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AZF : les témoins ont bien été électrocutés !

lundi 21 décembre 2009

Au cours du procès, la vraisemblance des témoignages d’électrocutions fut mise en doute par les experts judiciaires qui avancèrent que les témoins ne pouvaient avoir été électrocutés sans avoir été au contact d’un élément conducteur traversé par un courant électrique.

Ainsi, à la barre un expert vint affirmer que le témoin M. Romero ne pouvait avoir subi une électrocution puisqu’il se tenait debout sur une plaque métallique. De même, le témoignage de M. Dupont fut contesté au motif qu’il se trouvait dans une voiture et que celle-ci faisant office selon les experts de « cage de Faraday », il ne pouvait avoir ressenti de secousse électrique.

Ces affirmations des « experts » sont fausses. Il est en effet possible d’être électrocuté sans être au contact d’un conducteur associé à un réseau de distribution électrique en étant simplement au contact de la terre. Le phénomène mis en jeu dans ce type très particulier d’électrocution s’appelle une remontée de potentiel de terre. C’est un phénomène bien connu des spécialistes qui fait l’objet d’études scientifiques et même d’une norme de sécurité appliquée aux installations électriques d’outre-atlantique.

Comment une remontée de potentiel de terre se manifeste-t-elle ?

Pour qu’un courant puisse s’établir entre deux points, il faut que ces deux points soient à des potentiels électriques différents, potentiels exprimés en Volt, on parle alors de tension entre les deux points par analogie à la tension entre deux points d’une corde. Ainsi deux bornes d’une pile électrique, se trouvent à des potentiels différents entre lesquels peut circuler un courant entre la tension ainsi créée. Le sol sur lequel nous marchons, ne présente pas, à l’équilibre, de différence de potentiel susceptible de créer un courant. Pourtant la terre est conductrice et permet le transit d’un courant.

On sait que la « mise à la terre » des appareils électriques domestiques permet en cas de « fuite » du réseau électrique d’écouler le courant à la terre pour éviter que celui-ci ne passe au travers de l’utilisateur de l’appareil et ne le blesse. Tous les appareils électriques, même s’ils ne sont pas défectueux, fuient plus ou moins et une installation domestique laisse partir une petite partie du courant à la terre, on parle alors de « courant de défaut » ou encore de « courant vagabond ».
A l’échelle d’un appareillage domestique, l’intensité de ce courant vagabond est insignifiante et ne se traduit par aucune manifestation observable. Maintenant, si l’intensité de ce courant vagabond injecté dans la terre devient très importante, s’il s’agit par exemple d’un coup de foudre, alors se produit un autre phénomène, la tension au niveau du point d’impact s’élève très fortement. Cette tension décroît progressivement quand on s’éloigne du point d’impact de plusieurs dizaines de mètres, on parle de zone de gradient de potentiel.

Dans le cas où un piéton se trouve dans la zone dans laquelle le potentiel de la terre s’est élevé, alors les deux pieds de celui-ci vont se trouver à des potentiels différents, le pied se situant plus près du point d’impact s’élevant à un potentiel plus élevé que l’autre, cette différence de potentiel est appelée « tension de pas », le terme par lui-même étant suffisamment explicite. Le courant va circuler alors entre les deux pieds de l’individu en traversant les jambes et le bassin. Cette tension de pas peut prendre des valeurs considérables.

Récemment un groupe de randonneuses, surpris par la foudre, en fut victime dans les Pyrénées. Se trouvant dans la zone de gradient de potentiel, l’une des randonneuses fut tuée, une autre commotionnée par la tension de pas, retrouva sa chaussure percée d’un trou minuscule créé par l’arc électrique. Cet accident démontre que des tensions instantanées de plusieurs dizaines de milliers de Volt peuvent se créer instantanément entre les pieds d’un marcheur pris dans une zone d’élévation du potentiel de terre.

Des scientifiques polonais ont réalisé un programme informatique de simulation permettant de calculer l’élévation du potentiel de terre et la tension de pas. Ils ont étudié en particulier le cas d’un coup de foudre frappant un pylône entouré d’une clôture. [1]
Les résultats obtenus sont assez surprenant : la clôture a pour effet d’augmenter le gradient de potentiel, c’est donc à proximité immédiate de celle-ci que se trouve la tension de pas la plus élevée et que le danger est le plus grand. La proximité de conducteurs métalliques reliés à la terre a pour effet de rendre l’élévation du potentiel de terre plus dangereuse.

