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Alliance stratégique contre l’Irak

lundi 28 juin 2010

M. Bani Sadr, ancien Président de la République Islamique d’Iran

Les systèmes de sécurité franchis, nous pénétrons dans la vaste demeure où le Président Bani Sadr vit en reclus depuis plus de vingt ans à l’Ouest de Paris. On nous introduit dans un vaste salon particulièrement dépouillé, vide à l’exception des canapés destinés aux visiteurs et où un petit poêle à bois ronronne devant une cheminée de marbre blanc à l’ancienne. Thé, nougat, halva brun et fondant nous font patienter. Bani Sadr nous rejoint enfin, mince, les traits fins, visage affable et dans son regard brille une vive lueur d’intelligence. Il porte une chemise de polo en laine noire boutonnée au col sous la veste d’un costume tabac clair. Il émane de lui une impression à la fois de distinction et de sobre élégance.

ENTRETIEN EXCLUSIF ETATS UNIS - IRAN

« Le régime actuel ne devrait plus pouvoir durer très longtemps s’il ne bénéficie pas d’une aide extérieure massive. Tous les indicateurs économiques sont au rouge fixe malgré la manne pétrolière. La croissance en 2000 n’a pas dépassé les 1,2% là où il faudrait 7,5 pour assurer un revenu moyen au-dessus du seuil de la pauvreté. Cette pauvreté qui frappe 85 % de nos 75 millions d’iraniens dont 65% ont moins de 25 ans ! Officiellement pour 14 millions d’actifs déclarés, 26 millions oscillent entre petits boulots et chômage. Mais les statistiques en Iran, qui n’ont identifié que 2 millions de sans-emploi, servent pour l’essentiel de cache-sexe à une misère de plus en plus oppressante...

Les iraniens fuient quand ils le peuvent leur pays. On parlent beaucoup des kurdes ici. Qui sait que l’Iran a enregistré 150 000 sorties définitives l’an dernier et que 27 000 dossiers de demande d’asile sont en attente dans divers états de l’Union européenne ?...

En fait le pouvoir se serait déjà écroulé à Téhéran si l’Occident ne se faisait pas d’une certaine façon complice du système. Nous disposons à présent du montant des aides qui ont été versées du temps de Rafsandjani, le prédécesseur de l’actuel Président Katami. 40 milliards de dollars, peut-être 60 ! Le régime a été maintenu sous perfusion c’est pourquoi il nes’est pas encore effondré malgré des manifestations populaires de grandes envergures et de plus en plus fréquentes. Malgré des attentats meurtriers qui frappent les hommes au cœur même du pouvoir...

Il faut préciser que beaucoup d’attentats dont l’origine reste douteuse servent d’ailleurs plus le régime qu’ils ne l’affaiblissent ! Ils servent de prétexte à la répression et justifient toutes les mesures attentatoires aux libertés. Par exemple le muselage de la presse, les arrestations de journalistes, les fermetures de journaux qui se multiplient sans cesse. Un nouveau concept a fait son apparition récemment dans notre paysage politique, celui de « Guerre de la pensée ». Il s’agit de frapper les ennemis de la pensée partout où ils se trouvent. Ici même à Paris où les oppositions s’organisent avec le Comité pour le Renversement. Dans les universités, à Qom même, notre ville sainte où prospère les nationaux religieux qui représentent le courant démocrate. Ces mouvements religieux rénovateurs qui prônent une relecture libérale du Coran sont les cibles privilégiées du Guide qui les désigne comme des instruments de subversion, des passerelles pour l’athéisme...

Pourtant sur les questions de société un très large consensus existe en Iran quant à une lecture non restrictive du message coranique. Aujourd’hui la condition faite aux femmes iraniennes est textuellement à l’opposé de la parole du Prophète. Le Coran donne aux femmes autant de droit qu’aux hommes sinon plus. Son statut est d’être libre et responsable. Comme tout texte sacré le Coran peut être interprété de façon à justifier les pires aberrations pour des fanatiques sectaires. Voyez les Bouddha de Bamian que veulent détruire les Taliban. Quel rapport avec l’idolâtrie, quel rapport avec le Coran ?...

Face au durcissement du pouvoir religieux M. Katami ne dit mot. Un homme faible sans caractère. Entre résister et se soumettre il a choisi la soumission. Il consent à tout et n’a tenu vraiment aucune de ses promesses électorales. Il a désespérément déçu tous les espoirs placé en lui. Son désir de réforme au début était sans doute sincère ; à sa décharge le système rend impossible tout changement substantiel. Concernant la fragilité de son pouvoir, un signe ne trompe pas : depuis son arrivée durcissement de la répression et recrudescence d’assassinats politiques marchent d’un même pas...

