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L’arme nucléaire « utilisable » contre-attaque

Par Brice Smith

jeudi 22 octobre 2009

Ce fut l’espoir de beaucoup qu’avec la fin de la « Guerre froide » entre les Etats-Unis et l’Union soviétique le monde emprunterait finalement la voie d’un désarmement nucléaire complet. Toutefois, au lieu de voir les armes nucléaires reléguées dans les poubelles de l’histoire, nous avons en fait assisté à ce que le général en retraite George Lee Butler, ancien responsable du Commandement stratégique américain (STRATCOM) a appelé la « réhabilitation rampante des armes nucléaires » amenée par « ceux mêmes qui avaient le plus à perdre de la fin de l’ère nucléaire. » (1)

L’ampleur de cette « re-justification rampante » est apparue clairement pour le monde l’année dernière, quand des fuites sur la Revue de la Posture Nucléaire (RPN), classifiée, sont apparues dans la presse (2). La politique nucléaire américaine n’avait jamais fait l’objet d’autant de débats depuis l’époque de l’administration Reagan, notamment par des personnalités de premier plan, qu’à la suite de ces publications. Deux éléments étroitement liés de la RPN ont, en particulier, suscité l’essentiel de cette attention. Le premier est une déclaration explicite selon laquelle les Etats-Unis devraient être prêts à utiliser des armes nucléaires contre une liste spécifique de pays cibles potentiels : la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Libye. Au moment de sa publication, les quatre derniers pays de cette liste ne possédaient pas d’armes nucléaires et ne les possèdent vraisemblablement pas maintenant. Selon la RPN, ces pays font partie de la liste parce que les armes nucléaires américaines doivent « continuer à fournir une assurance aux partenaires de pactes de sécurité, particulièrement en présence de menaces connues ou suspectées d’attaques nucléaires, biologiques ou chimiques ou dans le cas de développement inattendus de la situation militaire." (3) La mention des « développements inattendus de la situation militaire » est particulièrement importante du fait de sa définition très large, et représente un élargissement significatif du rôle des armes nucléaires dans la posture militaire américaine.

Le second passage amplement discuté de la RPN a trait au souhait du Pentagone d’explorer les concepts dits « avancés » tels que les ogives nucléaires de faible puissance et les armes de pénétration qui, selon lui, apporteraient des « bénéfices importants dans l’amélioration de la posture dissuasive de la nation. » (4) En avril 2002, le Dr Everet Beckner, Administrateur adjoint des programmes de défense à l’Administration nationale de la sûreté nucléaire (NNSA), a déclaré officiellement que le Robust Nuclear Earth Penetrator (RNEP) constituerait le point fort initial de ce programme. De façon à soutenir l’éventuel développement de ces nouvelles armes, la RPN appelle le Département de l’Energie à accélérer ses projets de construction de la « Modern Pit Facility » qui, sous sa forme prévue la plus développée, pourrait produire les amorces nucléaires pour 450 à 900 ogives nucléaires chaque année.

Historique de la politique nucléaire américaine

Depuis qu’ils ont les premiers déclenché la puissance des armes nucléaires sur le monde à Hiroshima, les Etats-Unis ont eu une politique nucléaire prévoyant l’utilisation en premier de l’arme nucléaire, et la menace de l’utilisation en premier dans toutes sortes de situations. Toutefois, le rôle de cette politique dans la posture militaire américaine a connu d’importantes variations au cours du temps. De 1945 à la crise des missiles de Cuba, les armes nucléaires ont joué un rôle primordial et les Etats-Unis se sont servi des menaces nucléaires à de nombreuses reprises, et bien sûr ont réellement utilisé des bombes nucléaires pour détruire deux villes. Entre le milieu des années 1960 et la fin des années 70, l’utilisation en premier des armes nucléaires a été envisagée, comme par exemple au Vietnam, mais la politique a été pour l’essentiel passée sous silence et largement remplacée par la posture de Destruction mutuelle assurée (Mutually Assured Destruction). La doctrine d’une guerre nucléaire limitée et gagnable est revenue sur la scène en 1979 avec la Directive présidentielle 59 sous l’administration Carter, et a été poussée encore plus loin par l’administration Reagan. Elle a été une nouvelle fois passée sous silence, toutefois, vers la fin des années 1980 et jusque dans les années 90, au moment de la fin de la Guerre froide et de la dissolution de l’Union soviétique. Sous l’administration actuelle, toutefois, le rôle des armes nucléaires dans la posture militaire américaine a été explicitement réactivé sous une forme qui apparaît encore plus menaçante que jamais depuis les années 1940.

Associée au refus explicite d’une politique de non-utilisation en premier (5), la RPN fait peser le spectre d’une attaque nucléaire préemptive contre des installations d’armements chimiques ou biologiques suspectées dans un Etat non nucléaire. Cette perspective est rendue encore plus troublante du fait de ce qui s’est passé récemment avec les services de renseignements américains et britanniques, concernant les programmes d’armement chimique et biologique supposés de l’Irak, qui ont été largement utilisés pour justifier l’invasion de mars 2003.

