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Les attentats du 13 novembre et la boule de cristal de Thierry Meyssan

Mentir sur les attentats du 13 novembre 2015, c’est participer à ce crime.

jeudi 26 octobre 2017

avec la participation de Charles Onana [1]

En mars 2017, Thierry Meyssan a fait paraître aux éditions Demi-Lune un ouvrage de synthèse sur les relations internationales des 15 dernières années intitulé « Sous nos yeux, du 11 septembre à Donald Trump ». Il ne figurait pas dans mes projets de lecture. Mais je me suis résolu à le lire par correction, son éditeur m’ayant contacté en juillet dernier, me proposant de me l’envoyer gracieusement.

Des problèmes de méthodologie criants m’ont immédiatement sauté aux yeux, comme l’absence d’introduction digne de ce nom, de notes de bas de page, de sources, de bibliographie, de renvois aux travaux (foisonnants sur les sujets qu’il traite) de confrères, ainsi qu’une tendance hyper-narcissique à se donner à la moindre occasion un rôle extraordinaire de super (et unique) héros de la réinformation. Puis j’ai tiqué sur des extraits qui me semblaient difficiles à croire, sinon franchement douteux. En vérifiant certains faits présentés et articulés par Meyssan, je me suis rendu compte que cet ouvrage comportait non seulement quantité d’inexactitudes et de déformations, mais encore ce qu’il faut bien appeler des mensonges : Meyssan joue en réalité une partition bien différente de celle qu’il prétend jouer sous nos yeux.
J’ai contacté dans la foulée des personnes qui soit avaient lu l’ouvrage, soit avaient côtoyé son auteur par le passé (en Libye fin 2011 par exemple), chacun de ces entretiens ne faisant que me confirmer dans mes doutes.
Franck Pucciariellii a récemment révéléii que la façon dont Meyssan présente son rôle de premier plan comme ministre de Mouammar Kadhafi dans les derniers jours de la Jamahiriya libyenne était une fable destinée à renforcer sa légende de héros dissident, et l’occasion pour lui de diffamer feu le dirigeant libyen, en le présentant comme un allié d’Israël jusqu’au dernier moment. Les assertions de Franck Pucciarelli sur cette imposture libyenne sont confirmées par d’autres témoins directs ou indirects, ce qui sera expliqué plus tard dans un article de synthèse à ce propos.
Une proposition de débat a été adressée par M. Pucciarelli à M. Meyssan, dans le cadre du direct de Meta TV animé par Tepa, dont tous deux sont des contributeurs réguliers. Aux dernières nouvelles, M. Meyssan a décliné la proposition. Les déclarations de M. Pucciarelli sont sans concession, mais ne comportent pas la moindre insulte.
En attendant, souhaitant donner un aperçu exemplaire des méthodes de Thierry Meyssan dans Sous nos yeux, je propose ici au lecteur une démystification de l’interprétation qu’il y fait des attentats de Paris du 13 novembre 2015, dont nous approchons le deuxième anniversaire.
Les méthodes que je dénonce ici ne concernent pas seulement les attentats du 13 novembre mais quantité d’autres faits, événements, et analyses que l’on peut relever du début à la fin de cet ouvrage, qui constitue sans doute une des plus grosses impostures intellectuelles de ces quinze dernières années.
J’ai décidé de faire paraître de façon un peu anticipée ce morceau d’ouvrage, en constatant l’audience naïve et accrue dont Meyssan continue à jouir auprès du public non averti, et parce que certaines figures de la réinformation ont produit de son ouvrage des recensions à mon sens beaucoup trop molles, contribuant plutôt à assurer une légitimité indue à un personnage dont les méthodes et le comportement sont dénoncés par tous ceux qui l’ont côtoyé de près ou de loin.
Je remercie l’historien Charles Onana d’avoir accepté de contribuer à cet article en apportant son éclairage sur l’analyse faite par Meyssan page 43 du rôle d’Alain Juppé dans le génocide rwandais en 1994.
Si ma démarche peut a priori inspirer la méfiance auprès de certains admirateurs encore inconditionnels, j’espère que la lecture de cet article permettra de lever la plupart des réticences.

La révélation sans doute la plus stupéfiante que produit Meyssan dans son ouvrage concerne les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, dont il prétend donner une explication définitive. Plusieurs interprétations alternatives à la thèse officielle incriminant l’organisation État Islamique (alias Daech) circulent depuis longtemps, suscitées par certaines incohérences de la thèse officielle, cependant Meyssan prend pour le coup tout le monde à contre-pied, mainstream [2] et underground inclus, en accusant, sans la moindre nuance, et sur le ton de la certitude absolue, la Turquie du président Erdogan d’avoir commandité cette série d’attentats qui ont fait 130 morts et 413 blessés.

Commençons par résumer sa thèse : les attentats de Paris du 13 novembre 2015 ont été commandités par le président Erdogan qui voulait se venger de la rupture par la France, en février 2015, d’un accord secret conclu début 2011 entre Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères français, et son homologue turc Ahmet Davutoglu. Selon les termes de cet accord, la Turquie acceptait d’entrer en guerre contre la Libye puis contre la Syrie, à condition qu’après la victoire, toute un secteur du nord de la Syrie soit consacré à la déportation d’une partie des 10 millions de Kurdes présents sur le territoire de la Turquie : Erdogan et ses sbires en auraient ainsi fini avec le problème kurde dans le cadre de cette sorte de solution finale territoriale.