Il est à observer que sur le site AZF se trouvait un grand nombre de voies de chemin de fer dont l’effet s’apparente à celui de la clôture de l’étude polonaise et que les témoins ayant décrit des phénomènes électriques se trouvent à proximité de ces voies. Il est donc vraisemblable que ces voies ont contribué au phénomène et à sa dispersion sur une surface étendue. D’ailleurs le rapport des experts judiciaires commis dans cette affaire mentionne, sans pouvoir l’expliquer, une trace d’amorçage sous forme de fusion superficielle du rail, sur la voie reliant AZF au site SNPE alors que cette voie n’était pas électrifiée. On peut donc conclure que le gradient de potentiel a induit sur ce tronçon de voie un amorçage sous forme d’un petit arc électrique. L’élévation de potentiel du site AZF s’est transmise à la SNPE par ces rails mais aussi, vraisemblablement, par la passerelle qui enjambait le bras de la Garonne. Une telle remontée de potentiel n’est pas restée sans conséquence sur le réseau de distribution électrique. Aussi bien sur le site AZF que sur le site SNPE, les postes de distribution se sont mis à amorcer entraînant la disjonction générale du site et le démarrage des turboalternateurs qui prirent le relais du réseau principal. Les amorçages ont mis en jeu des énergies instantanées considérables que les relais de distribution des tensions intermédiaires du site AZF n’ont pas réussi à interrompre. La mise en sécurité du site n’est intervenue que 5 secondes après le l’élévation du potentiel de terre par l’isolation du site de ses sources d’alimentation 225 KV.

Sur les personnes présentes, les effets de l’élévation du potentiel ont été de différentes natures. Le cas le plus extrême est celui de Hassan Jandoubi qui fut suspecté d’être un kamikaze mais dont le corps présente toutes les traces d’une électrocution violente. Le corps présente des brûlures internes profondes alors que ses vêtements ne sont que très peu brûlés. En réalité le courant a circulé dans les chairs de la victime et non dans les vêtements peu conducteurs. L’absence de brûlure des vêtements fut interprétée comme un maquillage du corps visant à dissimuler le rôle de kamikaze attribué à la victime, d’autant plus qu’une autre anomalie vint semer le trouble, le jour de l’autopsie les yeux de la victime était bleus alors que H. Jandoubi avait les yeux sombres. Là encore, on crut déceler une manipulation alors qu’en réalité l’étrange couleur bleutée des yeux d’ H. Jandoubi était la conséquence d’une cataracte électrique, phénomène d’opacification du cristallin sous l’effet d’un courant électrique, opacification qui peut se développer post-mortem.

Une autre victime fit, elle aussi, l’objet de nombreuses interrogations : l’autopsie du jeune Ratier identifia une mort par asphyxie due à un gaz comme le monoxyde de carbone. Certains virent dans ce décès la confirmation qu’une fuite de gaz avait bien précédé l’explosion du hangar 221 et incriminèrent la SNPE comme responsable de cette fuite imaginaire. En réalité, le jeune Ratier fut empoisonné par le monoxyde de carbone que son propre organisme avait produit. Victime de l’élévation du potentiel, il est vraisemblable que le choc électrique produisit chez lui un arrêt respiratoire, et donc une asphyxie rapidement suivie d’un arrêt cardiaque.

C’est le même syndrome d’arrêt respiratoire que décrivit M. Romero à la barre du tribunal : il se sentit paralysé par un courant électrique et crut vivre ses derniers instants. Dans ces deux derniers cas le courant a circulé entre les pieds et les mains des victimes traversant la cage thoracique et tétanisant les muscles respiratoires. Il ne s’agit donc pas d’une tension de pas mais d’une tension dite de contact. M. Romero était à l’ensachage et c’est le contact de ses mains avec la machine qui l’électrocuta. De même le corps de M. Ratier fut retrouvé à proximité de l’ascenseur de la tour de granulation et il est probable qu’il tenait la poignée de la porte de l’ascenseur dans sa main. M. Romero eut la chance d’être projeté violemment par la deuxième explosion (celle du hangar 221) et, le choc de l’explosion, en interrompant sa tétanie respiratoire, lui sauva la vie.

D’autres témoignages peuvent être considérés comme une manifestation de l’élévation du potentiel de terre, comme celui de cette personne de la SNPE qui se sentit bousculée et se retrouva par terre. Il est vraisemblable qu’elle ne fut pas à cet instant victime d’un effet de souffle, comme on put le penser, mais d’une contraction musculaire brutale des membres inférieurs sous l’effet du gradient de potentiel, c’est la fameuse expérience de la cuisse de grenouille contractée sous l’effet d’un courant électrique.
Quant à Monsieur Dupont qui fut électrocuté dans une voiture alors que sa main pendait le long de la portière, il roulait le long d’une voie de chemin de fer dont tout porte à croire que les gradients furent particulièrement élevés dans leur voisinage.

