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Guerres postmodernes

Léon Camus

lundi 22 juillet 2019

Cela fait chic de parler de guerres “hybrides”, mais tous les conflits ne sont-ils pas composites et ce, depuis la nuit des temps ? La force brute n’a jamais été seule à l’œuvre et la guerre psychique (ruses, mensonges, tromperies sur les intentions, les forces réelles en présence, leur position et leurs mouvements), sont toujours entrés en composition dans tous les conflits. La guerre est un art et une science qui se livre sur trois plans : stratégique (les buts de guerres et les plans étendus de bataille), tactique (la mise en œuvre sur le terrain de chaque segment stratégique), logistique (approvisionnement, le train, l’intendance qui doit suivre et parfois précéder)… Et à de multiples niveaux, là où se joue et se décide l’issue du combat physique (le choc des armes) et de l’affrontement psychique (le moral des troupes et de l’arrière, la détermination, la compétence et l’information des états-majors qui oscillent si souvent entre le génie et le bureaucratisme).

Les actes de guerre n’étant pas tous immédiatement ou directement létaux - puisque la destruction de l’ennemi n’est pas forcément physique – ils sont susceptibles de prendre des formes multiples : actions de guerre économique, financière, politique, intellectuelle, culturelle, morale voire téléologique. Sous cet angle, la destruction des sociétés du sous-continent européen auxquelles des “forces obscures” - mais très identifiables - livrent une guerre impitoyable (nous sommes en guerre, encore faudrait-il s’en rendre compte et balayer les élites dévoyées qui nous conduisent à une mort civilisationnelle certaine !) déjà terriblement avancée… Même le Dalaï-lama, cet Himalaya de conformisme et de bien-pensance, s’émeut lui-même du gouffre où les Européens s’engloutissent [1] ! À tel point que nos vieux peuples, impuissants à saisir la malignité des idéovirus qui les affectent et les rongent, se laissent emporter dans le Maelström de la déchéance. New York, un second Israël à soi seule, n’abrite-t-elle pas ce 30 juin 2019, la plus formidable “gay parade” du XXIe siècle avec trois millions de pathétiques hystero-convulsifs ? Mais au fond de quoi sont-ils fiers (pride) - et à ce point - tous ces gens dépenaillés et dépoitraillés, exhibant sans la moindre vergogne leurs mauvaises mœurs et le reste ?

Assurément, pas de génie militaire sans révolution tactique et logistique associées [2]… reste que parler de guerre hybride est d’une banalité sans nom parce que la conflictualité se déploie à présent dans le cyberespace, après la guerre au sol, la guerre aérienne, les télécommunications et le repérage spatiaux, la guerre de surface et la guerre sous-marine, différents aspects de plus en plus intégrés les uns aux autres pour ne former qu’un seul et unique champ de bataille ? Sous cet angle la guerre fait rage depuis longtemps entre les États-Unis et l’Iran et les attaques des systèmes informatiques pilotant les centrifugeuses servant à l’enrichissement de l’Uranium 235 par le ver informatique Stuxnet conçu en 2010 conjointement par la NSA et l’unité 8200 de Tsahal [3], fut un authentique acte de guerre… de même que l’élimination ciblée des têtes pensantes de la recherche nucléaire iranienne [4], formèrent un tout, à savoir une guerre non conventionnelle et à bas bruit (et apparemment sans réplique possible).

Néanmoins, froide ou subversive, la guerre reste la guerre. Bien que passée sous silence – une dimension récurrente du monde moderne où les événement se trouvent enveloppés d’un voile de mensonge et de mystère – le Pentagone a semble-t-il lancé de nouvelles attaques informatiques dirigées contre les systèmes de lancement et de guidage des vecteurs balistiques perses dès après la destruction du drone Global Hawk [5]. Un acte de guerre qui n’a guère reçu de publicité, et pour cause car ne sommes-nous pas, par ailleurs, sursaturés de leurres informatifs ? Coupe du monde féminine de ballon, canicule, réforme des retraites, élection d’un énième guignol à la tête de la Commission européenne et du Parlement de l’Union, etc. de façon à ce que nous ne comprenions plus rien à rien… Et jusqu’à ce que la guerre nous dégringole dessus, sans crier gare et sans que nous nous en soyons seulement aperçus , sans avoir eu un instant pour nous en émouvoir, nous en indigner ou nous insurger.