L’importance de la doctrine nucléaire américaine pour l’ensemble du monde peut difficilement être exagérée. Depuis l’aube de l’ère nucléaire, la posture américaine a été la force motrice majeure dans la prolifération nucléaire au niveau mondial. On peut en retrouver des exemples, depuis l’ordre donné par Staline en 1945 d’accélérer radicalement et d’étendre le programme nucléaire soviétique à la suite de l’attaque américaine sur Hiroshima, (6) jusqu’à la décision de l’Inde de faire avancer rapidement son programme nucléaire à la suite de l’intervention du groupe tactique de l’USS Enterprise doté d’armes nucléaires au cours de la guerre indo-pakistanaise de 1971, dans le cadre du « signe de soutien » accordé au Pakistan par les Etats-Unis. (7)

Le rôle élargi des armes nucléaires qui est envisagé aujourd’hui par l’administration Bush exerce une pression importante sur les efforts de désarmement et de non-prolifération tout comme l’ont fait les événements passés. Le Comité sur la sécurité internationale et le contrôle des armements de l’Académie nationale des sciences (NAS), l’ancien président des chefs d’état-major John Shalikashvili, et même le Comité des services armés de la Maison Blanche (House Armed Services) ont tous prévenu que si la plus importante puissance militaire du monde proclame son besoin d’armes nucléaires pour assurer sa sécurité nationale et pour dissuader des attaques chimiques et biologiques, d’autres pays allaient de manière encore plus probablement se servir de la même justification pour obtenir la bombe. (8)

Cibles potentielles

L’impact que le rôle dit de « contre-prolifération » des armes nucléaires aura sur le Traité de non-prolifération (TNP) suscite particulièrement des inquiétudes. Le 5 avril 1995, le Président W. Clinton, a réaffirmé publiquement une promesse donnée en 1978 par Jimmy Carter, selon laquelle les Etats-Unis n’utiliseraient pas d’armes nucléaires contres des Etats non nucléaires parties au TNP, sauf s’ils attaquaient en « association ou alliance » avec un Etat doté d’armes nucléaires. (9) Des engagements similaires, connus sous le nom « d’assurances de sécurité négatives », ont été donnés par les cinq Etats nucléaires reconnus dans le cadre de leurs efforts pour obtenir une prorogation illimitée du TNP en 1995. Ces promesses ont été relevées « avec satisfaction » par la résolution 984 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a été adoptée à l’unanimité le 11 avril 1995. Les engagements pris par les Etats détenteurs d’armes nucléaires dans cette résolution ont fait l’objet de nombreuses interprétations. Par exemple, Edward Gnehm, alors Représentant permanent adjoint des Etats-Unis aux Nations unies a déclaré que cette résolution « fait la promesse que, dans l’éventualité où des Etats non nucléaires sont victimes d’un acte ou d’une menace d’agression nucléaire, le Conseil de sécurité – et avant tout l’ensemble de ses membres détenteurs d’armes nucléaires – sera immédiatement impliqué. » (10) En outre, la totalité des cinq Etats détenteurs d’armes nucléaires ont signé des protocoles additionnels pour les Traités sur les zones exemptes d’armes nucléaires pour l’Amérique latine, le Pacifique sud et l’Afrique, dans lesquels ils s’engagent à ne pas utiliser ou menacer d’utiliser des armes nucléaires contre des parties aux traités. Néanmoins, les Etats-Unis n’ont pas ratifié les protocoles sur le Pacifique Sud et l’Afrique.

L’intégration de pays non nucléaires dans les cibles potentielles de la RPN a été codifiée comme politique nationale dans la récente « National Strategy to Combat Weapons of Mass Destruction » (Stratégie nationale de lutte contre les armes de destruction massive). (11) Ce document de stratégie, qui va directement à l’encontre des « Assurances de sécurité négatives » de 1995 ainsi que de la résolution 984 des Nations unies, déclare que les Etats-Unis se réservent le droit de « répondre par une force écrasante – y compris par le recours à toutes les options à leur disposition » à la suite de toute attaque avec des armes nucléaires, chimiques ou biologiques. Des sources dans l’administration indiquent que la version confidentielle de ce rapport, appelée « Directive présidentielle 17 sur la sécurité nationale » (aussi connue sous le nom de Directive présidentielle 4 sur la sécurité du territoire ») affirme explicitement que « l’usage massif de la force » comporte potentiellement l’utilisation d’armes nucléaires. (12) De telles menaces affaiblissent gravement le TNP et en réalité encouragent la prolifération nucléaire s’il n’est plus possible de faire confiance à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies et aux Assurances de sécurité négatives associées, pour apporter une assurance de sécurité.

Les « bunker busters »

La promotion des armes de pénétration discutées dans la RPN s’appuie souvent sur l’argument qu’elles sont souhaitables du fait de leur capacité à réduire les « dommages collatéraux » lors de l’attaque de ce qu’on appelle les cibles « durcies » ou « profondément enfouies ». Cependant on oublie souvent de dire que cette réduction se compare par rapport à la destruction stupéfiante provoquée par l’explosion en surface d’une puissance de 9 mégatonnes qui serait nécessaire à une arme non pénétrante pour détruire les mêmes structures enfouies. Les analyses des experts ont conclu que ces armes de pénétration ne pourront jamais s’enfouir suffisamment pour confiner leur explosion et rejetteront au contraire un nuage de poussières et de débris hautement radioactifs dans ce qu’on appelle une explosion en « chandelle romaine ». (13)

On rapporte que des scientifiques du gouvernement disent qu’une arme de 1 kilotonne (kt) n’aurait qu’à creuser un trou de 53 mètres pour confiner la radioactivité. (14) Négligeant pour un moment que cette profondeur dépasse de loin ce qui est possible physiquement pour une arme de pénétration moderne, les ingénieurs du Site d’essais du Nevada (NTS) ont découvert que même une bombe de 100 tonnes équiv. TNT (0,1 kT) doit être enfouie à 57 mètres de façon à ce qu’on puisse avoir la moindre garantie que le puits scellé ne donnerait pas lieu à des fuites de quantités importantes de radioactivité. (15) Plus grave encore, une ogive nucléaire emportée par un pénétrateur devrait être enfouie encore plus profondément que celles qui sont testées au Nevada parce que, à la différence des puits d’essais soigneusement scellés utilisés au NTS, une bombe « fouisseuse » laisserait vraisemblablement derrière elle une cheminée par laquelle les rejets radioactifs pourraient facilement s’échapper. (Voir la photo en couverture.)

