Le programme “Je choisis la French Tech”, destiné à faire infuser les technologies dans le public et le privé, va travailler de concert avec l’État. Depuis le mercredi 17 juin, les ministères se sont vus doter d’ambassadeurs dédiés, missionnés pour identifier concrètement les besoins de chaque ministère en matière de numérique.
“Nous sommes dans une période où on veut créer un maximum d’indépendance sur les sujets clés que sont l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la robotique ou encore le quantique”, explique Julie Huguet, directrice de la mission French Tech. “Pour y arriver, nous devons créer nos propres champions, à l’échelle de la France et de l’Europe.” Au-delà de bâtir de simples ponts entre public et privé, l’objectif est surtout de prendre la commande publique comme levier vers la souveraineté numérique.
Si l’exécutif a engagé cette démarche depuis quelques mois, elle peine encore à se concrétiser : le décalage entre les fonctionnements des ministères, des marchés publics notamment, et l’écosystème privé reste un frein à l’entrée pour les start-up, tout autant que l’identification claire des besoins parfois particuliers – sécurité, fonctionnement – de l’administration.
Expliquer la commande publique
C’est tout l’enjeu de ce programme d’ambassadeurs : partager l’information, expliquer le fonctionnement d’un marché public, ce que l’État en attend réellement. “C’est encore un point assez nébuleux pour une start-up : elle ne sait pas vraiment si elle peut répondre à un marché, si l’offre correspond bien à ce qu’elle est en capacité d’apporter : nous avons compris que c’est en mettant un humain au centre, en nous comprenant mieux, que les projets peuvent avancer”, détaille la directrice.
Plus concrètement, les ambassadeurs ont été nommés parmi des agents déjà en poste au sein des ministères, issus des directions achat ou des directions du numérique. La mission French Tech, qui sera chargée de gérer et d’animer le réseau, a travaillé en collaboration avec la direction des achats de l’État sur la feuille de route du programme. Les concernés ont reçu leur lettre de mission il y a quelques jours.
Un “travail de fourmi”
Et force est de constater qu’un travail d’ampleur reste à faire : à date, les start-up représentent environ 2 % des achats de l’État. En plus de ce travail d’identification des besoins et de dialogue, les ambassadeurs auront également pour mission de valoriser les initiatives déjà existantes.
À l’instar de la collaboration entre Glimps, une petite entreprise bretonne spécialisée dans la cybersécurité, et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), sur un dispositif d’analyse de milliers de fichiers qui transitent chaque jour dans l’administration : “nous avons besoin de ces services absolument partout, ministères compris, et le faire savoir, c’est aussi montrer qu’il y a des solutions françaises qui répondent parfaitement à nos exigences, au cahier des charges de l’État et que l’on pourrait déployer à plus grande échelle”, explique Julie Huguet.
Malgré tout, en matière de transformation des pratiques, il reste une marche à gravir entre les start-up et l’administration, dont le fonctionnement est, sur le papier, radicalement différent, malgré la dynamique des start-up d’État qui a désormais bien infusé. “La réalité, c’est que l’État et les start-up sont quand même très différentes dans leur manière de penser. Il faut que chacun fasse un pas vers l’autre : ça passe d’abord par une connaissance fine les uns des autres, comprendre comment chacun fonctionne, convaincre, engager. Mais les achats, qu’ils soient publics ou privés, ont un rôle clé sur lequel nous devons jouer », développe la directrice de la French Tech, qui avance la nécessité de ce “travail de fourmi à engager”.