La guerre imminente sera une guerre préemptive

De tous temps – distinguons les invariants structuraux de figures conjoncturelles – il a fallu imputer à l’ennemi la responsabilité du conflit… le Droit de la guerre se colle ici sur les structures comportementales les plus archaïques du jour où les groupes rivaux virent l’intérêt d’enterrer la hache de guerre et de fumer le calumet de la paix. Rappelons que le droit avant d’être tardivement écrit, fut oral (on parle encore du Droit et Coutumes de guerre, celles-ci n’ayant jamais en fait disparues), l’initiative du conflit, de la première escarmouche, l’étincelle faisant sauter la sainte-barbe, n’était généralement qu’imputable au perdant afin d’en soutirer un plus fort tribut et autres indemnisations.

De nos jours cette négociation peut intervenir a priori (et non a posteriori !), le fort s’efforçant d’imposer ses conditions au plus faible (ou au moins déterminé) pour éviter d’aller à la confrontation. C’est ce que Washington tente actuellement avec l’Iran, soit obtenir une capitulation politique sans avoir à déclencher des hostilités ouvertes sur le mode fracassant. D’où le recours et l’utilité à des actions de guerre subversive : attaques informatiques, attentats et provocations, asphyxie économique, embargo financier, désinformation, diabolisation et tentatives d’isolement sur la scène internationale… toutes choses qui ne marchent finalement pas très bien avec l’Iran soumis aux sanctions depuis quatre décennies et doté d’une réelle capacité de résilience.

Tout comme le Loup du fabuliste, il faut accuser le futur coupable des pires intentions, jusqu’à ce que les événements (éventuellement fabriqués sur mesure) viennent donner raison à l’accusateur et prétexte pour croiser le fer… avec l’assurance de ne faire qu’une bouchée de la victime réputée prédigérée à la manière d’un “Big-Mac” ! Ainsi Mike Pompeo, le Secrétaire d’État américain, attribue d’ores et déjà à l’Iran la responsabilité d’attaques contre des pétroliers étrangers avant qu’elles n’aient eu lieu. Un délit d’intention non formulé à la manière du film « Minority report » (Spielberg 2002) dans lequel des voyants mutants, les précogs, ont la faculté de lire dans l’inconscient des futurs délinquants, ceci afin de prévenir le crime à la source !

Mais derrière le paradoxe de l’argument filmique à la façon de Zénon d’Élée (et sa tortue plus rapide que l’agile Achille) se trouve une mise en abîme qui ne résiste pas à l’examen… et se cache une tendance lourde en Amérique, à savoir identifier et neutraliser les fauteurs de trouble avant leur passage à l’acte. Poussé à l’extrême ce type d’attitude donne des résultats fort inquiétants si bien qu’après les attaques de pétroliers dans le Détroit d’Ormuz (12 mai) et dans le Golfe d’Oman (le 13 juin) et les accusations contre les Gardiens de la Révolution qui les accompagnèrent, désormais « non seulement nous n’avons pas besoin de preuves avant de porter nos accusations ; à partir de maintenant, nous vous avertissons que nous n’avons même pas besoin d’un incident ». De sorte que Iran se serait ainsi rendu responsable de la mort putative de 23 marins suédois lors d’une agression dénoncée par anticipation – non vous ne rêvez pas – parce qu’il « est quasi certain qu’une branche de l’armée iranienne - le Corps des Gardiens de la Révolution islamique - sera responsable d’une éventuelle attaque contre un pétrolier suédois… Aucun autre acteur, gouvernemental ou non, ne saurait être vraisemblablement responsable d’une telle action à venir. Nous condamnons donc avec la plus grande fermeté ce que l’Iran fera probablement très bientôt ». Pour compléter la panoplie de frappes préventives, M. Pompeo dévoile donc sa nouvelle arme diplomatique : les dénonciations et indignations préemptives. Bien entendu le ministère suédois des Affaires étrangères a formellement démenti qu’un de ses pétroliers ait été attaqué et des marins suédois tués [6]. Reste que ce genre de provocation désinformative sur la base d’accusation sans fondement (réel ou vérifiable), sort du même tonneau que les annonces récurrentes ces dernières années d’attaques à l’arme chimiques auxquelles se serait livré le gouvernement syrien contre d’innocents djihadistes.

Comment se construit une guerre postmoderne

Si les procès d’intention banalisés et répétés à satiété contre l’ennemi à abattre sont devenus la norme, ils participent déjà, avant même de les justifier, à ce qui a été naguère poétiquement désignés comme des représailles par anticipation. Formule, concept ou doctrine qui pourrait prêter à sourire si elles n’étaient atrocement sérieuses et, à y regarder d’un peu près viennent du fin fond des guerres impériales américaines à la belle époque de la Guerre froide… Au cours de la guerre du Vietnam, les états-majors américains ont en effet développé cette monstruosité sémantique, juridique et morale qu’étaient ces « représailles par anticipation » afin de justifier le bombardement à grande échelle des infrastructures portuaires du Nord Vietnam, notamment celles d’Haiphong en 1972.