Cette thèse soulève en elle-même de nombreuses objections, mais plus encore dans la façon dont elle est amenée et étayée par Meyssan.
C’est aux pages 42 et 43 que Meyssan évoque pour la première fois « l’accord secret Juppé Davutoglu ». Pour diverses raisons, ces deux pages comptent parmi les plus hallucinantes de l’ouvrage, ce pourquoi il faut en citer de larges extraits.
Voici selon l’auteur l’origine de l’accord : « Fin mars 2011, une polémique oppose le ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, et le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, sur la nature de la guerre contre la Libye que le Français avait comparée à une « Croisade ». C’est l’occasion pour le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, de négocier un rapprochement avec son homologue truc, Ahmet Davutoglu. » Meyssan ne donne aucune précision sur les circonstances de la rencontre entre les deux hommes (lieu, date, différentes étapes des tractations), et n’explique à aucun moment comment lui, primus inter pares, a été mis au courant de l’existence de cet accord. Enfin voici en quoi l’accord consiste : « L’accord prévoit la participation turque à la guerre qui vient de débuter en Libye et à celle qui n’a pas encore commencé en Syrie. La Turquie s’engage à mobiliser les habitants de Misrata – majoritairement des descendants de soldats juifs de l’Empire Ottoman, les Adghams, et de nomades marchands d’esclaves noirs – afin d’aider la coalition à renverser la Jamahariya arabe libyenne. Elle mobilisera également les populations turkmènes du nord de la Syrie pour renverser la République arabe syrienne. En échange, la France s’engage à soutenir l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne bien que le président Sarkozy ait promis le contraire aux Français lors de sa campagne électorale. Surtout les deux pays régleront la question kurde sans porter atteinte à l’intégralité territoriale turque. En d’autres termes, on créera en Syrie un État indépendant qu’on appellera « Kurdistan », puis on y expulsera une partie des Kurdes turcs. Ce projet défie l’entendement car le Kurdistan historique se trouve exclusivement en Turquie. »

En effet, ce projet « défie l’entendement », mais pas seulement pour la raison avancée par Meyssan. Les objections de bon sens que l’on peut faire à ce sujet ne manquent pas, par exemple :

  • Si la France, seule dans son coin, et sans prévenir personne, par l’intermédiaire d’Alain Juppé, promet à Erdogan de lui donner carte blanche pour organiser une telle solution du problème kurde, cela veut dire qu’elle est en mesure, seule, de garantir l’application de cet accord. C’est évidemment de la géopolitique fiction ; car comment imaginer que deux membres de l’OTAN puissent conclure ce genre d’accord sans prévenir la grande puissance chapeautrice que sont les USA ? Et comment imaginer qu’une fois mis en branle après la défaite de la Syrie, ce plan ne suscite pas des réserves, voire des oppositions farouches de la part, non seulement des autres membres de l’Otan, mais de tout le reste de la « communauté internationale » ?
  • La Turquie étant déjà régulièrement attaquée sur son passé génocidaire avec la question arménienne, a-t-elle intérêt, aux yeux de la « communauté internationale », à renforcer cette réputation avec la déportation de millions de Kurdes de Turquie ?
  • La population kurde de Turquie compte 10 millions d’habitants, et le nord de la Syrie est déjà peuplé, notamment de Kurdes. Comment organiser un tel transfert ? Les Turcs ont-ils les moyens de déporter par la force des millions de gens qui leur sont hostiles, comptant des combattants aguerris dans leurs rangs, évoluant dans un milieu très montagneux (le Kurdistan historique, au sud-est de la Turquie), et difficile à assiéger ?
  • Une telle solution finale territoriale du problème des Kurdes de Turquie ne risque-t-elle pas de compromettre les chances de cette dernière de convaincre les États membres de l’Union Européenne d’accepter son adhésion, ce qui selon Meyssan fait partie de l’accord secret Juppé-Davutoglu ? Ce à quoi l’on doit ajouter : la France peut-elle, à elle seule, forcer l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ?
  • Encore plus simplement, remarquons qu’on voit mal Erdogan contribuer à l’émergence d’un État kurde à sa frontière, la Turquie étant historiquement l’opposant le plus farouche à un tel projet.

Outre que ce projet « défie l’entendement », il faut ajouter qu’on ne trouve trace de cet accord secret nulle part ailleurs que dans les écrits de Meyssan.
On doute encore plus de l’existence d’un tel accord si l’on considère deux arguments de nature historique que mobilise Meyssan dans ces pages 42 et 43 pour donner consistance à sa démonstration.

