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Au fil des jours et des tempêtes

mercredi 7 octobre 2020

Les jours se suivent et semblent se ressembler. Apparemment entre masques, reconfinement, zones d’alerte rouge, lancinantes litanies des statistiques truquées et biaisées quant au Covid (un séropositif n’est pas un malade, il faudrait y insister), l’épidémie est finie mais la panique demeure soigneusement entretenue par des autorités qui, de toute évidence, ne craignent pas (encore) le gibet que certains leur promettent… Sont-ils excessifs ou optimistes ? L’avenir nous le dira. Toujours est-il que la France plonge dans le marasme économique, ce pourquoi de toute évidence, l’automne devrait être chaud. Non en raison des sautes d’humeur climatiques, mais parce que la pression monte dans le cœur du réacteur social et que rien ne paraît devoir ou pouvoir le refroidir…

D’autant que les marches orientales du sous-continent européen sont en proie à de très fortes turbulences : en mer Égée, aux abords de Chypre où Ankara s’emploie à jeter les traités par-dessus bord voulant s’arroger des droits indus de recherche et d’exploitation pour prometteurs gisements gaziers dans les eaux territoriales grecques ; en Libye où la Turquie, quoique membre de l’Otan, s’est jetée dans la mêlée (une guerre sans fin au départ, en 2011, commanditée par le Nobel de la Paix Obama et conduite par ses factotons Sarkozy/Lévy et l’anglais Cameron), a importé des djihadistes syriens… les mêmes – au nombre de 4000 dit-on – qui, via la ville frontière de Gaziantep (Aïn-Tab où le général Gouraud s’est naguère illustré en faisant rouler en février 1921 beaucoup de têtes dans la poussière… en octobre de la même année, la Cilicie était piteusement restituée à Angora) auraient/ont rejoint le front de guerre du Haut-Karabagh.

Un conflit qui présente actuellement tout le potentiel nécessaire pour dégénérer en guerre plus large. Nous ne sommes plus le 7 août 2008, à l’heure des Jeux olympiques de Pékin coururent (du 8 au 24 août), lorsque le Macron Géorgien, Mikheïl Saakachvili, frais émoulu d’un cabinet d’avocat New-Yorkais, voulu annexer l’Ossétie du Sud et dans la foulée l’Abkhazie avec le discret soutien de Tel-Aviv… L’affaire fut réglée en moins de dix jours, le 16 les Russes avaient bousculé les forces géorgiennes et les conseillers du Shin Beth et de Tsahal s’entassaient dans des vols charters à destination de leurs foyers.

Mais aujourd’hui les risques d’une véritable montée aux extrêmes sont bien réels, cela au regard de la situation en Méditerranée orientale et au Maghreb… Raison pour laquelle nos médias, quand ils ne nous lessivent pas la cervelle à grandes eaux pandémiques, lorsqu’ils ne s’extasient pas devant les succès de nos jeunes professionnels du tennis à Roland Garos ou ne déplorent pas, en se griffant le visage, le décès de l’un ou l’autre people hors d’âge dont nul n’a cure (le dernier en date étant le couturier nippon Kenzo Takada après le gaullo-chiraquien Denis Tillinac pleurés par tout ce qui se dit de droite, à commencer par M. Zemmour !), se retranchent dans une stricte, sobre et fort laconique objectivité quand il s’agit de rapporter les affrontements du Nagorny Karabakh (la graphie Karabagh, toujours en usage, est azérie), terre arménienne enclavée dans l’Azerbaïdjan.

Or les habitants chrétiens de l’Artsakh (sa population était estimée en 2015 à 148 917 habitants sur un territoire de 11.430 Km2) sont automatiquement et systématiquement désignés comme séparatistes alors qu’ils sont en réalité les citoyens d’un État existant de facto (c’est-dire existant de fait), respectant toutes les formes d’un pouvoir démocratique moderne : Parlement élu, gouvernement, etc. Et non d’une République auto-proclamée comme se plaît à la désigner (avec un certain dédain) les dépêches de l’AFP. Se taire ou en dire le moins possible, telle est la ligne de conduite adoptée sans remord ni scrupule par la grande presse, celle-ci laissant entendre (ou suggérant en filigrane) que les Arméniens de l’Artsakh sont des gens déloyaux transgressant – en tentant lâchement de renier leur marâtre patrie, l’Azerbaïdjan - des règles immémorialement gravées dans le marbre de l’histoire et de la géographie politique.

