en vol orbital, il faut ajouter à ces satellites le type Ryolithe. Il existerait en outre une nouvelle génération d’engins volants expérimentaux sans pilotes volant à très haute altitude, chargés de missions ponctuelles très localisées géographiquement (cet aspect de la surveillance et de l’observation sera présenté dans un prochain article traitant des drones).

La dernière réussite du NRO est d’avoir mis en place dans l’espace une constellation de satellites relais permettant la transmission d’images numériques en temps réel.

Par la voie de Keith Hall, sont actuel directeur, le NRO s’est engagé en 1997 auprès du gouvernement US à mettre au point une future génération de satellites capables de détecter des installations souterraine profondes.

La C.I.A.

Créée le 17 septembre 1947, la Central Intelligence Agency (CIA) est évidement l’organe de renseignement américain le plus connu du grand public. Le cinéma et la littérature l’ont largement « popularisé » depuis de nombreuses années. « L’Agence », ainsi que les initiés l’appellent, emploie aujourd’hui près de 16 000 personnes, et dispose d’un budget officiel d’un peu plus de 3 milliards de Dollars.

La direction des opérations de la CIA emploierait environ 5000 agents oeuvrant à travers le Monde.

Dernier détail d’importance : le Directeur de la CIA (actuellement en poste depuis 1996 : Georges Tenet, 47 ans) est traditionnellement le coordonateur en temps que Director of Central Intelligence (DCI) de toutes les agences de renseignement des Etats-Unis.

(Dans un prochain dossier, nous présenterons de manière plus détaillée l’histoire et le travail de la CIA).

La D.I.A.

La Defense Intelligence Agency (DIA) est un organe de renseignement exclusivement militaire. Il emploie 19 000 personnes et dispose d’un budget officiel de 2 milliards de Dollars. La DIA coordonne le travail des agences de renseignement de chaque arme de la défense américaine (Air Force, Navy, Army) et dispose de ses propres agents à l’étranger, au nombre de 2000 environ.

Et les autres

Il faut ajouter à cette liste d’autres services tels que le « Secret Service », notamment chargé de la protection de la Maison Blanche de celle du Président et des personnalités politiques importantes ainsi que des ambassades Américaines à l’étranger. Toujours parmis les plus connues peut on mentionner le célèbre Federal Bureau of Investigation (FBI) chargé des opérations de contre espionnage intérieur, de lutte contre le narcotrafic et le blanchiment d’argent, de lutte contre le terrorisme et la grande criminalité.

Il y a en tout une quinzaine d’agences de renseignement américaines employant ensembles près de 200 000 personnes et disposant d’un budget global officiel de 23 milliards de Dollars (environ 150 milliards de nos Francs). On peut d’office considérer que ce budget est minoré, sans qu’il soit possible pour autant d’estimer la réalité.

Le scandale « Echelon ».

En septembre 1998, les députés européens rédigent un rapport virulent dans lequel sont dénoncées les interceptions systématiques des télécommunication des pays de l’Union Européenne et demandent officiellement des explications à Washington ; la demande reste lettre morte. Juste avant eux, respectivement en avril, en mai et en juillet de cette même année, le député Georges Sarre et son collègue René André, ainsi que Jean de Gaulle, avaient posés des questions parlementaires au gouvernement français sur l’existence d’un système mondial d’interception des communications. Les députés Européens affirment ne jamais avoir été informés de l’existence d’un tel système avant la publication d’un livre écrit par un chercheur néo-Zélandais. Le livre, intitulé « Secret Power » et publié en 1996 par Nicky Hager, explique avec force détails l’existence d’une collaboration secrète entre Américains et Anglais appelée Pacte Ukusa. Seraient également membres du pacte Ukusa le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande.

La presse est informée. Les journaux Courrier International puis Le Nouvel Observateur font leur couverture avec ce qui devient « L’affaire des écoutes mondiales américaines ». Les médias audiovisuels Français diffusent une séquence vidéo de la station de réception de Menwith Hill située en Grande Bretagne. Rapidement, en France, la « parano » s’installe. On ne téléphone, ne fax ni ne mail sans une petite pensée pour la NSA. « Ai-je utilisé par hasard dans ma communication un de ces mots clé dont les journaux ont parlé ? » Se demandent autant le jeune étudiant internaute que le cadre commercial d’une agence de publicité.