Le premier suggère que la démarche d’Alain Juppé s’inscrit naturellement dans une tradition de la politique étrangère de la France qui remonte au roi François 1er : « Depuis François 1er, il existe une longue tradition d’alliance entre la France et les Ottomans. Au XVIe siècle, Paris, bousculant les clivages religieux, se laissa séduire par les « cadeaux » du musulman Soliman le Magnifique. Corrompu à souhait, François premier accepta de s’allier à son « père » contre le Saint-Empire Romain Germanique. Dans ses correspondances, Soliman l’humilia en l’appelant son « wali de France ». Les armées ottomanes s’installèrent dans le midi et François 1er transforma temporairement la cathédrale de Toulon en mosquée pour les accueillir. »
Voilà un excellent spécimen de ce qu’on pourrait appeler de « l’Histoire pour les Nuls ». En effet, et pas besoin d’être historien de la période pour le savoir : si François 1er a conclu une alliance avec Soliman le Magnifique, ce n’est pas parce que, à l’instar de ces dictateurs de Républiques bananières se constituant d’immenses fortunes sur le dos de leur peuple, il était « corrompu à souhait », mais parce qu’en homme politique intelligent et réaliste, il avait compris que pour briser l’encerclement de la France à l’époque – menacée par l’Empire de Charles Quint qui comprenait l’Espagne, le Saint-Empire Romain Germanique, et toute une partie de l’Italie, Empire allié avec l’Angleterre d’Henry VIII, plaçant ainsi la France dans un étau mortel – il n’avait d’autre choix que de conclure une alliance de revers, fût-ce avec un prince musulman. Du reste, c’est au nom de ce même principe de realpolitik que François 1er, roi catholique, signa en 1531 une alliance avec les princes protestants de la ligue de Smalkalde. Et puisque Meyssan évoque la transformation de la cathédrale de Toulon en mosquée, pourquoi ne pas préciser que ce fut pour le seul hiver 1543/1544 à l’intention de corsaires musulmans d’une flotte ottomane en station temporaire ; et que Soliman, dans le cadre de l’accord d’alliance, accepta de restituer aux chrétiens, à Jérusalem, une église qui avait été transformée en mosquée ?

C’est en allant fouiller dans le passé de ce pauvre Alain Juppé – qui a incontestablement joué un rôle condamnable dans le début de la guerre en Libye et en Syrie [3], mais qu’on prendrait presque en pitié en lisant ce qui en est dit dans ces deux pages de « Sous nos yeux » – que Meyssan a déniché un second argument visant à éclairer l’engagement du ministre français aux côtés du déportateur en puissance de la population kurde vivant en Turquie : Le soutien aux « génocidaires » serait chez lui une forme d’habitude. « Pour rappel, Alain Juppé n’a jamais rechigné à aider des génocidaires lorsque cela lui paraissait utile. En juin 1994, il organisa avec François Mitterrand l’opération Turquoise durant les massacres du Rwanda. Il s’agissait de créer une « zone humanitaire sûre » pour les populations en danger, mais aussi et surtout, sous cette couverture et à l’insu des armées, d’utiliser la DGSE pour exfiltrer leurs amis. »

Cette grave accusation peut se comprendre si l’on se souvient que le Réseau Voltaire a participé, au milieu des années 1990, à la campagne de diffamation menée contre les dirigeants français et l’armée française, les accusant d’avoir été complices, de différentes façons, du génocide rwandais. Parmi ces accusations, celle d’avoir organisé l’Opération Turquoise, pour « exfiltrer leurs amis » génocidaires. Meyssan, qui n’apporte, à l’évidence, pas beaucoup de soin dans la vérification des différentes informations dont il nourrit son récit (on a vu ce que ça donnait dans un cas aussi simple que celui de l’alliance franco-ottomane au XVIe siècle), n’a peut-être fait que reprendre les assertions d’articles écrits par lui-même et par d’autres sur le site du Réseau Voltaire au milieu des années 90 [4].

Cette reprise devient problématique si l’on considère tout ce qui a été publié depuis au sujet des fameux génocidaires exfiltrés, et plus généralement sur la mise au jour du caractère frauduleux de la version officielle du génocide rwandaisi. Je transmets ici le relais à l’historien Charles Onana, qui a consacré plusieurs ouvrages à la question, et a étudié en particulier ce dossier des prétendus « génocidaires exfiltrés ». La lecture du paragraphe que Meyssan y consacre l’a convaincu de rédiger, pour les besoins de cette mise au point, la réponse suivante :
« Les déclarations de Thierry Meyssan sur le rôle d’Alain Juppé sur l’exfiltration de « leurs amis » avec l’aide la DGSE dans le cadre de l’Opération Turquoise sont complètement loufoques. Premièrement, les membres du gouvernement intérimaire [5] n’ont eu aucune relation de proximité avec le gouvernement français. Aucun d’eux n’a été exfiltré par l’armée française. D’ailleurs le ministre des Affaires étrangères rwandais, Jérôme Bicamumpaka, qui avait été reçu au quai d’Orsay fin avril 1994, n’a jamais rencontré Alain Juppé. Il faut rappeler que le ministre rwandais a été acquitté de tous les chefs d’accusations qui pesaient contre lui devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR). Donc, non seulement il n’est pas « génocidaire » mais en plus il n’a jamais été ni un proche ni un ami d’Alain Juppé, pas plus que d’autres membres de son gouvernement.

