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Valérie Plame, agent « révélé » de la CIA

mardi 6 juillet 2010

Début 2002, à la demande de la CIA, un ex ambassadeur américain, Joseph Wilson, est envoyé au Niger pour enquêter sur un éventuel trafic de matériau nucléaire, afin de prouver que Sadam Hussein avait bien essayé de se procurer de l’uranium pour construire une arme nucléaire. Non seulement, Joe Wilson n’a rien trouvé confirmant cette allégation mais il a prouvé que les documents sur lesquels se basait l’administration étasunienne étaient faux.

En 2003, l’Irak étant alors envahi sous ce prétexte, Joseph Wilson publie un article dans le New York Times, « What I Didn’t Find in Africa », qui dévoile le mensonge de Bush lors du discours sur l’état de l’Union de 2003 dans lequel le président fait référence au Niger pour défendre son plan de renversement du gouvernement de Saddam Hussein. Joseph Wilson explique alors que : « Mes informations ont été ignorées parce qu’elles ne correspondaient pas à des idées préconçues sur l’Irak, alors on peut légitimement faire valoir que nous sommes entrés en guerre sous de faux prétextes  ».

Quelques jours plus tard, des journalistes divulguent progressivement le véritable statut de Valérie Plame, l’épouse de l’ambassadeur. Il s’agit de Cooper travaillant pour Times Magazine et Judith Miller pour le journal The New York Times ainsi que de Robert Novak. Ce dernier affirme que Joseph Wilson a été choisi comme enquêteur sur les conseils de sa femme, agent de la CIA. Plusieurs journalistes pensent que cette révélation est destinée à punir Joseph Wilson de mettre le gouvernement dans l’embarras.

Le procureur Patrick Fitzgerald ouvre une enquête sur cette affaire. Il exige que Cooper et Miller révèlent leurs sources. Ceux-ci refusent, invoquant le premier amendement à la Constitution des États-Unis qui assure la liberté de la presse et le secret professionnel. Mais le juge argue du fait que révéler l’identité d’un agent de la CIA est un crime fédéral.

La Cour suprême des États-Unis donne raison au juge et fait pression sur les journalistes en les menaçant d’emprisonnement. Seul Cooper satisfait à la curiosité de la cour et celle-ci impose des sanctions à l’encontre de l’employeur de Cooper, lequel se soumet et remet à la cour les informations demandées. Étrangement, la cour fédérale ne fait pas comparaître Robert Novak, qui est pourtant à l’origine de l’information clé.

En juillet 2005, Judith Miller est mise sous les verrous. En septembre, elle sort de prison après que sa source l’ait autorisée à divulguer son identité.
Il s’agit, révèle alors le New York Times, de Lewis Libby, le secrétaire général du vice-président Dick Cheney. En octobre, le New York Times publie un article dans lequel on apprend que Lewis Libby avait appris la véritable identité de Valerie Plame de Dick Cheney. Il est alors inculpé pour avoir menti à la justice.

En 2006, le président George W. Bush est mis en cause pour la divulgation d’informations secret-défense. Le procureur a en effet remis à la Cour fédérale du district de Columbia une réponse écrite selon laquelle M. Libby aurait fait « fuiter » des informations à plusieurs journalistes pour tenter de sauver la crédibilité de l’administration Bush. Il aurait dit à son chef de cabinet que le président l’avait « spécifiquement autorisé à révéler certaines informations  ». Il dément cependant être celui qui a livré l’identité de l’agent Valerie Plame, un crime selon la loi sur la protection des agents secrets.

Valérie Plame fréquentait John Sharp, directeur de la société Authentium. Ainsi, on pouvait lire sur le blog de celui-ci :