Vues l’intensité et la répartition des retombées radioactives locales qui proviendraient de profondeurs d’enfouissement réalistes, si une arme d’une puissance même de 1 kilotonne était utilisée près d’une zone urbaine dans le « Global South » (16), on estime que « plusieurs dizaines de milliers de victimes » en résulteraient. (17) En outre, une analyse du Natural Resources Defense Council (NRDC) a conclu qu’une attaque contre une hypothétique installation souterraine à l’ouest de Pyongyang en Corée du Nord, avec une ogive nucléaire de puissance supérieure au type présent dans l’arsenal actuel (B61-11), entraînerait vraisemblablement entre 430 000 et 550 000 victimes selon les possibilités d’abri. (18) De telles frappes peuvent difficilement être appelées chirurgicales, et comme si n’était pas suffisant, une des ogives envisagées actuellement pour être utilisée dans le RNEP (la B83) a une puissance nominale de 1 mégatonne, ce qui correspond environ à 3 fois celle de l’arme étudiée dans l’analyse du NRDC.

Finalement, étant données les procédures actuelles pour la certification des nouvelles armes, il est très improbable que tout modèle nouveau soit accepté pour une production massive sans avoir été intégralement testé. Cette dépendance entre nouveaux modèles d’armes et nécessité d’essais nucléaires a été énoncée depuis des années aux plus hauts niveaux de l’establishment nucléaire, par des personnes comme Stephen Younger, ancien directeur adjoint de laboratoire pour les armes nucléaires au laboratoire national de Los Alamos, et par des groupes comme le National Research Council, une organisation à but non lucratif gérée par l’Académie nationale des sciences pour fournir des analyses techniques au gouvernement. (19) Outre la capacité de tester de nouveaux modèles pour vérifier leur état de fonctionnement, les militaires peuvent aussi exiger des essais nucléaires pour déterminer l’efficacité des armes de pénétration pour la destruction de cibles durcies. En fait, entre 1987 et 1992, au moins trois essais souterrains ont été effectués pour l’Agence nucléaire de défense (maintenant appelée Defense Threat Reduction Agency (Agence de défense de réduction des menaces) afin d’aider au développement de modèles pour étudier les effets d’une explosion nucléaire sur des structures enfouies profondément. (20)

L’éventualité de la réalisation d’un essai nucléaire qui, s’il intervenait, condamnerait presque certainement le Traité d’interdiction complète des essais (TICE) avant même son entrée en vigueur, devient de plus en plus plausible vue l’hostilité ouverte affichée par l’administration Bush vis-à-vis du TICE (21) associée au fait que la RPN déclare explicitement qu’il ne sera peut-être pas possible de maintenir de manière indéfinie le moratoire actuel sur les essais. (22) Malgré le rejet par la Chambre des Représentants américaine d’une loi de financement initiale, l’administration a demandé 25 millions de dollars sur le budget de l’année prochaine pour réduire à 18 mois le délai pour procéder à des essais souterrains, actuellement de trois ans.

Une doctrine qui n’est pas vraiment nouvelle

Il est près peu reconnu que les idées exprimées dans la RPN ne sont pas vraiment nouvelles. Bien que l’administration Bush soit la première à, aussi ouvertement et activement, faire siennes ces idées à un haut niveau et bien qu’elle commence à les mettre en œuvre comme politique nationale déclarée, les planificateurs et scientifiques militaires ont, dès la chute du mur de Berlin activement cherché à maintenir le stock d’armes américain et à développer de nouvelles armes nucléaires pour une utilisation « dissuasive » contre la prolifération des armes chimiques et biologiques dans l’hémisphère Sud. (23)

La justification avancée pour le maintien d’une infrastructure nucléaire militaire vaste et coûteuse a pris fin en même temps que la Guerre froide. Toutefois, il n’a pas fallu longtemps pour qu’une nouvelle justification pour ces armes commence à prendre forme. Même avant la chute du mur de Berlin, en 1989, 150 membres de l’establishment nucléaire militaire, notamment des représentants de l’industrie, se sont réunis au Centre de Los Alamos pour les études sur la sécurité nationale (Center for National Security Studies) pour se définir une nouvelle mission pour l’après Guerre froide. Lors de cette réunion, plusieurs participants se sont prononcés déjà pour une révision de la posture nucléaire américaine afin de traiter les problèmes de la prolifération des armes nucléaires, chimiques et biologiques. (24) Ce sentiment s’est retrouvé l’année suivante dans le « Military Net Assessment » (évaluation nette militaire) publiée par les Chefs d’états major, qui invoquaient les « menaces de plus en plus sérieuses du Tiers monde » comme justification potentielle pour maintenir le stock nucléaire du pays. (25)