Petit détour mémoriel

Nous ne reviendrons pas sur les grands massacres génocidaires de 1915/1916 perpétrés par les Jeunes Turcs dans l’empire ottoman agonisant contre les Arméniens d’Anatolie orientale. Au demeurant ces événements restent marqués au fer rouge dans le patrimoine génétique de tout Arménien sachant que les Azéris sont des Turcs comme les autres – quoique chiites et non sunnites – imbus de leurs victoires sur l’Occident chrétien, revanchards et prêts à replacer si possible les Arméniens sous leur férule sanglante. Qu’on le veuille ou non, l’Histoire est répétitive ! M. Erdogan n’est-il pas réputé avoir l’ambition de reconstituer l’empire ottoman, de la Libye (où Mustapha Kémal, le futur Père des Turcs, Atatürk, fit ses premières armes) à la Bosnie ? Voire plus si affinités ! Des ambitions que l’Union européenne – et madame Merkel en particulier, elle dont les usines tournent grâce à la main d’œuvre turque – semblent encourager par leur passivité pour ne pas dire par leur lâcheté. Mais la bureaucratie bruxelloise saurait-elle être autre chose que lâche et démissionnaire en son essence ? Membre de l’Otan dont elle est le pilier oriental, la Turquie est aussi assurée d’une large marge de tolérance de la part de Washington, de la même façon qu’elle se sait ménagée par Moscou pour moult autres motifs que nous n’explorerons pas ici. De là à se sentir les coudées franches…

Après le coup d’État bolchevique d’octobre 1917, le Haut-Karabakh est à la fois revendiqué par la République démocratique arménienne et la République démocratique d’Azerbaïdjan. Les Anglais qui alors ont à cette époque la haute main sur la Région, avalisent la nomination d’un gouverneur Azéri et… ce qui devait arriver arriva, des massacres d’Arméniens commencèrent… du 22 au 26 mars 1920 les Azéris rasent les quartiers arméniens de la ville de Chouchi et exterminent quelque vingt mille chrétiens. La conférence de la paix de Paris (laquelle s’est clôt le 10 août), ayant lamentablement échoué à résoudre cette épineuse question (reportée aux calendes), le 22 août 1919 les Arméniens du Nagorny-Karabakh, de guerre lasse, se soumettent temporairement à l’autorité azérie. Massacres (et non de simples pogroms) qui avaient pourtant déterminé l’intervention de l’Arménie et la fondation d’une éphémère République arménienne de la Montagne (1918/19 et 1920/21, préfiguration de l’actuel Artsakh.

La guerre arméno-azérie commencée en 1918 s’achèvera en 1922 sur une sorte de statu quo bancal, lequel se prolongera jusqu’en février 1988 et le démarrage d’une nouvelle confrontation azéro-arménienne, celle-ci fera trente mille morts et finira en 1994 sur une nette victoire de l’armée arménienne soutenues il est vrai par des divisions blindées russes. On comprendra aisément que ces guerres récurrentes et massacres à répétition, post génocide arménien, aient laissées de profondes traces et qu’au regard de l’histoire du siècle passé, cette nouvelle confrontation entre Arméniens chrétiens et Turcs expansionnistes, n’a que peu de points communs avec les questions d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie évoquées plus haut… même s’il s’agit dans les trois cas de conflits gelés, en quelque sorte intercommunautaires (exemples : le Liban, l’ex Yougoslavie) appelés, comme de tragiques événements nous le rappellent périodiquement, à se voir réactivés plus ou moins violemment.

Parce que bien entendu le conflit azéro-karabakhi est évidemment beaucoup plus qu’un simple conflit territorial, mais l’indéniable résurgence d’une guerre poursuivie sur la longue durée entre Orient musulman et Occident chrétien dès avant la chute de Constantinople en 1453. Seuls les imbéciles se voileront la face et n’oseront pas soulever le voile des évidences. Bref une guerre interethnique, interconfessionnelle et, in fine, une guerre civilisationnelle telle que décrite et pensée en 1996 par Samuel Huntington dans son maître ouvrage « Le choc des civilisations ». Confrontation encore limitée et circonscrite à un théâtre d’opération excentrique mais pas nécessairement mineur, celui-ci faisant écho aux tensions croissantes et aux fractures qui se sont faites jour entre l’Europe réelle, Athènes et Nicosie étant en première ligne, et Ankara… Éminemment suspect, eu égard à sa participation massive dans les hostilités, d’ouvrir un nouveau front, à la fois afin de tester la résistance des Européens et si faire se peut, d’engranger un gain territorial dans le cadre d’un politique pantouranienne par le truchement des Azéris, alliés naturels par leur statut ethnique.

