Le Washington Post a examiné cette question et a conclu que les connexions invoquées reposaient largement sur une chaîne d’associations : Huma → sa famille → l’Institut → Naseef → des organisations ou personnes ayant, à leur tour, des liens avec des réseaux islamistes. Le journal a donné à l’affirmation selon laquelle Abedin aurait des « liens avec les Frères musulmans ».
Dans quel milieu intellectuel, religieux et politique Huma Abedin a-t-elle grandi, quelles personnes ont influencé sa famille, et quelle influence éventuelle ce milieu a-t-il pu avoir sur sa vision du monde ?
En 2012, John McCain, pourtant opposé politiquement aux Clinton, avait publiquement dénoncé les accusations visant Abedin comme une attaque « unfounded » et « unwarranted ».
Le Washington Post a examiné le lien avec Abdullah Omar Naseef qui a soutenu la création de l’IMMA et a siégé au comité du journal pendant plusieurs années. Il a également été secrétaire général de la Muslim World League de 1983 à 1993.
Le Middle East Forum et l’Investigative Project on Terrorism, ont considèré que les liens familiaux et institutionnels sont suffisamment importants pour parler d’une véritable proximité avec les réseaux islamistes.
Le père de Huma, Syed Z. Abedin, a fondé en 1978 l’Institute of Muslim Minority Affairs (IMMA). L’Institut publiait ensuite le Journal of Muslim Minority Affairs. Huma y a été assistante éditoriale de 1996 à 2008, tandis que sa mère, Saleha Mahmood Abedin, en est devenue une figure dirigeante.
Abdullah Omar Naseef a soutenu la création de l’IMMA et a ensuite été secrétaire général de la Muslim World League de 1983 à 1993. Il figurait également au comité éditorial du journal pendant une partie de la période où Huma y travaillait. Naseef est une personnalité importante du monde islamique saoudien, il a occupé de nombreuses fonctions dans des organisations islamiques internationales.
D’autres sources décrivent la Ligue comme un instrument majeur de l’influence religieuse saoudienne et du wahhabisme, ce qui est différent des Frères musulmans. Le Pew Research Center, par exemple, décrit la Ligue comme un important vecteur de l’influence religieuse conservatrice saoudienne.
La mère de Huma est probablement le cas le plus intéressant pour comprendre la trajectoire de sa fille.
Saleha Mahmood Abedin a été impliquée dans plusieurs organisations islamiques internationales proches de la structure liée aux Frères musulmans.
En 2012, cinq élus républicains — dont Michele Bachmann — ont demandé une enquête sur les relations de Huma avec des organisations islamistes. CNN avait résumé le problème : une organisation était reliée à une autre, puis à une autre encore, et finalement à des personnes ou organisations associées aux Frères musulmans. Mais cela ne démontrait pas que Huma elle-même appartenait au mouvement.
Il faut distinguer trois cercles, qui sont Huma Abedin, sa famille, IMMA
Toujours selon le Washington Post, Abdullah Omar Naseef a soutenu la création de l’IMMA et a été secrétaire général de la Muslim World League (MWL) de 1983 à 1993. Il a également figuré au comité consultatif du Journal of Muslim Minority Affairs jusqu’en 2004. La MWL est une organisation créée par l’Arabie saoudite en 1962 et a été un important instrument de diffusion de l’islam conservateur saoudien. Le Pew Research Center la décrit comme un vecteur de l’influence religieuse saoudienne et du wahhabisme.
Le Département du Trésor américain a affirmé qu’en 1988 il dirigeait la MWL. Naseef a autorisé la création du Rabita Trust. Après le 11-Septembre, le gouvernement américain a désigné Rabita Trust comme entité terroriste et a gelé ses avoirs. Le Trésor américain le cite effectivement parmi les organisations désignées.
La mère de Huma a eu des liens institutionnels plus directs avec le monde islamique international que Huma elle-même. L’ONU la présentait comme représentante de la Muslim World League lors de la conférence de Pékin sur les femmes en 1995. Elle était également impliquée dans l’International Islamic Committee for Woman and Child (IICWC) avec Yusuf al-Qaradawi. Qaradawi et d’autres personnalités liées aux Frères musulmans ont participé à la rédaction de la charte de l’IICWC.
La Muslim World League (MWL) faisait partie des grands instruments de diffusion internationale de l’islam saoudien. Des documents du Congrès américain des années 2000 décrivaient les inquiétudes des autorités américaines concernant la MWL et certaines organisations caritatives saoudiennes, notamment en raison de liens avec des structures impliquées dans le financement du terrorisme.