Ces idées ont été développées plus précisément lors de la « Strategic Deterrence Study » (Etude sur la dissuasion stratégique) de 1991, également connue sous le nom de « Rapport Reed », commandée par le Commandement des forces aériennes stratégiques (SAC). Le rapport préliminaire exprimait ses inquiétudes que « la richesse croissante des pays pétroliers et de nouvelles puissances hégémoniques est accessible à des tyrans et des fous », et il conseillait une nouvelle stratégie de ciblage qui intégrerait la possibilité de constituer « une Force expéditionnaire nucléaire […] principalement destinée à être utilisée contre la Chine ou des cibles dans le Tiers monde. » (26) Elevant cette approche au niveau de la politique de défense nationale, le secrétaire à la défense de l’époque, Dick Cheney, a publié le document top secret sur la Politique d’emploi des armes nucléaires (Nuclear Weapons Employment Policy – NUWEP) en 1991. Ce document demandait aux militaires de commencer d’étudier la possibilité d’attaques nucléaires contre des pays capables de développer des armes nucléaires, chimiques et biologiques. (27) Déjà vers la fin des années 1980, les Etats-Unis avaient inscrit certains pays de l’hémisphère sud dans leur liste de cibles globales de l’URSS et de ses alliés, toutefois, le plan de guerre issu du NUWEP a été le premier à inclure explicitement des pays non nucléaires en raison des inquiétudes liées à la prolifération. (28)

Il est significatif que l’idée d’utiliser des armes nucléaires pour dissuader certains pays d’acquérir ou d’utiliser des armes non conventionnelles était liée, dès le début, au désir d’obtenir de nouveaux types d’armes nucléaires. Dans un article de 1991 publié dans Strategic Review, les chercheurs de Los Alamos Thomas Dowler et Joseph Howard III affirmaient que, puisqu’il se compose d’armes à forte puissance qui entraîneraient un nombre massif de victimes civiles, « l’arsenal nucléaire américain existant n’a aucun effet sur Saddam, et il est improbable qu’il ait un pouvoir dissuasif sur un autre tyran. » (29) Ils ont poursuivi en prônant le développement d’une « tiny nuke » avec une puissance de 1 kT (1 000 tonnes), d’une « mini nuke » avec une puissance de 100 tonnes , et d’une « micro-nuke » avec une puissance de 10 tonnes ; Prompte à suivre cette recommandation, l’Air Force a lancé en 1991 le « Project PLYWD » (Precision Low Yield Weapons Design – Conception d’armes de précision de faible puissance), pour étudier « une option crédible pour contrer l’emploi d’armes nucléaires par les pays du Tiers monde. » (30)

Toutefois, l’impulsion en faveur d’armes nucléaires de faible puissance a été nettement freinée en 1993, lorsque deux membres de la Chambre des Représentants des Etats-Unis, Elizabeth Furse (Démocrate de l’Oregon) et John Spratt (Démocrate de la Caroline du Sud) ont déposé un amendement dans le cadre du Defense Authorization Act du budget 1994 qui empêchait le Secrétariat à l’Energie de mener « une recherche et développement pouvant conduire à la production par les Etats-Unis d’une arme nucléaire de faible puissance », définie par la loi comme une arme possédant une puissance inférieure à 5 kT. Malgré ce revers, la planification d’un rôle nucléaire visant à contrer la prolifération d’armes non conventionnelles a continué à se développer.

« Les planificateurs ne doivent pas être trop rationnels »

A la suite de la Revue de posture nucléaire de 1993-94, qui s’est soldée pour l’essentiel par l’adoption totale de la doctrine nucléaire de d’administration Bush précédente, la STRATCOM s’est vu attribuer la tâche de concevoir des projets avec les chefs d’états majors régionaux pour des attaques nucléaires visant des pays cherchant à acquérir des armes nucléaires, chimiques et biologiques. (31) Ceci a abouti à la création des Livres SILVER (Strategic Installation List of Vulnerability Effects and Results), qui étaient des plans d’opération pour une « série de missions « silver bullet » (« remède miracle ») destinées à la contre prolifération. » (32) Les cibles probables de ces opérations sont des pays comme l’Iran, l’Irak, la Libye et la Corée du Nord. Vers la fin 1994, une proposition de SILVER Book était prête pour le commandement américain en Europe et un projet similaire était en cours pour le commandement Pacifique. Les chefs d’état-major régionaux, toutefois, étaient réticents à permettre à la STRATCOM de prendre le contrôle de la mission de contre prolifération, et en 1995, le projet a été officiellement arrêté.

La fin du projet des SILVER Books n’a cependant pas mis fin à l’idée de contre prolifération. Au cours de la même année, le Groupe consultatif stratégique du STRATCOM a publié un document appelé « Essentiels of Post-Cold War Deterrence » portant sur le maintien du besoin d’armes nucléaires. La recommandation essentielle de ce rapport consistait à dire que la dissuasion ne fonctionnerait que si les Etats-Unis sont capables « d’exercer une menace » sur ce qu’un adversaire considère comme le plus précieux. Il ajoute que « les planificateurs ne doivent pas être trop rationnels pour déterminer ce que cela englobe. » (33) Pour illustrer leur point de vue, les auteurs rappellent l’anecdote qui suit, issue de la guerre du Liban.