Actualité brûlante et continuité historique

Ainsi, dans la nuit du 26 au 27 septembre 2020, l’armée azerbaïdjanaise lançait-elle une offensive sans motif apparent contre « l’enclave autonome arménienne » du Haut-Karabakh « située sur le territoire de l’Azerbaïdjan »… suivant la terminologie de l’Agence France Presse, certainement celle du Quai d’Orsay au demeurant quelque peu désaccordée d’avec la ferme rhétorique du président Macron (qui soutient l’Arménie et la Grèce sans doute à la manière dont la corde soutien le pendu ?) et de ses sévères coups de menton. Grand diseur, petit faiseur dit le populaire ! Parce que la politique du “en même temps” conduit à éviter les sujets susceptibles de souffler sur les braises du feu des dissensions interconfessionnelles, notamment avec les communautés turques de l’Est de la France, de la Belgique et de l’Allemagne (autant dire de véritables bombes à retardement en cas de conflit ouvert avec le néo-sultan islamo-kémaliste d’Ankara), et plus généralement alors que la France se trouve elle-même confrontée à une guerre interraciale et confessionnelle à bas-bruit, situation que le pouvoir ne parvient plus désormais ni à nier ni à masquer… N’en déplaise au ministre de la Justice, Garde des Sceaux grand négateur de la criminalité ethnique devant l’Éternel.

À l’Est que du nouveau et peu réjouissant

Sur le front karabakhi [AFP4oct20] les bombardements s’intensifient chaque heure entre forces “séparatistes arméniennes” et armée azerie… Les italiques reprennent la formulation de l’AFP, exact reflet – pour les initiés – de la position réelle de Paris sur ce conflit, à rebours des démonstrations officielles d’amitié à l’égard d’Erevan ! On assistait donc, ce dimanche 4 octobre au huitième jour de combat, à l’intensification des bombardements principalement sur des cibles civiles notamment Stepanakert “principale ville” (capitale) du Haut-Karabakh. Le président de la “république auto-proclamée”, Araiyk Haroutiounian annonçait (alors que Bakou affirmait l’avoir grièvement blessé) qu’en représailles aux frappes visant Stepanakert, des infrastructures militaires azéries situées à distance du front avaient été atteintes. Tel l’aéroport de la seconde ville d’Azerbaïdjan, Gandja lequel aurait été détruit, ce qu’évidemment Bakou dément. La guerre des communiqués fait rage comme toujours en pareille circonstances… chaque camp se prévalant des coups portés à l’ennemi et l’accusant de nuire délibérément aux non combattants… ce qui semblerait être les cas pour les Azéris cherchant à vider le territoire de ses habitants en les terrorisant par leurs bombardements. Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian appelant pour sa part à la mobilisation de toutes les forces disponibles… oui, les habitants d’Erevan se pressent dans l’église de Saint Sarkis pour y allumer des cierges et prier pour la paix. Mieux vaudrait néanmoins des chars et des aéronefs de combats dépêchés par Moscou sortie de son attentisme (apparent !).

Même si le bilan humain reste encore limité (240 séparatistes, 14 civils Karabakhi et 23 civils Azeris), lucide le correspondant de l’AFP rappelle “qu’un conflit entre ces deux nations du Caucase du Sud pourrait préluder à une déstabilisation [euphémisme de circonstance] d’ampleur, de multiples puissances étant en concurrence dans la région : la Russie, traditionnel arbitre régional, la Turquie, alliée à l’Azerbaïdjan, l’Iran ou encore les Occidentaux”. Oui da ! Ankara est déjà – et à juste titre - accusée d’avoir suscité cet affrontement et d’avoir encouragé Bakou à passer à l’offensive (il y a des hasards de calendrier qui pour sûr n’en sont pas) et qui plus est, “fortement suspectée d’avoir déployé des mercenaires syriens pro-turcs au Karabakh”. On saluera la prudence journalistique quand l’un des organes de propagande du MI6, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, annonce que déjà plusieurs dizaines de djihadistes ont (et non pas auraient) été tués… 850 islamistes turkmènes auraient été transférés de la ligne de front d’Idleb dont 28, sur ce contingent, auraient déjà trouvé la mort… Les Arméniens adossés à la mémoire de leur génocide devraient en effet se montrer plus coriaces que les troupes dépareillées, peu cohésives, du général libyen Haftar !