Le Rabita Trust, associé à Abdullah Omar Naseef, a été sanctionné par les États-Unis après que ses activités eurent été liées au financement d’organisations terroristes
Est-ce que certaines organisations islamiques présentées comme religieuses, éducatives ou caritatives ont servi simultanément à diffuser le wahhabisme et à créer des circuits financiers dont certaines branches ont bénéficié à des mouvements djihadistes ?
Une décision de la cour d’appel fédérale américaine de 2013 reprend des éléments d’un dossier judiciaire selon lesquels Abdullah Omar Naseef aurait fourni, directement ou par l’intermédiaire de la MWL, de Rabita et de l’IIRO, un soutien financier à Al-Qaïda.
Le Washington Post a publié un document judiciaire versé dans une autre procédure affirme notamment que Rabita Trust avait été dirigé pendant plusieurs années par Wa’el Hamza Julaidan, présenté comme membre fondateur d’Al-Qaïda, et que Rabita partageait des responsables avec plusieurs organisations caritatives liées au réseau d’Al-Qaïda.
Imma
Le registre britannique de l’IMMA est assez éclairant sur les finances. Il indique que l’institut était autosuffisant, qu’il ne collectait pas de dons et que sa principale source de revenus était sa part des revenus provenant de l’éditeur.
Le Journal of Muslim Minority Affairs est une publication ancienne, créée en 1979, aujourd’hui publiée par Taylor & Francis et présentée comme une revue à comité de lecture. Dans les premières années, Abdullah Omar Naseef, père d’Huma, n’était pas une relation périphérique : il apparaît comme une personnalité dirigeante de l’IMMA et comme auteur dans la revue. Il a publié un article sur les relations entre musulmans et non-musulmans.
Quels contacts Huma Abedin a-t-elle facilités entre Hillary Clinton et des organisations, personnalités ou financiers liés aux Frères musulmans, à la Muslim World League ou aux réseaux religieux saoudiens ?
Les courriels déclassifiés de Wikileaks, montrent que Huma Abedin transmettait directement à Hillary Clinton des informations concernant les Frères musulmans, le Qatar et les acteurs politiques du Moyen-Orient. Par exemple, en juin 2011, Abedin transmet à Clinton une dépêche sur la légalisation des Frères musulmans comme parti politique en Égypte. Des documents du Washington Post montrent qu’elle traitait des demandes de rencontres et de faveurs concernant des personnes liées à la Clinton Foundation. Le Washington Post a notamment documenté son intervention pour des donateurs et personnalités souhaitant accéder à Clinton.
Un courriel de décembre 2010 montre Huma préparant pour Clinton une réunion à Doha avec notamment le Premier ministre qatari Hamad bin Jassim et plusieurs ministres arabes. Les archives contiennent un document de septembre 2012 intitulé « Muslim Brotherhood planning media venture with Qatari partners », transmis à Clinton.
Le Qatar a effectivement financé la Clinton Foundation
Le Qatar a donné à la Clinton Foundation entre 1 et 5 millions de dollars au total entre 2002 et 2016. Une partie des dons a été faite après le mandat de Hillary Clinton au Département d’État. Entre 2011-2012 : le gouvernement qatari avait promis 1 million de dollars à la fondation pour l’anniversaire de Bill Clinton. En 2012, l’ambassadeur du Qatar cherchait à remettre personnellement le chèque à Bill Clinton lors d’une rencontre de quelques minutes.
Cela montre que l’administration Clinton était parfaitement consciente de l’interconnexion entre le Qatar et certains acteurs liés aux Frères musulmans.
L’administration Obama/Clinton a délibérément choisi d’établir des contacts avec les Frères musulmans égyptiens après la chute de Moubarak. En juin 2011, Clinton déclarait publiquement que les États-Unis souhaitaient dialoguer avec les acteurs politiques pacifiques, y compris des membres des Frères musulmans. Le Département d’État confirmait le même jour que ces contacts faisaient partie de la stratégie américaine.
Wikileaks, révèle qu’entre 2011 et 2012, Hillary Clinton recevait régulièrement des renseignements provenant de sources prétendant avoir accès aux plus hauts niveaux des Frères musulmans. On trouve par exemple des notes sur leurs stratégies politiques, leurs relations avec l’armée égyptienne et leur préparation à gouverner.
Les Frères musulmans étaient devenus un interlocuteur stratégique pour la diplomatie américaine.
30 juin 2011, Hillary Clinton annonçait officiellement que l’administration Obama élargissait ses contacts avec les Frères musulmans. Elle expliquait que, compte tenu du nouveau paysage politique égyptien, Washington devait dialoguer avec les acteurs qui se déclaraient pacifiques et non violents.