A la lecture de ces témoignages, on reste néanmoins troublé par la dimension exceptionnelle du phénomène d’élévation du potentiel de terre qui fut ressentie à plusieurs centaines de mètres à la ronde. Certes l’étude polonaise montre bien que le gradient de potentiel reste dangereux à grande distance, lors d’un coup de foudre, mais ce 21 septembre le ciel était clair et un coup de foudre est à exclure. Alors comment le potentiel du site chimique a-t-il pu s’élever de la sorte ?

Si l’injection de courant n’est pas due à la foudre, elle ne peut être due alors qu’à un matériel électrique présent sur le site, susceptible d’initier une tension de très forte valeur dans un temps extrêmement bref, de l’ordre de quelques microsecondes. Une fois exclues d’autres hypothèses moins vraisemblables comme une accumulation électrostatique dans la tour de granulation ou bien une résonance du réseau électrique, seul un transformateur de puissance a pu engendrer une telle tension. Mais pour que le transformateur ait pu par auto-induction générer une impulsion de très forte amplitude, encore faut-il qu’il ait subi une rupture brutale de charge, c’est-à-dire que le courant qu’il délivrait ait été brutalement interrompu. Et encore cela ne suffit-il pas. En effet, si un câble électrique est sectionné, par une pelleteuse par exemple comme cela arrive assez souvent lors de travaux de voirie, il va se créer un arc électrique au niveau de la rupture par effet Corona et la tension ne va pas monter. Pour réussir à obtenir une tension élevée, il faut que la pression au niveau de la rupture soit extrêmement élevée pour bloquer l’effet Corona. On en déduit donc dans le cas d’AZF que c’est une première explosion de nature chimique, donc avec une pression instantanée des gaz très élevée, qui a rompu le câble. Cette explosion a été entendue par de nombreux témoins. Elle peut donc à elle seule expliquer la nature des événements électriques.

Les deux conditions indispensables pour générer une tension telle qu’elle fut observée le 21 septembre 2001 sont donc, d’une part une pression gazeuse très élevée pour bloquer l’effet Corona, et d’autre part une rupture très brève du conducteur. Ces deux conditions ne peuvent être rassemblées qu’au moyen d’un explosif chimique.
Il faut insister ici sur la nécessaire brièveté du phénomène. Pour démontrer l’impossibilité de développer un gradient de potentiel à la surface du site AZF, les experts judiciaires crurent judicieux d’effectuer des mesures statiques par injection d’une haute tension continue dans le sol. Ils ne mesurèrent que des tensions insignifiantes et conclurent à l’absence de remontée de potentiel. Ce mode opératoire de mesure est erroné. S’il était appliqué au modèle étudié par les chercheurs polonais, il ne donnerait là encore que des tensions de quelques Volt et ne serait absolument pas en mesure de traduire le phénomène réel. En réalité, pour que le gradient puisse se développer à la surface du sol, il faut que l’impulsion de tension soit extrêmement brève de l’ordre de quelques microsecondes. Les mesures statiques faites par les experts judiciaires sur le site AZF n’avaient donc aucune chance de rendre compte de la réalité du mode de propagation d’une onde de surface. Seul un modèle dynamique, tel que celui des chercheurs polonais, est représentatif du phénomène physique de propagation.
Il est possible dans certaines conditions de voir au sol les traces de cette onde de propagation lors d’une élévation du potentiel de terre à la suite d’un coup de foudre. En effet le gradient de surface se traduit sur un sol homogène, comme par exemple celui des terrains de golf, par des brûlures de surface sous forme de figures de Lichtenberg, qui sont des figures géométriques en forme de feuilles de fougères.

Mais cette élévation du potentiel de terre peut-elle expliquer à son tour l’explosion du hangar 221 ? Certainement pas.

Bien quelle fut spectaculaire, cette élévation n’a pu mettre en jeu suffisamment d’énergie pour amorcer simultanément trois cent tonnes de nitrate. De plus les enregistrements montrent que l’explosion du hangar a eu lieu 10 secondes après l’élévation du potentiel et cinq secondes après la disjonction générale du site.

Il faut donc chercher ailleurs la cause de l’explosion du hangar et selon toute vraisemblance dans une deuxième explosion de nature chimique elle-aussi, mais située au cœur-même du tas de nitrates.

La rédaction Geopolintel

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