Nul n’ignore – bien que ce principe soit dorénavant battu en brèche par M. Castaner, ministre de l’Intérieur, pour lequel tout, y compris un bête mouchoir, peut constituer une arme par destination utilisable contre les forces de maintien de l’ordre lors des manifestations de Gilets Jaunes - qu’au regard du Droit commun, aucune interpellation n’est envisageable sur une simple présomption d’intention et avant toute amorce de commission ! On ne sanctionne pas des pensées ou des velléités, mais des actes devant être au minimum en voie d’exécution, préalable obligé à toute intervention judiciaire. Et bien le droit de la guerre façon Oncle Sam ne s’embarrasse pas de ces subtilités. L’on est (et l’on naît) coupable par destination !

Le 1er Juin 2002, George Walker Bush, s’adressant à vingt cinq mille personnes réunies à West Point pour bicentenaire de l’École de guerre, avertissait l’Amérique d’avoir à « se tenir prêts pour une action préventive ». Le président américain annonçait et officialisait un changement substantiel de doctrine dans la politique de défense des États-Unis. Autrement dit l’édiction du droit régalien que l’Amérique se réserve (s’octroie) de frapper tout État ennemi en premier dès qu’elle se sentirait un tant soit peu menacée. Inutile de souligner que le sentiment de menace est éminemment subjectif, discrétionnaire et adaptable à toutes les situations et à tous les besoins… Cette intervention – précisons-le - faisait suite au discours historique du 29 Janvier précédent dans lequel GW Bush avait clairement désigné un Axe du Mal, dessinant à cette occasion la ligne directrice de la politique extérieure américaine pour les prochaines décennies tout en marquant sa volonté de prendre l’initiative… ceci à n’en pas douter dans la continuité des actions menées dans le Golfe du Tonkin à la fin de la guerre du Vietnam.

Cette réorientation juridique et militaire a été consignée plus tard, dans un document intitulé National Security Strategy, rendu public le 17 septembre 2002 dans la semaine qui suivant la première “présentation” de la menace irakienne devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies ! Et c’est bien sur cette nouvelle base doctrinale de la guerre préventive que l’Administration américaine ont fondé, développé et légitimé les raisons et préventions ayant conduit à la guerre de conquête et d’agression lancée au printemps 2003 contre l’Irak baasiste !

Un témoignage éclairé

Pour ne pas conclure, ce témoignage qui a retenu notre attention : celui d’un connaisseur de la chose qui souhaite garder à bon escient un anonymat de bon aloi.

« En réponse à de nombreuses questions qui se posent quant aux pétroliers
attaqués à Fujaîrah ou en mer d’Oman (attaques du 12 mai), suit mon analyse personnelle. Pour avoir une longue expérience de toutes les parties en cause dans cette affaire - ÉUA/RU/France/Israël/Émirats/Iran – il ne fait aucun doute, je dis bien “aucun doute” que le Mossad ne soit impliqué directement dans l’affaire (avec ou sans l’aide de la CIA et des Américains)… Parce qu’il est actuellement vital pour Israël de se débarrasser du régime des Mollah en Iran et, en raison de l’extension (expansion) de l’influence israélienne dans la Région, de se débarrasser de tous les “régimes ennemis” en Syrie, en Irak et au Yémen. Or, lorsqu’il s’agit de sa survie [7], Israël ne recule devant rien. Il se sait soutenu (inconditionnellement) par la “bande des trois” (ÉUA/RU/Fr), par les médias de ces pays qu’il contrôle et par les dirigeants de ces trois pays dont il a financé les élections par le biais des lobbies
(qui n’existent pas) et qui agissent au grand profit d’Israël…

Or y a-t-il eu des précédents israéliens avérés dans le terrorisme international sous faux drapeau ou dans le terrorisme international tout court ? La réponse est évidemment “OUI” ! Pensons à l’affaire du navire d’observation USS Liberty attaqué le 8 juin 1967 : 34 marins américains y perdirent la vie (et l’US Marine fit semblant de ne rien voir et de ne rien savoir). Il s’agissait de faire porter le chapeau à l’Égypte. Ayant été pris la main dans le sac, les israéliens se sont excusés et ont prétexté “une erreur” ! Le Secrétaire à la Défense, Robert McNamara avait alors déclaré aux chefs de la Marine qui regimbaient et ne voulaient pas en rester là : « Le président Johnson ne va pas déclencher une guerre ou “embarrasser un allié des américains” (sic) pour quelques marins » ! Faut-il évoquer l’explosion de l’Hotel King David le 22 Juillet 1946, ses 91 morts et 46 blessés pour la plupart britanniques. Ou bien l’assassinat de l’envoyé spécial de l’Onu, le Suédois Folke Bernadotte, le 17 septembre 1948 et du colonel français André Sérot, commandant des observateurs de l’Onu en Palestine (et assassiné par des terroristes juifs du groupe LEHI, connu aussi sous les termes de “gang STERN” le 17 septembre 1948 à Jérusalem - Wiki). Ni la sinistre affaire du massacre de Deir Yassine le 9 avril 1948… (Liste très loin d’être exhaustive !).