La Turquie menace pour l’Europe

Erdogan a (aurait) fourni des équipements de pointe aux Azéris, en particulier des drones de combat, de ceux qui ont été employés en Syrie contre l’Armée arabe syrienne (loyaliste), et en Libye, contre les unités combattantes du maréchal Haftar… avec toujours en embuscade Israël, l’un des principaux pourvoyeurs d’armes à l’Azerbaïdjan. Le président Macron, toujours soucieux de ménager la chèvre et le chou, ne parle lui dans sa déclaration du 2 octobre que de 300 mercenaires, tandis que l’Arménie en annonce plusieurs milliers (4.000 ou plus - voir supra). L’Observatoire syrien des droits de l’homme (quoique grand désinformateur anti-Bachar au cours de la guerre de Syrie) parle, lui, de 850 islamistes turkmènes transférés du front d’Idleb, dont 28 auraient déjà trouvé la mort : l’armée arménienne sera plus coriace que les troupes d’Haftar.

Selon le Réseau Voltaire (Damas le 4 octobre), un officier turc de Renseignement, Feyyaz Ö, chargé de la liaison avec une Agence de renseignement américaine, aurait révélé le 15 septembre dernier, aux Services de Sécurité autrichiens, avoir reçu pour instruction de planifier l’élimination trois personnalités politiques de son pays d’accueil. Partie émergée de l’iceberg, les services secrets turcs (Millî İstihbarat Teşkilatı MIT) disposeraient d’un vaste réseau d’espionnage au sein de l’Union, plus étoffé que celui des russes ou même des Services américains ! 350 agents d’Ankara seraient à l’œuvre en Autriche et 8 000 en Allemagne ! En France une enquête serait en cours, parce que, contrairement à l’idée reçue, les mosquées pilotées par le Diyanet İşleri Başkanlığı (Administration des Affaires religieuses) seraient en plus grand nombre que celles relevant des États pas toujours très amicaux d’Afrique du Nord ! Une administration elle-même sous contrôle d’une organisation panturquiste, la Millî Görüş dont le président Erdoğan fut l’une des têtes de file. Comme le monde est petit ! Sans imaginer qu’Ankara puissent imaginer envahir l’Europe, elle possède assurément, en puissance, les moyens de neutraliser son action diplomatique, voire militaire, en Méditerranée orientale, au Nord de la Syrie et en Libye, damant inexorablement les misérables pions d’une Union européenne décidément un ventre mou et flatulent de suffisance.

Sur le front occidental – et intérieur -la Métropole de Lyon a connu dans la nuit du 3 au 4 octobre de nouvelles scènes de violences urbaines qui ont éclaté à Rillieux-la-Pape. Une dizaine de voitures ont été incendiées (dont l’une d’entre elles fut poussée contre l’église Saint-Pierre-Chanel, endommageant la façade de l’édifice), des arrêts de bus ont été détruits et les pompiers furent pris pour cible par d’habiles lanceurs des boules de pétanques (une future discipline olympique promise à un bel avenir). Certes comparaison n’est pas raison, mais raisonnons un tant soit peu : d’humiliations en soumissions aux désordres, d’acceptations silencieuses et de marches blanches, seules réponses apportées aux attaques sanglantes et aux morts ordinaires de ceux qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment face au couteau d’un boucher en vadrouille (de banaux faits divers, un « ressenti » que M. Dupond-Moretti balaie d’un revers de manche), alors que l’État et sa Justice nous ont visiblement (et délibérément) abandonnés puisque l’immigration massive et le métissage sont programmés de longue date par Bruxelles relais des planificateurs mondialiste de l’Organisation des Nations dites Unies, que notre disparition et notre remplacement font l’objet de prévisions datées (il suffit de prolonger les courbes démographiques et celle de la criminalité à vocation raciale et terroriste en générale), et nous seront imposés à l’instar des vaccins et du puçage pour tous… Conclusion seule une guerre ethnique - et non civile – pourra, en partie régler ce problème. C’est infiniment regrettable mais c’est ainsi.

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