L’histoire de la tactique appliquée par les Soviétiques pendant les premiers temps du chaos au Liban constitue un bon exemple. Lorsque trois de leurs concitoyens et leur chauffeur ont été kidnappés et assassinés, deux jours plus tard les Soviétiques ont fait livrer au leader du mouvement révolutionnaire un colis contenant un seul testicule – celui de son fils aîné – avec un message qui affirmait en des termes on ne peut plus clairs, « ne touchez plus jamais à nos ressortissants. » Cela a fonctionné pendant toute la période des conflits sur place. Cette compréhension et cette adaptation perspicace de ce qui est considéré comme le plus précieux dans une culture, et sa prise en compte dans un message de dissuasion, associée à la prévision de la capacité qui peut être maîtrisée, est le type de pensée créative qui doit servir à décider ce qu’il faut mettre en danger dans le ciblage du cadre de dissuasion pour les situations multilatérales à l’avenir.

Les auteurs de ce rapport poursuivent et se plaignent du fait « que notre société ne fermerait jamais les yeux sur de telles actions, ce qui nous complique la tâche pour dissuader des actes de terrorisme. » Le rapport conclut donc que, si l’on veut que la dissuasion soit fructueuse, « cela nous nuit que de nous présenter comme trop rationnels et imperturbables », et prône que nos représentants nationaux s’expriment clairement sur le fait que « les Etats-Unis peuvent devenir irrationnels et vindicatifs si ses intérêts vitaux sont attaqués. » La politique d’irrationalité prônée dans ce rapport va directement à l’encontre du fondement même de tous les traités basés sur la non-prolifération et les accords de désarmement, qui sont basés sur l’hypothèse que les gouvernements peuvent être tenus pour responsables de tenir leurs engagements. Les implications de suggestions telles que celles mises en avant par le Groupe consultatif stratégique ne risquent pas de passer inaperçues par les pays, tels la Corée du Nord, qui peuvent déjà se sentir menacés par la posture militaire des Etats-Unis.

Le mois de février suivant, près de sept ans après la chute du mur de Berlin, les chefs d’états majors ont formellement inscrit le nouveau rôle des armes nucléaires dans leur « Doctrine for Joint Theater Nuclear Operations. » (34) Dans son introduction, cette doctrine affirme que « l’objectif des forces nucléaires américaines est d’aider à dissuader l’utilisation d’armes de destruction massive », que le document définit comme englobant les « armes nucléaires, chimiques, biologiques et radiologiques. » L’adoption de cette mission de contre-prolifération dans la politique officielle a été à nouveau renforcée en novembre 1997, lorsque le Président Clinton a publié la Presidential Decision Directive 60 (PDD – Directive de décision présidentielle), ordonnant, entre autres choses, que l’armée commence à planifier des attaques nucléaires potentielles en réponse à une attaque chimique ou biologique. Il est significatif que l’Agence de la maîtrise des armement et du désarmement (ACDA) des Etats-Unis, qui avait perdu son indépendance en 1996 après avoir été intégrée au Département d’Etat, n’a jamais été consultée lors de la préparation du PDD 60. (35)

La bombe B61-11

Alors que cette nouvelle mission pour les armes nucléaires était en train d’être formulée au début des années 1990, le développement d’armes nucléaires de pénétration connaissait aussi un regain d’intérêt. L’explosion d’une arme nucléaire en sous-sol transmet un pourcentage beaucoup plus élevé de son énergie à l’intérieur du sol q’une explosion en surface. Si l’on remonte aux années 1950, des recherches avaient été menées sur les armes de pénétration pour leur capacité à détruire les cibles durcies. Cependant, au fur et à mesure que des armes de plus en plus puissantes devenaient disponibles, l’intérêt porté aux ogives de pénétration a diminué. Ce concept a connu un bref renouveau sous la présidence de MM. Carter et Reagan, mais c’est seulement sous l’administration Clinton, qu’une nouvelle arme de pénétration, la B61-11, a été ajoutée au stock.

Le développement de la B61-11 a commencé en octobre 1993, lorsque Harold Smith, alors Assistant du Secrétaire à la Défense pour l’Energie atomique36 a demandé à l’Armée de l’air d’envisager le remplacement de la bombe à gravitation B53 par une arme modifiée à partir du stock actif. (37) A l’époque, la B53 était la plus grosse bombe de l’arsenal, avec une puissance de 9 mégatonnes, et il lui manquait bon nombre des caractéristiques de sûreté présentes sur les armes plus modernes. Surnommée « Crowdpleaser » (« qui fait plaisir à la foule »), la B53 avait été initialement conçue comme une arme anti-cités, toutefois l’administration Reagan a stoppé son retrait en 1987, et lui a réattribué la tâche de détruire les bunkers de commandement soviétique enfouis en profondeur, ainsi que d’autres cibles hautement durcies. (38)

Aucune nouvelle capacité nucléaire n’avait été ajoutée à l’arsenal américain depuis 1989. L’assistant au Secrétaire à la défense pour la politique de sécurité internationale de l’administration Clinton était inquiet à l’idée que le Congrès n’accepte pas un projet visant à développer une bombe à pénétration destinée à être utilisée contre des structures enfouies. C’est pourquoi il fut décidé de ne pas soumettre les projets à l’approbation du Nuclear Weapons Council. (39) Toutefois, en 1994 le climat/la conjoncture avait commencé à changer, avec la première Revue de la posture nucléaire (40) qui recommandait le remplacement de la B53. Le contrôle du Congrès était passé aux mains des Républicains, plus ouvertement favorables aux armes nucléaires, en accord global avec le Pentagone de l’administration Clinton. Le projet a été accéléré, et au début 1995, il a finalement été approuvé par le Nuclear Weapons Council.