Je reviens à mon analyse de départ. La survie du régime sera tributaire de l‘aide extérieure ou bien il sombrera. Aide pas seulement financière, l’économie iranienne ne se porte pas si mal même si les iraniens souffrent cruellement de la pauvreté. Soutien diplomatique, politique régional et international que seuls les Etats Unis peuvent dispenser... J’affirme que les américains ont besoin maintenant de l’Iran pour abattre le régime de Bagdad. Cela se négocie en ce moment même. Les contacts se multiplient. La Maison Blanche se moque pas mal du sort du peuple iranien. Est-ce d’ailleurs vraiment la stabilité de la région qu’elle souhaite ? Une région purgée de tous ses éléments perturbateurs ne ferait assurément pas son affaire. Comment justifier alors sa présence ? Ce serait aussi la fin des juteux contrats d’armement...

Le marchandage porte sur la levée des sanctions américaines et l’abrogation de la loi D’Amato. Comme je ne suis pas dans les secrets du Pentagone je ne vous dirai pas quel est le scénario d’intervention des américains. Mais quelque chose se prépare, c’est sûr. Dick Cheney est entré en contact avec Ali Khameneï par le truchement de Chalabi, Président du Congrès National Irakien qui fédère les opposants à Saddam Hussein. Au même moment anglais et américains interdisent leur territoire aux représentants des Modjahedines Kalq, l’organisation iranienne dissidente dont les forces sont basées en Irak. Ces expulsions sont bien entendu une concessions accordée aux Mollah. Pour avancer sur cet axe stratégique les américains voudrait aussi obtenir l’accord de la France, plutôt réticente... pour le moment.

Le 10 Février à Ankara c’est Yaya Rahim Safavi, commandant en chef des Gardiens de la Révolution, les Pasdaran, qui rencontre un émissaire américain. Cela est lourd de conséquence. D’après d’autres sources, l’UPK, l’union du Peuple Kurde, de Jalal Talabani serait également partie prenante dans l’opération qui devrait être imminente. De vous à moi je ne gagerai pas trop sur le succès des américains. Nous ne sommes plus au temps de Mossadegh...

Dans mesure où la politique américaine contribuera au maintien du pouvoir religieux en Iran il ne faut pas espérer de stabilisation durable de la région. En ce qui concerne l’opposition iranienne je puis vous assurer que, si elle arrivait au pouvoir, elle ne se contenterait pas d’une simple normalisation avec Bagdad comme aujourd’hui ce ne constitue qu’un banal gel du contentieux. Elle s’engagerait résolument dans la voie d’un règlement définitif des différends qui l’oppose à l’Irak. Mais ceci est une autre histoire. En attendant nous nous devons d’être des témoins avertis... ».

Propos recueillis par le Dr. Armand Nouri

Président de l’organisation « Pars » le 8 Mars 2001

 [1]

Notes

[1- PARS -

L’avenir politique de l’Iran

Le Proche-Orient est aujourd’hui, plus que jamais, en proie à des tensions politiques qui a tout moment pourraient déboucher sur des crises majeures. De ce point de vue Israël est sans doute en train d’effacer pour longtemps tout espoir d’un état palestinien en Cisjordanie et à Gaza. L’Iran et l’Irak tentent, selon les Américains, de se doter d’armes de destruction massive et se trouvent désormais sous la menace déclarée d’une action internationale dirigée contre eux, cela malgré les réserves exprimées expressément par l’Europe, la Russie et la Chine...

La Turquie traverse pour sa part une conjoncture économique difficile, pour ne pas dire désastreuse et supporte de plus en plus difficilement le contrecoup de l’embargo imposé à l’Irak. La Jordanie et la Syrie, après la disparition du Roi Hussein et d’Hafez El Assad, ont perdu une partie de leur influence politique et se trouvent de fait quelque peu marginalisées dans le jeu politique régional. La Syrie se retrouve d’ailleurs dans une situation de moins en moins confortable au fil des mois, en raison notamment de l’aggravation du conflit israélo-palestinien...

Quant aux pays du Golfe aux mains de régimes « féodaux », en l’absence de pratiques démocratiques pouvant tempérer leur ultra-conservatisme politique, ils restent eux aussi sous la menace constante d’une crise sociale aiguë susceptible d’éclater à chaque instant ce qui aurait pour effet de remettre en cause un équilibre politique somme toute relativement précaire. Ceci s’applique en particulier à L’Arabie Saoudite dont les finances ne se sont jamais entièrement rétablies après la crise de 1991 et son endettement consécutif.