« Quand Francine et moi nous sommes mariés, en février 2002, j’ai invité un petit groupe d’amis. Parmi eux, se trouvaient deux invités connus à Washington, l’ambassadeur Joseph Wilson et son épouse Valérie Plame. J’ai rencontré Joe et Valérie Wilson à Washington juste après qu’eux-mêmes se soient mariés. A l’époque, Joe était rentré d’Irak depuis plusieurs années et travaillait sur des projets internationaux de télécommunications, centrés principalement sur les questions des communications en Afrique. Nous nous sommes rencontrés par l’entremise d’amis communs alors que j’achetais une technologie sans fil qui a été renommée plus tard Wimax. Joe est quelqu’un avec lequel on sympathise vite. Après quelques réunions, il m’invita chez lui, dans la banlieue de Washington, où je fis la connaissance de Valérie. Je me souviens vaguement de lui avoir demandé à notre première rencontre ce qu’elle faisait dans la vie, et d’avoir appris qu’elle travaillait dans un domaine proche de celui de la femme d’Helmuth comme consultante. Ni cette fois-là, ni à aucun autre moment où je me rendis chez eux, ou parlais avec Joe, il ne fut fait allusion ou évoqué la véritable activité de Valérie. A notre mariage à New York, nous fûmes heureux de la présence de Joe et Valérie, sans qu’aucun de nous deux ne se doutât de l’activité clandestine de Valérie. Quelque mois plus tard, vous pouvez imaginer quelle ne fut pas notre surprise quand éclata la nouvelle de la véritable activité de Valérie. J’étais assis chez moi, devant la télévision quand ils donnèrent son nom et ensuite éclata l’affaire, l’affaire qui devait plus tard casser Scooter Libby. Nous n’avions aucune idée de tout cela avant et c’est toujours difficile à croire maintenant. Quand j’ai entendu le témoignage de Valérie ce matin devant le Congrès et le comité gouvernemental de réforme, me revint le même sentiment que j’ai eu en entendant parler de cette affaire pour la première fois. Rien dans cette affaire ne m’exaspère davantage que de savoir que la vie de Valérie ainsi que la vie des personnes qu’elle a recrutées dans son réseau international, sont désormais soumises à un risque permanent à cause de l’action insensée d’un officiel du gouvernement. La création de ces réseaux revient incroyablement cher et ils demandent beaucoup de temps, leur maintien est vital, et les renseignements obtenus par des moyens humains sont irremplaçables. La communauté américaine du renseignement, et la CIA en particulier, sort appauvrie de cette compromission et j’imagine que plus aucun agent clandestin en activité ne sent désormais son réseau en sécurité. Il reste à espérer que le House oversight and government reform committee va créer une loi meilleure avec des contours plus clairs et des sanctions exemplaires, qui dissuaderont les officiels américains de détruire ces constructions de grande valeur dans le futur. Les démocrates devraient appeler cette loi la loi Valérie Plame, la faire passer et obtenir de Bush de la signer tant qu’il est encore en poste. »

John Sharp qui connaît donc bien Valérie Plame déclare ainsi qu’il a fait la connaissance de l’ambassadeur Wilson, mari de Valérie Plame, au cours d’une réunion. On sent au travers de ce courrier que les tensions politiques n’épargnent pas la CIA. Sharp connaît parfaitement le sujet dont il parle. Selon sa déclaration concernant le réseau de Valérie Plame «  La vie des personnes recrutées dans son réseau international, est désormais soumise à un risque permanent à cause de l’action insensée d’un officiel du gouvernement ».

Pourquoi est-il si sensible à la question de la sécurité des personnels de la CIA ? Qui peut bien figurer dans la catégorie des personnels de la CIA trahis par l’administration Bush et livrés à un risque permanent selon les mots de Sharp ?

Finalement, l’ambassadeur ne s’étant pas prêté au montage mensonger contre l’Irak, l’équipe Bush changea de plan et s’organisa pour accuser l’Irak de détention d’armes bactériologiques. Le rôle de dénonciateur fut endossé par Collin Powel qui brandit sa fausse preuve sous la forme d’une éprouvette sensée contenir des agents biologiques devant le conseil de sécurité de l’ONU.

La France à travers Dominique de Villepin a été la seule parmi la communauté internationale à réagir à cette intoxication orchestrée. Au moment où les États-Unis recherchaient l’aval de l’ONU - dont ils se sont au final passés - pour engager la seconde guerre contre l’Irak, les discours historiques du secrétaire du Département d’État américain et du Ministre français des Affaires Étrangères, ont illustré un affrontement entre deux politiques internationales radicalement opposées.

La rédaction Geopolintel.

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