L’arme qui en a résulté, la B61 modification 11 (B61-11), possède une enveloppe extérieure durcie spéciale, et une puissance variable allant de 0,3 à 340 kilotonnes. Comme elle est beaucoup plus légère que la B3 qui pèse 4 000 kg, elle peut être lancée par le bombardier B2-A furtif, ou même par le chasseur F-16. Après un total de 13 essais de largage en vraie grandeur en 1996, trois en Alaska et 10 sur la zone d’essais de Tonoopah au Nevada, l’arme a été intégrée dans le stock par l’armée. Les essais, toutefois, ont démontré les limites de la capacité de pénétration de l’arme dans le sol. Conçue pour creuser 15 mètres en profondeur avant d’exploser, les essais ont montré que la B61-11 pouvait seulement pénétrer de 6 mètres dans le sol sec (41) ou seulement 2 à 3 mètres dans la toundra gelée (42) lorsqu’elle est larguée depuis une altitude de 12 000 mètres. Même avant que ces essais n’aient été terminés l’utilisation prévue pour la B61-11 a été toutefois dévoilée au monde par Harold Smith, alors Assistant du Secrétaire à la Défense pour les programmes de défense nucléaire, chimique et biologique, lors d’un petit déjeuner avec des reporters, lors duquel il a mentionnée cette bombe comme option pour détruire une usine d’armes chimiques souterraine présumée, que la Libye était en train de construire, à Tarhunah. Bien que la menace ait été rapidement retirée, cet incident une fois de plus a souligné le rapport étroit entre les nouveaux modèles et les nouvelles missions des armes nucléaires. (43)

« Ceux qui avaient précisément à y perdre le plus »

Depuis les premiers jours de la première administration Bush jusqu’à la fin de la présidence Clinton, les doctrines conjointes de contre-prolifération et le développement de nouvelles armes nucléaires « plus utilisables » ont fait preuve d’une remarquable cohérence, se transformant à travers les groupes d’études et les articles de journaux en politique militaire déclarée et en armes concrètes. Cette évolution lente a été entraînée avant tout par un establishment nucléaire important qui cherchait à justifier la poursuite de son existence dans l’après Guerre froide. Lorsque la seconde administration Bush est arrivée au pouvoir en 2001, cependant, plusieurs partisans notables des armes nucléaires ont obtenu des postes politiques suffisamment influents pour faire passer rapidement une bonne part de cette vision stratégique aux plus hauts niveaux de la politique nationale.

Par exemple, pour de nombreux aspects fondamentaux, la Revue de posture nucléaire suit de très près les idées présentées dans un rapport publié en janvier 2001 par le National Institute for Public Policy, intitulé « Rationale and Requirements for U.S. Nuclear Forces and Arms Control » (Justification et exigences pour les forces nucléaires américaines et la maîtrise des armements). Ce rapport a été préparé pour partie par d’anciens responsables du Pentagone et du gouvernement, et plusieurs participants à l’étude détiennent maintenant des postes importants dans l’administration, notamment

· Stephen J. Hadley, qui est maintenant Conseiller adjoint à la sécurité nationale,

· Robert Joseph, actuellement directeur général de la stratégie relative à la prolifération, la contre-prolifération et la défense du territoire au National Security Council ;

· Stephen Cambone, ancien sous-secrétaire adjoint principal au Secrétaire à la Défense pour la politique, et actuellement sous-secrétaire à la défense pour le renseignement, et

· William Schneider, qui est le Président du Defense Science Board (Conseil scientifique de la défense).

De plus, le Président et le co-fondateur du National Institute for Public Policy et le responsable de l’étude sur les forces nucléaires était Keith Payne. Tout en travaillant pour Herman Kahn et le Hudson Institute, le Dr Payne a collaboré à un essai intitulé « Victory is Possible », dans lequel il soutient que les Etats-Unis ont « la capacité et la détermination nécessaires pour mener une guerre nucléaire à des niveaux toujours plus élevés de violence jusqu’à ce que des résultats acceptables soient atteints. » (44) En 2001, le Dr Payne a été nommé Président du Panel consultatif sur les concepts de dissuasion du Pentagone, et par la suite Assistant adjoint au Secrétaire à la Défense pour la politique des forces armées, en 2002 et 2003.

Parmi les responsables de l’administration en étroit rapport avec le complexe des armes nucléaires, ou qui ont joué un rôle important dans le dévelopement de la doctrine de contre-prolifération figurent notamment

· Dick Cheney qui, en tant que Secrétaire à la Défense, a été le premier à demander à l’armée de commencer à planifier des attaques nucléaires contre des pays dans l’hémisphère sud dès 1991. Il est maintenant Vice-président,

· Franklin, Miller, qui était le principal auteur de la PDD 60 et a mené la campagne de 1996 pour un accroissement important du nombre de cibles en Chine, et est maintenant Directeur général pour la politique de défense et le contrôle des armements au National Security Council, et

· Stephen Younger, qui en tant que Directeur adjoint de laboratoire pour les armes nucléaires au laboratoire national de Los Alamos, était ouvertement partisan des armes nucléaires de faible puissance, et est maintenant directeur de l’Agence pour la réduction des menaces du Pentagone (Defense Threat Reduction Agency).