Deuxièmement, monsieur Meyssan n’est pas très au fait de la position de la DGSE dans ce dossier car, à la différence des militaires français qui avaient formé des soldats des FAR (Forces Armées Rwandaises) entre 1990 et 1993 et qui avaient pu nouer des rapports professionnels et quelquefois amicaux avec leurs collègues rwandais, la DGSE n’avait pas la moindre considération ni le moindre rapport avec les dirigeants du gouvernement intérimaire. D’ailleurs elle les traitait abusivement de « génocidaires » comme une grande partie de la presse et des associations françaises anti-Turquoise. Ce n’est donc pas avec la DGSE que monsieur Juppé pouvait prendre la moindre initiative en faveur d’un gouvernement que la France (et surtout son Premier ministre) ne soutenait pas. Comment aurait-il pu conduire une telle action sans accord du premier ministre Édouard Balladur ?

En définitive, l’obsession des accusations contre les dirigeants français dans les événements du Rwanda omet un seul point essentiel : une fois Habyarimana assassiné et la cohabitation installée à Paris, les rapports entre la France et le Rwanda n’étaient plus les mêmes et Édouard Balladur a opéré un virage sans précédent dans la politique française au Rwanda. Autrement dit, toutes les accusations qui portent sur un quelconque soutien de la France au gouvernement intérimaire en 1994 sont chimériques et relèvent, soit de l’ignorance, soit de la mauvaise foi, soit de la propagande obsessionnelle. En dehors des allusions, des supputations ou de déductions diverses, aucun élément de preuve ne permet de soutenir rigoureusement ces affirmations. »

Bref, une thèse « loufoque », pour ne pas dire plus… Disposant encore de quelques mèches, Meyssan imperturbable, enchaîne :
« Joignant l’utile à l’agréable, le gouvernement Erdogan fait offrir par le patronat turc « cadeau » à XXXXX » (passage biffé).

« Parallèlement à l’accord avec la Turquie, Alain Juppé confie au sénateur gaulliste Adrien Gouteyron une mission sur la situation des communautés chrétiennes d’Orient. Celui-ci visite longuement les communautés du Proche-Orient, sauf celle de Syrie, et conclut sans surprise qu’il faut aider les chrétiens à rester chez eux et mieux les accueillir lorsqu’ils émigrent en France. À son insu, le parlementaire pave la voie du transfert des maronites. »

Les passages biffés abondent dans Sous nos yeux, surtout dans la première partie de l’ouvrage, suggèrent que Meyssan ou son éditeur veulent se soustraire à des poursuites judiciaires que leur attireraient des accusations trop radicales ou attentatoires à la sécurité nationale. Il nous est impossible de vérifier cette assertion qui donne l’impression que Meyssan est le dépositaire privilégié d’un nouvel incroyable secret. Quant à la mission du parlementaire français qui paverait la voie à la déportation des maronites, il s’agit d’une supposition gratuite et invérifiable qui accentue le caractère spectaculaire des différentes révélations dont le lecteur a été submergé dans les paragraphes précédents, tout en contribuant à rendre encore plus douteux tout l’ensemble.
On aimerait en apprendre plus, mais Meyssan aussitôt change de sujet, passant aux relations entre Nicolas Sarkozy et le Qatar.

Passons à présent à la seconde partie de la démonstration. Comment Meyssan va-t-il faire le lien entre l’accord secret Juppé/Davutoglu et les attentats du 13 novembre 2015 ? Rendons-nous à la page 91. Meyssan consacre au préalable un long paragraphe à la tuerie de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015 et à son exploitation politique et médiatique, occasion pour lui, comme à son habitude, de se mettre en avant : « Comme je conteste cette mise en scène et que de nombreuses personnes refusent d’« être Charlie », la directrice de l’information de France 2 Nathalie Saint-Criq intervient au journal télévisé pour fustiger les complotistes qu’il faut « repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté nationale » ».

Sans transition, Meyssan revient à l’accord secret Juppé/Davutoglu : « En application du traité Juppé-Davutoglu, François Hollande envisage la création d’un « Kurdistan » en dehors des territoires kurdes historiques, il organise une entrevue secrète à l’Élysée, le 31 octobre 2014, entre son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan et le coprésident des Kurdes de Syrie, Salih Muslim, auquel il promet la présidence du futur État. Cependant lorsque début 2015, l’autre représentante des Kurdes de Syrie, Asya Abdullah, remporte la victoire de Kobané et est encensée par les États-uniens, Hollande la reçoit publiquement, le 8 février 2015, accompagnée d’une autre femme en uniforme.

Ce retournement de circonstance provoque la fureur d’Erdogan qui commandite les attentats du 13 novembre à Paris. Au second étage du Bataclan, des otages sont torturés et mutilés ; d’autres décapités. Penaud, François Hollande interdit la publication de cette information pourtant attestée par des policiers devant une commission d’enquête. Patrick Calvar, le directeur central du contre-espionnage, témoignera devant une commission parlementaire que ses services ont identifié l’État donneur d’ordre. Fuyant ses responsabilités, le Président organisera de larmoyantes cérémonies de commémoration et persuadera ses concitoyens que le terrorisme est un inévitable fléau. Il instituera une médaille de « reconnaissance aux victimes du terrorisme », et indemnisera le « préjudice d’angoisse de mort imminente ». Mais il n’entreprendra aucune action contre la Turquie. Celle-ci commanditera un autre crime, cinq mois plus tard, contre la Belgique à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem et devant le siège de la commission européenne, à l’endroit exact où le PKK devait manifester.