Le journaliste écrivain spécialiste des questions de défense et de renseignement, Jean Guisnel stygmatise cette période trouble avec la publication d’un livre sur l’ambiguité des rapports Franco-Américains.

Le pacte Ukusa.

En décembre, répondant à une question écrite d’un sénateur à propos d’Echelon, le premier ministre français Lionel Jospin a admis que l’existence d’une coopération internationale associant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande dans un but éventuel d’espionnage industriel « constitue depuis plusieurs mois un sujet de préoccupation publique ». Un peu plus tard, viendra la riposte (ajustée avec pertinence) de Lionel Jospin par l’annonce de la légalisation en France du cryptage de données informatiques.

Ce n’est qu’à la fin du mois de mai dernier que l’Australie est devenue le premier pays membre du pacte Ukusa à reconnaître officiellement sa participation dans le réseau planétaire d’interception Echelon.

D’autres pays seraient devenus, sinon membres, partenaires d’Ukusa, tels Israël et le Danemark. Plusieurs pays non membres ont accepté la construction de stations d’interception Echelon sur leur territoire, tels l’Allemagne avec la station de Bad Aibling, la Corée du Sud avec Pyong Taek, le Japon avec Misawa et même la Chine et Cuba avec les stations de Guantam et de Qitai Korta. La mise en place de la station d’écoute Chinoise fut négociée en 1979 entre Zbigniew Brzezinski et le vice-Premier Ministre Chinois Deng Xiaoping, en présence du Président de l’époque, Jimmy Carter. Ce dans le but, à l’époque, d’intercépter les communications militaires soviétiques.

L’objet initial du pacte « Ukusa » était effectivement de maintenir sous surveillance les activités de l’URSS. Mais depuis l’éclatement de l’Empire, le réseau n’a pas été désactivé et ses missions se sont diversifiées.

Le réseau « Echelon »

Pourtant, le réseau Echelon est bien connu des services de renseignement et de contre espionnage Français. Ceux-ci en ont d’ailleurs profité, dans le cadre des accords de partenariats et de collaboration inter-services occidentaux. Le Préfet Yves Bonnet, ex-patron de la DST sous le premier septennat de François Mitterand, fait allusion à l’usage de ce service dans le cadre des relations de qualité qu’il aurait développé avec les services spéciaux américains, suite à la fourniture des informations en provenance de l’espion soviétique Farewell. Les services secrets français disposent même de leur propre version de ce système adapté à leur budget plus modeste. Des motifs essentiellement économiques. Alors, qu’est-ce qui a provoqué un tel battage autour d’Echelon ? La chose est plus simple à comprendre qu’il n’y parait.

Les Etats Unis sont animés par une farouche volonté de maintenir leur leadership et leur domination Mondial dans tous les domaines ; la France souhaite conserver son indépendance et sa souveraineté.

Les Etats Unis dépensent des milliards dans le domaine de l’astronautique ; la France a un savoir-faire reconnu et apprécié dans le monde entier en matière d’envoi d’engins dans l’espace.

Les Etats Unis veulent vendre leurs avions de ligne et de guerre dans le Monde entier ; la France aussi.

Ces trois exemples parmi beaucoup d’autres constituent l’origine de différents bien naturels, essentiellement culturels et commerciaux. Pour les Français -et les Européens en général- les Américains ont dépassé les limites du tolérable. Les histoires d’importants marchés internationaux perdus au tout dernier moment au profit d’une compagnie Américaine par la faute d’une indiscrétion de la NSA se comptent aujourd’hui par dizaines. Et avec chacune de ces affaires perdues, ce sont des milliers d’emplois en moins, souvent à pourvoir, parfois à maintenir.

On sait aujourd’hui que la NSA a fourni un appui important aux négociateurs américains lors de la partie de bras de fer avec l’Europe portant sur « l’exception culturelle ».