Le Pakistan et l’Afghanistan interviennent également dans l’appréciation de la situation bien que dans une stricte définition géographique ils se situent hors du Proche-Orient proprement dit - l’on parle effectivement « d’Asie Centrale » à leur sujet - mais les événements qui s’y déroulent, retentissent largement sur les portes occidentales de l’Orient islamique. Bien entendu l’Inde et le Pakistan sont en conflit quasi permanent à propos du cachemire. Qui pourrait l’ignorer ? Et avec des risques certains d’escalade, puisqu’à l’heure actuelle nul ne peut exclure l’éventualité d’un nouvel affrontement entre les deux rivaux, mais cette fois-ci avec un paramètre nouveau, celui du feu nucléaire. Un tel conflit, s’il avait lieu générerait évidemment à l’Ouest de fortes turbulences. Qui n’a entendu parler de la théorie dite des dominos ?
Les enjeux politiques, parfois et souvent vitaux surtout au Proche Orient, débordent largement, nous le savons tous, le cadre régional. Ainsi le contentieux israélo-palestinien n’affecte pas seulement le Sud de la Méditerranée mais forme indéniablement la toile de fond des événements de Septembre et de la guerre qui s’en suivit contre le régime islamiste installé à Kaboul. Vouloir l’ignorer constituerait un outrage à l’esprit ! A cet égard nous ne nous attarderons pas sur la question pétrolière et gazière dont le rôle est évidemment central en Asie Centrale tout autant que dans la région du Golfe lorsque l’on veut démêler l’écheveau complexe des relations inter et intra étatiques, ou comprendre le jeu des forces en présence dans le Caucase et le Bassin de la Caspienne.

Les enjeux géo-économiques, géo-énergétiques sont tels dans la région qu’il est à parier que bien des changements sont encore à venir si ce n’est à prévoir. Il y a seulement six mois, qui se serait risqué à prédire qu’aujourd’hui l’Amérique s’implanterait solidement et sans doute durablement en Afghanistan et au Turkménistan, allant jusqu’à installer une série de bases d’écoutes à la frontière iranienne et à Kandahar même ?

Les meilleurs analystes soutiennent que l’objectif premier Etats-Unis en Afghanistan serait l’instauration de la paix et en conséquence d’une stabilité politique suffisante pour garantir la sécurité des installations de transit pétrolier - en l’occurrence oléoducs et gazoducs - à travers le territoire afghan. C’est évidemment vrai, mais qui peut raisonnablement imaginer que les ambitions américaines se limitent à vouloir uniquement assurer la fiabilité de leurs transferts de brut ?

Gageons que non seulement l’Amérique vise à s’assurer une position dominante sur les marchés pétroliers mondiaux, et que pour ce faire elle cherchera à étendre son influence sur les républiques du Sud de l’ancienne Union Soviétique, mais aussi qu’elle s’efforcera de manier à son profit une certaine stratégie de la tension afin de justifier la pérennisation de sa présence armée aux portes de la Fédération de Russie. Telle a été vraisemblablement sa stratégie en maintenant Saddam Hussein au pouvoir à Bagdad après sa défaite de Février 1991, laquelle l’autorisait à maintenir ses forces dans la Péninsule arabique au-delà d’une décennie.

Sans aller plus loin , il semble que cette analyse peut également dans une perspective plus lointaine s’appliquer à la Chine si l’on considère les positions acquises aujourd’hui par les Etats Unis en Asie Centrale. Positions qui serviront aussi bien au contrôle de l’extrême Orient Chinois que de la région du Golfe prise en quelque sorte dans la « tenaille du dispositif américain.
Les foyers de troubles ne manquent d’ailleurs pas qui justifieront l’ingérence ou la présence du gendarme mondial. Ni les zones de tension qui offriront le cas et échéant, et pour l’avenir, les occasions de nombreuses interventions extérieures : Tchétchènie, Cachemire, Ouzbékistan, Xinjiang... L’Amérique qui ne cache pas son jeu nous a annoncé sans ambiguïté « une guerre longue » s’étalant sur des décennies... A la révolution permanente fait écho aujourd’hui un état de belligérance sans limites géographiques ou temporelles...