Outre leurs intérêts pour l’establishment nucléaire, ces armes restent également une bonne affaire pour de nombreuses sociétés fournissant la défense. Dès la réunion de Los Alamos de 1989, où les idées de la contre-prolifération ont d’abord été publiquement exprimées, étaient présents ceux qui possédaient des liens étroits avec l’industrie de la défense, et qui ont donné de la voix en faveur du maintien du rôle des armes nucléaires dans la posture militaire américaine. Parmi ceux-ci, la corporation Lockheed Martin a été d’une importance particulière, (il s’agit du plus gros entrepreneur militaire aux Etats-Unis pour l’exercice 2002), puisque 8 des responsables politiques actuels ont eu avec elle des relations directes ou indirectes. (45) Lockheed reçoit plus de 1 milliard de dollars chaque année du Département à l’Energie, pour la gestion du Site d’essais du Nevada, où pourront probablement se faire d’éventuels essais de nouvelles armes ainsi que pour l’exploitation des Laboratoires nationaux de Sandia, où les travaux préliminaires de conception sur les concepts d’armes de pénétration sont déjà en cours. De plus, Northrop Grumman (le troisième entrepreneur militaire du pays en 2002), avec qui 7 responsables de l’administration ont eu des liens (46), s’est vu décerné un contrat, en association avec Lockheed, pour développer une interface nouvelle « pointer et cliquer » pour la planification d’attaques nucléaires. Cette nouvelle infrastructure aura pour tâche de gérer la multiplication par dix du nombre de cibles potentielles qui est projeté au cours des 4 années à venir au fur et à mesure de la mise en œuvre de la nouvelle posture. (47)

Animée essentiellement par un ensemble relativement restreint d’intérêts institutionnels ayant beaucoup à perdre de l’abolition des armes nucléaires, la politique américaine a progressivement évolué au cours de la décennie passée au point où elle menace maintenant le Traité de Non Prolifération, le Traité d’interdiction complète des essais, et peut-être plus d’un demi million de personnes avec une seule arme. Libérés des contraintes imposées aux planificateurs pendant la Guerre froide par l’Union soviétique, les partisans du militaire nucléaire au sein de la présente administration ont réussi à mettre le rôle de ces armes au premier plan, avec des actions telles que la mention explicite des cibles potentielles dans un document de politique nationale. En se ralliant activement au développement de nouvelles armes nucléaires et à l’expansion de leur rôle pour englober la « dissuasion » de toutes les armes non conventionnelles ainsi qu’une réponse potentielle à des « développements militaires imprévus », l’administration Bush a mis les Etats-Unis et le monde entier sur la voie dangereuse du redémarrage des essais nucléaires et de la prolifération au niveau mondial, et, pire encore, de la première utilisation potentielle d’armes nucléaires depuis la destruction d’Hiroshima et Nagasaki en deux flashs aveuglants, il y a 58 ans.


NOTES :

1 George Lee Butler, « A wake-up call, » Fourth World Review 108 & 109 (2001).

2 Michael Gordon, “U.S. Nuclear Plan Sees New Weapons and New Targets,” New York Times, le 10 mars 2002 ; et William Arkin, « Secret Plan Outlines the Unthinkable, » Los Angeles Times, le 10 mars 2002.

3 U.S. Department of Defense, « Nuclear Posture Review, » soumis au Congrès le 31 décembre 2001.

4 ibid.

5 Bureau du Président des Etats-Unis, « National Strategy to Combat Weapons of Mass Destruction, » décembre 2002 ; et Wade Boese, « Bush Administration Releases Strategy on WMD Threat, » Arms Control Today, Janvier-février 2003

6 David Holloway, The Soviet Union and the Arms Race, Yale University Press, New Haven (1983).

7 Admiral L. Ramdas (ret.), « Nuclear Disarmament and South Asia, » Point presse au National Press Club, Washington, D.C., le 8 mai 2000 ; et George Perkovich, India’s Nuclear Bomb : The Impact on Proliferation, University of California Press, Berkeley (1999).

8 Committee on International Security and Arms Control, National Academy of Sciences, « The Future of Nuclear Weapons Policy, » National Academy Press, Washington, D.C. (1997) ; General John M. Shalikashvili (ret.), « Findings and Recommendations Concerning the Comprehensive Nuclear Test Ban Treaty, » janvier 2001 ; et Rapport du Committee on Armed Services, Chambre des Représentants, on H.R. 2401, National Defense Authorization Act for FY 1994, 30 juillet 1993.

9 Département d’Etat des Etats-Unis, « Statement by the Honorable Warren Christopher, Secretary of State, Regarding a Declaration by the President on Security Assurance for Non-Nuclear Weapon States Parties to the Treaty on Non-Proliferation of Nuclear Weapons, » le 5 avril 1995.

10 Judy Aita, « Security Council Gives Assurances in Case of Nuclear Attack, » United States Information Agency, le 11 avril 1995.

11 Bureau du Président des Etats-Unis, « National Strategy to Combat Weapons of Mass Destruction, » décembre 2002.

12 Boese, 2003, op. cit.

13 Robert Nelson, « Low-Yield Earth Penetrating Nuclear Weapons, » Science and Global Security 10 (2002).

14 Walter Pincus, « U.S. Studies Developing New Nuclear Bomb, » Washington Post, le 15 avril 2001.

15 Christopher Paine, Thomas Cochran, Matthew McKinzie, et Robert Norris, « Countering Proliferation or Compounding It ?, » Natural Resources Defense Council, mai 2003.

16 Le terme « Global South » (hémisphère sud) se réfère au groupe de pays qui rassemble la majorité de la population mondiale et auquel on se réfère souvent sous le nom de « Tiers Monde. » Le concept d’un « Global North » et d’un « Global South » a d’abord été mis en avant en 1980 dans un rapport par la Commission indépendante sur les enjeux du développement international appelé « North-South » : (« Nord-Sud ») : A Programme for Survival » (Un programme pour la survie), qui demandait une réévaluation du concept de développement ainsi que des relations économiques plus équitables entre les pays.