Au département du commerce Américain, il existe même un Office of Executive Support qui assure la liaison avec les services de renseignement. Plusieurs membres de cette cellule sont d’ailleurs détachés de la CIA et de la NSA.

Le Nouvel Observateur parviendra à obtenir une interview de William Odom, ex patron de la NSA sous le mandat présidentiel de Ronald Reagan. Celui répliqua de manière cinglante, voire méprisante, aux accusations Françaises dénonçant ces pratiques :

« Bien sûr que ce genre d’opération existe, et alors ? Ou est le scandale ? Tout le monde essaie d’en faire autant, vous les Français en premier. Mais vous bricolez dans votre coin. Nous, nous avons des accords avec l’Angleterre et le Comonwealth, et donc des moyens considérables. Il vous faudrait des années et des milliards de Dollars pour avoir un dispositif comme le notre. »

Parallèlement à cette déclaration, à Washington on soutient mordicus que les agences de renseignement de l’Etat n’interviennent jamais dans le cadre de tractations commerciales effectuées par des entreprises privées. Cela nuirait à l’esprit de libre concurrence rassure t’on ; à moins bien sûr de suspicions de formes de concurrence déloyale telles que de versements de pots de vin ou arrangements occultes divers par des compagnies étrangères ou concurrentes. De son coté donc, l’Amérique accuse, entre autres entreprises Françaises, les sociétés Thomson et Airbus Industries.

Voila un puritanisme qui a bon dos car on sait que les négociateurs américains ne s’embarrassent pas, si besoin est, de ce genre de préjugés. Et durant les dernières années, la presse du monde entier s’est largement chargée de faire savoir combien les « arrangements » étaient incontournables dans le cadre de négociations commerciales avec de nombreux pays consommateurs de biens occidentaux. Lorsque les sommes deviennent très importantes ce type de manœuvre est quasiment incontournable.

Mais les pays européens n’ont pas l’exclusivité des attentions de la NSA. Chaque fois qu’un représentant du gouvernement américain se déplace dans un pays en vue d’une négociation serrée, celui-ci est épaulé en permanence par les rapports d’interception de la NSA.

Les limites de la NSA

Avec ces formidables moyens techniques, humains et financiers, les services de renseignement américains ne peuvent pourtant tout voir et tout intercepter. La surabondance de l’information collectée empêche un tri sans failles. Les informations d’importance capitale manquées par la gigantesque machinerie sont nombreuses, à un point tel que les hommes du renseignement US leur ont donné une appellation spécifique : intelligence failures.

La NSA est passée à côté de faits et d’événements capitaux : les attentats perpétrés en Afrique contre les ambassades Américaines, la préparation des essais nucléaires Indiens, le tir d’un missile balistique par la Corée du Nord au dessus du Japon, etc.

Et pour cause : l’Inde enterre tous ses câbles de communications sensibles, la Corée du Nord construit sous terre ses usines militaires, et en Afrique les ordinateurs reliés à Internet sont encore bien plus rares que le téléphone...

A Fort Meade, les interpréteurs de photographies satellitaires sont complètement débordés. Tous superpuissants qu’ils sont, les ordinateurs de la NSA sont incapables de rivaliser avec l’homme dans cette aptitude si particulière et difficile à mettre en équation : l’intuition. Et les moyens humains, malgré leur importance considérable pour une telle tâche (la NSA emploie à elle seule pratiquement autant d’employés qu’EDF, premier employeur Français) sont totalement saturés. Pour résumer la situation, les employés de la NSA cherchent chaque jour des aiguilles dans des meules de foin. A n’en pas douter ce doit être éprouvant psychologiquement, et le pire ennemi de la NSA est certainement la routine. A Fort Meade on détruit chaque année dans des bains spéciaux plus de mille tonnes de papier. Et ce n’est pas tout, les progrès et la démocratisation des moyens de cryptologie à travers le Monde ralentit considérablement la lecture des information collectées, quand elle ne l’empêche pas irrémédiablement. Comme tous les services de renseignement du Monde, la NSA conserve une quantité énorme de messages non décryptés, dans l’attente d’avoir plus tard connaissance d’une clé, ou de disposer d’un matériel informatique capable de casser le code. Quand cela se produira, quelle sera alors la valeur de ces documents dans notre société mondialisée ou le maître mot est la vitesse et ou, par voie de conséquence, la valeur d’une information dépend de sa fraîcheur ?

