Cette information n’a pas été confirmée indépendamment. Les articles disponibles précisent que l’alerte attribuée à la CIA repose sur des sources anonymes et que le projet russe supposé n’a pas été vérifié de manière indépendante.
Emmanuel Macron a explicitement démenti que la CIA ait informé les services français d’un tel projet. Dans une interview du 24 septembre, il a déclaré : « La CIA n’a pas informé les services français. » Reuters a confirmé ce point.
La presse et la diplomatie françaises insistent malgré tout sur le fait qu’il existe une menace de drones russes en Europe. Des services de renseignement européens ont récemment exprimé des inquiétudes concernant des opérations russes de sabotage ou de déstabilisation, et des incidents de drones ont effectivement eu lieu en Europe. Mais cela est totalement différent de l’affirmation selon laquelle la CIA aurait confirmé une attaque imminente contre l’Europe.
Une présentation exagérée d’une information non confirmée.
La formulation plus exacte aurait pu être : « Un journal espagnol affirme, sur la base de sources anonymes, que la CIA aurait transmis une alerte concernant une possible opération russe de drones contre certains pays européens ; la France dément avoir reçu une telle alerte de la CIA et l’information n’est pas indépendamment confirmée. »
La presse espagnole, et notamment El Mundo, n’a pas présenté cette information comme une certitude absolue, mais comme une information issue de sources de renseignement. Selon l’article, la CIA aurait averti plusieurs gouvernements européens d’un possible projet russe d’attaque par drones, visant potentiellement l’Espagne, la France et l’Italie, avec des drones lancés depuis des navires en Méditerranée. D’autres médias ont repris ces éléments.
Le journalisme nécessite de vérifier les sources ou de croiser les informations. La presse française, toute heureuse de pouvoir alimenter la peur de la guerre comme le souhaite Macron, a repris cette information en délaissant sa propre déontologie, qui, depuis bien des années, a été remplacée par l’appétit des généreuses subventions de notre président, qui se chiffrent en milliards.
Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a démenti avoir reçu cette alerte et a déclaré que les informations publiées par le journal espagnol n’étaient corroborées par aucun élément. Macron ne dément pas l’existence d’une menace russe plus générale contre des infrastructures européennes. Il a notamment évoqué l’attaque de l’aéroport de Leipzig/Halle et la possibilité que la France soit confrontée à des actions similaires.
Qu’a dit la CIA ? La réponse est assez claire : il n’existe aucune déclaration publique de la CIA confirmant cette alerte.
Et nos services secrets ?
Le 18 septembre 2026, Emmanuel Macron a réuni les responsables de la DGSI, de la DGSE, du renseignement militaire (DRM) et du SGDSN pour faire le point sur la situation. Le compte rendu officiel indique que les services français constatent une intensification des menaces hybrides russes et ont renforcé la vigilance concernant, notamment, les attaques de drones contre des infrastructures et sites sensibles. Source : Élysée.fr
Mais, oui, il y a un « mais », dans les informations publiques françaises, nous ne retrouvons pas de confirmation par la DGSE, la DGSI ou la DRM du scénario d’El Mundo.
Toujours selon l’Élysée, Macron a expliqué que les services français maintiennent des contacts avec la Russie, mais les attaques hybrides constatées n’ont pas été précédées de messages d’alerte. Le rapport dit notamment qu’il n’y a pas eu de message annonçant l’attaque de Leipzig.
D’après les responsables de la DGSE, de la DGSI et de la DRM qui se sont réunis le 18 septembre, Macron a été informé sur l’état de la menace. L’Élysée indique que la France constate une intensification des actions hybrides russes et cite, notamment, des cyberattaques, des opérations d’influence et plusieurs actions physiques en Europe.
Macron a surtout mentionné l’Allemagne avec une tentative d’attaque impliquant un drone. Les autorités allemandes l’ont attribuée au GRU, le renseignement militaire russe. La Pologne a rapporté qu’un drone russe a frappé un train près de la frontière polonaise le 13 septembre. Le gouvernement polonais a ensuite indiqué recevoir des informations de ses propres services et de ceux de ses alliés sur une possible intensification des actions russes.
Est-ce que ces faits ont été vérifiés comme l’article d’El Mundo ?
Absolument pas, puisque la source provient des services de l’Allemagne et de la Pologne.
Il est plus difficile de confronter les sources de renseignement que les articles de presse.
Pour coller avec le discours de guerre de Macron, un exercice militaire français consacré spécifiquement à la lutte antidrones s’est déroulé du 14 au 18 septembre. Le ministère des Armées précise qu’il simulait des situations de conflit de haute intensité sur le territoire national.
De là à imaginer un scénario comme New York le 11 septembre ou Madrid et Londres, nous sommes en droit de penser que nous avons peut-être échappé à un attentat sous faux drapeau.
Le ministère des Armées a officiellement attribué des opérations cyber au renseignement russe après une analyse technique conjointe DGSE/DGSI/ANSSI/COMCYBER. Cela montre que leur inquiétude, concernant la Russie, ne repose pas uniquement sur des articles de presse, mais uniquement sur des déclarations politiques que nous ne pouvons pas contester.
Comme la France ne peut intervenir contre la Russie sans l’aval des Etats Unis et l’OTAN, Mark Rutte a appelé les Européens à rester calmes, tout en reconnaissant que la menace russe existe à long terme.
Les médias savent qu’un scénario spectaculaire attire l’attention pour transformer une hypothèse de renseignement en titre anxiogène sur commande d’un pays qui pourrait être la France. Publier une menace non vérifiée affole la population et exerce une pression sur les gouvernements pour modifier la perception du risque.
Depuis plusieurs mois, le discours européen mélange plusieurs choses entre la guerre en Ukraine, la menace russe, des cyberattaques, des sabotages, des drones, un réarmement à marche forcée et un risque d’extension du conflit… Chaque élément réel ou plausible publié dans les médias peut donner l’impression qu’une attaque est toujours sur le point de se produire.