En juillet 2012, Clinton rencontre Mohamed Morsi, alors président égyptien issu des Frères musulmans, et lui demande explicitement de respecter les droits des femmes, des chrétiens et des minorités.
Quelques mois plus tard, lorsque Morsi s’arroge des pouvoirs considérables, les échanges internes de Clinton montrent une réelle inquiétude américaine concernant ses décisions. Clinton recevait néanmoins énormément d’informations provenant de sources prétendant avoir accès aux plus hauts niveaux des Frères musulmans. Elle demandait à ses collaborateurs d’analyser ces informations.
Un courriel de janvier 2012 est particulièrement révélateur : Huma transmet à Clinton une dépêche annonçant la victoire politique des islamistes au Parlement égyptien, et Clinton lui répond immédiatement.
Obama n’était pas simplement « derrière les Frères musulmans »
En 2011, la stratégie américaine était surtout de s’adapter aux bouleversements du Printemps arabe. Washington considérait que les Frères musulmans allaient probablement devenir une force politique importante et qu’il était donc préférable de maintenir un dialogue plutôt que de les exclure.
Mais parallèlement, Obama cherchait à conserver les alliances traditionnelles américaines avec la Turquie et les monarchies du Golfe. C’est particulièrement visible avec le Qatar : en avril 2011, Obama recevait l’émir Hamad et le félicitait pour son rôle dans la coalition contre Kadhafi. Obama soulignait explicitement que le Qatar apportait également un soutien militaire à cette opération.
L’administration Obama, avec Hillary Clinton au premier plan, a soutenu le Conseil national de transition libyen et l’intervention internationale contre Kadhafi. Clinton expliquait en juillet 2011 que Washington reconnaissait le CNT comme interlocuteur légitime.
L’administration Trump a nettement durci sa position envers les Frères musulmans.
En novembre 2025, Trump a signé le décret exécutif 14362 lançant le processus permettant de désigner certaines branches des Frères musulmans comme organisations terroristes étrangères et/ou terroristes mondiaux spécialement désignés. Le décret vise notamment les branches libanaise, jordanienne et égyptienne.
Il existe aux Etats Unis actuellement un rapprochement entre trois courants :
– la gauche socialiste américaine ;
– une partie de la jeunesse progressiste et militante pro-palestinienne ;
– une nouvelle génération de responsables musulmans américains.
L’exemple de El Sayed est particulièrement révélateur : en août 2026, il est devenu le premier candidat musulman investi par le Parti démocrate pour un siège au Sénat du Michigan. Sa victoire à la primaire a été interprétée comme un signe du déplacement du Parti démocrate vers sa gauche.
Un responsable religieux lié aux réseaux internationaux des Frères musulmans, Ali al-Qaradaghi, a récemment présenté la montée politique de Mamdani et d’El-Sayed comme une conséquence positive de l’évolution politique provoquée par le 7 octobre.
En 2021, Open Society Foundations a annoncé 42,5 millions de dollars sur cinq ans pour des organisations représentant notamment les communautés musulmanes, arabes et sud-asiatiques aux États-Unis. Parmi les bénéficiaires figurait Emgage, une organisation visant à mobiliser politiquement les Américains musulmans.
Le Wall Street Journal a documenté environ 700 000 $ de subventions depuis 2018 à Education for Just Peace in the Middle East, organisation impliquée dans des programmes de mobilisation militante sur les campus.
Les bénéficiaires d’Emgage ne sont pas exclusivement des organisations musulmanes. Ses déclarations fiscales montrent également des financements à des organisations afro-américaines, asiatiques, immigrées et communautaires.
On peut lire sur le site de l’association qu’Emgage travaille à former une nouvelle génération de responsables politiques musulmans, notamment à travers Emgage University, avec des programmes d’organisation politique, de plaidoyer et de formation aux politiques publiques. Emgage Action participe activement aux campagnes et aux mobilisations électorales, notamment autour de candidats progressistes musulmans et arabo-américains.
Et pour finir cette enquête, voici Farooq Mitha.
Il est cofondateur et ancien membre du conseil d’Emgage. Le rapport annuel d’Emgage le donne encore comme vice-président du conseil en 2023. Il a ensuite travaillé dans l’administration Obama, puis est devenu responsable du « Muslim American outreach » pour la campagne d’Hillary Clinton en 2016 et conseiller de Joe Biden sur la mobilisation musulmane en 2020.
le financement d’Emgage par l’Open Society est documenté, y compris dès 2016, et Emgage cite encore Open Society parmi ses bailleurs en 2023.