C’est précisément pour cette dernière raison que la NSA est toujours sur la brèche pour obtenir des codes d’accès privilégiés et des portes dérobées auprès de tous les développeurs de programmes de cryptage, quitte à placer des actionnaires dans les sociétés les produisant, voire à couper l’herbe sous le pied de ces sociétés en créant elle même des compagnies privées concurrentes. La NSA n’hésite d’ailleurs pas à entrer en conflit avec les promoteurs et constructeurs de téléphones cellulaires pour parvenir à leurs fins. Les relations de la cette agence de renseignement avec le secteur privé sont parfois très chaleureuses. De manière tout à fait officielle, le célèbre cabinet de consultants Andersen Consulting est l’un partenaires privés privilégiés de la NSA. Cette dernière lui a d’ailleurs confié au début de cette année un nouveau contrat portant sur une mission de conseil d’un an, évaluée à 13,8 millions de Dollars.

Dans son propre pays, la NSA s’est battue avec acharnement pour imposer son propre standard de cryptage, et a t’elle multiplié les pression sur Mark Zimmer, le développeur du célèbre logiciel de cryptage Pretty Good Privacy (PGP). Aurait elle eu raison de la tenacité de Mark Zimmer ? C’est possible, si l’on en croit de récentes rumeurs faisant état de « portes secrètes » à l’usage des services de renseignement Américain dans le logiciel PGP. Les lecteurs intéréssés par les agissements de la NSA sur le sol américain pourront lire l’excellent livre de l’auteur Jean Guisnel : Guerre dans le cyberespace.

Il est par contre devenu notoire que la NSA s’est empressée de placer ses entreprises « amies » dans le réseau Iridium de téléphone cellulaire par satellite, aujourd’hui désactivé, faute de clients. Rappelons que le principal argument commercial d’Iridium était d’offrir des communications par satellite, et donc exemptes des indiscrétions propres au réseaux de téléphone cellulaire classique, utilisant des réseaux hertziens composés de multiples antennes.

L’avenir des écoutes

Quoiqu’il en soit, les américains ne se découragent pas et le Président Clinton, très soucieux de maintenir la toute puissance mondiale de son pays, fait tout ce qu’il peut pour persuader le Congrès d’augmenter les budgets de la défense et du renseignement. La chose n’est pas facile car le Congrès Américain n’approuve pas unanimement toutes les méthodes d’investigation de ses services de renseignement. Le 12 avril dernier, l’actuel directeur de la NSA, Michael Hayden, a affirmé au Congrès que son agence ne pratiquait pas d’écoutes à l’encontre des citoyens américains. Le 13 mai 1999, le représentant républicain de Géorgie, Bob Barr, a réussi à faire adopter un amendement à l’Intelligence Authorization Act résolument hostile à la politique de la NSA en matière d’écoutes internationales.

Mais le renseignement américain peut être assimilé à un véritable rouleau compresseur, comme le fut le KGB en son temps. Ainsi le FBI vient tout récemment de se doter de son propre centre d’interception : la CALEA Implementation Section. Ce centre n’a pas d’existence officiellement reconnue, il possède simplement un numéro de boîte postale anonyme qui correspond à Westfields Office Park, situé au cœur du Spy tech corridor, nom désignant une bande de terre située entre le quartier général de la CIA, à Langley, et l’aéroport Dulles de Washington. En ce même endroit sont notamment venus s’installer quelques services techniques dépendant d’autres agences de renseignement, dont le NRO.

Mais ainsi que nous l’avons précisé précédemment, l’interception des télécommunications n’intéresse pas que les Etats-Unis. La France possède le sien, et en février 1999 le département Suisse de la défense a officiellement annoncé la décision, votée à l’unanimité par le conseil fédéral, de doter le pays d’un système d’interception des communications par satellites.

Source : Confidentiel.net

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