17 Nelson, 2002, op. cit.

18 Paine et al., 2003, op. cit.

19 Stephen Younger, « Nuclear Weapons in the Twenty-First Century, » Los Alamos National Laboratory LAUR-00-2850, le 27 juin 2000 ; et National Research Council, Commission on Physical Sciences, Mathematics, and Applications, Naval Studies Board, Committee on Technology for Future Nuclear Forces, Panel on Weapons, « Technology for the United States Navy and Marine Corp, 2000-2035 : Becoming a 21st Century Force, » National Academy Press, Washington, D.C. (1997).

20 Paine et al., 2003, op. cit.

21 D. Kimball, « CTBT Rogue State ?, » Arms Control Today, décembre 2001.

22 U.S. Department of Defense, 2001, op. cit.

23 Patric Garrity et. al., « The Future of Nuclear Weapons : Debating The Future, » Los Alamos Science 17 (1989).

24 Ibid.

25 Joint Chiefs of Staff (Chefs d’états majors), « 1990 Joint Military Net Assessment, » mars 1990.

26 Strategic Advisory Group of the Joint Strategic Target Planning Group, US Strategic Air Command, « The role of nuclear weapons in the new world order, » Navy News and Undersea Technology, 13 janvier1992.

27 William Arkin, « Agnosticism When Real Values Are Needed : Nuclear Policy in the Clinton Administration, » Federation of American Scientists Public Interest Report, septembre/octobre 1994.

28 Hans Kristensen, « Nuclear Futures : Proliferation of Weapons of Mass Destruction and US Nuclear Strategy, » British American Security Information Council, mars 1998.

29 T.W. Dowler and J.S. Howard III, « Countering the threat of the well armed tyrant : A modest proposal for small nuclear weapons, » Strategic Review, automne 1991.

30 William Arkin, « Nuclear Junkies : Those Loveable Little Bombs, » Bulletin of the Atomic Scientist, juillet-août 1993.

31 Kristensen, 1998, op. cit.

32 US STRATCOM, « The SILVER BOOK Concept : Providing Military Options to Counter Proliferation, » juillet 1993. Partiellement déclassé et rendu public dans le cadre d’une demande de la loi sur la liberté de l’information (Freedom of Information Act Request), 1995.

33 U.S. Strategic Command, « Essentials of Post-Cold War Deterrence, » partiellement déclasssé et rendu public dans le cadre d’une demande de la loi sur la liberté de l’information (Freedom of Information Act Request), 1995.

34 Joint Chiefs of Staff, « Doctrine for Joint Theater Nuclear Operations » (Joint Pub 3-12.1), 9 février 1996.

35 R. Jeffrey Smith, « Clinton Directive Changes Strategy on Nuclear Arms, » Washington Post, 7 décembre 1997.

36 Le Bureau de l’assistant au Secrétaire de la Défense à l’énergie atomique (Office of the Assistant to the Secretary of Defense for Atomic Energy) a été officiellement renommé « Office of the Assistant to the Secretary of Defense for Nuclear and Chemical and Biological Defense Programs » ( Bureau de l’assistant au Secrétaire à Défense pour les programmes de défense nucléaire, chimique et biologique) en février 1996.

37 Greg Mello, « The Birth of a New Bomb, » Washington Post, le 1er juin 1997.

38 Brian Hall, « Overkill is Not Dead, » New York Times, le 15 mars 1998.

39 Kristensen, 1998, op. cit. Le Nuclear Weapons Council est un organisme gouvernemental de haut niveau constitué de responsables des Départements de l’Energie et de la Défense, qui est chargé de prendre des décisions de politique concernant les armes nucléaires, et doit rendre compte chaque année de ses activités à la fois à la Chambre et au Sénat. En plus du personnel d’assistance dirigé par l’Assistant au Secrétaire à la Défense pour les programmes de défense nucléaire, chimique et biologique, le conseil est constitué du Sous-secrétaire à la défense pour l’acquisition, la technologie et la logistique, le vice-président des chefs d’états-majors et le sous-secrétaire à la sécurité nucléaire du Départerment de l’Energie.

40 La Revue de la posture nucléaire de 1993-1994 a été la première à porter ce nom. Avant, des changements progressifs dans la politiques des armes nucléaire se sont produits sous la réévaluation annuelle du SIOP (Strategic Integrated Operating Plan, Plan opérationnel stratégique intégré.

41 Mark Bromley, David Grahame, et Christine Kucia, « Bunker Busters : Washington’s Drive for New Nuclear Weapons, » British American Security Information Council, juillet 2002.

42 Nelson, 2002, op. cit.

43 Kristensen, 1998, op. cit. ; and, Greg Mello, « New Bomb, No Mission, » Bulletin of the Atomic Scientist, mai-juin 1997.

44 Colin Gray and Keith Payne, « Victory is Possible, » Foreign Policy, Eté 1980.

45 William D. Hartung and Jonathan Reingold, « About Face : The Role of the Arms Lobby In the Bush Administration’s Radical Reversal of Two Decades of U.S. Nuclear Policy, » World Policy Institute Special Report ( mai 2002).

46 Ibid.

47 William Arkin, « A New Nuclear Age , » Los Angeles Times, 6 juillet 2003.


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(La version anglaise de ce numéro, Science for Democratic Action v. 11, no. 4, a été publiée en septembre 2003.)

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