Quant à la question israélienne, la Maison Blanche parlait encore d’un état palestinien au lendemain du 11 Septembre mais opérait deux mois plus tard après la chute de Kaboul, un revirement spectaculaire et laissait le champ totalement libre à la politique irréaliste et intransigeante d’Ariel Sharon. Comment les responsables américains ne voient-ils pas que la paix introuvable entre israéliens et palestiniens demeure l’épicentre de tous les séismes géopolitiques à venir, de la Méditerranée à l’Indu Koush ? L’objectif d’Israël aujourd’hui, sous la houlette des ultra-nationalistes, n’est-il pas, à force d’asphyxie des territoires autonomes, de contraindre les palestiniens à chercher refuge hors de la Cisjordanie et de Gaza, vraisemblablement en Jordanie même, là où un « état palestinien » pourrait devenir acceptable dans le cadre d’un schéma directeur utile à la consolidation du nouvel ordre mondial ? Face à l’éternel division du monde arabe une telle vision, à la lueur des derniers événement, n’a malheureusement plus vraiment rien d’absurde.

Bien sûr, les européens, à l’exception de Tony Blair, rechignent à suivre l’Amérique dans cette voie de l’abandon, mais que pèse à l’instant précis l’Europe politique ? La vérité nous contraint à dire : pas grand chose ! L’Europe, et nous sommes les premiers à le déplorer, n’est encore et peut-être pour longtemps, qu’un nain politique dont l’influence dans le cours des affaires internationales confine à zéro. Il suffit de regarder du côté de l’épisode afghan pour voir que les européens y ont joué un rôle négligeable. Gardiens de piste de décollage par exemple ! Ce n’est évidemment pas un rôle à la mesure de l’Europe mais c’est actuellement le seul que lui concède ou que lui assigne Big Sister America. Cela augure mal du futur pour le règlement des affaires et des crises du vieux continent !

C’est à la lumière de l’installation des américains - aussi spectaculaire que durable selon toutes vraisemblances - en Asie centrale aux motifs cumulés d’intérêts géo-économiques, d’appropriation à échelle planétaire des sources d’énergie fossiles et d’intérêts géostratégiques transparents : à savoir, établir sur les marches des empires continentaux, Russie et Chine, des postes avancés, que la situation de l’Iran doit à présent être réévaluée.

C’est en effet dans le contexte d’une extension fulgurante de la zone d’influence américaine depuis la fin de la Guerre Froide dans les principales aires géographiques détentrices des grands gisements énergétiques - autrement dit dans le contexte général d’une guerre économique qui ne dit pas son nom mais dont François Mitterrand peu avant sa disparition avait souligné l’extrême férocité, il n’avait en effet pas hésité à parler d’« une guerre à mort » - que doit maintenant s’interpréter le retour en force de la politique du double endiguement - double containment - conduite par l’Amérique à l’égard de l’Iran et de l’Irak. Depuis le discours sur l’état de l’Union du 29 Janvier le sujet est devenu d’une parfaite limpidité.

Cependant nous ne croyons pas à une intervention directe des américains en Iran. La Perse n’est pas une quelconque sous-province qui pourrait être démocratiquement normalisée en l’espace de quelques semaines. Nous ne sommes ni le Yémen, ni la Somalie, ni non plus le Soudan. Il est plus vraisemblable que l’Amérique, si elle passe comme elle semble en avoir maintenant l’intention, en phase d’ingérence active, s’efforcera de susciter des troubles intérieurs d’une ampleur suffisante pour entraîner le renversement du régime. Et il semble que certaines conditions soient actuellement déjà réunies.

L’Iran actuel compte environ 70 millions d’habitants dont 75 % ont moins de 25 ans. L’Iran occupe ainsi la première place mondiale pour l’importance de sa jeunesse. Or l’économie iranienne n’offre aucune perspective à ces jeunes générations dont le niveau de vie tend inexorablement vers le bas. Aucun projet cohérent de développement économique n’est à l’heure élaboré ou en préparation dans les bureaux d’un gouvernement qui a manqué à tous ses engagements. La colère gronde dans les générations montantes et elle est à la mesure du désespoir engendré par la totale d’absence d’avenir qui obstrue l’horizon de notre jeunesse. Un parallèle peut d’ailleurs être fait, sans aucune exagération entre les jeunes palestiniens enfermés dans les ghettos sans avenir des territoires autonomes et l’Iran sans futur, clos sur lui-même, sans projet. Le régime théocratique ne propose rien. Dans un cas comme dans l’autre le potentiel explosif de ce désespoir social et humain n’est pas véritablement pris en compte par les soi-disant décideurs politiques. Et dans un cas comme dans l’autre, la politique de la force n’aura qu’un temps. La répression atteindra forcément à un moment ou à un autre les limites du tolérable, et ce moment n’est peut-être pas loin, si la négociation et les changements radicaux ne prennent pas rapidement le relais.