Loin de masquer sa responsabilité, Recep Tayyip Erdogan prononce un discours retentissant lors des cérémonies du 101e anniversaire de la bataille de Canakkale (« la bataille des Dardanelles »), soit quatre jours avant les attentats contre la Belgique. Il y accuse les Européens de soutenir le PKK et annonce ce qui va se passer à Bruxelles. Le lendemain de l’attentat, la presse de l’AKP clame que les Européens n’ont que ce qu’ils méritent. »

On en saliverait presque… mais la page 91 se termine ici. On la tourne et… c’est terminé. Meyssan, sans transition, passe à autre chose. Il évoquera une dernière fois, dans la troisième partie de l’ouvrage, l’accord secret Juppé/Davutoglu (p. 226), et la responsabilité de la Turquie d’Erdogan dans les attentats du 13 novembre (p. 231), mais de façon encore plus concise et sans apporter un élément nouveau susceptible de convaincre le lecteur incrédule.
Pour une révélation d’aussi grande portée, on s’attendrait à une étude un tant soit peu approfondie, étayée par tout un ensemble d’éléments factuels entrecroisés ; quelque chose de solide, fouillé, sourcé, inattaquable. Or, non seulement le lecteur doit se contenter de cette étique « démonstration », mais, si l’on y regarde au plus près, cette démonstration est vide : il n’y a… rien, et moins que rien.
Prenons le temps de disséquer phrase à phrase.

1) En application du traité Juppé Davutoglu, François Hollande envisage la création d’un « Kurdistan » en dehors des territoires kurdes historiques, il organise une entrevue secrète à l’Élysée, le 31 octobre 2014, entre son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan et le coprésident des Kurdes de Syrie, Salih Muslim, auquel il promet la présidence du futur État.
Après l’accord secret Juppé Davutoglu, voici le rendez-vous secret à l’Élysée entre Erdogan et Muslim sous le patronage de François Hollande [6]. Notons que lors d’une conférence de presse à l’Élysée tenue le même jour 31 octobre 2014 – que chacun peut consulter en ligne [7] – M. Erdogan insiste lourdement sur son incompréhension de ce que les avions de la coalition se concentrent sur la ville située à la frontière syro-turque de Kobané [8]. Cette méfiance franche et affichée est incompatible avec le genre de promesse faite à Salih Muslim en coulisses évoquée par Meyssan, qui suppose une confiance totale entre les différentes parties.

2) Cependant lorsque début 2015, l’autre représentante des Kurdes de Syrie, Asya Abdullah, remporte la victoire de Kobané et est encensée par les États-uniens, Hollande la reçoit publiquement, le 8 février 2015, accompagnée d’une autre femme en uniforme.
Dans le cadre de la conférence de presse du 31 octobre 2014, Hollande fait comprendre, en termes diplomatiques, le soutien massif et privilégié de la coalition à Kobané, et répond sur ce point de façon extrêmement évasive aux questions méfiantes d’Erdogan : « même si Kobané a été vidée de ses habitants, elle a besoin de renforts, et nous avons besoin de la Turquie pour que ces soutiens puissent se faire » ; tout comme il demeure extrêmement évasif quand il répond aux instantes demandes d’Erdogan d’accélérer la procédure d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Hollande ayant avoué publiquement lors de cette conférence de presse le soutien prioritaire de la coalition aux combattants kurdes YPG (c’est implicite) de Kobané, il est cohérent qu’il reçoive la commandante de la ville qui a remporté la victoire. Cela a pu évidemment susciter la colère d’Erdogan, qui voit dans le YPG un frère jumeau du PKK qu’il combat sur le territoire turc, mais cette rencontre de février 2015 ne peut constituer une surprise pour lui. Imagine-t-on François Hollande organisant sous les projecteurs une rencontre qui compromettrait des « accords secrets » aux conséquences aussi capitales que celles que suggère Meyssan ?

3) Ce retournement de circonstance provoque la fureur d’Erdogan qui commandite les attentats du 13 novembre à Paris.
Voici la thèse. Concédons qu’elle pourrait ne pas être complètement absurde. Si l’on s’en tient au mobile, Erdogan, comme on pouvait le sentir pendant la conférence de presse du 31 octobre 2014, ne voyait pas de signaux clairs d’une volonté de la France d’appuyer franchement l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne (argument que Meyssan aurait pu aussi utiliser), et voyait se profiler dans la bataille de Kobané un coup de poignard dans le dos de la part de ses alliés de la coalition anti-EI, qui après l’avoir utilisé jusque-là pour semer le chaos dans le nord de la Syrie [9] , assisteraient militairement ses ennemis kurdes du YPG dans cette même région. Maintenant ce mobile s’applique tout autant aux autres pays de la coalition comme la Grande Bretagne ou les États-Unis et, rappelons-le : il est impensable que Juppé et Davutoglu aient conclu le fameux accord secret sans consulter auparavant les États-Unis ; tout comme il est impensable d’imaginer qu’ils puissent vouloir l’appliquer comme si la France et la Turquie étaient les seules puissances décisionnaires sur ce dossier ; et qu’ils soient en mesure d’appliquer un plan d’une envergure aussi impressionnante que la déportation en Syrie d’une partie des Kurdes de Turquie. Il a fallu quatre ans au général de Gaulle pour mettre en place le « dégagement » de l’Algérie ; Juppé aurait-il eu les épaules et des latitudes plus larges encore pour entreprendre une telle transhumance ?