Aujourd’hui plus encore qu’hier, Israël est toujours assuré de l’impunité. Trump, May et Macron sont totalement sous la coupe des lobbies pro-israéliens dans leurs pays respectifs. Tous ceux qui, comme moi, osent faire ressurgir les leçons du passé et qui connaissent bien la partie “israélienne” pour l’avoir fréquenté, courent le risque de se voir anathémiser et accuser d’antisémitisme. Ce genre de terrorisme intellectuel fonctionne à la perfection puisque bien rares sont ceux qui ont évoqué Israël comme suspect n°1 des attaques de pétroliers dans le Golfe ou à ses abords, le but étant d’essayer d’entraîner la “coalition occidentale” dans une nouvelle croisade anti-iranienne. Au nombre des indices qui accréditent cette thèse, se comptent les réactions politiques et médiatiques plutôt précipitées et maladroites accusant l’Iran, accusations péremptoires émanant des ÉUA et du RU, éternels complices d’Israël… C’est évidemment cousu de fils blancs.

« Ces deux États, tout comme Israël, ne reculent devant rien et prennent les citoyens du monde entier pour des c… en pensant qu’ils vont croire que, le jour même de la visite amicale du premier ministre japonais en Iran, les iraniens chercheraient à couler deux pétroliers... sous pavillon nippon. Cela sous les yeux de caméras extérieures aux deux bateaux et qui se trouvaient là “par hasard” pour filmer “l’attentat iranien du siècle” ! Décidément, comme dans l’affaire Skripal (l’ex agent soviétique empoisonné à Salisbury près de Londres le 4 mars 2018), les Services israéliens et occidentaux, trop sûrs d’eux-mêmes, sont décidément de plus en plus maladroits » !

Et, par charité chrétienne, nous passerons sous silence les fiascos retentissants du Mossad et du Shin Beth qui ont jalonné ces dernières décennies. Leur liste est impressionnante et en dit long sur la capacité du petit peuple judéen à entretenir des légendes autour de la redoutable efficacité meurtrière de ses Services spéciaux et de leurs tentatives de coups tordus. Merci le ciel qui fait de ces ennemis de la paix des personnages aussi gauche en dépit de leur inoxydable chutzpah.

30 juin 2019

Notes

[1En septembre 2018, le dalaï-lama déclarait à Stockholm : « L’Europe appartient aux Européens… il est souhaitable que les réfugiés, retournent , à terme chez eux pour reconstruire leur propre pays ». En 2016, dans un entretien accordé au quotidien allemand Faz, il traitait déjà la crise migratoire en termes similaires : « Quand nous regardons le visage de chaque réfugié, surtout ceux des enfants et des femmes, nous ressentons leur souffrance, et un être humain qui a de meilleures conditions de vie a la responsabilité de les aider. Mais, d’un autre côté, il y en a trop à présent… l’Europe, l’Allemagne en particulier, ne peut devenir un pays arabe, l’Allemagne est et doit rester l’Allemagne ».

[2Alexandre et ses phalanges en formation oblique, César et l’art du siège poussé à l’extrême, Louis Le Grand et son génial ingénieur et chef de Guerre, Vauban, Napoléon et la mobilité de l’artillerie due au système Gribeauval…

[3Sur les 45 000 systèmes informatiques infectés sur lesquels 30 000 situés en Iran, 15 000 autres systèmes utilisant des matériels de Siemens furent affectés sur des sites nucléaires d’Allemagne, de France, d’Inde et d’Indonésie.

[4Coïncidant avec les attaques cybernétiques, une dizaine de scientifiques spécialistes du nucléaire seront assassinés en Iran entre janvier 2010 et janvier 2012 https://fr.wikipedia.org/wiki/Assas...éaires_iraniens

[5Washington Post 23 juin

[6cf.russia-insider.com18juin19

[7“Survie” ou plus précisément projet et appétit d’expansion du Nil à l’Euphrate et élimination de toute menace périphérique, réelle ou supposée. Voir le « Plan Oded Ynon » éd. Sigest

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