Pour donnez une petite idée de la situation telle qu’elle se présent en Iran : le pauvreté se situe à 150 mille tomanes par mois, un enseignement ne perçoit que cinquante mille tomanes par mois contre 600 000 à un gardien de la révolution c’est-à-dire 12 fois moins. 25 000 enfants, proies désignés de la violence, de la prostitution, errent dans les bas quartiers de Téhéran. Le gouvernement et le parlement n’ont qu’un pouvoir fictif. La justice et les forces de l’ordre dirigent le pays. Outre les journalistes, cibles habituelles du régimes, un groupe de parlementaires vient d’être mis en état d’arrestation pour s’être cru autorisé à dénoncer à la tribune de l’assemblée la corruption qui sévit du haut en bas de la hiérarchie gouvernementale. Ces quelques exemples sont suffisamment édifiant pour apprécier l’état de déliquescence actuel de notre patrie.

Le mouvement réformateur a reculé honteusement. Il s’est avéré que Khatami n’a été qu’un homme de paille, menteur et incompétent. Nous constatons aujourd’hui que ce groupe a lui aussi été corrompu, mais répétons que la corruption sévit non seulement à la base du pouvoir religieux mais jusqu’à ses plus hauts sommets c’est-à-dire Khaménéï et son plus proche entourage.

Nous, opposants iraniens en exil, en concertations avec nos amis et nos frères qui œuvrent pour le renouveau de l’intérieur, nous connaissons la réponse. Le changement viendra obligatoirement d’abord des iraniens eux-mêmes. Toute solution venant artificiellement de l’extérieur, plus ou moins dictée ou imposée serait à terme vouée à la faillite. Il s’agit avec honnêteté de reconnaître maintenant que la carte réformiste jouée en Iran par l’Occident n’a été qu’un leurre. Qu’il s’agirait pour la communauté européenne d’anticiper sur les événements inéluctables qui se profilent sur le proche horizon et d’organiser la relève en rassemblant les forces, hommes et partis, qui composent l’opposition en exil. C’est là sans doute le rôle et la vocation des Européens, au premier rang desquels la France et l’Allemagne qui doivent voir au-delà de leurs intérêts pétroliers à court terme. Les obstacles rencontrés par Elf-Total-Fina en Iran du fait de la politique de rétorsions économiques des Etats Unis sont là pour éclairer la scène. Les uns s’obligent à appliquer des règles que contournent les autres. Sous couvert de respect des conventions internationales s’exerce l’impitoyable jeu de la concurrence économique et la course effrénée pour la maîtrise des sources d’approvisionnement énergétique. L’Europe doit voir son intérêt à terme, être consciente que c’est maintenant que les choses se jouent . Elle devrait être avertie que le pragmatisme et l’opportunisme politique qui sont de règle Outre Atlantique, ont dores et déjà fait le choix pour l’Iran de la subversion intérieure et un renversement rapide du régime théocratique.
La course est donc engagée entre l’Europe et l’Amérique pour savoir qui sera ou pourra être le partenaire privilégié d’un Iran républicain doté d’institutions démocratiques. L’Europe doit maintenant savoir que les conditions intérieures d’un basculement politique sont à ce jour réunies. Que la situation économique y est catastrophique, que le mécontentement y est à son comble, que les manifestations d’hostilité ouverte à l’égard du pouvoir se multiplient sans que rien ne puisse les interdire, pas même la répression...

Que les américains, qui jusqu’ici avaient opté pour le statu quo et le maintien des ayatollahs au pouvoir, confortés par leur « succès » afghan ont décidé de forcer le pas. L’Europe une fois de plus sera-telle à la remorque de la politique américaine ou décidera-telle, en prenant l’initiative d’aider à la préparation du futur gouvernement iranien, notamment en soutenant l’opposition extérieure afin de jouer enfin son rôle dans la recherche de la paix et de la stabilité au Proche Orient ?

La question est aujourd’hui posée. Aux instances européennes, aux hommes politiques de répondre clairement : veulent-ils un nouveau foyer de trouble et d’instabilité aux portes de l’Europe ou veulent-ils résolument, de leur propre initiative, œuvrer pour l’émergence d’une sphère de coprospérité empruntant la voie d’une paix équitable et durable au Proche Orient ?

Dr Armand Nouri. Paris, le 10 Février 2002

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