4) Au second étage du Bataclan, des otages sont torturés et mutilés ; d’autres décapités. Penaud, François Hollande interdit la publication de cette information pourtant attestée par des policiers devant une commission d’enquête.
Après l’énoncé de la thèse, on s’attendrait à ce que Meyssan se mette à l’étayer, en expliquant comment l’opération a été montée, en nous submergeant d’une myriade de noms, même biffés, comme il se plaît souvent à le faire. Au contraire, il enchaîne avec l’une des révélations de la commission d’enquête. La façon dont il rend compte de cette information est inexacte. Alors qu’il évoque « une information attestée par des policiers », on se rend compte en lisant le compte-rendu de l’audition des fonctionnaires de la BAC intervenu le 13 novembre, qu’il n’y a qu’un seul témoignage de cette nature, et que celui-ci est indirect. Ainsi quand on demande au brigadier-chef M-T-P, qui est le seul à rapporter ce fait horrible, comment il en a eu connaissance, il répond : « Après l’assaut, nous étions avec des collègues au niveau du passage Saint-Pierre Amelot lorsque j’ai vu sortir un enquêteur en pleurs qui est allé vomir. Il nous a dit ce qu’il avait vu. Je ne connaissais pas ce collègue, mais il a été tellement choqué que c’est sorti naturellement ». Et quand on lui demande si ces actes de torture se sont déroulés au deuxième étage : « Je pense, car je suis entré au niveau du rez-de chaussée où il n’y avait rien de tel, seulement des personnes touchées par balles. » Dans une autre audition, questionnés à ce sujet, le préfet de police de Paris Michel Cadot et le patron de la police judiciaire de Paris déclareront n’avoir jamais entendu parler d’actes de barbarie commis sur des victimes au second étage du bataclan. Discuter de la réalité de ce fait, qui a suscité une controverse à l’époque de la parution du rapport de la commission d’enquête, prendrait trop de place dans cette analyse. Remarquons simplement qu’en plus d’invoquer un non-argument à l’appui de son accusation contre Erdogan, il prétend la renforcer en citant un fait médiocrement étayé (mais polémique) qu’il rapporte sur le ton de la certitude absolue, en l’amplifiant à plaisir.

5) Patrick Calvar, le directeur central du contre-espionnage, témoignera devant une commission parlementaire que ses services ont identifié l’état donneur d’ordre.
Patrick Calvar, directeur de la DGSI, n’a témoigné qu’à deux reprises devant une commission au sujet des attentats du 13 novembre 2015 : le 10 mai 2016, devant la commission de la défense nationale des forces armées, et le 24 mai 2016 devant la « commission d’enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015 ». Le compte rendu de ces deux auditions longues et très détaillées est consultable en ligne ( [10] ; [11]), et on n’y trouve non seulement aucune mention d’« État donneur d’ordre » ou quoi que ce soit d’approchant, mais strictement rien dans les déclarations de M. Calvar ne ressemblant à une telle révélation. Le discours du directeur de la DGSI est à peu près le même devant les deux commissions : il s’y félicite des grands progrès effectués depuis 2007 dans la réorganisation des services de renseignement français, tout en expliquant qu’il demeure très difficile, pour des raisons que ce n’est pas le lieu de détailler, de prévenir les attentats terroristes ; et, au risque de me répéter, rien, même sous forme allusive, ne ressemble aux révélations que Meyssan lui prête, en particulier sur le rôle d’un quelconque État.

6) Fuyant ses responsabilités, le Président organisera de larmoyantes cérémonies de commémoration et persuadera ses concitoyens que le terrorisme est un inévitable fléau. Il instituera une médaille de « reconnaissance aux victimes du terrorisme », et indemnisera le « préjudice d’angoisse de mort imminente ». Mais il n’entreprendra aucune action contre la Turquie.
L’expression « fuyant ses responsabilités » suggère que François Hollande a refusé d’écouter les avertissements de Patrick Calvar (et au passage, si ce dernier a pointé la responsabilité d’un État, pourquoi serait-ce forcément la Turquie ?). Mais puisqu’on a vu que cet avertissement n’existe pas, pourquoi aurait-il fui ? Ou alors, s’il a pu fuir ses responsabilités, c’est pour une autre raison qui mérite d’être énoncée ; quelle est-elle ? Quant aux mesurettes évoquées, elles sont en effet ridicules ; sont-elles pour autant constitutives d’un argument étayant la thèse de Meyssan ? Le « mais » qui commence la dernière phrase suggère une relation logique entre ce qui précède et le refus de Hollande d’entreprendre des représailles contre la Turquie, mais pourquoi entreprendrait-il une telle action, puisqu’il n’y a rien, ni faits ni arguments existants, qui pourraient l’y pousser ?

7) Celle-ci commanditera un autre crime, cinq mois plus tard, contre la Belgique à l’aéroport de Bruxelles-Zaventem et devant le siège de la commission européenne, à l’endroit exact où le PKK devait manifester.
Cette nouvelle accusation a pour but de placer le 13 novembre dans une série cohérente de représailles turques. Dans les articles qu’il consacre à cet attentat sur son site voltairenet.org, Meyssan, comme pour le 13 novembre, n’avance aucun élément factuel. Et nous relevons une nouvelle déformation, puisque si les attentats de Bruxelles du 22 mars 2015 ont bien touché l’aéroport de Bruxelles-Zaventem, le second lieu ciblé ne se situait pas devant le siège de la Commission européenne, mais dans une rame de métro roulant dans un tunnel proche de la station Maelbeck. En effet, comme nous le dit Meyssan avec son aplomb ordinaire, il s’agit exactement du même endroit. Examinons pour finir l’argument censé étayer ce fait :

8) Loin de masquer sa responsabilité, Recep Tayyip Erdogan prononce un discours retentissant lors des cérémonies du 101e anniversaire de la bataille de Canakkale (« la bataille des Dardanelles »), soit quatre jours avant les attentats contre la Belgique. Il y accuse les Européens de soutenir le PKK et annonce ce qui va se passer à Bruxelles. Le lendemain de l’attentat, la presse de l’AKP clame que les Européens n’ont que ce qu’ils méritent.
Cet argument a une allure plus solide – ce qui n’est pas très difficile – que les précédents. En effet Erdogan a proféré des déclarations menaçantes à l’occasion de ce discours, et en effet la presse de l’AKP a eu beau jeu après l’attentat de pointer la complaisance de l’Union européenne envers le PKK. Pour autant, Meyssan nous présente la chose comme si Erdogan avait revendiqué les attentats de Bruxelles ; non seulement c’est faux, mais il n’avance, comme pour les attentats de Paris, aucun élément factuel étayant son accusation.
On peut postuler qu’avec ce dernier et seul argument, Meyssan veut instiller dans l’esprit du lecteur que pour les attentats du 13 novembre, Erdogan est également « loin de masquer sa responsabilité ».

Conclusion : Nous pouvons tirer une conclusion quant à la pertinence de cette articulation que Meyssan opère entre l’accord secret Juppé-Davutoglu et les attentats du 13 novembre 2015. Tel qu’il est présenté l’accord secret Juppé Davutoglu est invraisemblable, aucun élément factuel ni aucune source ne vient étayer son existence, et aucun spécialiste des relations internationales n’y fait référence ou ne le reprend ; à part Meyssan, lequel n’avance aucun élément factuel probant à l’appui de sa thèse que l’on ne peut qualifier qu’avec l’adjectif employé par Charles Onana : « loufoque ». Les deux arguments pour expliquer les motivations de la France d’Alain Juppé, à savoir l’inscription dans une tradition remontant au roi François 1er, et le soutien du même Alain Juppé aux génocidaires exfiltrés du Rwanda à l’occasion de l’opération Turquoise, viennent renforcer l’impression que cet accord secret n’existe pas, même si Meyssan dans un article du 26 mars 2016 intitulé « le mobile des attentats de Paris et de Bruxelles », nous avance le seul élément factuel en béton armé suivant : « ce document a été consulté par un diplomate. » [12]
L’ensemble des éléments avancés à la page 91 pour expliquer comment Erdogan aurait fomenté les attentats du 13 novembre en représailles à la rupture de l’accord secret Juppé-Davutoglu, sont émaillés d’erreurs, d’approximations, et d’inventions toutes plus grossières les unes que les autres. Aucun de ces « arguments » du reste ne mérite cette dénomination.

Nous pouvons conclure que dans une telle démonstration, si c’en était une, dans ces pages 42, 43, et 90, 91, de Sous nos yeux, Meyssan s’est livré à une opération d’enfumage, destinée à polluer le débat sur les attentats du 13 novembre 2015, pour embarquer délibérément ses lecteurs et son public sur une fausse piste. Toutes les étapes de sa démonstration, sans aucune exception, apparentent celle-ci à une fraude grave et caractérisée qui mérite d’être dénoncée comme telle, sans tenir compte de l’aura qui est encore la sienne auprès de nombreux « désenchantés ». J’invite les complaisants envers Meyssan à se mettre à la place d’un lecteur encore « confiant » dans l’univers dans lequel il évolue, qui tomberait par hasard sur une telle « démonstration » : ne serait-il pas fondé à en tirer une justification pour se détourner en éclatant de rire des vérités dérangeantes que les médias institutionnels ont beau jeu de taxer de « théories du complot » ? Meyssan leur offre là la verge rêvée avec laquelle ils ne se gêneront pas, mettant tout le monde dans le même sac, de battre les quêteurs honnêtes de l’information vraie, courageuse, qui ébranle les courants dominants.

Nous réservons le droit à M. Meyssan de répondre aux différentes objections ici soulevées par son scoop issu de sa boule de cristal. Ainsi nous lui ouvrons nos pages pour qu’il nous précise ou s’explique sur les différents points suivants :

  • La qualité du diplomate qui a vu sous ses yeux à lui et pas ceux de Meyssan le texte de l’accord Juppé Davutoglu, les circonstances (lieu, date) dans lesquelles il l’a rencontré.
  • La raison pour laquelle il a été jugé inutile de prendre en compte le point de vue des autres acteurs de la crise en particulier les États-Unis.
  • Le livre d’histoire dans lequel il puisé son interprétation de l’alliance franco-ottomane du XVIe siècle.
  • Les preuves de la complicité d’Alain Juppé dans l’exfiltration des « génocidaires » rwandais, et les preuves que l’opération Turquoise avait pour objectif principal cette exfiltration.
  • La connexion entre les actes de barbarie commis au bataclan et la responsabilité de la Turquie dans le 13 novembre.
  • L’endroit des comptes rendus d’audition où M. Calvar pointe la responsabilité « d’un état ».
  • La référence de l’attentat qui a frappé le siège de la commission européenne le 22 mars, « à l’endroit exact » où les kurdes devaient manifester.

François Belliot, octobre 2017

Notes

[1Charles Onana est journaliste d’investigation, auteur de nombreux ouvrages sur le rôle des Africains dans la libération de la France et sur le conflit de Grands Lacs. Il compte parmi les meilleurs connaisseurs de la crise rwandaise et de l’invasion du Congo. Ses travaux font désormais autorité au niveau international. Il a écrit entre autres : Les secrets du génocide rwandais (2002), Les secrets de la justice internationale (2005), un ouvrage de référence sur le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR). Il a animé un colloque à Paris sur l’attentat réunissant un groupe d’experts internationaux dont les actes ont été publiés sous le titre Silence sur un attentat (2005). Il a publié en 2014 La France dans la terreur rwandaise. Sollicité plusieurs fois comme expert auprès du TPIR, il a décliné toutes les offres pour ne pas cautionner l’injustice, le mensonge, et le parti pris.

[2Il est à signaler que l’ouvrage n’a été évoqué (et donc dénoncé) à aucun moment nulle part dans le mainstream, y compris dans les sites spécialisés dans la chasse aux « conspirationnistes » comme Conspiracy Watch, alors que Meyssan y est régulièrement exhibé comme un épouvantail effrayant. Il y avait pourtant dans ce livre une occasion en or pour exposer au grand public les dérives de la littérature dite « conspirationniste », et ainsi stigmatiser par ricochet toute la littérature de réinformation.

[3Rôle toutefois moins important que celui d’un certain BHL, que l’on pourrait présenter comme le décideur principal de la politique étrangère de la France, détournée au profit du pays pour lequel bat véritablement son cœur, état le plus raciste du monde, c’est-à-dire Israël.

[4Une liste d’articles sur ce lien : http://www.voltairenet.org/rubrique.... Notons qu’y sont relayés les articles de certaines des principales figures de la désinformation sur le génocide rwandais, comme Jean Carbonare, Colette Breackman, ou Jean-Pierre Chrétien. On relève aussi de nombreux articles du trésorier et principal financier de l’association à l’époque, le militant sioniste Michel Sitbon qui finançait à l’époque le Réseau Voltaire grâce à la fortune qu’il avait amassée grâce au minitel rose et à la presse en grande partie pornographique.

[5Le gouvernement mis en place 3 jours après l’assassinat du président rwandais Juvénal Habyarimana. Pour plus de détails sur cette entité, consulter par exemple : http://www.france-rwanda.info/artic...

[6Meyssan aurait pu préciser ici ou ailleurs dans son livre qu’Erdogan émettra en novembre 2016 un mandat d’arrêt contre cet homme

[8Lors de la bataille de Kobané (23 septembre 2014 - 26 janvier 2015), les forces de la coalition ont apporté un soutien aérien massif et décisif aux combattants YPG assiégés par Daech. C’est à juste titre que le président Erdogan manifeste sa méfiance lors de cette conférence de presse puisque cette victoire contre Daech constitue une étape décisive de la constitution d’une entité kurde à la frontière syro turque. Voici les propos du président turc en cette occasion : « On ne parle que de Kobané qui est à la frontière turque, où il n’y a déjà presque plus personne, car nous avons accueilli presque 200 000 personnes qui ont quitté Kobané, et actuellement à Kobané, puisqu’il n’y a personne, il n’y a que 2000 combattants et pourquoi bombarder continuellement cette ville de Kobané, il est difficile de comprendre cette approche. Pourquoi jusqu’à maintenant les forces de la coalition n’ont pas voulu agir dans les autres territoires syriens ? Pourquoi il n’y a pas eu de réaction de la coalition dans d’autres territoires ? Nous l’avons toujours dit, nous avons attiré l’attention de l’opinion publique sur cette question, malheureusement nous n’avons pas été écoutés. » Cette déclaration est tout simplement incompatible avec cette rencontre secrète avec Saleh Muslim.

[9A ce sujet on peut consulter Syriana de Bahar Kimyongür, paru fin 2011 aux éditions Investig’action.

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